INTRODUCTION
En médecine mentale nous sommes trop souvent, hélas! obligés de constater l'impuissance de notre thérapeutique.
Mais s’il est une affection décevante entre toutes, c’est bien la paralysie générale, cette affection que nous savons d’origine syphilitique, et contre laquelle nos armes spécifiques échouent d'ordinaire si lamentablement. k
Jusqu'à présent, un paralytique général est un malheureux voué à une déchéance rapide et complète et à une mort plus ou moins proche.
L'espoir d’une rémission spontanée, est, en effet, bien aléatoire : quant à l'efficacité d'un traïtement spécifique, l'expérience montre qu’elle est tellement inconstante qu’on est toujours en droit de se demander — dans les cas où l’on observe une amélioration ou même une rémission plus ou moins longue — si l’affection abandonnée à elle-même n’eût pas donné les mêmes résultats.
Tous les médicaments antisyphilitiques ont été employés contre elle, seuls ou associés.
Les divergences d'opinions des différents expérimentateurs prouvent combien inconstante est Jeur action.
Pour le mercure, il semble à peu près généralement admis aujourd'hui qu'il aggrave souvent la paralysie générale, tant au point de vue physique qu'au point de vue mental.
Certains auteurs ont obtenu, semble-t-il, quelques succès avec les sels de bismuth ; il ressort en tout cas des travaux de MM. Barbé et Sézary qu'employé seul ou associé, le bismuth présenterait une action biologique sur là leucocytose du liquide céphalorachidien qu'il abaisserait ; mais pour eux, son action sur l'état mental serait nulle.
Ces auteurs qui ont fait des recherches très nombreuses sur la chimiothérapie de la paralysie générale ont essayé, avec des résultats peu encourageants, diverses associations (bismuth-arsenic-hémostyl, bismuth-nucléinate de soude-mésothorium, luatoléparséno) ete.
Is sont arrivés, après de multiples essais, avec les sels de bismuth et les arsenicaux, seuls ou associés, à conclure que de tous les produits chimiques, l’arsenic semble bien être aujourd'hui celui qui donne les meilleurs résultats au point de vue mental.
Sicard et Rogues de Fursac et d’autres disent avoir eu des succès avec les arsénobenzènes donnés à faibles doses fréquemment répétées.
L'arsenic à une action intellectuelle indiscutable mais il convient encore de faire une distinction parmi les arsenicaux
L'arsenic trivalent (dont les arsénobenzènes font partie) serait beaucoup moins efficace que l’arsenic
ai) Une
pentavalent qui groupe des produits tels que : l’atoxyl, l’arsacétine, la tryparsamide, le stovarsol.
L’atoxyl est employé contre la trypanosomiase.
Les américains utilisent la tryparsamide dans la syphilis nerveuse.
Quant à l’arsacétine et au stovarsol, ils ont été tour à tour essayés en France dans la paralysie générale par MM. Barbé et Sézary.
Ces auteurs ont fixé définitivement leur choix sur le stovarsol, l’arsacétine s'étant montrée d’un maniement dangereux, très aggressive, comme la tryparsa- mide, pour le nerf optique.
C'est qu’en effet, un des caractères de l’arsenic pentavalent est son affinité pour le tissu nerveux ;
Un autre caractère, c’est qu’il n’agit qu'après avoir subi une réduction, alors que les arsénobenzènes (arsenic trivalent) ne deviennent tréponémicides qu'après un processus d’oxydation.
Or, MM. Barbé et Sézary, frappés de la résistance paradoxale de la paralysie générale aux arsénobenzènes, ont émis l’hypothèse (à laquelle MM. Sicard et Roger avaient également pensé) que le tissu nerveux pouvait bien être doué d’un pouvoir réducteur puissant et que, dans ces conditions, il protégerait contre les arsénobenzènes, le tréponème, réfugié au sein du parenchyme, mais qu’il n’aurait pas le même pouvoir contre l’arsenic pentavalent qui trouverait à son contact les conditions de réduction qui lui sont nécessaires pour agir.
C’est là, évidemment, une HR mais une hypothèse bien séduisante, il faut le reconnaître, et
ERP grâce à laquelle on comprendrait aisément cette résistance paradoxale de la paralysie générale, affection syphilitique, aux traitements anti-syphilitiques ordinaires...
Car, comment admettre que le même médicament qui tue rapidement dans le sang un spirille qu'on sait ne pas être arsénorésistant, ainsi que Levaditi l’a montré, ne l’atteigne pas dans le tissu nerveux ?
Les doses employées couramment sont certainement suffisantes, puisque l’arsenic a pu être retrouvé dans le liquide céphalorachidien.
D'autre part, les diverses associations bismuthoarsenicales ont montré également par leur inefficacité habituelle dans la paralysie générale qu'il y avait une résistance spéciale du tréponème dans le tissu nerveux quine pouvait provenir de l'insuffisance de produits qui avaient fait leurs preuves dans la lutte contre toutes les manifestations syphilitiques autres que les manifestations nerveuses.
C’est en partant de cette hypothèse que MM. Barbé et Sézary ont employé systématiquement le stovarsol dans la paralysie générale.
Mais malheureusement les résultats obtenus jusqu'à présent ne sont pas encore suffisamment probants et, en particulier, les réactions humorales ne sont pas assez régulièrement influencées pour qu’on puisse, dans les cas heureux, parler de guérison définitive et affirmer que le médicament a agi directement sur le tréponème.
Si l'hypothèse de MM. Barbé et Sézary n'est pas vérifiée, peut-être ne faudra-t-il voir dans l’action du
ENTORS
stovarsol, qu'une influence heureuse sur le processus de défense de l'organisme, au même titre que l’action des méthodes pyrétothérapiques et en particulier de l’impaludisation.
Même à ce titre, il aurait sur tous les autres traitemenus spécifiques des avantages certains qui le mettrait au premier rang des moyens d’action contre la paralysie générale.