OBSERVATION IX
D... Eugénie, 57 ans, femme de ménage. (Salle Delpeuch, n° 9.) ;
La malade entre dans le service le 19-9-24, à cause de l’augmentation de volume de son abdomen et de ses membres inférieurs.
Le début paraît remonter aux derniers jours du mois d'août. Vers cette date, à la suite d’un gros refroidissement, la malade, prise de frissons, doit s’aliter deux jours. Elle constate alors que son abdomen est météorisé et douloureux. La constipation est absolue, il y a même arrêt des gaz. Après deux jours de lit, dans un état assez marqué d’asthénie, la malade peut se lever mais son abdomen continue à demeurer ballonné. L’anorexie est complète. La constipation est opiniàtre, nécessitant l’emploi de purgations répétées (10 en 3 semaines).
Vers le 12 septembre un nouveau phénomène apparaît : l’oligurie : la malade remarque nettement une
DA
diminution de ses urines, qui ne fait que s’accentuer, si bien que deux ou trois jours avant d’entrer elle n’urinait pour ainsi dire plus et difficilement. En même temps ses jambes commencçaient à enfller. Sur le conseil de son médecin, elle entre à l'hôpital.
À l'examen, on note la pâleur de son visage, avec cependant varicosités au niveau des pommettes, Léger subictère des conjonctives.
Au niveau de l’abdomen on remarque la distension de la paroi qui cependant demeure flasque. Les téguments sont pâles avec de nombreux naevi. Il existe une circulation collatérale discrète, de la sonorité médiane péri-ombilicale assez étendue, et seulement dans les flancs une matité mobile avec les déplacements de la malade. Le foie est un peu gros, dur, non douloureux; la rate est percutable sur trois ou quatre travers de doigt.
La présence d’urobiline dans les urines, les antécédents d’éthylisme, joints -au tableau clinique, permettent de penser tout d’abord à une cirrhose éthylique, mais l'attention est attirée par l’existence du syndrome aigu qui a précédé l’entrée de la malade et qui présente des caractères péritonitiques : douleur abdominale, météorisme, constipation opiniâtre. D’autre part il existe une température qui se maintient constamment aux environs de 38°.
Dans l’anamnèse personnelle on ne retrouve rien qui fasse penser à la bacillose. Mais la mère de la malade est morte d’une bronchite qui a traîné longtemps, son mari est mort bacillaire en 1918.
A l’examen de l’appareil pulmonaire on note une submatité du sommet gauche, une matité franche à la base du même côté, moins nette à la base droite. A l’auscultation, au niveau de la base gauche, un souffle pleurétique s’accompagnant d’égophonie et de pectoriloquie
PA
aphone. La ponction, pratiquée à ce niveau, ramène un liquide citrin un peu trouble avec de nombreux lymphocytes, quelques polynucléaires, des globules rouges, des placards endothéliaux, un indice réfractométrique de 37,6.
L'examen radioscopique de l'appareil pulmonaire
montre un sommet gauche voilé, confirme la présence -
d'un épanchement de la base gauche, décèle une adénopathie hilaire bilatérale.
Rien à signaler au niveau de l’appareil urinaire.
Les bruits du cœur sont assourdis. Il existe un léger souffle systolique de la pointe. La radioscopie montre un gros cœur gauche.
Le diagnostic est celui de cirrhose éthylobacillaire.
Pendant 3 semaines la malade est soumise au traitement habituel : calomel et théobromine, qui amène une diurèse satisfaisante, se maintenant constamment au niveau de 21.
Le traitement par les rayons ultra-violets est commencé à partir du 11-10-24.
Une première série de 5 séances est faite jusqu'au 23-10-24, date à laquelle la malade quitte l'hôpital pour aller en convalescence au Vésinet. Le liquide demeure assez abondant. Le foie donne le phénomène du glaçon.
Le 9-12-24 la malade, de retour du Vésinet, vient reprendre le traitement, Son état général est excellent. L’appétit est bon. Il n’y a pas de constipation, les selles sont à peu près normales, Pas de fièvre, pas d’insomnie. Mais le ventre est toujours gros, en besace quand la malade reste debout. A la palpation, sensation de flot très nette . -
Le traitement est repris à raison d’une séance tous les deux jours.
Distance : de 0 m. 40 (lampe faible) à 0 m. 25 atteints
Ur
en deux séances et qui constituent la distance définitive de traitement.
Durée d’exposition : face antérieure, de 1” à 10’; face postérieure, de 1° à 5°.
Nombre de séances : 56.
Durée totale du traitement : 9-12-24 — 21-5-25
5 mois et 2 semaines (la malade est encore actuellement en traitement).
Evolution et résultats :
En trois mois on a assisté à une diminution nette de volume de l’abdomen : 104 de circonférence contre 113. IH subsiste une légère sensation de flot et une légère douleur à la palpation profonde. Les urines sont émises en quantité suffisante. Il n’y a pas de constipation notable. La malade, qui dort bien et a bon appétit, a pu reprendre son métier de femme de ménage.
Du côté du poids, diminution favorable : 84 kil. 500 à l’entrée; 77 kil. le 14-4-25 soit une perte de 7 kil. 500.