‹ Contribution à l'étude du traitement des septicémies gangréneuses: par les injections sous-cutanées d'eau oxygénéeChapitre 16 sur 18 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

TRAITEMENT Dans ce chapitre, après avoir dit quelques mots sur la prophylaxie de cette affection, nous aborderons l’étude du traitement de la septicémie gangréneuse, qui doit être local et général.

Localement, on doit :

1° Arrêter le processus morbide envahisseur ;

2 Traiter énergiquement la partie malade gangrénée en évacuant les produits nécrosés ; À

3° Ensuite, réparer les désastres.

Le traitement général consistera à soutenir les forces de l’organisme, apaiser la fièvre, tonifier le cœur:

Le vieil adage ( mieux vaut prévenir que guérir », est aussi vrai dans cette terrible complication que dans le: tétanos ; mais nous n’avons pas encore un sérum antisepticémique, comme nous avons l’antitétanique. Les re- : cherches de Leclainche et Morel sur ce sérum immunisant, ont donné de brillants résultats en pathologie expérimentale, mais n’ont pas encore été appliqués à l’homme. Et certes, ce serait bien consolant si, dans les grandes catastrophes, où l’on ne peut s'occuper de tous les malades d’une façon minutieuse, on pouvait leur faire une injection préventive de sérum.

Ne pouvant pas encore Compter sur ce traitement, le

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chirurgien se méfera des plaies souillées de terre et de fumier. [1 fera une antisepsie rigoureuse des plaies anfractueuses, avec du sublimé ou du permanganate de potasse, à 1 pour 1000, puis des lavages à l’eau oxygénée : il débridera largement et ne suturera jamais une plaie ainsi septique. Un gros drain servira à l'écoulement du pus et de la sérosité et au lavage du foyer dans les pansements ultérieurs.

Nous ne dirons rien des précautions à prendre pour les instruments : l’étuve a supprimé les épidémies de gangrène gazeuse dont parlait le professeur Tripier, à Lyon.

Mais si, malgré tout, le mal éclate, si nous nous trouvons en présence de cette gangrène, voyons le traitement qu'il faut instituer :

1° Immédiatement, dès le diagnostic posé, il faut arrêter le processus morbide envahisseur qui monte, rapide, foudroyant, et c’est par une barrière d’eau oxygénée en injections hypodermiques, faites là où s’arrête l’œdème et ia crépitation gazeuse. On renouvellera les injections matin et soir, et l’on fera en moyenne vingt seringues de Pravaz pour le membre supérieur, 25 pour la jamoe, 30 pour la cuisse.

Il faut qu’en ce point tous les tissus soient infiltrés de ce liquide, de façon à constituer une zone imhabitable.

La méthode de Pluyette a l’avantage sur celle de Thiriar, d’être plus facilement et plus vite applicable ; on a toujours de l’eau oxygénée à sa disposition, et rarement un tube d'oxygène comprimé, surtout à la campa- gne. | ;

Lucas-Championnière, commentant ce procédé et la première observation, écrit dans le J owrnal de Médecine et Chirurgie pratique (1900) : & Il est permis de faire remarquer que la gravité de la septicémie suraï-

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œuë est admise par tous les auteurs comme presque constamment mortelle ; que tous les traitements employés jusqu’à ce jour, y compris l’exérèse des membres, n’ont donné que des résultats incertains ; que, dans le cas actuel, l’eau oxygénée à paru faire merveille ; que le résultat est d’autant plus appréciable que l’état général était mauvais. Il est vrai que les procédés antiseptiques ont été employés en même temps, mais ils se sont montrés si souvent inefficaces en pareils cas, qu’il paraît plus juste d’attribuer la guérison à l’eau oxygénée. »

Imbert conseille ce procédé, dans son Précis de Thérapeutique chirurgicale. Masini et Orion, dans leur thèse, lui reconnaissent une réelle valeur. Le docteur Guillon en . fait mention dans son Manuel de thérapeutique clinique des maladies tropicales.

2° Outre les injections, le traitement local comprend les soins énergiques de la partie malade et le pansement de la plaie. Ainsi qu’on l’a vu dans nos observations, il faut débrider largement la plaie, enlever les corps étrangers : esquilles osseuses, débris ou lambeaux de tissus, destinés à se sphacéler. On fera des contre-ouvertures aux points déclives et on permettra ainsi aux antiseptiques de pénétrer dans les moindres recoins.

Sur la zone infiltrée, on fera de larges incisions, soit au thermocautère, soit au bistouri, par où s’évacueront les gaz, la sérosité et le pus. Ceci fait, on procèdera à um grand lavage de toutes les plaies avec l’eau -oxygénée de préférence, ou avec un antiseptique énergique. Tout le membre malade sera enveloppé dans un immense pansement humide à l’eau oxygénée dédoublée, que l’on renouvellera deux fois par jour, de manière à ce que tous les issus soient imbibés de l’antiseptique.

On continuera ce traitement par injections tant que le

sillon éliminateur me se formera pas et que la température restera au-dessus de 38°. Les pansements st continués beaucoup plus longtemps. #

3° Après ce traitement énergique, le chirurgien aura à réparer bien des désastres : un segment de membre, parfois un membre tout entier sera perdu. Il devra alors

porter la scie où il faudra et faire un bon moigmon au pau-

. vre blessé. D’autres fois, les lésions ne porteront que sur

la peau et le tissu cellulaire, et il facilitera la réparation par des greffes de Thiersch. | Cette chirurgie est bien plus consolante que celle de l’amputation primitive, où il fallait toujours faire d’énormes sacrifices, souvent en vain, Le Dentu disait, dans’/la Revue mensuelle de Médecine et de Chirurgie (1878) : « Il peut arriver qu’on ait à peine le temps d’agir... La diffusion du poison septique se fait si vite dans la profondeur du membre entier, qu’une opération, même hätive, même pratiquée loin des limites apparentes du mal ne peut séparer ce qui est malade de ce qui est sain. » C’est ce qui est arrivé au malade de notre observation IV. Notre procédé s'accorde avec la chirurgie conservatrice des grands écrasements et, à l’heure actuelle, où la médecine et la chirurgie des accidents à pris une si grande importance, un chirurgien qui désarticulerait à la cuisse pour une septicémie gangréneuse de la jambe, sans essayer le traitement de Pluyette ou de Thiriar, endosserait une énorme responsabilité. Il faudrait cependant qu’il agisse immédiatement. J’estime, qu'entre une méthode qui donne 80 pour 100 de résultats, et celle qui n’en donne que 5 pour 100, il ne devrait pas hésiter une minute. 4° Le traitement général est celui de toutes les septi-

cémies : acétate d’ammoniaque, potion de Todd, thé al-

coolisé comme stimulants ; injections de sérum artifi-

Em 2 ciel, qui favorisent l’élimination urinaire et font une sorte de lavage du sang ; injections de collargol (Morlet). ns

On calmera la fièvre en administrant la quinine ou le pyramidon.

On tonifiera le cœur, si besoin est, par la caféine et la spartéine.

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