OBSERVATION XXXVI
Pierre MaRiE et Louis GUERLAIN (Société médicale des hôpitaux,
séance du 9 février 1894).
Dame atteinte d’un myxœdème depuis huit ans, l’affection a atteint un degré avancé.
Nous lui donnâmes tout d’abord quotidiennement à partir du 19 novembre deux glandes thyroïdes de mouton à prendre crues dans du bouillon.
Le résultat fut immédiat; dès le lendemain la température s'élevait à 38° et s’y maintenait. En même temps la diurèse s’établissait. La malade ressentit un peu de céphallalgie de l’insomnie et quelques douleurs dansles membres.
Le 22 novembre. — On constate que les bourrelets situés au-dessous des yeux ont déjà presque disparu. Le pouls est à 102.
A partir de cette date la malade ne prend plus qu’un lobe quotidien.
Le 26 novembre. — La peau est moins sèche, la malade commence à transpirer : la parole est plus libre, moins pàteuse, et l’œdème diminue.
Dans les jours suivants l’insomnie augmente, la malade
est tourmentée par une soif intense. Elle éprouve une sensation de courbature par tout le corps et une grande faiblesse qui nécessite le séjour au lit. Pouls à 112 assez petit, température 38°
On fait suspendre l’ingestion de corps thyroïde le 30 novembre. Le s décembre seulement une amélioration notable se manifeste progressivement.
La malade fut atteinte d’influenza le 16 décembre; celleci fut bénigne et de courte durée.
Le 21 décembre on reprit le traitement thyroïdien (un lobe tous les deux jours). Après l’ingestion de trois lobes, la malade éprouva de nouveau de la céphalée des douleurs
dans les membres et de l’insomnie. On fit de nouveau suspendre le traitement thyroïdien.
Celui-ci ne fut repris que le 11 janvier : depuis lors, la malade prit seulement deux tiers de lobe tous les cinq jours et sous l'influence de ce traitement, elle n’éprouve plus aucun des phénomènes pénibles.
L'amélioration à continué. La figure a repris un aspect normal, le poids qui était au début de 102 kilog. n’est plus que de 85 kilog.
L’air hébété et les cauchemars que le myxœdème avait déterminés chez la malade sont disparus : elle est gaie, cherche des distractions et sort volontiers. Bref, la malade est devenue méconnaissable aussi bien au physique qu’au moral.
Sur les ongles on voit actuellement, 26 janvier, au niveau
de la lunule un sillon profond et les poils des aisselles commencent à repousser.
Nous croyons devoir donner très formellement la préférence à l’ingestion du corps thyroïde en nature. Ses avantiges sont :
1° Sa simplicité.
2° Il évite l'introduction dans les tissus de matières septiques.
3° Il offre un contrôle facile soit de la nature de la glande fournie soit de sa fraicheur.
En règle générale nous sommes d’avis que la dose usuelle doit être celle d’un lobe quotidien pendant les premiers jours, et quand la réaction thyroïdienne aura commencé à se manifester un lobe seulement tous les deux jours, pour donner ensuite comme « ration d’entretien » soit un lobe ou un demi lobe tous les quatre cu cinq
jours.