OBSERVATION XXX VIII
Jules Voisin (Société médicale, séance du 16 mars 1894.)
Petite malade, Prospérine V..…. dans la famille de
laquelle on ne retrouve pas d’antécédent nerveux ou mental.
L'enfant était bien portante jusqu’à dix-huit mois. A cette époque arrêt de développement; l'enfant grossit et ne grandit pas. Elle ne parle plus : reste immobile comme une momie sur sa chaise.
À 6 ans, elle recommence à parler et à marcher ; a toujours été propre; ne sait pas s’habiller.
À son entrée à l'hôpital, avril 93, présente tous les signes de l’idiotie myxæœdémateuse. L’enfant est âgée de 9 ans et demi et présente 76 centimètres de hauteur. La face est bouffie, les yeux sont petits, enfoncés dans l'orbite, les joues pendantes. La peau est épaisse, dure, résistante au doigt et rugueuse. Des squames existent sur les membres supérieurs et inférieurs. Les cheveux sont rares, gros et durs ; il y a un bourrelet graisseux dans les fosses sus-claviculaires. Le ventre est gros, étalé comme celui d’un batracien. Le pourtour de la ceinture au nombril est de 60 centimètres.
L'intelligence est très peu développée.
L'enfant est très lente dans ses mouvements et dans ses conceptions. Elle dit quelques mots avec lenteur, mais ne paraît pas avoir d'initiative. Elle reste assise tout le temps sur sa chaise.
Au mois de juillet 1893, je lui fais appliquer une grefte thyroïdienne sous le sein. La plaie guérit par première intention et au bout de cinq à six semaines la glande thyroïde était résorbée. La peau aussitôt changea d'aspect; elle devint moins épaisse et moins rugueuse. Les squames
disparurent.