OBSERVATION DE V. BRUNS
(Traduite de l'allemand et résumée.)
J. H..., un jeune homme de dix-neuf ans, entra en novembre 1865 à la Clinique pour se faire enlever un volumineux polype naso-pharyngien.
On commença immédiatement un traitement par l’électrolyse, mais on fut obligé de l’interrompre à cause d’une maladie intercurrente.
Quand le malade rentra, à la fin de l’année 1868, la tumeur avait encore beaucoup augmenté de volume; elle avait envahi toutes les cavités de la moitié gauche de la face: la fosse zygomatique, la fosse canine et l’orbite, causant ainsi de la diplopie. Les fosses nasales des deux côtés étaient imperméables à l'air; la gauche est remplie par un prolongement du polype; la cavité droite est obstruée par le refoulement de la cloison de ce côté. Respiration et déglutition difficiles; l’ouïe et l’odorat étaient abolis du côté gauche.
On commence les séances d’électrolyse le 2 mai 1869. Pile employée : la batterie de Frommhold de 32 éléments. Comme électrodes, deux longues aiguilles de platine isolées, introduites l’une dans le nez, l’autre dans la partie pharyngienne de la tumeur. Cependant, dans quelques-unes des séances, on emploie comme électrode plusieurs aiguilles reliées à ce même pôle. Enfin, on fait aussi des séances d’électrolyse monopolaire; l’aiguille négative est enfoncée dans le tumeur; le pôle positif est relié à une électrode indifférente formée par une éponge placée sur le sternum.
Le nombre d'éléments employés varie suivant les séances. On se base sur la sensibilité du patient; néanmoins, le nombre des éléments est compris entre 4 et 12, le plus souvent 8. On ferme le courant avec un seul élément ; on introduit les autres éléments un à un dans le courant, et on agit de même en sens inverse avant d'ouvrir le courant.
Durée des séances : dix à quinze minutes. Séances tantôt journalières, tantôt espacées de plusieurs jours.
Le traitement est continué de cette façon depuis les premiers jours de - mai 1869 jusqu’à la fin de mars 1870. Pendant ce temps, on a fait cent trente
(1) Berliner klinische Woch., 1872, n° 28.
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séances. Dès les premières séances, on constate une diminution de la tumeur, la respiration devient un peu plus facile.
Après la dixième séance, on constate une diminution de volume de la portion pharyngienne de la tumeur.
Après la seizième séance (1e* juin), il existe une cavité pouvant admettre l'extrémité du doigt dans la portion pharyngienne; cavité plus petite dans la portion nasale.
Après la vingtième séance, il se détache de la tumeur une parcelle sphacélée du volume d’un haricot.
Après la quarantième séance (10 juillet), la partie antérieure du néoplasme est éloignée de 3 centimètres de l’entrée des fosses nasales. La respiration commence à se faire par le nez; le globe oculaire gauche est beaucoup moins saillant ; la diplopie a cessé,
Soixantième séance. — L’exophtalmie est complètement réduite. La limite antérieure de la tumeur est située à 4 centimètres en arrière de l'ouverture des fosses nasales.
Soixante-dixième séance. — À travers la boutonnière pratiquée dans le voile du palais, on ne voit plus qu’une petite tumeur du volume d’un haricot. Les liquides absorbés refluent souvent par le nez.
Quatre-vingtième séance. — La partie antérieure du polype est à 5 centimètres en arrière de l'ouverture des fosses nasales. La tumeur ne paraît plus derrière le voile du palais.
Centième séance. — Limite antérieure à 6 centimètres derrière l’ouverture antérieure des fosses nasales. Les prolongements de la tumeur dans les cavités de la face ont beaucoup diminué.
Après la cent trentième séance, il n’y a plus de difformité du visage; l’exophtalmie a complètement disparu; les deux narines sont perméables à l'air. Le seul vestige de la tumeur est constitué par un petit bourrelet dur, de la grosseur d’un petit pois, situé sur le bord postérieur du vomer.
Respiration et déglutition normales. Acuité auditive normale de l'oreille gauche.
P. Bruns nous fait savoir, en 1873, trois ans après la fin du traitement, qu’il n’y a pas eu de récidive chez le malade de son père.