HISTORIQUE
C’est à Nélaton que revient l'honneur d’avoir, le premier, appliqué l’électrolyse au traitement des polypes naso-pharyngiens. Frappé de la difficulté et du danger que présente le traitement chirurgical de ces tumeurs ainsi que de leur extrême tendance à la récidive, Nélaton chercha à diriger contre elles un nouveau mode de traitement, basé sur l’action destructive de l’électrolyse. Dans ce but, il entreprit quelques expériences sur le cadavre et sur les corps vivants. Il put remarquer qu’en électro- Iysant les tissus animaux, il se formait autour de l'aiguille positive un cylindre induré de 12 à 15 millimètres de diamètre, bien circonscrit, tandis qu'autour de l'aiguille négative les tissus éprouvaient une sorte de ramollissement de même forme. Dans la masse du tissu modifié, il n’aperçut plus ni vaisseaux ni signes d'organisation. Quand il laissait vivre l’animal, il voyait se produire autour des points atteints par le courant tous les phénomènes qui accompagnent l'élimination d’une eschare. Cest ainsi qu’en électrolysant une langue de chien par l'implantation dans sa masse de deux électrodes à 4 centimètres de son extrémité, il observa deux phénomènes distincts : d’abord, production d’une eschare traversant la langue d’un bout à l’autre, puis gangrène et chute de la partie située au-devant de l’eschare par interruption
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de la circulation dans cette partie. Éclairé par ses expériences sur la valeur de l’électrolyse comme procédé de destruction, et aidé des conseils d’Arnould Thénard, Nélaton n'hésita pas à passer du domaine de l’expérimentation sur les animaux dans le domaine de la clinique et à appliquer l’électrolyse au traitement d’un polype nasopharyngien, le 21 février 1864. Le grand chirurgien eut recours à l’électrolyse après avoir reconnu l'impuissance des méthodes employées jusque-là : la ligature, l’écrasement linéaire et la cautérisation.
L’essai fut heureux : cette tumeur volumineuse, très vasculaire, attaquée avec une vaine persévérance par les agents les plus énergiques, fut détruite en six séances par l'implantation de deux électrodes dans sa masse.
En 1864 et 1865, Nélaton eut l’occasion d'essayer cinq fois la valeur thérapeutique de l’électrolyse dans le traitement des polypes naso-pharyngiens. Les observations ont été rapportées par Dolbeau à la Société de chirurgie. Dolbeau constate d’abord la guérison du premier malade de Nélaton, guérison se maintenant depuis dix-huit mois. Quant aux quatre autres cas de Nélaton, ils comportent deux guérisons : l’un des malades (3° cas) a été revu huit mois après la fin du traitement, l’autre (4° cas) n’a pas été revu depuis son départ de l'hôpital. Les deux autres malades ont été améliorés. L'un d’eux (2° cas) était en voie de guérison lorsqu'il est mort de fièvre typhoïde; l’autre était aussi en voie de guérison et continuait son traitement.
. En rapportant à la Société de chirurgie les observations de son maitre Nélaton, Dolbeau manifestait le plus grand enthousiasme pour une opération aussi simple que l’électrolyse et donnant d'aussi brillants résultats (9 : « Cette (t) Bull. Soc. chir., 1865, p. 559.
Ces méthode, disait-il, parait destinée à faire disparaître toutes celles qui l'ont précédée. »
Avant Nélaton, Ciniselli avait étudié l’action destructive de l’électrolyse sur les tissus. Avant 1860, Ciniselli employait déjà l’électrolyse pour obtenir la coagulation du sang dans les anévrysmes, et il avait remarqué qu'il se formait des eschares au point où les aiguilles non isolées traversaient la peau. Cette observation lui suggéra l’idée de créer une nouvelle méthode de cautérisation dont il fit part à la Société de chirurgie de Paris en 1860. Dans sa communication, Ciniselli distinguait nettement cette cautérisation par action chimique du courant, de la cautérisation calorique; dans la cautérisation par l’électrolyse, l’eschare ne se forme pas instantanément; de plus, elle revêt des caractères spéciaux à chaque pôle. Au moyen de ce mode de cautérisation, Ciniselli avait déjà guéri, avant 1860, un petit névrome de 5 millimètres de diamètre et deux nævi: le premier, du volume d’une noisette; le second, du volume d’une grosse noix.
Deux ans après sa communication, Ciniselli publia sur l’électrolyse un ouvrage dans lequel il étudiait spécialement l’action de la galvano-caustique chimique sur les tissus; quant aux applications thérapeutiques, elles étaient du même genre que celles que Ciniselli avait déjà communiquées à la Société de chirurgie en 1860.
Après 1864, les observations de Nélaton décidèrent Ciniselli à élargir le cercle des applications thérapeutiques de l’électrolyse. En 1866, il publia deux observations de tumeurs polypeuses du nez et du pharynx guéries au moyen de l’électrolyse. La guérison a été constatée six mois après la cessation du traitement chez le premier malade, cinq mois chez le second.
Malgré les brillants résultats obtenus en France et «en Italie, les chirurgiens ne se décidaient à employer l’électrolyse que lorsque la tumeur, par les conditions spécialement défavorables dans lesquelles elle se présentait, rendait impraticables les modes ordinaires de traitement. C'est ainsi que Fischer, de Vienne, employa l’électrolyse en 1865 pour détruire un polype naso-pharyngien dont la grandeur et la situation inabordable rendaient impossible l’opération avec l'instrument tranchant, l’écraseur ou l’anse galvanique.
En 1867, M. Paquet, interne des hôpitaux de Paris, essaya l’électrolyse sur un malade du service de Denenvilliers. L'observation fut communiquée à la Société d'anatomie : le traitement avait fait disparaitre une grande partie du polype, qui ne semblait avoir aucune tendance à la récidive au bout de deux mois.
En 1868, Gosselin employa l’électrolyse dans sa clinique; il ne se détachait de la tumeur que des eschares assez petites; la tumeur augmentait de nouveau aussitôt que l'élimination était terminée. En somme, au bout de deux mois le traitement n'avait donné aucun résultat. Gosselin ne donne aucun renseignement sur sa méthode, sur le nombre, la durée des séances et les intensités employées.
En 1869, V. Bruns, de Tubingen, employa l’électrolyse pour la destruction d’un volumineux polype naso-pharyngien. La tumeur présentait un volume énorme; elle était adhérente de tous côtés aux parois du pharynx et du nez et envoyait des prolongements dans toutes les cavités de la face; la fosse zygomatique, la fosse canine et l'orbite du côté gauche étaient en partie occupées par les prolongements du polype. Pour arriver à détruire cette tumeur, il ne fallut pas moins de cent trente séances,
dite.
qui furent faites depuis le mois de mai 1869 jusqu’à la fin de mars 1870.
P. Bruns, en 1872 et 1873, développant cette observation que son père avait publiée dans sa Galvanochirurgie, constate que la guérison se maintient après deux et trois ans.
P. Bruns employa lui-même l’électrolyse. En 1872, étudiant les observations publiées jusque-là, il cherche à se faire une opinion sur la valeur de ce mode de traitement appliqué aux polypes naso-pharyngiens; il en étudie les avantages et les inconvénients.
Avantages (1). — Pas de résection ni de grande opération préliminaire; tout au plus on fait une incision au voile du palais pour donner passage aux aiguilles. Simplicité et innocuité de l’opération tant qu’on s’en tient aux courants de moyenne intensité. Pas d’hémorragie. Pas de récidive dans les cas observés.
Inconvénients. — Emploi d'appareils spéciaux dont le maniement n’est pas familier aux praticiens. Longueur du traitement.
En 1873, P. Bruns publie une observation personnelle. Comme son père, il eut affaire à un polype volumineux récidivé après une première opération chirurgicale. Ce polype était le siège d’hémorragies inquiétantes. La guérison fut obtenue en onze séances, et on put constater tant avec le doigt qu'avec le miroir que la tumeur était entièrement détruite.
Cette même année, Guyon communiquait à la Société
de chirurgie de Paris des observations du plus haut
(:) Berliner klinische Wochenschrift, 1872, n°S 27 et 28. — Jbid., 1873, n° 32, p. 373.
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intérêt. Guyon avait employé l’électrolyse, dès 1868, à la cure de trois polypes naso-pharyngiens. Les résultats avaient été excellents, les malades étaient guéris; Guyon ayant eu l’occasion de voir deux de ses malades, rapporta leur observation à la Société de chirurgie. Pour le premier malade, Guyon constate la guérison. complète datant de cinq ans; le deuxième malade est aussi guéri et la guérison date également de cinq ans, mais il reste à la place de la tumeur un petit bourrelet saillant. Quant au troisième malade, la guérison a été constatée un an après. la fin du traitement ; il n’a pas été revu depuis. En passant, Guyon constate le maintien de la guérison du malade de Nélaton.
En 1877 et en 1879, Viganoni et de Rossi employèrent avec succès l’électrolyse au traitement des polypes nasopharyngiens.
En 1886, Capart, de Bruxelles, après avoir vu employer l’électrolyse dans le service du D' Michel, à Cologne, résolut de l'essayer dans sa pratique. Ses débuts ne furent pas heureux; dans un premier cas, le traitement ne lui donna pas de résultat; mais il reconnut, à l’examen microscopique, qu'il avait eu affaire à un fibro-sarcome. - Déjà en 1872, P. Bruns avait signalé un cas semblable. Dans un second cas, Capart fut plus heureux; il débarrassa son malade d’un polype pour lequel il avait déjà subi plusieurs opérations. Au moment de la communication de Capart à l’Académie de médecine de Belgique, la guérison remontait à quinze mois. Depuis, Capart a continué à traiter par l’électrolyse les polypes naso-pharyngiens qu'il rencontre dans sa pratique. En 1890, il a présenté à la première réunion des otologistes et laryngologistes belges un jeune homme qu'il traitait par l'électrolyse; le malade avait subi huit séances de vingt
CT minutes avec un courant de 15 à 20"". L'amélioration était considérable.
En 1886, fut également publiée l'observation de Ruf. Lincoln, de New-York; comme dans la plupart des cas, il s’agissait encore d’un polype vainement attaqué à plusieurs reprises par les chirurgiens.
En 1887, parurent les observations de Michel, de Cologne. Michel se servait de l’électrolyse depuis 1878 pour la destruction des polypes naso-pharyngiens. Sur les 8 malades traités par l’électrolyse, 4 sont complètement guéris, # sont seulement améliorés; mais Michel fait remarquer que chez ces 4 derniers, le traitement n’a pas pu être pratiqué avec régularité.
En 1888, Voltolini consacre à l’électrolyse un chapitre spécial dans son livre sur les maladies du nez et de la gorge. Voltolini a cherché à rendre cette méthode facile par l’emploi d'instruments simples, peu volumineux et peu coûteux. Il reproche à ses devanciers la longue durée du traitement avec les procédés employés. Pour obvier à cet inconvénient, Voltolini a cherché à pratiquer l’électrolyse avec un nouveau manuel opératoire. Nous décrirons dans un autre chapitre l’anse électrolytique de Voltolini, nous en verrons les avantages et les inconvénients. Pour le moment, nous dirons seulement que Voltolini conseille de l’employer toutes les fois que la tumeur n’est pas trop fortement adhérente aux parties voisines. Avec l’anse électrolytique il a été possible d’enlever des tumeurs en deux, trois séances.
En 1889, Gronbeck, un médecin danois, réunit dans une statistique tous les cas publiés de traitement des polypes par l’électrolyse et, après avoir dépouillé avec soin les observations, il donne les résultats suivants :
Sur 32 cas, 19 guérisons, dont 17 ont pu être confir-
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mées par l'examen des malades au moins six mois après le traitement, 11 améliorations et 2 insuccès. Le docteur Gräupner qui cite, d’après Küttner, cette statistique dans son livre : Electrolyse und Katalyse() et la compare aux statistiques chirurgicales, se rallie à l'opinion de Voltolini et de Küttner reconnaissant que l’électrolyse, contrairement à toutes les autres méthodes indirectes, laisse de grandes chances de guérison et ne menace pas la vie du malade.
Enfin en 1889, Küttner, dans l’intéressant article publié dans le Berliner klinische Wochenschrift sur l’électrolyse, donna une remarquable observation que nous traduirons dans un autre chapitre. Küttner croit qu’on peut arriver presque toujours à la destruction des polypes nasopharyngiens par l’électrolyse. Il résulte de ses expériences que les tissus sont fatalement détruits au moyen de courants de forte intensité. Avec une bonne technique opératoire, on arrive à faire passer sans danger ces courants forts dans les tumeurs naso-pharyngiennes. Ces tumeurs ne doivent pas résister aux intensités de 80 à 90mm, C’est en se basant sur ce raisonnement que Küttner, tout en constatant la supériorité de l’électrolyse sur les autres procédés opératoires, déclare que la plupart des guérisons incomplètes ou des insuccès constatés dans la statistique de Gronbeck sont imputables à une méthode opératoire défectueuse.
(1) Gräupner, Electrolyse und Katalyse. Ihre Theorie und Praxis, p. 124. Breslau, 1891,
Etude critique des procédés opératoires,
On à dit (Thilly, Lorat) qu’il y a effet électrolytique toutes les fois qu’on fait passer dans les tissus un courant galvanique si faible soit-il, mais que cet effet demeure physiologiquement inappréciable. Cela n’est pas tout à fait exact. Pour qu'un électrolyte soit décomposé par un courant galvanique, il faut qu'il existe entre les deux électrodes une force électro-motrice au moins égale à la force électro-motrice de polarisation de cet électrolyte. Il est vrai qu’en pratique cela a peu d'importance, cette condition étant toujours réalisée dans les diverses opérations. En effet, dans son livre sur l’électrolyse de la cloison, M. le professeur Bergonié, se basant sur la composition chimique des tissus de l'organisme, arrive à cette conclusion : « Que, dans un tissu sain et physiologiquement irrigué, tout se passe comme si on décomposait par le courant une solution de chlorure de sodium à 5 0/00. La force électro-motrice nécessaire pour décomposer jusqu'à ses éléments une telle solution étant de 4"184 (!), nous pouvons en conclure, bien que nous n’ayons pas affaire à du tissu sain, que la force électromotrice nécessaire pour qu'il y ait électrolyse dans le cas
(t) J. Bergonié et E.-J. Moure, Du traitement par l’électrolyse des dévia-
tions et éperons de la cloison du nez, p. 45.
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qui nous occupe est d'environ 4184. Cette différence de potentiel minima est presque toujours dépassée quels que soient les appareils employés; nous n’aurons donc pas à nous en préoccuper dans notre étude critique.
Nous voudrions au contraire étudier les intensités atteintes par les opérateurs et la durée d'action du courant, c’est-à-dire la quantité d'électricité employée suivant la formule Q — It. Malheureusement, les médecins qui ont publié des observations de traitement des polvpes par l’électrolyse ont pour la plupart négligé de mesurer leurs intensités. Quelques-uns même ne nous donnent aucun renseignement sur leur technique opératoire. C’est à cette absence d’une instrumentation et d’une technique opératoire nécessaires qu’on peut attribuer en grande partie le peu de crédit qu’a trouvé auprès des praticiens un mode de traitement qui peut se recommander à tant de points de vue. C’est pourquoi nous nous attacherons, après avoir étudié les procédés décrits par les auteurs, à décrire en détail la technique opératoire que nous avons vu suivre dans le service de M. le professeur Bergonié à l'hôpital Saint-André de Bordeaux.
Quand on se propose de détruire un tissu par l’électrolyse, on se préoccupe de deux choses : 4° établir entre les électrodes une différence de potentiel suffisante pour produire l'effet voulu, sans faire courir de danger au malade; 2° disposer ces électrodes de la façon la plus avantageuse pour les différents cas.
C'est la pile qui servira à établir entre les électrodes une force électromotrice qui devra être supérieure à 448%. Mais, comme il ne serait pas prudent de fermer le courant ou de l’ouvrir avec l'intensité qu’on doit atteindre dans le cours de l'opération, à la pile doit être adjoint un graduateur qui permette d'augmenter ou de diminuer
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l’intensité. On atteindra ce but soït au moyen d’un collecteur permettant de varier le nombre des éléments qui entrent dans le circuit, soit au moyen d’un rhéostat qui augmentera ou diminuera à volonté la résistance du cireuit. Nous verrons plus loin que le rhéostat est indispensable pour une bonne instrumentation. Enfin, nous étudierons dans un autre chapitre le rhéostat de M. le professeur Bergonié, qui répond, croyons-nous, à toutes les exigences de la pratique.
Enfin, dans toute opération sérieuse et vraiment scientifique, l'opérateur devra connaître exactement l'intensité de ses courants et la quantité d'électricité qui a passé dans la tumeur. Jusqu'ici les observations publiées nous donnent peu de renseignements sur ce point; pour la plupart elles notent simplement le nombre d'éléments employés de telle ou telle batterie Or, on sait qu’étant donnée une batterie dont les constantes sont bien connues (ce qui n’est pas toujours le cas), l'indication de la batterie ne peut nous renseigner que sur la force électromotrice de cette pile et sur sa résistance intérieure; quant à l'intensité, elle dépend aussi de la résistance extérieure comprenant le conducteur métallique et le corps du malade. De telles indications sont donc tout à fait insuffisantes puisqu'il nous manque une donnée pour calculer l'intensité. La connaissance de l’intensité ne sera donnée que par l’adjonction au circuit d’un galvanomêtre ou d’un voltamètre. Dans la pratique on n’emploie que le galvanomètre graduant le courant en milliampères.
Quant à la seconde partie de l’opération, elle consiste dans le choix de la forme des électrodes (aiguilles, plaques, pinces, anse électrolytique de Voltolini), dans l'emploi d’un seul pôle, des deux pôles ou de combinai-
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sons polaires diverses. Nous regrettons que les opérateurs qui ont essayé l’un ou l’autre de ces procédés, négligent souvent de parler dans leurs observations des phénomènes qui ont pu se produire dans le courant de chaque séance ou à la suite de ces séances. Les observations de cette nature seraient de la plus grande importance pour le choix d’un procédé, surtout au point de vue de l'emploi d’un seul pôle ou des deux pôles. Nous verrons néanmoins que la plupart des opérateurs emploient la méthode bipolaire qui paraît être la méthode de choix.
Comme source d'électricité, Nélaton, après avoir d’abord essayé des piles plus fortes, arrêta définitivement son choix sur la pile de Bunsen de 9 éléments de 16 centimètres de haut sur 8 de diamètre montés en tension. Pour éviter les excitations de fermeture et d'ouverture, Arnould Thénard inventa pour Nélaton un collecteur spécial que l’auteur ne décrit pas. Les électrodes étaient formées par deux aiguilles en platine d’un demi-millimètre de diamètre. Ces aiguilles, il les enfonçait tantôt au centre, tantôt à la périphérie de la tumeur.
Nous nous permettrons d'attirer l'attention sur la source d'électricité employée par Nélaton. La pile de Bunsen, douée d’une force électro-motrice considérable, présentait une faible résistance intérieure à cause de la grande surface des électrodes et le courant qui passait dans la tumeur devait avoir une forte intensité. C’est grâce à cette haute intensité que Nélaton a sans doute pu voir disparaître le néoplasme en six séances: durant la première, dix minutes; les suivantes, de trois à cinq minutes.
Ciniselll a employé tantôt la méthode monopolaire négative (0bs. XII de la Gaz. méd. de Paris), tantôt la méthode bipolaire. Dans le premier cas, une longue aiguille d’acier à été enfoncée de 4 centimètres dans la
he tumeur; l’autre électrode, formée par une plaque, était placée sur la joue du malade. Dans ce cas, Ciniselli avait employé sa pile à force constante de 50 couples donnant 1 centimètre cube de gaz en quatre-vingts secondes par la décomposition de l’eau acidulée avec un trentième d’acide sulfurique. Nous ferons remarquer que ces indications qui pourraient paraître très précises, ne donnent non plus que l'intensité du courant en court circuit et non l'intensité réelle du courant qui a passé dans la tumeur. Il en serait autrement si Ciniselli avait intercalé son voltamètre dans le circuit de la pile pendant l'opération ; alors on aurait pu connaître l'intensité exacte du courant employé. Dans le cas dont nous nous occupons, Ciniselli laissait l'aiguille en place quinze minutes, puis il changeait l'aiguille de place et la laissait dix minutes dans sa nouvelle situation. Il fit en tout neuf séances très éloignées l’une de l’autre. ;
Dans d’autres cas Ciniselli a employé la pile en colonne de 30 couples à 1 décimèêtre carré de surface avec du vinaigre comme liquide excitateur. Cette pile, comme toutes les piles polarisables, donne un courant peu constant et doit être rejetée dans ces sortes d’opérations.
Les successeurs de Nélaton et de Ciniselli se contentèrent pour la plupart d'apporter des modifications sans importance à leur manière de procéder. Fischer employait la pile de Grove à 100 pouces carrés de platine, cette pile lui donnait une très forte intensité; il implantait les deux aiguilles dans la tumeur et laissait agir le courant pendant vingt minutes.
. V. Bruns, pendant la longue durée du traitement de son sujet, a changé plusieurs fois son mode opératoire; il a tantôt employé l’électrolyse bipolaire, tantôt l’électrolyse
monopolaire ; tantôt enfin il s’est servi comme électrode de plusieurs aiguilles reliées en quantité à un même pôle; il est à regretter qu'il n’ait pas donné son avis sur la valeur de chaque procédé et qu'il n’ait pas spécifié les résultats obtenus après chacune de ces différentes applications. L’électricité était fournie par une batterie de Frommhold de 32 éléments. Au moyen d’un collecteur il introduisait les éléments un par un dans le circuit, jusqu’à ce que le malade ressentit une certaine douleur. Le nombre d'éléments employés variait entre 4 et 12, en moyenne 8. V. Bruns laissait agir le courant de dix à quinze minutes; les séances étaient tantôt journalières, tantôt espacées d’un ou plusieurs jours.
P. Bruns ne modifia en rien les procédés de son père. Pendant une séance d’électrolyse monopolaire, le malade s’est plaint d’irradiations douloureuses vers la nuque, de salivation, de sensation d’un goût métallique et de bourdonnements d'oreilles.
Capart emploie la pile à courant continu de Gauernack et Reinbath, de Dresde. Nous disions plus haut que nous ne pouvions même pas connaître toujours les constantes des piles employées. Cela est surtout vrai quand les auteurs se contentent de donner, comme Capart, le nom du fabricant, sans spécifier la nature des éléments. Voltolini dit avoir vu Capart employer des éléments Leclanché à grande surface. La pile en question n'est-elle qu'une pile Leclanché plus ou moins modifiée? Nous n’en savons rien. Capart fait varier le nombre des éléments d’après la sensibilité du malade, et d’après l'état plus ou moins récent du liquide excitateur ; 4 à 6 suffisent habituellement. Les séances ont une durée de dix à vingt minutes; elles peuvent être répétées plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Capart applique en général
a — l'électrode positive dans la fosse nasale, l’électrode négative dans le pharynx.
Depuis ses premières observations, Capart s’est convaincu de la nécessité d'employer les mesures électriques. Ce n’est que le jour où l'emploi de ces mesures sera devenu d’un usage courant en médecine, qu’on pourra tirer de l'électricité tous les avantages qu’on est en droit d'en attendre. Ce jour, l’'empirisme fera place à la science; chacun sera en mesure de profiter d'observations rigoureuses tout à fait.comparables entre elles et de se mettre dans telle ou telle condition opératoire, qu'il aura déterminée d'avance sans crainte de rester en deçà ou d’aller au delà des intensités voulues. En 1890, Capart a employé des intensités de 15 à 20 milliampères. Durée des séances, vingt minutes. Nous verrons qu'il est possible dans le plus grand nombre de cas de dépasser sans inconvénient cés intensités, pourvu qu’on évite avec soin les variations brusques dans le courant.
Convaincu de la nécessité qu'il y a pour chaque opérateur de graduer ses courants, nous avons vu avec étonnement Voltolini, dans le but de simplifier l’opération, déconseiller l’usage du galvanomètre; il reproche à Krieger et Hirschmann d’avoir adjoint à leur batterie un élégant galvanomètre. Voltolini n’y voit qu'une complication inutile et coûteuse: «La déviation de l'aiguille aimantée sous l'influence du courant galvanique ne peut pas me servir de mesure dans la pratique de l’électrolyse. L'usage de ce galvanomètre s'explique pour les expériences de physiologie, mais n’a aucune valeur pour les applications pratiques. » Il est évident que les intensités employées doivent être subordonnées à la sensibilité du malade, et réglées par le tact médical de l'opérateur; mais à quelque point que l’on s’arrête, il serait intéressant
de savoir ce que l’on a fait et de comparer les résultats avec les moyens employés. D'ailleurs, qui oserait soutenir que la sensibilité accusée par le malade est l'expression exacte de la réaction de l’organisme? Ne voyons-nous pas tous les jours des sujets pusillanimes qui, malgré le désir qu'ils ont d’être soulagés, ne peuvent se résigner à une opération plus ou moins douloureuse, à moins que le médecin’ne sache user de son influence et de son autorité ? Et c’est sur cette manifestation de la frayeur et non de la réaction de l’organisme, chez des sujets plus ou moins nerveux, qu'on se baserait pour doser, si nous pouvons nous exprimer ainsi, un agent thérapeutique qui, comme tous les agents de cette nature, ne produit les effets recherchés que dans des conditions déterminées! Voltolini a poussé trop loin la recherche de la simplicité dans la technique opératoire. Mais il a raison quand il fait remarquer quil n’est nullement besoin de batteries spéciales très coûteuses comme celle de Frommhold, celle de Krieger et Hirschmann. Toute batterie susceptible de fournir un courant constant peut être employée pour l’électrolyse. Voltolini emploie de petits éléments avec des électrodes de la longueur d’un doigt et de même largeur. Avec ces éléments il à fait trois modèles de batteries comprenant 2, 5, 24 éléments. La batterie de 5 éléments peut servir pour le plus grand nombre de cas. Ces éléments à petite surface forment des batteries facilement portatives; mais dans la pratique ordinaire on se servira avec avantage d'éléments plus grands, les connaissances que nous possédons aujourd’hui en électricité nous engageant à nous servir de piles à faible résistance intérieure.
Quant aux électrodes, Voltolini en a employé de plusieurs formes ; il reproche aux aiguilles la longueur
—— ON du traitement, et il a inventé différents modèles de pinces électrolytiques qui peuvent saisir la tumeur et agir chimiquement, au moyen de petites pointes implantées sur la face interne des mors destinées à s’enfoncer dans la tumeur et à y porter le courant. Mais Voltolini emploie de préférence, lorsque la tumeur est mobile et libre d’adhérence, une électrode de son invention : l’anse électrolytique. C’est une anse métallique qui, au lieu d’être entièrement conductrice, comme l’anse galvanique, est partagée en deux au moyen d’un anneau d'ivoire. Avec cette anse, on peut faire de lélectrolyse bipolaire ou de l’électrolyse monopolaire. Si l’on fait agir les deux électrodes sur le néoplasme, chacune des extrémités de l’anse est en continuité avec l’un des pôles de la batterie. Dans ce cas, en nous basant sur la distribution de l’électricité dans la tumeur sur les lignes de flux telles qu’elles ont été étudiées par M. le professeur Bergonié (1), les lignes de flux vont d’une moitié de l’anse à l’autre et tendent à produire une section qui passera par le plan de l’anse et il n'y aura pas d'irradiation fâcheuse du courant. Cette méthode opératoire n’est applicable que si le polype n’a pas contracté de larges adhérences avec les parois du pharynx, du nez, ou du voile du palais; dans les autres cas, il faudra recourir aux aiguilles. Si le polype possède un pédicule, on pourra en faire la section avec l’anse électrolytique et attaquer les racines de la tumeur avec les aiguilles. Ainsi employée, l’anse électrolytique a sur l’anse galvanique l'avantage de mettre le malade à l’abri des hémorragies, car l’anse galvanique n’est plus hémostatique si on dépasse la température du rouge sombre; or, dans une cavité telle que la cavité
(2) JT. Bergonié et E.-J. Moure, Du traitement par l’électrolyse des déviations et éperons de la cloison du nez, p. 29 et suivantes.
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pharyngienne, 1l n’est pas toujours passible de connaître l'état de l’anse. Quant à l’anse monopolaire, telle que Voltolini l’a employée, nous ne lui voyons aucune indication. Les lignes de flux rayonnent en dehors de l’anse elt-sont encore moins confluentes que dans l’électrolyse monopolaire avec un pôle punctiforme.
Après Voltolini, jusqu'à l'excellente observation de Küttner en 1889, nous n’avons à noter aucune modification importante dans les procédés opératoires. Michel de Cologne se servait de la petite batterie de Stôhr et atteignait une intensité aussi élevée que pouvait le supporter le malade. Le nombre d'éléments employés était de 2 à6. C'est ici le moment de signaler combien est défectueuse la technique opératoire d’un grand nombre de praticiens. Quand on emploie, comme Michel, une pile composée d'éléments d’une forte intensité, si l’on n'’introduit pas dans le circuit un rhéostat augmentant la résistance du conducteur, l'intensité recherchée sera obtenue avec un très petit nombre d'éléments (3 à 4 Michel). Il est évident que, dans ces conditions, l’adjonction au cireuit d’un nouvel élément, augmentant la force électro-motrice d’un tiers ou d’un quart, produira subitement dans l'intensité du courant une forte variation, qui sera toujours douloureuse et capable de produire des accidents.
Michel emploie l’électrolyse bipolaire.
Ruf. Lincoln emploie la batterie que fabrique la Compagnie galvano-faradique (?), il élève rapidement le nombre des couples à 16, 20 et 22. Durée des séances : douze à vingt minutes. Lincoln emploie la méthode monopolaire de la façon suivante : il implante deux aiguilles dans la tumeur et les réunit en quantité au pôle négatif de la batterie. Le pôle positif, également subdivisé, communique avec des éponges dont l’une est placée au-
OP dessous de la clavicule gauche, l’autre en arrière au niveau de l’omoplate. Le malade soumis à ce procédé accusait à chaque séance une douleur légère et une sensation de vertige qui se prolongeait une demi-heure après la séance.
Enfin nous avons hâte, pour couronner cette étude critique, d'arriver à la description du procédé opératoire de Küttner. Ne pouvant pas se baser sur des observations antérieures prises avec la rigueur scientifique qu’il recherchait, Küttner s’est vu obligé de modifier à deux reprises son mode opératoire, dans le cours du même traitement, avant de s'arrêter à cette technique définitive, œuvre de sagace observation et de connaissance approfondie des lois électriques. C’est grâce à cette connaissance parfaite des lois auxquelles obéit l'agent qu’il manie, c’est grâce aussi aux appareils dont il a su se servir pour façonner en quelque sorte à son gré cet agent dont ses prédécesseurs n'avaient pas su comme lui se rendre maîtres, que Küttner a pu élever l'intensité du courant jusqu’à 70, 80 et 92 milliampères, et détruire complètement une tumeur qui résistait à la destruction au moyen de faibles intensités. Avant de se servir d’un rhéostat, Küttner ne dépassait pas les intensités de 25 à 30%, Nous connaissons les avantages du rhéostat : 1° possibilité d'augmenter l'intensité aussi lentement que l’on veut en diminuant la résistance; 2° modification insensible de l'intensité alors même qu’il se produirait une modification dans la force électromotrice de la pile, à cause de la grande résistance qu’éprouve le courant. Tout d’abord, Küttner employa le rhéostat ordinaire à 30 contacts; il put élever l’intensité à 50 et 60%, Plus tard, avec son grand rhéostat à 54 contacts, il put atteindre sans faire courir de danger au malade les énormes intensités de 70, 80 et même 92%",
SAONE.
Dans les observations que nous avons prises à la clinique électrothérapique de M. Le professeur Bergonié, nous verrons qu'on à atteint sans le moindre inconvénient des intensités aussi élevées.
Il nous reste à donner quelques considérations sur le mode d'application des électrodes. La plupart des opérateurs ont employé la méthode bipolaire; nous croyons que c’est la méthode de choix. P.Bruns et Ruf. Lincoln ont eu des inconvénients avec l'emploi d’un seul pôle. D’ailleurs l'étude de la distribution des lignes de flux devait à elle seule laisser pressentir ce résultat. « Lorsqu'un » courant électrique, au lieu de se propager dans un » conducteur linéaire, se propage dans un conducteur à » deux ou trois dimensions, il s’étale dans la masse en » formant des lignes de flux qui vont du point d’entrée » du courant dans le conducteur considéré à son point de » sortie d'une électrode à l’autre » (Bergonié) (*). Il en résulte, ainsi que M. le professeur Bergonié l’a montré avec tant de clarté dans son ouvrage sur l’électrolyse de la cloison et dans ses communications au congrès de Limoges, que, avecla méthode monopolaire, la densité du courant va en diminuant à mesure qu’on s'éloigne du point d'implantation de l’électrode active; le courant est peu concentré et rayonne au loin. Peut-être cette action rayonnante du courant a-t-elle un effet catalytique favorable au résultat cherché? En tout cas l’action chimique est peu marquée et le courant diffusé peut aller exciter les nerfs voisins et même la base du cerveau. Au cas contraire, si on implante les deux pôles dans la tumeur, la densité du courant sera très forte entre les deux pôles; d'autant plus forte qu'ils seront plus rapprochés l’un de l'autre et la diffusion du courant sera presque nulle si
(1) J. Bergonié et E.-J. Moure, loc. cit., p. 29.
l’écartement des deux pôles ne dépasse pas un ou deux centimètres. Si on emploie la méthode monopolaire avec deux aiguilles reliées au même pôle, comme l’a fait R. Lincoln, la diffusion est encore plus grande. Les lignes de flux ont une direction divergente à partir de chacune des aiguilles actives et leur nombre est minimum au voisinage de l’espace interpolaire.
Enfin l'emploi de la méthode bipolaire avec plusieurs aiguilles à chaque pôle (multipuncture bipolaire) pourrait donner encore une très grande densité du courant au niveau de l’espace interpolaire et une très faible diffusion.
Les observations cliniques concordent donc avec l'étude de la distribution de l'électricité dans les conducteurs à plusieurs dimensions pour affirmer l'excellence de la méthode bipolaire.
Technique instrumentale,
M. le professeur Bergonié s’est exclusivement servi de la méthode bipolaire. Les aiguilles, écartées habituellement l’une de l’autre environ de 1 centimètre, s’enfonçaient de 3 à 4 centimètres dans la tumeur. La méthode monopolaire n’a été employée que lorsque les restes de la tumeur étaient trop réduites pour permettre l’implantation de deux aiguilles. C’est l'aiguille positive qui a été employée dans ce cas; l'intensité ne s’est élevée pendant cette séance qu’à 25°” au lieu des intensités de 70, 80 et 90°* qu’on ne craignait pas d'atteindre avec la méthode bipolaire.
Dans les premières séances on s’est servi d’aiguilles en or, mais on leur préféra bientôt les aiguilles en acier, qui ont de grands avantages. « Elles ont un poli, une grande régularité de fabrication difficilement atteints par d’autres aiguilles; leur pointe est solide et parfaitement aiguë ; enfin leur grosseur et leur longueur peuvent être beaucoup variées selon les cas, et l'opérateur peut en avoir un très grand nombre à sa disposition (1). Ces aiguilles sont en outre plus rigides que les aiguilles faites en
(1) J. Bergonié et Moure, loc. cit., p. 50.
CU
métaux précieux, elles peuvent supporter sans fléchir l'effort qu’on exerce sur elles pour les faire pénétrer dans un tissu dur comme l’est un polype fibreux. Enfin, on peut les incurver à volonté ou les fléchir si on a soin de les rougir à la flamme d’une lampe pour leur enlever leur trempe.
Pour les isoler, il suffit de les entourer d’un tube de caoutchouc mince ou d’un bout de sonde urétrale d'homme, comme le fait M. le professeur Bergonié dans l'électrolyse de la cloison. Les aiguilles sont reliées à la source par des serre-fils ordinaires à deux vis qui permettent de serrer fortement les aiguilles quel qu’en soit le diamètre.
L’électricité est fournie par une pile du système Leclanché modifié par M. Le professeur Bergonié. Les éléments sont réunis en tension. Chaque élément se compose : 1° d’un vase extérieur en verre, de 2 litres de capacité, dont les bords ont été enduits à chaud de paraffine. Ce vase contient une solution de 30 grammes de chlorhydrate d’ammoniaque pur et cristallisé dans un litre d’eau distillée. Dans cette solution plonge une lame de zinc amalgamé dont l'extrémité inférieure est reçue dans une augette en verre qui empêche la lame de glisser et de venir en contact avec le vase poreux en charbon que nous allons décrire.
2° Dans le vase en verre plonge également un vase poreux en charbon, paraffiné à sa partie supérieure et contenant comme dépolarisant du bioxyde de manganèse en grain; à la partie supérieure de ce cylindre de charbon se trouve un écrou avec boulon de serrage. Le charbon d’un élément est réuni au zinc de l’élément suivant; le dernier zinc et le dernier cuivre sont les pôles négatifs et positifs de la batterie.
Ho — Les constantes de cet élément ont été déterminées par M. le professeur Bergonié :
Force électromotrice. . . .. 145 Résistance intérieure. . . . . 1ol
L’intensité maxima en court circuit serait 1,318”.
En réalité on n’atteint jamais de pareilles intensités.
Le galvanomètre employé est un galvanomètre Deprezd’Arsonval, ancien modèle, gradué en milliampères et construit par P. Barbier, sur les indications de M. le professeur Bergonié. Une aiguille en aluminium de 185 millimètres de longueur se meut sur un cadran vertical de 360 millimètres de développement portant gravées sur argent cent divisions équidistantes. On peut graduer à volonté en centiampères, milliampères et dixièmes de milliampère au moyen du shunt correspondant.
M. Bergonié n’a pas craint d'employer des courants intenses qui n’ont jamais amené d’irradiations douloureuses à cause de la grande concentration du courant dans la méthode bipolaire avec aiguilles rapprochées. On a pu ainsi élever l’intensité jusqu’à 70 et 75%. Mais on n'arrive que graduellement à ces intensités élevées en partant du 0; on revient de même graduellement au 0. La graduation du courant se fait au moyen du rhéostat à liquide de M. le professeur Bergonié. Il se compose d’un vase en verre avec de l’eau. Des électrodes de charbon, composées de quatre lames s’amincissant de plus en plus jusqu’à leur extrémité en pointe, peuvent plonger plus ou moins dans la colonne de liquide dont elles font varier la longueur et la section, et par suite la résistance qu’elle oppose au courant. Une roue à crémaillère meut l’ensemble des électrodes. Ces lames ne sont pas parallèles ; elles forment un angle tel que leur distance est maxima
ss Ste lorsque la pointe seule des charbons touche le liquide. Leur distance minima est suffisante pour qu'aucun index de liquide ne puisse subsister entre elles par capillarité. Mais le courant passe avant que les lames n’arrivent à toucher le liquide grâce à des pinceaux de fil de verre qui retiennent toujours par capillarité une certaine quantité d’eau et sont ainsi légèrement conducteurs. Voici ce qui se passe quand on emploie ce rhéostat :
1° La crémaillère est au haut de sa course; les fils de verre seuls touchent le liquide; la résistance est très grande.
2° Les fils de verre plongent de plus en plus; les lames arrivent elles-mêmes au liquide : la résistance diminue.
3° Les lames plongent elles-mêmes dans l’eau, leur écartement diminue : la résistance décroît rapidement.
La résistance de ce rhéostat peut atteindre 500,000 ohms et descendre à 20 ou 30 ohms avec tous les intermédiaires ({).
(1) J. Bergonié et E.-J, Moure, loc. cit., p. 59.
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