CHAPITRE IV
De l’eau dans l’Estomac
De tout temps on a considéré la présence de l’eau dans l'estomac comme un fait inséparable de la submersion. Il existe toujours une croyance populaire qui veut que l’individu ne soit noyé que lorsqu'il a bu, selon l'expression consacrée. De là, est venu ce mode du traitement qui consiste a suspendre le -noyé la tête en bas et à tâcher de le faire vomir par tous les moyens possibles pour le débarrasser de cette eau qui, croit-on, l’étouffe.
Tous les auteurs sont unanimes à déclarer que la présence de l’eau dans l’estomac est constante dans la submersion, mais beaucoup émettent des doutes quant à la valeur de ce signe au point de vue du diagnostic de la cause de la mort. :
Nous lisons dans Briand et Chaudé : « L'estomac contient une cerlaine quantité d’eau qui peut aller jusqu'à un ou deux litres selon quelques auteurs, mais qui, selon Tardieu, ne dépasse guère un demi-litre ». Plus loin, ces auteurs contestent la valeur de ce signe, à moins que l’on ne puisse prouver que l’eau contenue dans l'estomac est identique à celle dans laquelle l'individu s’est noyé et qu’elle n’a pu y être introduite avant la mort.
Legrand du Saulle dit simplement : « C'est surtout dans l'estomac que l’on trouve une plus grande quantité d’eau
| rit qui, selon Tardieu, ne dépasse guère un demi-litre », Il n’a- Joute aucun commentaire sur la valeur de ce signe.
Tourdes, dans son Traité de Médecine Légale, nous apprend que, sur 93 cas, il a trouvé de l’eau 37 fois : elle a manqué 22 fois et a été à peine perceptible 34 fois. Il conclut de cela que, dans les cas où l’on ne constate pas de liquide, c’est une preuve que l’asphyxie a été très rapide. De même . que tous les autres auteurs il fait observer que « l'entrée de l’eau dans l'estomac est un phénomène vital mais qui n’a une réelle valeur que si l’on prouve l'identité du liquide trouvé dans l'organe avec celui de la submersion. Il faut de plus admettre que le noyé n’a pas bu de ce même liquide avant l'événement ».
Plus loin, discutant la possibilité de l'introduction de l'eau dans l’estomac après la mort, phénomène qui avait été nié, il admet cette introduction. « La capillarité, écrit-il, un liquide non visqueux, les parois œsophagiennes lisses et humides, la putréfaction, sont autant de causes qui facilitent l'entrée post mortem de l’eau dans l'estomac ».
Brouardel est d’un avis tout différent; pour lui, la présence de l’eau est un phénomène à peu près constant, et de plus, c’est un bon signe, car, dit-il, il existe dans l'estomac des mucosités et d’autres liquides qui changent complètement la constitution de l’eau ingérée.
Puis il ajoute : « On ne trouve pas toujours de l’eau dans l'estomac ; un certain nombre d'individus ne font pas, en même temps, des efforts de déglutition et de respiration ; chez d’autres, le développement de la putréfaction a pu faire sortir de l'estomac l’eau qu'il contenait ».
Vibert se contente de signaler la présence à peu près constante de l’eau dans l'estomac; il est d'accord avec les autres auteurs pour fixer la quantité de cette eau à un litre au maximum,
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De nombreuses expériences nous ont permis de constater que la présence de l’eau dans l'estomac des noyés était un phénomène constant. Quel que soit le genre de submersion, brusque ou lente, nous en avons toujours trouvé sauf dans un cas où l'animal était dans un état de putréfaction gazeuse {rès avancé.
Pour éviter, dans nos expériences, toute erreur quant à la qualité, la quantité du contenu et à sa parfaite similitude avec le liquide de submersion, nous avons eu soin de priver les animaux que nous devions employer de toute nourriture et de toute boisson, au moins 12 heures avant de les noyer.
Nous nous rangeons donc absolument à l'opinion de Brouardel, à savoir que la présence de l’eau est un phénomène constant dans la mort par submersion et que c’est un bon signe. Comme lui, nous croyons que la putréfaction, en remplissant l'estomac de gaz, est susceptible d’en chasser le: contenu. En effet, une seule fois nous avons trouvé l'estomac vide, mais cet estomac était énormément distendu par les gaz de la putréfaction.
Nous avons voulu nous rendre compte de la possibilité de l'introduction post mortem du liquide de submersion. Pour cela nous avons pris des animaux soigneusement main. tenus à jeun pendant quelque temps, nous Les avons tués et nous les avons plongés dans l'eau. Nous avons fait l'autopsie au bout d’un temps variant de 12 heures à 9 jours, et tou- Jours nous avons trouvé l'estomac absolument vide.
Nous ne voudrions pas nier la possibilité de l’introduction de l’eau après la mort que Tourdes a admise, mais nous croyons que, si cette introduction peut se faire, ce phénomène doit être excessivement rare et tient sans doute à des particularités qu'il nous a été impossible de déterminer,
n'avant ] ju pu l’observer.
d’eau absolument pure.
Nos expériences ayant toutes donné le même résultat, nous ne publierons que les plus typiques et nous en ajoute-
rons quelques-unes de celles portant sur l'immersion après la mort.
EXPÉRIMENTATION
Expérience I. — Chien adulte du poids de 11 kilos ; à jeun depuis 12 heures.
Submersion brusque. — Mort en 2 minutes. $
Autopsie au bout d’une demi-heure.
On enlève l'estomac, après ligature des orifices. Il est vide d'aliments et contient quelques touffes de poils et 143 gr.
Expérience IT. — Chien adulte du poids de 16 kilos : à jeun depuis 12 heures.
Submersion brusque. — Mort en 2 minutes.
- Autopsie 4 jours après ; l'animal est en pleine putréfaction gazeuse.
Estomac vide d'aliments, distendu par les gaz et contenant 160 grammes d’un liquide rougeûtre, qui est manifestement de l’eau colorée par une petite quantité de liquide provenant du commencement de putréfaction des parois de l'estomac. |
Expérience IIT. — Chien adulte du poids de 18 kilos ; à jeun depuis 12 heures.
Submersion brusque. — Mort en 2 minutes.
Autopsie 4 heures après ; l'animal est en rigidité.
Estomac vide à’aliments, renferme 220 grammes d'un liquide brunâtre, qui semble être de l’eau mêlée de sang. (L'animal était blessé et avait dû lécher sa blessure).