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CHAPITRE PREMIER

L'HISTAMINE

a) Propriétés générales de l’histamine.

L’histamine est une des premières hormones tissulaires connues et identifiées (1).

Chez l’homme, l’histamine se trouve surtout dans le derme et à un faible taux dans le sang. Dans les autres organes, il n’y en a, pour ainsi dire, pas, alors que chez les animaux l’histamine ne se trouve pas dans la peau, mais dans la plupart des autres organes (31).

Chimiquement, l’histamine est une base, soluble dans l’eau, l’acide acétique, le chloroforme, insoluble dans l’éther. C’est un produit stable à 100° et ce n’est qu’en milieu alcalin que l’ébullition détruit l’histamine. Best, Dale, Dudley et Torpe ont trouvé des méthodes chimiques d'identification (21, 35, 39). La réac-

tion de Pauly et beaucoup d’autres méthodes sont plus ou moins spécifiques.

Synthétiquement l’histamine est préparé par dé- - carboxylation de l’histidine (12, 18, 34). Des microbes (5) dans un milieu synthétique (urée et glucose) peuvent former de l’histamine. Sa formation physiologique est inconnue.

C’est un produit pharmacodynamique : hypotenseur d’une grande efficacité, surtout chez le chat, son action est la résultante complexe d’une dilatation capillaire et d’une vaso-constriction plus ou moins intense des artères et des veines (7). L’histamine augmente la perméabilité capillaire, elle provoque la contraction des muscles lisses des mammifères, elle excite la sécrétion salivaire, stomacale et pancréatique (31), elle inhibe la diurèse et active, ce qui pour nos recherches est d’un intérêt particulier, la sécrétion d’adrénaline.

Son action biologique sur l’utérus in vitro n’est pas spécifique. À une dilution d’un milliardième de milligramme elle provoque la contraction de l’intestin isolé du cobaye.

Elle est mise en évidence, soit par l’analyse des tissus extraits, soit par d’autres moyens très précis comme la stimulation de la sécrétion gastrique, ou la triple réaction de Lewis.

Le mode d’action de l’histamine n’est pas encore bien connu. Agit-élle par l'intermédiaire de l’acétylcholine? (10). Nous reviendrons sur cette question ultérieurement. Agit-elle sous forme d’histamine, de Kallicréine ou de la substance H? (20). Ebbecke (11), Krogh (30) et Lewis (20) supposent que l’histamine

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déclanche des réflexes d’axone. D’après Lewis, tous les stimuli, donnant naissance à tels réflexes, agissent par des substances histaminiques.

L'intervention du système nerveux dans la triple réaction est un fait acquis. Après dégénérescence nerveuse, la réaction ne se produit plus. Il semble que la réaction dépende de certains éléments nerveux périphériques sans centres nerveux.

D’après Lewis, les nerfs d’une sensibilité prurigineuse spéciale ont un pouvoir vasodilatateur antidromique.

L’histamine se libérerait à la terminaison nerveuse, exciterait cette terminaison à son tour et donnerait naissance à la vasodilatation par réflexe d’axone. Krogh, par contre, croit que l’histamine se forme à la branche motrice du nerf sensitif antidromique. Peu vraisemblable est la théorie de Dale (9) : l’histamine, libéré par un traumatisme cellulaire, exciterait la terminaison sensitive, l’influx nerveux prendrait la voie d’un réflexe d’axone et exciterait le muscle par cholinergie. Comment s'expliquer dans ce cas la persistance des effets malgré l’atropinisation du nerf ? Nous verrons, par contre, comme l’hypothèse d’une ‘action de l’histamine, intermédiaire entre la branche motrice de la voie axonique et le vaisseau (25), cadre bien avec l'explication des phénomènes que nous étudierons ultérieurement.

Il est important de citer des nombreuses expériences faites sur les effets de l’histamine quelques-unes qui nous intéresseront plus particulièrement er.

Tarras et Wahlberg (29) ont prouvé que des injec-

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tions d’adrénaline dans le sang provoquent une antiadrénaliné qui ressemble à l’histamine. Anrep (3, 4), d’autre part, a noté qu’une injection d’adrénaline dans le myocarde produit parmi d’autres réactions la formation d’histamine. Ungar (31), voyant que l’adrénaline pouvait stimuler la sécrétion gastrique, suppose que l’adrénaline a provoqué une décharge d’histamine.

Notons encore qu’un extrait sec des muqueuses de l'intestin grêle contient un produit inhibant la sécrétion gastrique s’il est ajouté à l’injection d’histamine. Ce produit, une histaminase (22), se trouve dans quelques organes à un taux élevé, et se trouvant dans un produit pharmaceutique, le Torantil, aurait des effets favorables dans les éruptions allergiques.

b) La réaction cutanée locale à l’histamine.

La triple réaction de Lewis (20) comporte :

1° Une rubéfaction locale, due à une dilatation des petits vaisseaux à l’endroit même où a été porté le stimulus ;

2° L'apparition concomitante ou consécutive, d’un œdème localisé à cette zone de vasodilatation et aboutissant à la formation d’une sorte de papule;

3° Un aspect érythémateux de la peau, plus diffus et plus étendu que la rubéfaction, dû à une dilatation d’artères plus grosses que les petits vaisseaux ci-dessus désignés.

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Les deux premiers symptômes sont indépendants de l’innervation, le dernier n'apparaît qu’en cas d’une intégrité parfaite des ramifications axoniques terminales des fibres nerveuses sensibles.

Selon Lewis (20), la cause de la totalité des éléments de la triple réaction n’en est pas moins de nature chimique. Les cellules lésées par un stimulus quelconque mettent en liberté une substance qui, d’une part détermine par action directe une dilatation des petits vaisseaux et une augmentation de la perméabilité de leurs parois, d’autre part exerce sur les terminaisons nerveuses sensibles une action irritante aboutissant, par réflexe axonique, à la dilatation de vaisseaux plus importants que les précédents.

Quant à la nature chimique de cet agent, Lewis, étant donné la similitude entre les réactions déclanchées par les stimuli mécanique, thermique, etc., et les effets de l’injection intradermique d’une très faible quantité d’histamine, reconnaît qu’il y a des raisons de présumer que la substance tissulaire ainsi libérée soit un corps histaminomimétique, et peut-être même de l’histamine, soit à l’état libre, soit en combinaison instable, Il est cependant difficile d’atiribuer à une substance aussi diffusible que l’histamine les effets persistants et prolongés de l’excitation de la peau par l’un des stimuli ci-dessus, et qu’en outre il se peut que viennent y collaborer des produits de désintégration tissulaire inconnus.

C’est la raison pour laquelle Lewis adopte le terme de « substance H », pour ne pas dire qu’il s’agit là

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d’une substance simple ayant une constitution chimique invariable.

Krogh propose le terme de « colloïde H » (16), afin d'indiquer que la présence d’un agent vasodilatateur moins diffusible est possible.

Analysant de près la réaction cutanée à l’histamine, Roussy et Mosinger (25) ont noté souvent, autour de l’aréole rouge, divers phénomènes de vasoconstriction (taches anémiques, zone annulaire de vaso-constriction, raie blanche réflexe) qui les ont amenés à admet-

tre que la réaction vasculaire réflexe à l’histamine est

en réalité une réaction du type amphotonique.

Dans les territoires inflammatoires, dans la zone de cuti-réaction à la tuberculine, au niveau de taches érythémateuses spontanées, au niveau de raies vaso-motrices, sur des taches anémiques, au niveau des zones irradiées préalablement, l’état vaso-moteur antérieur influe manifestement sur la réaction cutanée à l’histamine (31).

Une série d’injections successives fait augmenter, ensuite diminuer la réaction, l’étendue de la réaction restant cependant la même (30).

Quinze jours après des sections nerveuses, l’érythème réflexe est aboli, mais l’érythème local et l’œdème augmentent.

Beaucoup de produits pharmacodynamiques diminuent la réaction : les auteurs ont cité l’adrénaline, la novocaïne, les extraits de lobe postérieur de l’hypophyse. L’aldéhyde formique aurait un effet antagoniste vis-à-vis de l’histamine (Kendall). La stase et la compression diminuent aussi la réaction.

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Nous n’avons cependant pas connaissance d’un produit pharmacodynamique, invoqué par les auteurs pour augmenter la sensibilité de la réaction.

Pourtant, comment s'expliquer l’expérience suivante, sinon par l'existence d’un réseau végétatif continu intervenant du moins dans la formation de la zone érythémateuse :

Quand on injecte dans le derme, au milieu d’une zone de vaso-constriction provoquée par l’adrénaline, une solution d’histamine, l’érythème se formera autour de la zone anémique. En répétant la même manœuvre, l’érythème se formera de plus en plus loin du centre de la réaction (30).

L’atropine n'empêche pas la réaction de se produire, les fibres para-sympathiques n’intervenani, par conséquence, pas dans la réaction érythémateuse.

Après avoir étudié ainsi, très sommairement il est vrai, un des produits intervenant dans nos expériences, nous allons énumérer aussi brièvement les propriétés de la vagotonine.

Alex

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