INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS ET CONCLUSIONS
Envisageons maintenant l'interprétation que nous pouvons donner aux résullats des expériences précédemment décrites.
Comparons d’abord les chiffres d’arsenic trouvés dans les organes des lapins ayant subi des injections d’eau de La Bourboule, et ceux trouvés chez les animaux qui ont reçu, de la même façon et aux mêmes doses, une solution arsenicale de même concentration et de même type que l’eau de Choussy-Perrière.
Nous constatons qu'il existe une différence appréciable entre la quantité d’As contenue dans le foie et le cœur des lapins de la première série d'expériences, et celle des animaux de la seconde.
Les animaux qui ont reçu l’eau de Choussy ont emmagasiné moins d’arsenic que les autres ; ce qui, dans une certaine mesure, nous explique la rareté des accidents toxiques survenus, du fait de l’arsenic, chez les malades traités à La Bourboule. Des travaux antérieurs nous avaient déjà fait prévoir ce résultat.
LCR
En 1905, M. le Professeur BizLarp et M. FERREYROLLES avaient montré «que des animaux pouvaient supporter une dose d'eau de Choussy, égale pour eux à celle de 6 litres pour un homme de 60 kg., avec 1 gr. 48 d’arséniate de soude qui est toxique à la dose de 13 mgr. pour 1 kg. de cobaye ».
Et. d'autre part, ces mêmes auteurs, en 1909, avaient publié, au Congrès national d'hydrologie et de climatologie d'Alger, la curieuse expérience suivante qui montrait bien la différence de toxicité qui existe entre l’eau de La Bourboule et une solution arsenicale analogue :
Deux carpes, de poids sensiblement égal, sont plongées, l’une dans de l’eau de La Bourboule, l’autre dans un liquide composé comme l'indique l'analyse chimique de cette eau. Au bout de 12 minutes, l’une est sur le flanc, l'autre n’a pu résister moins de 4 minutes. Elles restent deux heures chacune dans leur milieu respectif ; la première reprend son équilibre et ses mouvements aussitôt après avoir été plongée dans l’eau pure ; la deuxième, 25 minutes après seulement.
Le lendemain, ces deux mêmes carpes sont plongées à nouveau dans le milieu où elles avaient été plongées la veille. 24 heures après, celle qui était dans l’eau de Choussy-Perrière était en bon état, tandis que l’autre élait morte dans la nuit.
Les résultats obtenus par l’organotropie viscérale de l'arsenic semblent confirmer cette {oxicité relativement plus faible de l'eau de La Bourboule, comparée à une solution d'arséniate de soude au même titre.
D'autre part, 1l ressort de nos recherches que l’arsenic hydrominéral introduit par voie sous-cutanée, se
UT
retrouve en quantité relativement forte dans le poumon. Son élimination de cet organe semble un peu moins rapide aussitôt après la dernière injection; au bout d’un mois on n’en retrouve cependant plus.
Enfin, si nous reprenons nos tableaux d'expériences, nous voyons que l'élimination de l’arsenic s’est faite plus rapidement en ce qui concerne le foie et le cœur chez les lapins ayant reçu de l’eau de Choussy-Perrière que chez les autres.
L'arsenic hydrominéral diminue progressivement et régulièrement dans les organes après la dernière injection. L'analyse prouve qu'après un mois environ, l’arsenic introduit dans l'organisme a complètement disparu ; ainsi, il nous est permis de conclure que, dans nos conditions expérimentales, l’arsenic contenu dans l’eau de Choussy-Perrière n'a aucune {endance à s’accumuler dans l'organisme. 3
Ces constatations venant à l'appui de nombreux travaux sur les eaux de La Bourboule, nous montrent la non-toxicité de ces eaux employées à dose thérapeutique, et nous aident à comprendre quelques-unes des indications importantes de la cure bourboulienne, en particulier l’action de ces eaux sur le poumon.