‹ Contribution à l'étude expérimentale du pneumothorax: par plaies pénétrantes de poitrineChapitre 12 sur 18 · EXPÉRIENCE X · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE X

5 octobre. — Le chien, de petite taille, est attaché sur la table à expérience. On rase les poils sur la partie droite du thorax, dans la ligne du mem-

Eee bre supérieur droit et à environ 5 centimètres de celui-ci. Le chien est anesthésié au chloroforme. Quand le sommeil est obtenu après une période d’excitation assez longue, la peau du thorax est lavée avec du savon et une solution de sublimé au 1/3000. Nous faisons alors une incision curviligne de 8 centimètres environ dans le sens horizontal et à concavité supérieure. Après avoir incisé les téguments, nous arrivons sur les côtes. Un détache-tendons nous permet de dénuder les bords et la face interne des sixième et septième côtes, que nous réséquons avec un petit costotome. Nous veillons alors à faire une hémostase complète, afin, en ouvrant la plèvre, de ne pas craindre un épanchement dans sa cavité. Au moment de l'ouverture, le chien qui commence à se réveiller, fait des inspirations profondes. Le poumon cependant ne s’affaisse pas de suite, mais continue ses mouvements de va-et-vient. À un instant même, un lobe fait hernie à travers la paroi thoracique. Pendant qu'on le réduit, le poumon revient définitivement sur lui-même. Après avoir laissé la plaie ouverte pendant cinq minutes, on la ferme par deux plans de sutures, l’un superficiel, l’autre profond. Une couche de ouate et de collodion met la plaie à l'abri de l'air. À ce moment, tympanisme à droite, respiration soufflante, disparition du murmure vésiculaire.

L'animal paraît abattu, il marche un peu difficilement. Pendant l'inspiration, la peau du thorax setend au niveau de la plaie. Arrivé dans sa loge, le chien se couche et refuse toute nourriture.

sue

6 octobre. — Le matin, l’animal est dans un grand état de prostration. Il reste dans la position où on le met. Intermittences cardiaques, respiration ralentie, diarrhée sanguinolente.

À 3 heures du soir, l'animal meurt, vingt-quatre heures par conséquent après l'opération. L'autopsie montre que les sutures superficielles et profondes ont parfaitement résisté. Dans la plèvre droite, environ une cuiller de sang. La séreuse ne présente guère de modifications, mais le poumon très ratatiné offre dans ses trois lobes une congestion intense. Le lobe médian était même dans un état d’engouement voisin de l'hépatisation rouge. Le poumon gauche est aussi un peu congestionné. Quelques points d’emphysème. Rien au cœur. Le foie est rouge et dur, la rate tuméfiée. L’intestin a sa tunique externe très vascularisée.

Cette observation ne nous paraît pas très concluante sous le rapport des phénomènes consécutifs au pneumothorax, à cause des quelques symptômes d'hydrargirisme présentés par l'animal. Nous la reproduisons toutefois, parce que c'est le seul cas où nous ayons vu ce fait signalé par Marsh où, malgré l'ouverture de la plèvre, le poumon a conservé ses mouvements d'expansion.

ExPÉRIENCE XI.

12 octobre. — L'animal, également de petite taille,

est fixé sur la table d'opération. Nous l’endormons

Vo au chloroforme quand le côté droit de sa poitrine est tondu et que l’antisepsie est soigneusement faite.

Au niveau des cinquième et sixième côtes, nous faisons une incision légèrement courbe à convexité inférieure. Les deux côtes dénudées sont réséquées. Cette opération amène relativement peu de sang. Enfin, l'hémostase étant complète, nous faisons dans la plèvre une incision de 4 centimètres. Le chien aaussitôt une respiration saccadée et rapide, et il ne tarde pas à prendre une syncope. Cet accident n'était en rien dû au chloroforme retiré depuis un moment. La respiration artlficielle par manœuvres externes et l’excitation cutanée ramènent pourtant l'animal à la vie. La plaie est aussitôt fermée par deux plans de sutures. Une épaisse couche de ouate met la blessure à l’abri de l'infection.

Après l'opération, le chien paraît étourdi, la respiration paraît plus fréquente, de même que la sonorité est exagérée et le murmure vésiculaire effacé.

Le lendemain matin, l'animal ne présente pas de fièvre; nous notons cependant un peu de somnolence, la respiration légèrement haletante; quelques intermittences cardiaques. L'animal paraît aller de mieux en mieux.

Le 15 octobre, la respiration redevient saccadée : abattement. L'animal meurt le 16 au soir.

L’autopsie faite le 17 nous montre la plaie cutanée fermée exactement et de bonne apparence; le thorax ouvert fait voir une pleurésie séro-fibrineuse à droite. L'épanchement était peu abondant mais le dépôt de fibrine assez intense tendait à former de fausses mem-

19e branes. Rien du côté gauche. Le poumon était assez congestionné, mais aucun noyau de pneumonie. Le foie présentait plusieurs nodules cancéreux et quelques kystes hydatiques, c’est-à-dire des lésions indépendantes de notre opération. Rien aux reins ni à l'intestin.

ExPERIENCE XII.

6 octobre. — Il s’agit d'un gros chien de nature apathique et présentant un épithélioma du rectum. Pendant l'opération, il a montré un calme remarquable. Sa tranquillité nous engage à ne pas l’endormir. Après l'avoir donc solidement attaché, nous rasons le côté droit de la poitrine. Un lavage au savon et à l'acide phénique assure l’antisepsie de la peau. Nous incisons les téguments au niveau des cinquième et sixième côtes. Ces derniêres sont dénudées et réséquées avec un fort costotome.

Jusqu'ici, l'opération marche admirablement. L’hémorragie est à peu près insignifiante, et c’est à peine si par deux ou trois mouvements l'animal marque sa sensibilité. L’hémostase complète, nous faisons une large incision verticale à la plèvre. Le chien très calme jusque-là essaye de se débattre. Les mouvements respiratoires deviennentnombreux et profonds. Brusquement, au bout d’une demi minute tout cesse. Les efforts nombreux faits pour ramener notre sujet de cette syncope ne purent rien: respiration artifi-

cielle injection sous-cutanée d’éther, ammoniaque sur les narines. L'animal venait de mourir.

Nous procédons immédiatement à l’autopsie. Le poumon du côté droit était par suite du pneumothorax revenu sur lui-même. Le poumon gauche ne présentait rien d’anormal. Cœur sain. Rien non plus aux viscères, le foie seul présentait un certain état de congestion. Nous ne parvenons à trouver aucun ganglion, ni aucun signe de généralisation cancéreuse.

ExPÉRIENCE XIII.

18 octobre.— Chien de taille moyenne ; nous avons voulu répéter sur lui l'expérience précédente, pour voir si en l'absence de chloroforme les accidents mortels se reproduiraient, et si par suite l’anesthésie, en diminuant l'excitation du pneumogastrique, n'aurait pas une influence salutaire sur le pneumothorax.

Nous attachons donc l'animal sur la table à expérience, et sans l’endormir, nous incisons les téguments thoraciques avec toutes les précautions antiseptiques. Les cinquième et sixième côtes sont réséquées comme précédemment. Bien que faite le plus rapidement possible, cette opération fait souffrir le sujet, qui se débat. Enfin, la plèvre est ouverte, les mouvements respiratoires deviennent aussitôt nombreux et profonds, et soudain la syncope éclate comme précédemment. Nous pratiquons aussitôt la

UE

respiration artificielle, pendant qu’un aide fait des

injections d’éther. Ici encore tout a été inutile, et nous

n'avons pu que constater une nouvelle mort subite. L'autopsie fait voir partout des organes sains et

bien conformés ; aucune lésion ne peut expliquer la

terminaison différente de celles des expériences X

et XI.

Ainsi, tandis que dans les expériences sur le pneumothorax fermé, nous n’avions aucun accident, ici toujours il y a syncope et syncope mortelle, quand le sujet n'est pas anesthésié. Toutefois, cette syncope n'est qu'un accident du début, comme du reste le feront voir encore les expériences qui vont suivre. Une fois sa plèvre fermée, l'animal peut survivre. Ainsi, les sujets X et XI ne sont morts que les jours suivants d’une affection intercurrente.La pleurésie du dernier est même très instructive. En effet, tandis qu'aucune réaction inflammatoire n'est venue compliquer l’arrivée dans la plèvre d'un air filtré et introduit avec toutes les précautions antiseptiques, ici l'entrée Libre de l’air dans la poitrine et le sang répandu dans la plèvre, après avoir sans doute baigné les bords de la plaie cutanée, ont favorisé l'entrée des germes et l’inflammation, qui a emporté le sujet. Nous sommes donc autorisé à soutenir que dans aucun Cas l'air par lui-même ou par son oxygène n’exerce une action irritante. La pleurésie, quand elle se produit, tient à des microorganismes apportés par l'air ambiant, ou par les liquides souillant les bords de la plaie.

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