II. IMPORTANCE SOCIALE DE L'EAU
Il n’est plus à démontrer que l’eau est un élément indispensable à la vie. Les contrées où l’eau manque sont devenues des déserts arides où ne pousse aucun végétal, que fuient les hommes et la plupart des animaux. La présence de l’eau, au contraire, est la condition essentielle du développement de la Flore, de la Faune et de l’établissement de l’homme.
Dès les origines de l’histoire, c’est dans les vallées que se révèle d’abord la présence de ce dernier. C’est dans les vallées du Nil, du Tigre et de l’Euphrate, que se sont établies et développées les Civilisations Antiques.
Les peuples les plus civilisés sont ceux qui vivent dans les pays où l’eau est abondante et facile à capter.
Il suffit de rappeler, à ce propos, que les Romains avaient un culte de l’eau. Les thermes, les citernes et les aqueducs qu’ils avaient construits, dans toutes les contrées soumises à leur hégémonie, en sont la preuve, L’importance de l’eau, comme élément de création et de conservation de la vie, a été reconnue de bonne heure, par les grands conducteurs d'hommes qui ont été jusqu’à lui assigner un rôle important dans les rites et pratiques religieux. Les ablutions de l'Islam et les bains sacrés du Gange, en sont un témoignage. Au fur et à mesure que se développaient
les connaissances biologiques, et que se perfectionnaient les procédés industriels, le problème de l’eau prenait une importance de plus en plus considérable. Il faut de nos jours à toute agglomération humaine, si petite soit-elle, une grande quantité d’eau. Elle en a besoin pour la boisson, pour les soins domestiques. D’énormes quantités sont nécessaires à l’industrie, à l’agriculture, au commerce.
On estime que les besoins en eau sont de 50 litres par jour et par habitant pour la consommation {boisson et cuisson des aliments), et de 150 à 200 litres pour les eaux de service.
On comprendra aisément l’importance capitale du problème de l’eau, si l’on songe qu’une agglomération de 5 millions d’êtres humains, telle que le département de la Seine, a besoin chaque jour de plus de un million de mètres cubes.
Le problème ne consiste pas seulement à trouver et à mettre à la disposition de l’homme les quantités considérables d’eau qui lui sont nécessaires; mais il faut encore qu’elle possède certaines qualités. Sans cela l’eau, élément de vie, peut devenir un redoutable facteur de maladie et de mort. Relativement à la protection de la santé publique l’eau joue un rôle primordial. Ce rôle peut être d’autant plus néfaste que les besoins augmentent.
Les dangers de l’eau peuvent provenir de différentes causes. Elle peut être un agent de contamination de trois manières différentes:
a) Elle peut contenir des germes pathogènes. Les eaux des rivières, des lacs, des puits, sont très fré-
quemment et très facilement contaminées. Je n’insisterai pas sur l’origine de ces contaminations, bien connues de tous. Mais ce qu’il faut qu’on sache bien, c’est que des bactéries, peuvent vivre dans l’eau assez longtemps pour nuire, et que partout où elles se trouvent, l’eau contaminé est dangereuse. Aïnsi la glace fabriquée avec de l’eau polluée, le lait mouillé d’eau souillée, les légumes arrosés d’eau contaminée et mangés crus ou insuffisamment cuits, présentent un danger évident.
C’est ainsi que l’eau contaminée doit être cousidérée comme le véhicule de la plupart des maladies intestinales. Les deux exemples les plus typiques sont ceux du choléra et de la typhoïde.
La propagation du bacille d'Eberth s’effectue le plus souvent par l’eau de boisson. Le moyen le plus efficace de lutter contre la typhoïde est de surveiller avec soin la pureté des eaux d’alimentation.
Les Nations qui ont fait un effort réel ont vu diminuer, dans de très fortes proportions, le taux de la mortalité due à ces redoutables affections.
Tous les Pays Européens et surtout la Hollande, ont poursuivi un effort opiniâtre et méthodique en faveur de l’eau pure. En France on a réalisé de très grands progrès.
b) L’eau peut être aussi la cause de maladies graves quand elle recèle des parasites qu’elle introduit directement dans le corps.
c) Elle peut enfin être la cause de la transmission, lorsqu'elle constitue le milieu, dans lequel l’insecte transmetteur se développe.
ls —
Les eaux stagnantes des étangs et des mares, où pondent les femelles des moustiques anophèles, permettent la pullulation des larves, d’où naïîtront les insectes parfaits, inoculateurs de paludisme et de fièvre jaune.
L’eau porte en elle-même son danger, par le fait que l'utiliser, c’est la rendre impropre à tout nouvel usage. C’est la rendre capable de souiller le sol, ou les objets, avec lesquels elle sera en contact.
C’est pourquoi le problème de ladduction est inséparable de celui de l’épuration des eaux usées. Ceci a fait l’objet de la Loi votée par le Parlement.
L’eau est la condition essentielle de la propreté, et l’on a pu dire, que le typhus exanthematique, qui fit tant de victimes en 1914-18, était une maladie de la malpropreté. Tel est le cas du typhus propagé par le pou et de la peste transmise par la puce, du rat à l’homme.
Ainsi les bienfaits et les dangers de l’eau sont à la fois immenses.
Il faut donc de toute nécessité qu’elle soit abondante et pure.
C’est ce qu’a fait ressortir avec beaucoup de netteté, la Conférence Européenne sur l’Hygiène rurale qui s’est tenue à Genève sous les auspices de Îa S. D.N., en 1931.
Cette Conférence a résumé en quelques recommandations essentielles les principes qui doivent diriger l’instailation d’une alimentation en eau dans les communes rurales, c’est-à-dire là où le plus grand effort reste à faire.
DE Dee
Elle a principalement indiqué qu’un service Public de distribution d’eau ne pouvait être réalisé sans la permanente collaboration de l’Ingénieur, de l’'Hygiéniste, et du Géologue. De même qu’il ktait indispensable d’assurer le contrôle technique, permanent, de la valeur de l’eau captée et fournie.
Elle a insisté sur le danger que peut présenter l’eau recueillie dans les puits et même dans les sources, que le consommateur peu averti, a trop tendance à considérer comme potable, parce que claire.
La contamination des eaux souterraines par le ruissellement est fréquente; elle peut être permanente ou accidentelle. Pour l’éviter on établit un périmètre de protection qui doit empêcher le mélange avec les eaux résiduaires des usines. Elle doit être aussi protégée des infiltrations provenant des matières fécales ou des fosses à purin.
La loi du 14 juillet 1854 a établi que nul n’a le droit de porter atteinte à cette source soit qualitativement ou quantitativement.
En conséquence, l’Administration peut interdire dans un périmètre délimité, dit de protection, l’existence des fosses à purin, des eaux vannes industrielles.
Ces limites forment dans leur ensemble un polygone fermé par une barrière et des arbustes touffus. Des écriteaux en défendent l’accès.
La Conférence européenne a préconisé l’institution d’une surveillance continue des adductions, et c’est ce qui l’a amenée à préférer, à l’alimentattion individuelle des villages, le système consistant à
He)
grouper plusieurs agglomérations pour une adduction commune.
Les avantages de ce groupement sont, d’après la Conférence elle même, de permettre une installation plus développée et plus satisfaisante. De permettre aussi l’emploi d’un personnel spécialisé et compétent, de faciliter enfin l’usage des méthodes d'épuration, qui seront appliquées avec soin et contrôlées.
La généralisation des adductions d’eau (mais surtout d’eau pure) sont d’une importance à la fois capitale et vitale.
L'exemple des résultats obtenus, avec des dépenses modérées, dans de nombreux cas doit nous amener à créer et à développer le nombre des installations déjà existantes.
Bien des communes ne possèdent pas encore une adduction d’eau potable et doivent se contenter de l’eau des puits, des mares où des citernes.
Malheureusement, les difficultés financières paralysent ou retardent parfois les meilleures volontés. Il n’est donc pas inutile de rappeler que de larges subventions sont accordées par l’état aux communes dont le centime a une valeur inférieure à 1000 francs.
Elles peuvent atteindre 50 % du montant des frais et parfois jusqu’à 90 %.
Une autre facilité concédée par l’état, est le prêt à intérêt réduit. Chaque année une somme de 225 millions est destinée à cet usage.
Il est en outre loisible aux intéressés d’obtenir
tue
l’aide provisoire des caisses de crédit agricole. Ces prêts sont consentis au taux maximum de 3 % et remboursables en 25 ans.
Une organisation récente, la caisse de crédit aux départements et aur communes créée par la loi du 28 Décembre 1931, est venue compléter ces concours de l'Etat.
Tout cela facilite singulièrement l'effort à fournir par les trésoreries communales, mais ce n’est pas tout encore, et les municipalités doivent se rendre compte que loin de constituer une charge, les adductions d’eau sont à envisager comme service éminemment productif. (Exemple : le service municipal des eaux à Lyon).
Il n’y a, en effet aucune raison pour que l’eau ne soit pas payée par les usagers, à l’exemple du gaz et de l'électricité.
Que sont les quelques centimes que coûte le mètre cube, en regard du temps économisé, de la santé assurée, des produits, grâce à cela multipliés ?
A l’heure où, de toutes parts, on se plaint du chômage, les municipalités, ne sauraient trouver meilleur emploi de la main d’œuvre que de l’utiliser à ces travaux d’adduction.