OBSERVATIONS
OBSERVATION I Eléphantiasis exotique de la jambe et de la cuisse gauches
M. D... dix-sept ans, né à Basse-Terre, Guadeloupe.
Antécédents personnels. — Père mort à quarante-deux, ans d'accès pernicieux. Abcès au foie après une chute de cheval qui avait déterminé la fracture de deux côtes du côté droit. Aurait eu dans sa jeunesse des manifestations d'éléphantiasis. Mère vivante bien portante. Trois sœurs bien portantes; un frère en bonne santé.
Antécédents héréditaires et histoire de la maladie. — Première crise à l'âge de cinq ans. Cette crise ainsi que celles qui suivirent, étaient tout à fait typiques : frisson, fièvre forte (39° à 40° et quelquelois plus), plaque de rougeur en saillie sur la peau de toute la jambe gauche (ymphangite réticulaire). Trainée de Iymphangite le long de la face interne de la cuisse du mème côté (Iymphangite tronculaire). Ganglions inguinaux gauches tuméliés et douloureux. Dans le décubitus dorsal, la région malade était indolore spontanément; mais la station debout était tout à fait impossible à cause des douleurs qu’elle provoquait. Ces crises duraient environ cinq à sept jours. Il s'agissait donc d'accès assez violents, qui chaque fois laissaient après eux /a jambe et la cuisse de plus en plus æœdématiées et hypertrophiées.
La jambe fut d'abord la seule “partie atteinte. La pachydermie ne gagna la cuisse que plus tard.
L'enfant eut ainsi trois à quatre crises par an jusqu'à l’âge de huit ans. À partir de huit ans, il n'eut plus que deux crises par an et moins violentes. Les crises s’atténuaient donc avec le temps, comme c’est tou-
jours la règle dans cette affection.
Des
Elles avaient toujours comme point de départ les ganglions cruraux.
A onze ans, abcès du foie, guéri spontanément.
Le malade vient en France à l’âge dedouzeans. Il est resté jusqu’à l’àge de dix-sept ans sans présenter de crise, c'est-à-dire pendant près de cinq ans. Cependant dans cet intervalle il a eu deux légers accès, à symptômes uniquement régionaux, mais sans fièvre, survenus tous deux à la suite d’une longue course à bicyclette qui l'avait fatigué. Ces accès ne durèrent que deux ou trois jours : ils rentrent dans le cadre des accès régionaux bénins que nous avons décrits précédemment.
Pendant le courant de l’année 1906, on essaya le traitement électrique sur la jambe et la cuisse malades : électrothérapie au moyen de courants continus et radiothérapie. On n’obtint aucun résultat. Ajoutons à ce propos que la compression avait été déjà essayée depuis fort longtemps : depuis l’âge de neuf ans, le jeune homme porte en effet un bas élastique, qui est resté sans effet et qu'il a quitté depuis quatre ans. ;
Enfin, le 29 mars 1907, pendant la nuit, éclate un nouvel accès éléphantiasique, débutant par la tuméflaction des ganglions inguinaux. Frisson violent et fièvre atteignant 39°5. C'est pendant cet accès que nous avons fait les prises de sang et de Iymphe dont nous parlons dans le courant de notre travail: prise de sang au niveau des ganglions cruraux, — de lÿmphe au niveau d’une plaque rouge de la jambe, — et enfin de sang par piqre du doigt vers trois heures du matin. Pas de microfilaire dans aucun de ces trois liquides. Pas d'éosinophilie.
Deux mois après cet accès, le professeur Demons pratique l'extirpation des ganglions inguinaux du membre malade pour les motifs que nous avons indiqués.
Etat actuel. — À partir de ce moment, le jeune homme n'a pas eu de nouvelle crise eb il présente depuis l'opération les améliorations très nettes suivantes :
1° Diminution considérable du volume de la cuisse, à tel point que le genou, qui avait auparavant une forme cylindrique, a pris sa forme et ses contours normaux : la saillie de la rotule et des condyles est apparue, le creux poplité s’est creusé.
2° Le malade supporte plus facilement la fatigue et la station debout
longtemps prolongée. Il « sent sa jambe moins lourde», suivant sa pro-
Al — pre expression. Il à fait dernièrement une course à bicyelette de plus de 70 kilomètres.
3° Diminution du volume du cou-de-pied, au point que le malade peut mettre dans le pied gauche une chaussure presque semblable à celle portée par le pied sain.
4 Enfin, le repos d'une seule nuit suilit à diminuer le volume du membre malade dans des proportions qui n'auraient pu être atteintes auparavant que par un séjour au lit de plusieurs jours.
Mais la jambe n'a pas diminué et a conservé le même volume qu'aupa- ‘avant.
OBsERvATION IT Éléphantiasis nostras de la verge et du scrotum
André F..., cinquante-deux ans, tonnelier, né à Castets, près de Langon.
Antécédents héréditaires. — Père mort à la suite de brûlures aux jambes. Mère morte de diabète. Deux sœurs et deux frères bien portants. À eu deux enfants bien porlants.
Antécédents personnets. — De quatre à huit ans, adénite sous-maxillaire suppurée. À seize ans, demeurant près du canal latéral à la Garonne qu'on était en train de nettoyer, le malade à eu un accès de fièvre tierce qui le prenait tous les deux jours à huit heures du soir. Cette fièvre lierce a disparu.
A vingt-trois ans, cet homme, étant patron tonnelier à Bordeaux, a eu son premier accès éléphantiasique, accompagné de fièvre et de rougeur du serotum avec vésicules.
A dater de cette époque, il eut deux accès la première année, deux autres accès la seconde année.
Le cinquième accès fut particulièrement violent. Le frisson dura trois quarts d'heure, la fièvre fut forte, et pour la première fois la rougeur s'étendit à la verge.
Le malade eut toujours deux accès par an en moyenne, après lesquels son serotum et sa verge augmentaient de plus en plus de volume.
A cinquante et un ans, kératite ou iritis de l'œil gauche, à la suite
de quoi il perd cet œil.
Enfin, en mars 1907, le malade eut une violente crise éléphantiasique, et il rentra à l’hôpital tout de suite. C’est à ce moment que le prolesseur Le Dantec puisa les gouttes de lymphe et de sang, comme nous l'avons dit plus haut.
A son entrée à l'hôpital, cet homme présentait un scrotum dur, épais, un peu rouge, formant une tumeur du volume d’une tête d’adulte à peu près. La verge était volumineuse, longue de 15 centimètres, avec une circonférence de 20 centimètres, un peu recroquevillée en forme d'hippocampe. Les testicules, sains, nesont perçus que par la douleur spéciale provoquée par la pression.
Pas de ganglions volumineux. :
D'après ce que raconte le malade, l'accès parait partir de ses deux régions inguinales droite et gauche. Le scrotum devient douloureux, puis lourd, enfin la fièvre éclate. La lymphangite réticulaire apparait alors sur le scrotum, qui reste infltré pendant plusieurs jours.
Pendant le séjour du malade dans le service du professeur Le Dantee, une bande de caoutchouc fut appliquée sur les parties atteintes. Ce mode de traitement donna de bons effets et le malade se trouva bien de cette compression.
Plus récemment, il fut opéré par le professeur Demons, qui lui excisa une grande partie de son derme hypertrophié et sclérosé et réduisit
son scrotum et sa verge à des proportions plus raisonnables.