CHAPITRE VIII
INTOXICATIONS CHRONIQUES
Les imtoxications chroniques ont toutes été effectuées par voie respiratoire, mode d’administration jugé comme plus étroitement en rapport avec les conditions réalisées dans les diverses industries où l’on utilise le benzène.
Ces intoxications effectuées quotidiennement, pendant deux à douze heures, suivant les cas, ont été prolongées pendant des temps variant de 5 semaines à 7 mois.
L’inhalation du toxique se faisait dans la cage respiratoire. Nous avons toujours employé, au cours de ces expériences, la dose la plus forte, ne provoquant pas chez l’animal de manifestation extérieure d’intoxication (salivation, tremblements...). Cette dose était déterminée par tâtonnements dans les premiers Jours de l’expérience.
Les concentrations en vapeurs nocives étaient vérifiées à chaque séance d’intoxication.
Les animaux étaient l’objet d’une surveillance constante. Des numérations globulaires hebdomadaires ou parfois plus rapprochées étaient effectuées, ainsi que des prises de sang régulièrement espacées (environ une par mois). Nous suivions ainsi constamment l’évolution de l’intoxication.
Nous avons effectué ces intoxications sur :
19 le Chien 20 le Lapin 30 le Cobaye 40 le Rat.
j° INTOXICATIONS CHRONIQUES RÉALISÉES SUR LE CHIEN
Tous les Chiens qui ont servi dans ces expériences étaient, avant toute intoxication, conservés au laboratoire pendant un laps de temps d’un à deux mois, afin de les accoutumer à leurs nouvelles conditions de vie: température du local, régime
alimentaire.
Nous pouvions nous assurer ainsi de leur bon état de santé, grâce à leur courbe de poids et vérifier la constance suffisante de leur formule sanguine, après un traitement antiparasitaire.
Cuarex III.
Un jeune fox blanc castré, très gras, pesant 10 kg., 500 est conservé deux mois en observation. [1 subit le traitement antiparasitaire ; sa formule sanguine est normale et relativement constante. La prise de sang témoin effectuée montre une forte hypercholestérolémie à 4 g., 10, tous les autres éléments pouvant être considérés comme normaux. La composition de l’urine est normale, absence de glucose, d’albumine, d’acétone, de pus et de sang. La courbe de poids augmente régulièrement et atteint 12 kg., 900 le 17 Février, jour où l’on commence l’expérience.
L'animal est intoxiqué deux heures par jour pendant 28 jours.
Le débit d’atmosphère toxique est de 1.200 litres à l’heure, la concentration moyenne en benzène, de 17 mg., 5. Dans ces conditions l’intoxication paraît, au début, bien supportée, mais dès le quatrième Jour du traitement, l’animal est pris d'accès de vomissements qui persistent durant trois Jours. Après une accalmie, ces vomissements réapparaissent les douzième et quatorzième jours. Pendant toute cette période, on note de l’inappétence et de la somnolence. La courbe de poids montre une chute importante et régulière. À partir du vingt-troisième jour, le Chien refuse toute nourriture et est dans un état de cachexie avancée. Il s’affaiblit progressivement et vomit de la bile. Devant cet état alarmant, le vingt-huitième jour on interrompt l’intoxication. A cette période, les ponctions de la Jugulaire se montrent très difficiles et nous n'avons pu obtenir que quelques centimètres cubes de sang. L'animal meurt deux jours après, le 1.7 Mars.
L’autopsie, pratiquée le lendemain, montre un panicule adipeux encore important. On note la dégénérescence graisseuse du foie, avec une vésicule énorme mais ne renfermant pas de calcul. Les poumons présentent une congestion des bases, le cœur renferme des masses de plasma coagulé. On trouve, en outre, de nombreux parasites que nous avons identifiés comme étant du Dipylidium caninum et du Botriocephalus latus.
Nous n'avons pu doser que quelques constituants chimiques du sang ; ces dosages n’ont fourni aucun résultat intéressant. Pendant l’intoxication, les urines émises prenaient à l'air une coloration noire, due à la présence de produits phénoliques provenant de l’oxydation du benzène dans l’organisme, phénomèêne que nous étudierons par ailleurs.
Dans les derniers Jours, elles renfermaient 0 g., 05 d’albumine par litre.
Les résultats des examens hématologiques effectués avant et au cours de l’intoxication sont réunis dans le tableau N° XII.
TaBzeAu N° XII
INTOXICATIONS CHRONIQUES
Numérations globulaires et formules leucocytaires
Chien III
Poly- | Grands [Moyens | 4, | Formes
À LEUCO-|morp 10- mononu:|mononu- È Ie tran>
DATE HEMATIES CYTES Se er elle les phocytes Er
p. 400 | p. 400 | p. 400 | P- 100 | p. 400 & / 16/10 | 5.180.000 | 5.200) 56 2e 247 GIE 2 = | 30/10 | 5.770.000 | 6.800| 64 | » 18 MIS 2 9/11 5.800.000 | 6.000 » » » DS S& 4 20/12 | 5.540.000 | 6.050| » » » DU, = | on |5.500.000 | 6.480! 82 Sol » 6 & | 1671 | 5.600.000 6.260) 70 | 1 | 27 SU NE . | 30/1 | 5.360.000 | 6.540) 80 | » | 14 | 6 | »
5/2 | 5.680.000 | 9.860! 89 » | 10 SO É 1 6/2 | 5.890.000 | 6.720] 56 | 3 | 33 | » | s Ba] 7/2 |5.880.000 | 6.800) 80 | » Par. 04 SR) 12/2 | 5.960.000 | 5.250] » | » » Re 1) 25/2 | 5.348.000 | 3.810) 92 | » | 8 nor 26/2 | 5.120.000 | 6.060! » SP LR ET | 27/2 | 4.440.000 | 5.080) 98 Pelle PME
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au cours de l’intoxication chronique réalisée sur le chien.
; | ne L'examen de ce tableau montre que l’intoxication a provoqué une poussée d’hyperleucocytose avec mononucléose, suivie d’une chute du nombre des globules blancs jusqu’au taux relativement faible de 3.800.
Cette chute est accompagnée d’une diminution très nette du nombre des moyens mononucléaires, les polymorphonucléaires augmentant au contraire en valeur relative. L’anémie n’apparaît que dans les derniers jours.
Le Chien paraît donc bien avoir succombé à une intoxication benzénique qui, malgré la dose relativement faible, revêt ici le type subaigu plutôt que la forme chronique vraie.
CxHren IV.
Un Chien mâle de huit ans environ, pesant 12 kg., 300, est mis en observation. Il présente une forte éosinophilie que nous n'avons pu faire regresser qu’en faisant subir, à deux reprises, à l’animal, un traitement antiparasitaire.
Il reçoit d’abord, pendant trois jours consécutifs, une dose de 1 g., 50 de poudre de semen-contra, puis, deux semaines après, devant la persistance de la réaction sanguine, nous lui administrons sept capsules de fougère mâle et calomel.
Sa formule sanguine devient alors normale et reste relativement constante, sa courbe de poids tend à monter.
Nous lui faisons une prise de sang, afin d'effectuer les dosages habituels. Les chiffres obtenus sont normaux. Dans ces conditions l'expérience peut être commencée.
Elle à duré 6 mois 1/2, du 22 janvier au 3 août, pendant lesquels le Chien a été placé quotidiennement dans la cage respiratoire, 2 heures par jour pendant les 6 premiers mois, puis 4 heures par jour dans la dernière quinzaine. Après ces 6 mois 1/2 d'intoxication, l’animal est laissé au repos afin d'étudier son comportement et l’évolution des modifications pathologiques provoquées par le benzène.
Le débit d’atmosphère toxique était de 1.200 litres heure, la concentration moyenne en benzène étant de 19 mg., 7 par litre. Cette dose a été déterminée par tâtonnements, dans les
re
premiers jours de l’expérience, une dose plus forte provoquant la salivation, le tremblement et la perte d'équilibre.
Nous avons étudié les variations de la température et de l'état hygrométrique de l’atmosphère de la cage, ainsi que sa teneur en oxygène et en anhydride carbonique. La température varie, au plus, de 1 à 20 au cours de l’expérience, l’état hygrométrique, normalement de 70 p. 100 d’humidité, passe en quelques minutes à 80 et se stabilise à ce taux.
Après deux heures d'intoxication, la teneur de l'air de la cage en anhydride carbonique était de 0,3 p. 100 et le taux de l’oxygène de 20,6 p. 100. L’animal se trouve donc à ces divers points de vue dans des conditions satisfaisantes.
Le Chien a très bien supporté l’intoxication. Il à toujours conservé son appétit. S'il a un peu maigri au cours du premier mois, son poids s’est ensuite maintenu constant. Quoique paraissant absolument normal, il subissait néanmoins l’action du toxique.
L'air expiré par l’animal présentait encore une nette odeur de benzène, plusieurs heures après la sortie de la cage. Les urines émises prenaient à l'air une couleur noirâtre due à la présence de dérivés phénoliques. Les résultats des examens hématologiques consignés dans le tableau N° XIII montrent l'apparition brusque, après 6 semaines d'intoxication, d’une hyperleucocytose très nette, le nombre des globules blancs passant de 10.000 à près de 18.000. Puis, ce taux subit de larges oscillations, assez régulières, dont la ligne générale est une descente. Après 6 mois 1/2, il est tombé aux environs de 4.000. C’est à ce moment que nous avons interrompu l’intoxication.
Ces oscillations ne sont pas en rapport avec les saignées effectuées, ainsi que nous l’avons vérifié. Elles ont d’ailleurs été décrites par H. Dimmez [42], comme caractéristiques de limtoxication benzénique. L'étude de la formule leucocytaire montre l’existence, avant toute intoxication, d’un taux très bas de lymphocytes ou petits mononucléaires. Au début, on note, aux dépens des moyens mononucléaires, une augmentation des formes de transition et des polymorphonueléaires dont le
TagceAu N° XIII INTOXICATIONS CHRONIQUES
Numérations globulaires et formules leucocytaires
Chien IV
Poly- | Grands [Moyens | Lym- |Formes LIEUCO- | morpho- de TES nuclé- EE rs tran- CYTIES aires |[cléaires |cléaires | cytes | tion s Ê UE p.100 | p.400 | p.100 | p.00 | p.100
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