Distribution des tendons extenseurs des orteils
Nous avons successivement décrit tous les muscles de la jambe et du pied qui prennent part à l'extension des orteils. Nous pouvons résumer leur distribution qui est complexe et assez variable suivant les espèces.
Cavia Cobaya n’a que trois orteils. Les doigts extrêmes, II etIV, reçoivent chacun un tendon de l’extenseur commun : le doigt médian en reçoit deux qui se fusionnent bientôt. Sur la face dorsale du deuxième métatarsien, le tendon de l’'extenseur commun est rejoint en dedans par celui de l’extenseur propre du pouce, en dehors par un tendon du pédieux. Les tendons du doigt médian sont complétés par le second tendon du pédieux : celui du quatrième métatarsien par le péronier du quatrième orteil.
Fig. CO. — Schéma de la patte postérieure gauche de la Gerboise : face dorsale. I, II, III, Deuxième, troisième et quatrième doigts; 1, Métatarsien ; ?, Tendon de l’extenseur commun, portion principale; 3, Péronier du 4° doigt; 4, Tendon de l’extenseur commun, portion accessoire ; 5, Tendon court de l’extenseur commun destiné au 4 doigt; 6, Son tendon long au même doigt ; 7, Bride fibreuse unissant le tendon du péronier du 5° doigt au tendon de l’extenseur commun; 8, Expansion de l’interosseux ; 9, Tendon de l’extenseur commun au 3° doigt; 10, Expansion de l’interosseux ; 11, Tendon long de l’extenseur commun au 2° doigt, 12, Adhérences du tendon de l’extenseur propre à l'articulation métacarpo-phalangienne ; 13, Tendon court de l’extenseur commun au 2° doigt ; 14, Tendon de l’extenseur propre.
Quelle que soit leur provenance, tous les tendons extenseurs envoient en passant sur l'articulation métatarso-phalangienne une expansion fibreuse qui se fixe aux parties latérales de la tête des métatarsiens et de la base des premières phalanges. Ils poursuivent leur trajet sur le dos de chaque doigt unis les uns aux autres et compris dans une même gaine fibreuse. Les tendons de l’extenseur commun se fixent à la base de la troisième phalange, les autres à la base de la deuxième phalange. La bandelette élastique dorsale qui est étendue de chaque côté du tendon extenseur, du dos de la deuxième phalange à la base de la phalangette, est peu développée.
Comme chez l’homme, les languettes fibreuses métatarsophalangiennes jouent lerôle d’un frein puissant qui limite l'extension. Gràce à elles le doigt est étendu dans son
6e ensemble et se renverse à peine sur le métatarsien, plus cependant que chez l’homme, dont le doigt ne dépasse pas la direction rectiligne. L'extension agit peu sur les phalanges, qu'il est facile de fléchir pendant la contraction la plus énergique des muscles.
L’extenseur propre et le péronier du cinquième doigt, qui abordent obliquement les orteils après avoir longé les bords du pied, produisent en même temps que leur extension une légère abduction par rapport à l'axe du pied.
Tous ces muscles, après avoir étendu les orteils, fléchissent le pied.
Mus decumanus. — Cinq orteils. L’extenseur commun fournit aux quatre derniers un tendon qui s’insère sur la base de la phalangette et adhère aux articulations métatarso-phalangiennes. Le deuxième et le troisième doigts reçoivent chacun un tendon du pédieux, le quatrième et le cinquième doigts reçoivent chacun le tendon de leur péronier, ces quatre tendons se fixant à la base de la deuxième phalange. Le premier orteil reçoit le tendon de son extenseur propre, quise fixe à la base de la phalange rudimentaire et adhère à l'articulation métatarso-phalangienne.
Sciurus vulgaris. — Quatre orteils : un pouce rudimen-
taire, Le pouce ne reçoit que le tendon de son extenseur.
Les autres doigts reçoivent un tendon de lextenseur commun allant à la base de la dernière phalange: un tendon du pédieux ou d’un péronier allant à la base de la seconde phalange. Mêmes connexions avec l’articulation métatarsophalangienne. Vincula peu développés. Bandelette élastique dorsale forte.
Dipus ægyptius. — Trois orteils. Pas de pédieux. L’extenseur commun se divise en deux portions: la prineipale fournit à tous les orteils, l'accessoire au doigt médian.
La portion principale (/g.C, 2, p.361) donne à chaque doigt un tendon long (#4. C, 6,9, 11) qui se fixe à la base de
la dernière phalange et aux doigts extrêmes un tendon court (£g. C, 5, 12) qui s'arrête à la base de la première phalange.
Le tendon long du doigt médian recoit le tendon de la portion accessoire de l’extenseur commun (#g. C', 4). Celuici, d'abord situé en dehors de l’extenseur, passe sous lui pour venir s'unir au côté interne du tendon qu’il donne au doigt médian. L'un et l’autre contractent des adhérences avec l'articulation méiacarpo-phalangienne qu'ils croisent.
Le tendon long de chaque doigt extrême recoit sur son bord interne (par rapport à l'axe du pied), au niveau de la première phalange, une exnansion tendineuse de l’interbSSEUux (cg. C, 8, 10).
De plus, le deuxième doigt reçoit le tendon de l’extenseur propre (/ig. C, 14) qui envoie des adhérences fibreuses à l'articulation métacarpo-phalangienne et se termine sur la base de la deuxième phalange, tandis que le péronier du quatrième doigt (/g. C, 3) joue le même rôle vis-à-vis du quatrième orteil. Ce dernier muscle envoie une bride fibreuse (/ig. C, 7) au tendon de l’extenseur commun sur le dos de la première phalange. Très fortes bandes élastiques dorsales.
Lepus cuniculus. Lepus timidus. — Quatre orteils. L’extenseur commun fournit à chacun d’eux un tendon qui suit sa face dorsale et adhère aux parties latérales de Particulation métatarso-phalangienne. Il reçoit à ce niveau des expansions fibreuses des interosseux.
Le deuxième doigt reçoit, au niveau de la première phalange, en dedans le tendon du tibial postérieur, en dehors celui du pédieux. Le troisième doigt reçoit en dehors le tendon du pédieux. Le quatrième et le cinquième doigts reçoivent sur leur côté externe leur péronier.
Le tendon unique qui résulte sur le dos de chaque doigt de la fusion de ces divers tendons, adhère faiblement par des tractus latéraux à la tête de la première phalange. Il se divise ensuite en trois parties dont la médiane se fixe à la base de la deuxième phalange et les latérales à la base de Ia troisième phalange. La bandelette élastique dorsale est bien développée.
Arctomys marmotta. — Cinq orteils. Les quatre derniers reçoivent un tendon de l’extenseur commun, le premier orteil reçoit le tendon de l’extenseur propre qui envoie une anastomose tendineuse au tendon du deuxième orteil. Le deuxième et le troisième orteils reçoivent de plus sur leur côté externe le tendon du pédieux ; le quatrième et le cinquième reçoivent leur péronier respectif. Même terminaison.
B.— Région plantaire
Les lombricaux, qui sont annexés aux tendons du fléchisseur péroniér, le court fléchisseur plantaire des Myomorphes, qui occupe une partie du tendon du plantaire grêle, l'accessoire du fléchisseur péronier ont été décrits avec les fléchisseurs.
Il suffit d'ajouter que les lombricaux sont généralement en nombre proportionnel à celui des doigts. Les animaux à cinq doigts en ont quatre, sauf Cæœlogenys (Hystricomorphe), Georychus, Bathyergus, Rhizomys, Heteromys (Myomorphes), qui n’en ont que trois. Les animaux à trois doigts on ont deux ; cependant Dolichotis patagonica n’en aurait qu'un d'après Beadart. Parsons (1) en a trouvé deux comme chez Cavia cobaya.
Les interosseux présentent plusieurs types, que l’on ne saurait rattacher à d’autres influences que la fonction, et qui me paraissent à ce titre fort intéressants. Les auteurs sont absolument muets sur cette question.
Cavia cobaya. Mus decumanus. — Leurs #n{erosseux répondent au tvpe classique. Au-dessous de chaque métatarsien, s'étendent deux petits muscles allongés qui s’insèrent sur la face plantaire de la région antérieure du tarse et se terminent sur les sésamoïdes métatarso-phalangiens ou la base des premières phalanges. Ils ne paraissent pas avoir de rapports avec les tendons extenseurs, car pendant leur contraction, qui agit seulement sur les premières phalanges, on peut étendre ou fléchir les autres parties du doigt. Ils n’ont
(1) PARSONS, loc. cit., 189%, p. 293.
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aucune influence sur les mouvement de latéralité qui dépendent, comme l'indique le schéma de Cunningham, des extenseurs pour l’abduction, des fléchisseurs pour ladduction. Les interosseux sont seulement des fléchisseurs de la premiére phalange,
Chez Sciurus vulgaris, les 2nterosseux sont longs et bien développés. Ilsse fixent aux parties latérales de la base de la première phalange et envoient un long tendon grêle qui croise obliquement la partie latérale de cette phalange pour s'unir au tendon de l’extenseur vers la base de la deuxième phalange.
Leur action est plus complexe que dans les types précédents. Non seulement ils fléchissent un peu la première phalange, mais ils contribuent à étendre les autres et de plus ils inclinent latéralement les doigts. Leur action intervient donc pour une part notable dans la mobilité des doigts, qui est développée chez lEcureuil aussi bien au pied qu’à la main. Nous avons vu combien étaient multipliés les tendons exten seurs du doigt et de la main et le rôle qu'ils jouaient dans les mouvements de latéralité. Au pied ce sont les interosseux qui prennent part à ces mouvements.
Dipus ægyptius. — Le pied de la Gerboise présente des caractères absolument différents. Il est adapté pour le saut et comprend un métatarsien unique s’articulant avec trois doigts. Le métatarsien (/ig. C, 1, p. 361) forme une tige de même épaisseur et presque de même longueur que le tibia. Elle est à peu près verticalement dirigée et contribue pour une large part à donner au membre pelvien sa longueur démesurée. Elle s'articule en haut avec la rangée distale du tarse qui est formée d’osselets minuscules, la séparant à peine du calcanéum. Son extrémité inférieure, transversalement élargie, présente une ébauche de trifurcation qui dénote le mode de formation de cet os et lui permet de s’articuler avec chacun des doigts. Ceux-ci forment une sorte de trépied élastique dont la face plantaire prend seule appui sur le sol à l'exclusion du tarse et du métatarse. Les chiffres
suivants indiquent la longueur des différents segments du membre pelvien : Fémur : 35 ; Tibia : 5 6 ; Calcanéum : 1 2: Métatarsien : 45 ; 1r Phalanges: 1°" 1 ; 2: Phalanges: 0°" 4; 3° Phalanges : 0°" 3.
Le pied (depuis le tibia jusqu'aux phalanges) ne présente aucun muscle, sauf deux lombricaux annexés aux tendons du fléchisseur. Le pédieux et l'accessoire du fléchisseur commun sont absents : les interosseux ont subi la transformamation fibreuse. Ils forment trois longs tendons qué l'on peut voir après l’ablation des tendons fléchisseurs, s’insérant d’une part sur la partie distale du tarse el la base du métatarsien, de l’autre sur la base des premières phalanges. Les interosseux du doigt externe et du doigt interne envoient de plus au tendon extenseur correspondant une bride fibreuse (fig. C, 8, 10), qui croise la partie interne (par rapport à l'axe du pied) de la première phalange de ce doigt. -
Le rôle des interosseux chez la Gerboise, est donc celui d’un ligament passif étendu sur la face plantaire du pied depuis le tarse jusqu'aux premières phalanges et aux tendons extenseurs, et ayant pour effet de s'opposer au renversement dorsal des orteils.
Lepus cuniculus. Lepus timidus. — La région plantaire comprend comme chez Lepus Europœus, outre les interrosseux, l’'adducteur de l'index et l’adducteur du petit doigt (1). Ces muscles naissent de la face inférieure du tarse par l'intermédiaire de deux tendons, l’un externe et Pautre interne. Le tendon interne (/#g. CI, 1) se fixe à l'extrémité antérieure de lPapophyse plantaire du cuboïde. C’est une mince lamelle qui se porte obliquement en avant et en dehors et qui se termine en se bifurquant au niveau du quart pos!'érieur du quatrième métlatarsien. Le tendon externe (/ig. CI, 2) est une forte lamelle, plus épaisse en dehors qu'en dedans, qui s’insère sur le bord antéro-inférieur du scaphoïde et du cuboïde.
(1) Ces muscles sont adducteurs l'un et l’autre par rapport à l'axe du pied.
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1 es 14 + Fig. CI. — Face plantaire de la patte postérieure droite chez le Lapin.
1, Tendon oblique interne ; ?, Tendon plat externe ; 3, Apophyse plantaire da scaphoïde ; 4, Ligament calcanéo-cuboïdien, faisceau profond ; 5, Faisceau superficiel ; 6, Tendon du long péronier latéral; 7, Adducteur du cinquième orteil ; 8, Fibres qu'il donne à l’interosseux interne du quatrième doigt, 9, Tendon du péronier du cinquième doigt ; 10, Interosseux interne et externe du cinquième doigt ; 11, Interosseux interne et externe du quatrième doigt ; 12, Interosseux interne et externe du troisième doigt ; 13, Adducteur du deuxième doigt ; 14, Ses interosseux externe et interne ; 15, Tendon du tibial postérieur.
Il se porte en avant sous le tendon réfléchi du long péronier latéral et sous le ligament transversal qui unit le deuxième au cinquième métatarsien. Il est rattaché à l’apophyse du cinquième métatarsien par un trousseau fibreux oblique en avantet en dedans.
Les interosseux sont de longs faisceaux charnus, bien développéset indépendants des métatarsiens, qui seterminent
sur les sésamoïdes mélatarso-phalangiens. Leur origine est variable.
Ceux du deuxième doigt (/ig. CI, 14) naissent sur le bord antérieur du tendon interne; ceux du troisième (fig. CI, 12), passent sous ce tendon et se fixent à la partie interne du tendon externe; ceux du quatrième doigt (fig. CI, 11), naissent des deux tendons. L’interosseux interne reçoit de plus quelques fibres (/ig. CT. 8) qui naissent avec l’adducteur du cinquième orteil. D’autres fibres profondes viennent de la face externe d’un ligament puissant qui s’étend de l’extrémité distale du cuboïde à la diaphyse du quatrième métatarsien. L’interosseux externe reçoit la bifurcation interne du tendon oblique et se fixe en même temps au tendon externe. Les interosseux du cinquième doigt (/g CI, 10), viennent du tendon externe, et de plus l’interne reçoit la bifurcation externe du tendon oblique.
L'adducteur du deuxième orteil (fig. CT, 13) est un petit faisceau grêle qui prend naissance sur le milieu de la face inférieure du tendon externe. Après un trajet un peu oblique en avant et en dedans, il se termine avec l’interosseux externe de Porteil.
L'adducteur du cinquième orteil (jig. CI, T), encore plus grêle, naît par quelques fibres charnues de la face plantaire du tendon externe, en dehors de l’adducteur du deuxième orteil. Il se porte en avant avec les fibres qui gagnent l'interosseux interne du quatrième orteil et qui ne tardent pas à se séparer de lui. Son tendon terminal, filiforme, très long, se termine avec l’interosseux interne de l’orteil.
Ce petit muscle manque chez le Lièvre.
Arctomys marmotta. — Les n{erosseux sont bien développés et présentent leur disposition ordinaire. Leur action produit surtout la flexion des premières phalanges mais reste étrangère aux mouvements de latéralité.
La région plantaire contient deux autres petits muscles.
Le fléchisseur du cinquième orteil s'insère à la partie postérieure et inférieure du calcanéum. Il passe sous l’accessoire du fléchisseur commun, prend insertion sur l’extré-
mité inférieure du cinquième métatarsien et continue à suivre le bord externe de cet os pour se terminer avec le tendon de l’interosseux externe.
Le fléchisseur du premier orteil prend naissance sur la partie distale du tarse. Son petit corps charnu suit le bord interne du pied et se termine avec linterosseux interne.
Résumé. — Les interosseux fournissent un exemple très intéressant d'adaptation fonctionnelle.
Chez Dipus, dont le pied est transformé en une tige osseuse par la soudure des métatarsiens, le pédieux fait défaut, les interosseux ont subi la transformation fibreuse.
Chez Sciurus, ils sont au contraire très développés et prennent part aux mouvements de latéralité des doigts.
Chez les autres, ils sont plus ou moins gros, mais fléchissent seulement les premières phalanges sans les incliner latéralement.
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