OBSERVATION V
Chatte tricolore, 8 ans. Papillome ulcéré double de la lèvre supérieure propagé de chaque côté à la lèvre inférieure.
- Antécédents : Néant.
Le propriétaire déclare avoir constaté la lésion depuis 3 mois environ. [l a cru tout d’abord à une mnorsure de rat (?).
La lèvre supérieure présente dans toute son étendue une large ulcération qui à première vue semble être unique. Un examen attentif permet cependant de découvrir, sur la ligne médiane, une étroite languette verticale de muqueuse en apparence saine. La lésion ulcérée à sa largeur maxima en regard du nez et elle diminue progressivement en s’approchant des commissures.
Du côté droit, l’ulcération empiète sur la lèvre inférieure sur une longueur de 1/2 cm. environ.
Au niveau du bord buccal ou postérieur de l’ulcération de la lèvre supérieure, on distingue un étroit liseré papillomateux saillant.
La largeur maxima de l’ulcération est de 1 cm. et sa longueur s'étend sur toute l’étendue de la lèvre supérieure qu’elle déborde pour occuper une partie de la lèvre inférieure. 5
Du côté gauche, même aspect au niveau de la lèvre supérieure, l’ulcération n’empiète que très légèrement sur la lèvre inférieure, 2 mm. environ.
Le fond des ulcérations présente une teinte gris jaunâtre à peu près uniforme.
Les zones du papillome sont brillantes et rosées.
Par place, dans la région ulcérée, il existe de petits points hémorragiques.
Des côtés droit et gauche, la lésion ulcérative est nettement délimitée par un bord induré et saillant.
On note une adénite sous-maxillaire bilatérale assez marquée, mais égale.
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L'animal est en très bon état et ne paraît pas trop souffrir de son affection; il est vrai que la lésion est plutôt étendue en surface qu’en profondeur.
Rien de particulier à l’autopsie à part un foie gras ‘et ‘des. reins gras.
L'examen des coupes histologiques de la lésion deslèvres montre une région superficielle ulcérée très étendue à limite irrégulière, où les parties nécrosées sont‘en’voie d’élimination et le chorion farci de cellules rondes:
Ces bourrelets papillomateux non ulcérés situés :aux angles de l’ulcération, ou au niveau de son bord buccal, nous montrént une hyperplasie conjuguée considérable du: derme :et de: l’épiderme.
On ne rencontre que des mononucléaires dans la profon-deur du chorion.
Recherches expérimentales
Nos recherches expérimentales sur le papillome labial ont eu pour but de démontrer la contagion de cette affection.
Certains auteurs et en particulier le Professeur Cadiot, d’Alfort, dans son exposé clinique du pseudocancroïde, affirrne la nature « microbienne et contagieuse » du papillome des lèvres. D’autres, et M. le Professeur Cadéac est du nombre, ne croient pas à la contagion, mais pensent que l'affection est autoinoculable.
L'idée de contagion, en général, nous amène fatalement vers une autre, celle de la nature microbienne ou parasitaire de la lésion. |
En ce qui concerne le papillome labial, il est douteux qu’il soit d’origine parasitaire.
Serait-il de nature microbienne ?
On le prétend, mais, jusqu'ici, personne ne l’a démontré. Pourtant, nombre de praticiens adoptent cette manière de voir.
Le dernier travail de notre maître, M. le Professeur Ball, et de À. Tapernoux, sur le pseudo-cancroïde
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établit la nature papillomateuse de laffection ; nos observations confirment cette conception.
Les papillomes sont bien connus en pathologie comparée. Ce sont des productions qui intéressent à la fois la peau et les muqueuses, comme chez l’homme. Ces lésions sont contagieuses, il, n’y a aucun doute à ce sujet, et leur nature microbienne est établie. On a notamment constaté la transmission accidentelle des papillomes cutanés des animaux à l’homme.
A priori, par conséquent, on peut considérer le papillome labial comme étant de nature microbienne.
Le papillome labial du chat étant supposé microbien, nous avons pensé qu’il y avait des chances pour qu’il fût contagieux ou tout au moins susceptible d’être reproduit expérimentalement. Dans le but de démontrer le caractère contagieux de l'affection, nous avons entrepris les expériences suivantes :