OBSERVATION VII
9 Juin 4889. Pauline Jouch... âgée de 24 ans 172, orpheline, a eu des convulsions pendant son enfance. Elle a été nouée et a marché à 4 ans et demi, quoique élevée au sein.
Son père, un ivrogne, qui a abandonné sa famille, avait des crises inexpliquées.
Sa mère, qui était d’abord d'une bonne santé, a subi beaucoup de privations, puis est morte de la poitrine.
Pauline, dont l'intelligence parait au-dessous de la moyenne, est mal réglée. Elle est entrée à l’orphelinat à l'âge de 7 ans. Elle a eu dès ce moment des sortes de migraines pendant lesquelles elle avait grand mal au cœur une sorte de constriction de la gorge et laissait échapper des eaux de la bouche (c'était probablement des accès incomplets). Cela lui arrivait environ au moins une fois tous les huit jours. Outre ces accidents, depuis # ans, il en est survenu d’autres. Toujours pendant la nuit, elle se trouve mal, se débat, fait entendre un râle bruyant,
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se mord la langue, urine souvent sous elle. Il y a toujours, depuis 4 ans, tous les mois, une série de 3 accès nocturnes consécutifs.
Elle à suivi pendant 2 ans le traitement de Charcot au bromure de potassium, dont elle a pris jusqu'a 8 gr. par jour, sans aucun succès.
> En calculant on trouve environ 250 accès nocturnes.
Début du traitement le 9 juin 1883 par 0,25 d'oxyde de zinc par jour.
46 Août. Vers le 16 juillet seulement le traitement a été commencé parce que la malade est restée pendant un mois à l'hôpital pour se faire opérer d’une fistule à l’anus. Actuellement elle prend 1,50 d'oxyde de zinc par jour. Elle a mal à la tête. Après avoir pris la poudre, elle se plaint d'avoir mal au cœur pendant 2? heures. Prescription : continuer l'oxyde de zinc additionné d'essence de menthe.
22 Septembre. Le 16 septembre, Pauline a eu 2 accès nocturnes. Elle n'avait rien eu depuis le 5 juin (2 accès ce jour-là). Ce jour-là 16 septembre le premier accès a eu lieu à minuit, l’autre à 2 heures, puis elle a déliré, s'est promenée dans la chambre, les yeux grands ouverts. Au 2° accès, elle a crié, écumé, s’est mordu la langue et s'est débattue.
Le lendemain elle a eu un autre accès à 4 heures du soir, et un 4° à 8 heures. Ces deux derniers accès ont été moins forts que ceux dé la veille. Les deux accès du 5 juin étaient arrivés précisément le jour où elle était allée voir sa sœur, qui est mariée. (Pauline est dans un ouvroir religieux). 11 en est dé même pour le 16 septembre, ce qui peut tenir à la nourriture plus excitante de ce jour-là.
13 octobre. Rien de nouveau depuis le 22 septembre,
sa poudre lui fait toujours mal au cœur. Elle a été réglée
deux fois ce mois-ci et a beaucoup de flueurs blanches. L’auscultation révèle des rôles sous crépitants aux 2 sommets et du souffle carotidien.
Prescription : continuer l'oxyde de zinc; une pincée de carbonate de fer à chaque repas, de la tisane de gentiane. Porter de la flanelle.
8 novembre. Rien de nouveau. Toujours des maux de tête et des flueurs blanches. Continuer le traitement prescrit le 143 octobre.
6 décembre. Le 24 novembre Pauline à eu une forte crise la nuit. Elle a uriné au lit. Elle avait à ce moment ses règles, qui se sont arrêtées. Elle a fait beaucoup de bruit et s'est mordu la langue. Elle était très courbaturée le lendemain. Le soir, à 10 heures, nouvelle crise, sans. perte de connaissance (?). Nausées le 28 et les jours. suivants.
Prescription: 2.50 d'oxyde de zinc par jour. Eau de seltz ; respirer du vinaigre anglais.
Cette observation est également incomplète parce que nous n'avons plus revu cette malade, qui n’est probablement pas guérie.
Nous possédons encore 22 observations que nous ne rapportons pas parce qu’elles sont plus ou moins complètes. Souvent nous n'avons vu les malades qu'une fois. On ne nous les a pas ramenés. Dans d’autres: eas, le traitement après avoir produit soit une amélioration passagère, soit une perturbation dans la marche des accès, est resté complètement inefficace après trois mois. Les malades se sont alors découragés et n'ont plus rien voulu faire. Ges cas rebelles appartiennent tous à des malades qui avaient eu plus de 100 accès et dont l'intelligence paraissait déjà affaiblie.
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Agents thérapeuthiques. — Les substances employées contre l’épilepsie sont innombrables. Nous en avons dressé une liste aussi complète que possible en prenant pour base celle de Delasiaure à laquelle nous avons ajouté les agents divers mis en honneur depuis. On y verra la présure de veau marin, les excréments de cro-
codile, le sang de tortue, préconisés dans l'antiquité, à côté du bromure de potassium, qui estle médicament classique, officiel. Parmi toutes ces drogues dont la plupart ont joui, à leur époque, d’une vogue plus ou moins justifié, il en est dont l'efficacité n’a pas supporté l'épreuve du temps ; on serait même fort surpris de les voir figurer dans des recueils sérieux, si l’on ne savait de quellelicence d'imagination étaient capables les médecinsanciens ! Paracelse ne disait-il pas qu'il y a dans certains cerveaux humains une petite pierre angulaire dont la poudre devait guérir l’épilepsie ! Combien d’autres insanités du même genre on trouve en parcourant les écrits de savants dont le nom est cependant passé à la postérité !
Il est d'autres agents et procédés thérapeutiques qui on une réelle valeur;tels sont,par exemple,leselin des marais, la valériane, l’oxyde de zine, le sulfate de cuivre ammoniacal,le nitrate d'argent, la belladone,les bromures,le borax, le chlorhydrate d’hyoscine, la galvanisation du crâne, du corps thyroïde, l'application de pointes de feu sur le cuir chevelu (Ferré), la picrotoxine (Bourneville). Herpin cite plusieurs cas de guérison avec la poudre de selin des marais à la dose de 2 à 30 gr. par jour. Même succès avec le sulfate de cuivre ammoniacal et la belladone.
Nous devons à l’obligeance de notre ami le docteur Paul Cornet, de précieux renseignements sur l'emploi du
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bromure de camphre, du bromure d’or et de la picrotoxine à l’hospice de Bicêtre.
D’après les conclusions de sa thése (1) :
Le bromure d’or parait avoir une certaine action sur certains épileptiques ;
Le bromure de camphre à peu près nul sur les accès épileptiques, diminue ou fait disparaître les vertiges ;:
La picrotoxine, à la dose de 1 4112 à 2 milligrammes, agit favorablement sur les accè: d’épilepsie.
Certainsauteurs,Brown-Séquardentreautres,ont vanté la ligature du membre d’où partait l’aura, la torsion de la main, le tiraillement du gros orteil, pour prévenir ou arrêter un accès. M. Ch. Ferré est d'avis qu’il serait dangereux d'empêcher une attaque, la décharge nerveuse pouvant se frayer une voie d’un autre côté. Il est préférable de s’en tenir aux moyens de préservation. Quant au tiraillement du gros orteil il ne nous a jamais réussi.
Contre l'état de mal, on a employé les inspirations de nitrite d’amyle et l’hydrate d'amyle à la dose de 5 à 8 gr. par jour.
Le chlorhydrate d'hyoscine aurait été employé avec succès à la dose de 0,01 à 0,1 (2).
Sighirelli vante la galvanisation du corps thyroïde(3).
Le D' Nimeyer (v. Lancet 1888, 13 octobre) dit avoir obtenu de bons résultats en combinant le courant constant avec de petites doses de bromure de potassium (#4).
Le borax aurait donné de bons effets dans les cas
(1) D' Paul Cornet, Trailement de l'épilepsie. Thèse de Paris, 1889.
(2) Union pharmaceutique. 1893. p. 139.
(3) Semaine médicale. 1887, p. 431.
(4) Médical News, 3 novembre 1888, p. 501.
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réfractaires aux bromures, à la dose de 0,50 à 4 gr. trois fois par jour (1). Notre ami, M. le D' Dubuisson, médecin en chef de l'asile des aliénés de Toulouse, a bien voulu nous donner le résultat de sa pratique. Il a employé le borax pendant 6 mois à l'asile de Quatre-Mares, à Rouen et n’a obtenu que de légères améliorations, jamais de guérison. MM. Larrea et White disent avoir obtenu d'excellents résultats avec la teinture de simulo donnée à la dose def à 8 gr. par jour.
L’acide sclérotinique, le benzoate de soude, l’antipyrine et l’acétanilide seraient inutiles, d’après M. Ch. Ferré. Ce même auteur assure, aux pages 11 et 538 de son Traité, azoir employé avec succès, l'application dans la région des centres moteurs, de 20 pointes de feu très légères, 2? à 8 fois par semaine.
Quant au bromure de potassium si vanté, nous sommes loin de nier son efficacité. Nous pouvons cependant affirmer que nous ne l’avons jamais personnellement vu réussir. Tous les malades que nous avons soignés en avaient pris inutilement. Nous avons connu des épileptiques qui sont allés jusqu’à la bromuration sans succès. En revanche, nous avons été témoins, plusieurs fois, des déplorables effets du bromure potassique. C’est ainsi que M. Legrand du Saulle les avait bien signalés. Ce sont : l'acné bromique, l'abolition partielle de la sensibilité, la paralysie de la base de la langue et du pharynx, (ce phénomène est le criterium de la saturation), la céphalalgie frontale, l’enchifrènement, lelarmoiement, la gastralgie, l'indifférence, l’apathie, la somnolence, l’obtusion intellectuelle, la stupeur, tous phénomènes de dépression qui caractérisent
(1) Union pharmaceulique, de juin 1890.
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le bromisme, l’affaiblissement du sens génésique, la constipation par paralysie du rectum et l'amaigrissement.
Une autre raison grave nous rendrait perplexe dans l'emploi du bromure de potassium dans la clientèle de ville. Comme il est impossible d'obtenir des malades lobéissance de ceux d’un hôpital, en cas de saturation, nous craindrions d'exposer notre malade à tous les accidents de l’état de mal s’il venait à suspendre son traitement malgré nous, et de lui faire ainsi payer son arriéré (4).
Le bromure de potassium se donne jusqu'à 12 gr. par jour, en commençant par 1 gr. (2).
On peut donner sans inconvénient une dose massive de 20 gr. Il doit être chimiquement pur. S'il survient du bromisme, on suspendra son emploi.
(1). Ch. Ferré, ouvrage cité. (p. 556).
(2). On peut le supprimer graduellement après 1 à 2 ans de suspension des attaques.