AVANT - PROPOS
Considérations Générales sur les dérivés sulfamides
Depuis quatre à cinq ans, la chimiothérapie antibactérienne a pris un développement très important, grâce à la préparation synthétique de certains dérivés organiques du Soufre. Ces dérivés possèdent des propriétés thérapeutiques telles, que, depuis l’avènement de l’ère pastorienne, la lutte contre les maladies infectieuses, au moyen de l’arme chimique, n'avait jamais connu tant de succès.
Cependant, depuis un demi-siècle, Éinistes Bactériologistes et Cliniciens poursuivent cette lutte, avec persévérance et malgré des échecs constants. Il est vrai que les beaux résultats obtenus dans le traitement chimiothérapique des maladies parasitaires ont été pour eux une preuve encourageante de la possibilité d'action des médicaments chimiques ; et c’est en partant de certains remèdes anti-parasitaires, que la chimie est arrivée à la série actuelle des Sulfamides.
Les dérivés organiques du Soufre, intéressant ce court travail, sont des Sulfamides ou des Sulfones et dérivent du Mercaptan, c’est-à-dire du Phénol, où l’oxygène a été remplacé par le Soufre. Parmi le nombre, impressionnant déjà, de substances préparées en partant du Mercaptan, deux séries seulement ont été retenues, expérimentées, utilisées : celle des Sulfones, dont le type est le Diacétyl-diamino-diphénylsulfone ou Rodilone ; celle du Para-amino-phénylsulfamide, qui comporte plusieurs dérivés.
Ces dérivés ont été obtenus d’abord par blocage de la fonction aminée aromatique ; parmi eux figurent les colorants azoïques, tdls que les produits
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commercialisés sous le nom de Prontosil et de Rubiazol, Mais l’expérience a montré que le chef de file de la série possédait le maximum d'efficacité thérapeutique et le maximum de polyvalence, quant à l’action bactéricide.
C’est alors que l’on a préparé de nouveaux dérivés, en faisant porter la substitution sur l’amine de la sulfamide ; on a pu ainsi diminuer Ja toxicité, augmenter l’action bactéricide, tout en respectant la polyvalence.
Le ivpe de ces derniers corps chimiques est le 693 M et B : [(para-amino-phényl-sulfamido) pyridine] commercialisé sous le nom de Dagénan.
La nomenclature et la constitution des Sulfamides ayant été brièvement évoquées, il faut rappeler que l’action bactéricide et l’action toxique en ont été étudiées parallèlement, par la méthode expérimentale. Le streptocoque et les infections streptococciques sont à la base de cette étude, Toutefois, l’action des Sulfamides s’est montrée nette et caractéristique vis-à-vis de nombreux germes, en particulier du pneumocoque du méningocoque, du staphylocoque, du colibacille. Quant à l’action spécifique sur le gonocoque, elle a été mise én lumière par le traitement direct de la blennorragie humaine.
Malgré qu’elle soit encore controversée, l’action thérapeutique des sulfamides parait comporter :
1°) Une action directe sur les germes, dont elles diminuent la vitalité, qu’elles rendent plus aisément phagocytables ;
2°) Une action neutralisante sur les exo-toxines.
Tandis que l’action adjuvante sur J’organisme humain, en particulier sur les leucocytes, parait hypothétique.
L'histoire, toute récente, mais pourtant si longue, des Sulfamidés, ne peut être ébauchée, sans qu’il soit signalé les incidents et accidents, auxquels la mé- . dication, dont l’avenir paraît si brillant, peut donner naissance.
La thérapeutique chimique est toujours susceptible de provoquer des phénomènes d’intolérance et d'intoxication et l’on doit considérer la nature du produit — car tous les remèdes sont différents — ; la dose utilisée — qui doit varier sans cesse — ; l'état antérieur du malade — dont dépendent le choix du remède et le choix de la dose. Les Sulfamidés doivent être prescrits à la dose moyenne de quatre
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grammes par jour ; l’emploi en est souvent contre: indiqué par les lésions rénales, hépatiques, sanguines ; les asthmatiques, les urticariens, les dysglandulaires et les malades non alités sont plus susceptibles de présenter de l’intolérance.
Il est recommandé de ne pas employer en même temps que les Sulfamides, les sulfates alcalins, les sels d’or, les préaparations arsenicales.
Il faut enfin songer à l’idiosynerasie.
On observe des incidents immédiats et précoces constituant, en général, des manifestations d’intolérance ou de biotropisme; et des accidents tardifs, signature d’une véritable intoxication.
Les incidents immédiats commandent la prudence, mais non d'interruption du traitement. Ils consistent en
Œdème de la face, avec érythème
Diarrhée j
Céphalée
Malaise, avec asthénie
Somnolence, prostration
Vertiges, étourdissements
Amaigrissement brusque
Anorexie, nausées, vomissements
Rétention d'urine, albuminurie
Irritation des muqueuses des voies urinaires
Sensation d’ébriété
Accidents anaphylactoïdes : fièvre, prurit, hypotension, dyspnée, éternuements, larmoiïiement, gonflement des paupières, des lèvres, du scrotum, urticaire.
Les incidents précoces commencent au cours de la deuxième semaine et comprennent
1) La Cyanose, n’obligeant à interrompre le traitement, que si elle est consécutive à la présence dans le sang de méthémoglobine ou de Sulfhémoglobine.
2) Les éruptions cutanées — (photosensibilisation ou érythème du neuvième jour), imposant l’interruption de la médication.
3) Les réactions thermiques, ne constituant pas une contre indication absolue à la continuation du traitement. |
4) Les troubles digestifs, permettant la persistance du médicament.
5) L'Ictère, contre indication nette, qui exige l’arrêt immédiat de la prescription.
6) Les symptômes d’Irritation Rénale et l’Acidose,
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auquel cas il faut arrêter la médication, dès que le sang contient vingt milligrammes de sulfanilamide. pour cent centi cubes.
Les accidents tardifs imposent la cessation de la médication et l'institution d’un traitement approprié. . Contre la Sulfhémogobinémie, on utilisera l’oxygène et la transfusion sanguine ;
Contre la Méthémoglobinémie, l'oxygène et le bleu de méthylène sont indiqués ; Contre l’agranulocytose, on prescrira la transfusion sanguine, les extraits de foie.
L'anémie, l’intoxication nerveuse, hépatique, rénale ; la toxicodermie, seront combattues par des méthodes spéciales.
Il est possible d'éviter les incidents et les accidents signalés, en surveillant étraitement les malades, en dépistant rapidement le moindre symptôme d’intolérance, en fragmentant la dose quotidienne de quatre grammes et ne continuant pas plus de quinze jours l'administration des Sulfamidés. De plus, la dose quotidienne de quatre grammes ne doit être franchie qu’avec prudence, toute médacation surajoutée doit être proscrite, le régime alimentaire surveillé et les règles d'hygiène générale respectée.