‹ Contribution Clinique À L'Étude De La Fonction Graisseuse Du FoieChapitre 28 sur 53 · III. — LES ICTERES HEMOLYTIQUES · texte numérisé non relu

III. — LES ICTERES HEMOLYTIQUES

Nous avons pu examiner quatre sujets atteints d’ictère hémolytique, diagnostic basé à la fois sur les données cliniques et sur les résultats du laboratoire qui montrèrent la fragilité globulaire aux solution hypotoniques.

Chez ces quatre malades, le taux des lipides dosés par la réaction sulfo-phospho-vanillique dans le sang s’avérait normal et le chiffre moyen observé était de 5,90 unités, légèrement diminué peut-être, mais dans des proportions sensiblement comparables à la chute du cholestérol; nous rapportons plus loin l’observation intéressante d’un de ces sujets, qui, après splénectomie, dut subir une cholecystectomie pour des crises douloureuses vésiculaires. Nous pûmes étudier le taux des lipides biliaires dans deux de ces observations : dans un cas, ce fut sur la bile recueillie par tubage duodénal, tandis que dans l’autre, ce fut par le jeu

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d’une fistule vésiculaire que nous pûmes en apprécier les variations.

Le premier concerne un jeune sujet atteint d’ictère hémolytique avec anémie légère et fragilité des hématies, l’hémolyse s'inscrivant aux chiffres de H: — 64, E — 52, H: — 32. Nous pûmes pratiquer chez lui un tubage duodénal dont voici les résultats:

Lipides Cholés- Acide cho-

Re nee spams Bile A“ 11 0,75 80 0,8 Bi B | DS 0.87 140 Fi

C’était là des chiffres sensiblement normaux pour la bile; le taux des lipides sanguins était abaissé.

Notre second cas est plus instructif, car nous eûmes la bonne fortune de suivre jour par jour, la destinée des lipides biliaires après une intervention pratiquée chez ce sujet dont voici l’histoire:

M. C.., âgé de 34 ans, entre à l’hôpital Saint-Antoine le 26 janvier 1940 pour un ictère apparu dès l’enfance. 11 s’agit, à n’en pas douter, d’un ictère acholurique : ictère léger, co:orant les téguments et les muqueuses, allant de pair avec une urobilinurie importante; les matières ne sont pas décolorées. Selon le schéma classique, ce sujet était bien plus un ictérique qu’un malade. L'examen mit en évidence une splénomégalie importante, le bord antérieur de la rate, tranchant, crénelé, facilement palpable débordait les fausses côtes. Le foie était de volume normal, la région sous-hépatique douloureuse par intermittences.

Les examens de laboratoire confirmèrent un diagnostic que les symptômes cliniques rendaient explicite: anémie marqué à 3.020.000 G. R., taux de G. B. à 5.400, for-

Leger mule sensiblement normale, qu’accompagnait la classi-

qué fragilité de la résistance globulaire: hémolyse initiale à H; = 64, intense à H: = 60 et totale à H: — 40,

ICTERE HEMOLYTIQUE APRES SPLENECTOMIE

Lipides unités pour 1.000 cc.

Date de l’examen

en grammes pour 1.000 cc.

Pigments en grammes pour 1.000 cc.

vanillique

Réaction de Grigaut Acide cholalique

Réaction sulfo-phospho-

Examens de sang

12 jours avant 4,37 0,65 traces 0,10 Jour de l'opération 5,5 0,68 0 0,086 5 jours après 6,25 0,71 0 0,066 16 jours après 6,25 0,93 0 0,023 54 jours après 11 1,50 0,028

Examens de bile

Jour de l’opération 75 1,87 (bile vésiculaire)

témoignant de l’accroissement et de l’allongement de la courbe hémolytique.

Le cholémogramme donne les chiffres suivants: un taux de lipides S.P.V. sanguin à 4,37, une hypocholestérolémie à 0,65, des traces de sels biliaires et un ictère éva-

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iué à 0,20 par la diazo-réaction limite. La netteté d’un tel syndrome, son aggravation possible, firent conseiller une splénectomie; celle-ci fut pratiquée le 7 février 1940: le chirurgien extirpa une rate volumineuse pesant 960 grammes et, comme le malade avait souffert de crises douloureuses vésiculaires, il crut utile de pratiquer une cholecystostomie; celle-ci donna issue à de multiples calculs à faceite et à un jet de bile dans laquelle nous dosâmes 75 unités de lipides $S. P. V.

Tandis qu’on notait, les jours suivants, une disparition rapide de l’ictère et une amélioration de la formule sanguine, ia fragilité hémoiytique passant 24 heures après l’intervention à H: — 60, H: = 54, H: = 40 et cinq jours après à H: = 56, H: — 50, H:3 — 34, nous assistämes quotidiennement aux variations des lipides sanguins et des lipides biliaires. Dans le sang, le taux des lipides monta rapidement de 0,68 à 1,50 pour le cholestérol, de 6,25 unités à 11 unités pour la réaction S. P. V. Non moins intéressantes furent les constatations effectuées sur la bile: tout d’abord la disparition totale des lipides $. P. V. dans les jours qui suivirent l’intervention, alors que le cholestérol s’abaissait, mais restait dosable (nous avons souligné de sembables faits chez les sujets ictériques atteints d’un obstacle cholédocien) ; puis dans une deuxième étape, vers le dixième jour, le retour des lipides se fit à un taux physiologique compris entre 12,5 et 18,75 unités S. P. V.

Ces chiffres furent enregistrés pendant une cinquantaine de jours.

Cette observation, qui a la valeur d’une véritable expérience, nous a ainsi permis de faire l’étude du cycle des lipides biliaires chez un sujet atteint d’ictère hémolytique et d’apprécier le rôle de la rate dans le métabolisme des lipides.

On connaît depuis les recherches de CHABROL, de

NoBEcouURT, de DUCUING, ABELOUS et SouLA, l’influence de la splénectomie sur la teneur du sang en cholestérol; dans notre observation, l’ablation de la rate a provoqué une élévation de la cholestérolémie et du cholestérol biliaire: nous avons vu successivement le taux sanguin passer de 0,65 à 1,50 et la cholestérine biliaire s'élever de 0,15 à 1,24. Ces faits sont à rapprocher des constatations de CHABROI, CHARONNAT, CUOTTET et CACHIN, qui ont vu également s’accroître la cholestérinémie et la concentration des lipides biliaires après l’ablation de la rate sur le chien.

Nous avons noté aussi un chiffre considérable de sels biliaires après la splénectomie, fait que soulignaient dès 1922 CHABROL et BENARD chez un malade opéré pour un ictère chronique splénomégalique.

Ainsi donc, la rate joue un rôle dans le métabolisme du cholestérol et de l’acide cholalique. Ïl serait audacieux d’amplifier ces conclusions en les appliquant au métabolisme des lipides que dose la réaction S. P. V.: nous nous bornons à constater qu'après la splénectomie, dans notre cas particulier, le taux des lipides biliaires et sanguins est remonté au voisinage du chiffre normal.

Le métabolisme des lipides dosés par la réaction sulfo-phospho-vanillique est donc en définitive peu troublé au cours de lictère hémolytique avec grosse rate. Ce sont des chiffres normaux ou légèrement abaissés que nous notons aussi bien dans la bile que dans le sérum sanguin. |

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