SUFFOCATION
L'histoire de la suffocation est de date assez récente et ce n’est guère que depuis une trentaine d'années que l'on en à bien étudié les lésions.
Depuis lors, après les travaux de Tardieu, de Briand et Chaudé,de Vibert,de Brouardel,elle a pris un rang distinct à côté de la pendaison, de la strangulation et de la submersion.
Il n'entre point dans notre plan, de classer et de décrire les principaux procédés de suffocation, et partant nous nous bornerons, ici encore, à l'étude du : contenu du cœur dans ce genre d’asphyxie mécanique.
L'opinion généralement admise peut se résumer ainsi : Le sang, dans la suffocation, est fluide et rutilant, et quand l'asphyxie a été lente, le cœur peut contenir quelques eaillots.
Ollivier d'Angers, dans sa ÆRelalion médicale des évènements survenus au Champ de Mars, en 1837; Buttner et Slingenberg, dans leurs Dissertations latines (De
infanticidio. Groningen, 1843), signalent en passant cette fluidité et la présence de caillots.
Orfila, dans son traité de Médecine légale paru à Paris en 1848 ; Eusèbe de Salles, dans son article Médecine légale de l'Encyclopédie des sciences médicales de 1855, sont peu explicites sur ce point.
[faut arriver à Tardieu qui, dans un mémoire, publié dans les Annales d'hygiène publique el de Médecine légale, en 1855, s'exprime ainsi :
& L'état du cœur n'offre rien de particulièrement caractéristique dans la mort par suffocation. Le sang, qui est resté dans le plus grand nombre des cas complètement fluide, se présente cependant exceptionnellement à demi coagulé, lorsque l'agonie a été extrêmement prolongée el FPaccès de l'air incomplètement et graduellement intercepté. »
Lutaud, dans son Traité de Médecine légale, défend la même opinion et dit : « Le cœur ne présente aucune lésion spéciale à la suffocation ; le sang est ordinairement fluide,et si l’on découvre une coagulation partielle, c'est que la mort est survenue très lentement, »
Dans sonarticle Suffocation, in Traité de Méd. léq., Tourdes est moins affirmatif : « Dans la suffocation, écrital, lorsque la mort est rapide, le sang reste liquide. La rapidité de la mort est-elle la seule cause de diffluence du sang ? C'est au moins douteux. Cependant nous avons constaté un rapport direct entre cette liquidité et l’intensité de la cause asphyxiante. »
[y aurait donc, pour résumer eettesérie d'opinions, du sang liquide dans les suffocations rapides et des caillots dans les asphyxies lentes de même espèce.
Dans les quelques expériences qui suivent, nous allons
exposer les résultats que nous avons obtenus au laboratoire et nous rapprocherons ensuite nos conclusions de celles que nous venons d’énumérer.
EXPÉRIMENTATION
EXPÉRIENCE Î. - Chienne pesant 6 kilos.
Suffocation lente. L'animal a la tête emprisonnée dans des linges. Morten 1 heure.
L'autopsie est pratiquée dès après la mort.
Dans le cœur ouvert sur place on note :
Ventricule gauche : quelques caillots.
Ventricule droit: sang liquide.
Les oreillettes sont vides. |
Poumons : taches de Tardieu très manifestes.
Exp. Il. — Chien pesant 8 kilos.
Suffocation. Obstruction de la bouche et du nez, et compression de la cage thoracique.
Mort en 20”. Autopsie immédiate.
On ouvre le cœur sur place et on remarque :
Dans le cœur gauche : légères traces de sang coagulé surtout dans le ventricule.
A droite, l'oreillette est vide, et le ventricule présente deux caillots mous et du sang liquide.
On note sur les poumons de belles taches ecchymotiques.
ëxp. I. — Chien 7 kilos. Même expérience que If. Le cœur est examiné hors de la cage thoracique après ligature des vaisseaux. - Mêmes résultats.
Exp. IV. — Cobaye.
Suffocalion dans espace confiné.
L'animal est enfermé sous une cloche contenant une fois et demie environ son volume d'air.
La mort survient en 25”. Autopsie immédiate.
Le cœur est ouvert sur place et on observe que :
L'oreillette droite est occupée par du sang noiràtre coagulé ; le ventricule correspondant contient un gros caillot en suspension dans du sang liquide.
Le cœur gauche présente un ventricule vide et une oreillette remplie par un gros caillot.
Taches de Tardieu très nettes aux poumons.
Exp. V. — Lapin.
Même procédé expérimental que dans IV.
Morten 40’. L'autopsie pratiquée immédiatement donne des résultats identiques sur l’état du sang dans le cœur. Taches de Tardieu très nettes.
Exp. VI. — Cobaye.
Suffocation dans espace confiné, dans les mêmes conditions que pour IV.
La mort survient après 35°. Aulopsie 16 heures après.
Le cœurest enlevé après ligature des vaisseaux.
On note :
Le cœur droit est occupé en entier par un seul caillot volumineux. Tout le sang est comme pris en masse.
A gauche: quand on ouvre le ventrieule, ils’échappe un
peu de sang liquide noirâtre, mais les caillots prédominent notablement.
Exp. VII. — Lapin. Poids 1 kil. 150.
Même expérience. Le cœur est ouvert sur place. Mêmes résultats.
Exp. VIIT. — Cobaye.
L'animal est enfermé sous la cloche dans les mêmes conditions que précédemment. Mort en 25”.
On fait l’autopsie après cinq jours; l'animal est en pleine putréfaction gazeuse.
À Pouverture du cœur, incisé sur place, on trouve le ventricule gauche absolument vide.
Les deux oreillettes et le ventricule droit sont remplis par un caillot noirâtre, épais, consistant.
Exp. IX. — Lapin. Poids 1 kilo.
Suffocalion d’après le procédé déjà noté dans les dernières expériences.
Mort en 30.
L'autopsie est pratiquée 3 jours après la mort.
On lie les vaisseaux et on enlève le cœur.
On note dans ses quatre cavités des caillots avec prédominance dans le cœur droit.
OBSERVATIONS. — [ci encore nous notons, dans toutes ces expériences, des caillots caractéristiques. Les taches ecchymotiques de Tardieu ontété constatées chaque fois.
CÉAXPIDERE eV