‹ Contributions à l'étude de la faune jurassique de NormandieChapitre 2 sur 60 · CA · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

nous nous sommes attaché à bien fixer les types, laissant aux paléontologistes, mieux outillés au point de vue bibliographique, le soin de rétablir cette synonymie et de restituer, dans le cas d’erreur, aux espèces étudiées, le nom qui leur convient.

Les espèces Portlandienncs du Bray ont été exclues do ce travail ; les matériaux pour ce complément de notre travail nous font presque entièrement défaut et ces espèces ont d’ailleurs été bien étudiées par MM. Munior-Chahnas (1), de Loriol et Pellat (2). Ce mémoire ne comprend donc que les espèces Bajociennes, Bathoniennes, Oxfordiennes (senm lato) et Kimniéridiennes , qui ont fourni à notre étude une cinquantaine d’espèces. Nous n’avons eu à notre disposition aucune Trigonie du Lias de Normandie, bien qu’E.-E. Deslongchamps signale à Landes-sur-Drôme toutes les espèces qui accompagnent la Tr. imlchella dans le Lias supérieur de l’E. de la France (3).

Les matériaux que nous avons étudiés aiipartieimcnt en grande partie aux collections de la Faculté des Sciences de Caen ; nous devons de très vifs remerciements à MM. Gaudry et Fischer qui nous ont communiqué les types décrits par d’Orbigny dans le Prodrome, à MM. Douvillé, Munier-Chalmas , Lennier, Bizet, qui nous ont adressé de nombreux types. Nous tenons à remercier spécialement Madame Deslongchamps qui a bien voulu nous confier de très nombreux échantillons et mettre à notre disposition les notes et la bibliothèque de notre regretté prédécesseur.

(1) Bull. Soe. Liim. Norm., t. IX, p. 41a, 1865 et Bull. Soc. Géol. Fi'., 3* série, t. X, p. 494, 1882.

(2) Mém. Soc. Linn. Norm., t. XYI, 1872.

(3) Ét. sur Kt. jur. iiifér. Normandie, p. 83.

GÉNÉRALITÉS

Genre TRIGONIA, Bruguifîre.

Coquille close, équivalve, très inéquilatérale, trigone , carrée ou orhiculaire , nacrée intérieurement. Crochets antérieurs, courbés en dedans et en arrière. Ligament externe et 'postérieur. Chaque valve est presque toujours divisée suivant sa largeur en deux parties, 'présentant généralement une ornementation différente, f antérieure ornée de côtes ou de tubercules. Charnière portant à la valve droite deux fortes dents divergentes , striées transversalement , à la valvegauche trois délits également striées dont la médiane est bifide. Imjiression musculaire antérieure placée sur le plateau cardinal et plus petite que l’impression postérieure. Ligne pallèalc entière.

La forme de la coquille des Trigonies est assez variable et cependant presque toutes les espèces ont un air de famille qui permet aux géologues les plus inexpérimentés de reconnaître un représentant de ce genre. La coquille est tantôt sub-trigone, l’extrémité postérieure étant tronquée et le bord postérieur formant avec le bord palléal un angle plus ou moins ouvert, quelquefois prolongé en rostre ; tantôt la coquille est tronquée en arrière comme en avant et sa forme devient carrée ; les espèces de la section des Pectinatæ sont presque orbiculaires.

Dans la plupart des espèces, à l’exception de quelques-unes appartenant au groupe des Glabræ et des I^ectinatæ, la surface de chaque valve est nettement partagée en deux parties, présentant une ornementation différente, l’une antérieure, l’autre postérieure, inclinées l’une sur l’autre, et formant à leur rencontre un angle plus ou moins ouvert. A cet angle correspond ordinairement une crête allant du

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crochet à l’angle postérieur et qui poi-te le nom de carène marginale. La portion do la valve comprise en avant de cette carène est le flanc ; la partie située en arrière est Xaréa. L’aréa est limitée en arrière par une autre carène, dite carène externe, qui la sépare de Vécmson, présentant généralement une ornementation différente de celle de l’aréa et souvent faisant un angle avec elle. L’aréa présente généralement une crête médiane, dite carène médiane, allant du crochet au milieu du bord postéi'ieur de l’aréa. L’ornementation de cette aréa est formée par des côtes rayonnantes, celle des Hancs par des côtes ou des rangées do tubercules, disposées concentriquement. Le ligament, situé du côté postérieur, dans la partie supérieure de l’écusson, est relativement court, saillant, quelquefois conservé dans les formes fossiles.

La charnière des Trigonies forme un engrenage très sei'ré. Elle se compose à la valve gauche d’une grosse dent triangulaire, saillante, échancrce à son bord inférieur ; ses deux faces antérieure et postérieure sont fortement cannelées de haut on bas ; cette dent est limitée en avant et en arrière par deux fossettes triangulaires, étroites, la postérieure plus étroite que l’antérieure ; la fossette antérieure est bordée en avant par une dent étroite, cannelée sur sa face postérieure ; la fossette postérieure est également bordée par une dent étroite, cannelée sur sa face antérieure. La charnière de la valve droite présente une disposition inverse ; elle se compose de deux grosses dents latérales , obliques , fortement cannelées sur leurs deux faces , et limitant au milieu de la ligne cardinale un large espace triangulaire dans lequel se loge la dent médiane de la valve gauche. Aux dents latérales do. cette dernière correspondent sur la valve droite deux fossettes allongées, placées du côté externe de chaque dent. L’impression musculaire antérieure est allongée, profonde, située sur le plateau cardinal, bordée dans sa partie supérieure par la dent antérieure ; l’impression musculaire postérieure est arrondie, moins profonde que l'antérieure, située en dehors du plateau cardinal. Elle est surmontée par une petite impression arrondie, correspondant à l’attache de l’adducteur postérieur du pied. La ligne palléale est entière. La surface interne du bord de la coquille dans la partie correspondant au bord postérieur de l’aréa présente deux larges dépressions , peu profondes , séparées par une crête mousse , et

GÉNÉRALITÉS

répondant , la supérieure à l’oriflee de sortie , l’inférieure à celui d’entrée.

La symétrie des deux valves n’est pas absolue dans la plupart des Trigonies. Dans les espèces de la section des Clcwellatæ, les rangées de tubercules no se correspondent pas d’une valve à l’autre, et présentent au voisinage du bord commissural antérieur une disposition alterne. Cette dissymétrie est encore plus frappante chez les Coslatæ. Dans les espèces qui constituent cotte section, la partie de l’aréa de la valve droite, comprise entre la carène marginale et la carène médiane, présente des côtes plus nombreuses et mieux marquées que la partie correspondante de l’aréa do la valve gauche ; la carène marginale de la valve droite est plus large que celle de la valve gauche et limitée en arrière par un sillon situé sur l’aréa ; la carène marginale de la valve gauche, plus étroite, est limitée aussi, mais du côté antérieur, par un sillon situé sur les flancs et qui empêche les côtes des flancs d’arriver jusqu’à cette carène. Dans une coquille dont les deux valves sont en rapport, les doux carènes ne se correspondent pas sur le bord palléal ; la carène de la valve droite correspond au sillon qui limite en avant la carène de la valve gauche ; inversement la carène de la valve gauche correspond au sillon qui limite en arrière la carène de la valve droite.

Le nom de Trigonia appliqué par Bruguière en 1791, au genre de Mollusques dont nous nous occupons, avait été employé antérieurement (1773) par Aublet pour désigner un genre de plantes de la Guyane. En 1823, Sowerby a fait ressortir ce double emploi et proposé de remplacer le nom de Bruguière par Lyridon que Broun pour des raisons d’étymologie a changé en celui de Lyriodon (1836).

En 1878 M. Bayle (1) a figuré sous le nom de Lyrodon plusieurs espèces du groupe des Costatæ et sous celui do Myoïihorella (n. gen.) plusieurs Clavellaiæ.

En suivant rigoureusement les règles de la nomenclature, le nom de Trigonia devrait être abandonné pour désigner le genre de Mollusques, mais nous nous demandons si cette modification qui ferait disparaître un nom bien connu n’aurait pas de plus graves

(1) Mém. de la Carte Géol. de Fr., t. IV.

GÉNÉRALITÉS

inconvénients que la confusion impossible d’un Mollusque avec un arbrisseau.

L’adoption du genre Myojihorella de M. Bayle pour les Trigonies du groupe des Clavellalæ et du genre Lyrodon pour les Costatæ , entraînerait la création de genres aussi nombreux que les sections établies par Agassiz et comprenant des espèces no différant qu« par la forme et l’ornementation, mais dont l’économie est la même.

Les sections établies par Agassiz (1) sont au nombre de huit; ce sont ;

1® ScAPIIOÏDE.E,

type : Trigonia nams, Lamk.

.lurassique. Crétacé.

2“ Clavellatæ,

type : Trigonia clavellata, Sow.

Jurassique, Crétacé.

3” Quadratæ,

type : Trigonia dedalea, Sow.

Crétacé.

4“ ScABRÆ,

type : Trigonia scabra, Lamk.

Crétacé.

5" Undulat.e,

tvpe : Trigonia undulala, Fromh.

Jurassique.

G® CoSTAT.E,

type : Trigonia costata, Sow.

Jurassique, Crétacé (très rare).

7“ GLABR.dî,

type : Trigonia gibbom, Sow.

Jurassique, Crétacé.

8® Pectinatæ,

type : Trigonia 'pectinata, Lamk.

Actuel.

Lycett a porté le nombre de ces groupes à 9, par l’adjonction d’une section de Byssiferæ, pour la Tr. carinata, Ag. du Néocomien (2).

M. Choffat (3) a proposé quelques modifications aux groupements admis par Agassiz, Lycett, et tous les paléontologistes.

Dans le groupe des Scaphoïdeæ, M. Choffat signale une espèce du .Jurassique supérieur (Lusitanien) du Portugal qui se- distingue des

(1) Mémoire sur les Trigonies, p. 7, 1840.

(2) Mon. Brit. Foss. Trig. p. 11, 1872.

(3) Desc. de la faune jurassùiue du Portugal, Moll, lamellibranches : Asiphonidæ, p. 19, 1883.

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