‹ Contributions à l'étude de la faune jurassique de NormandieChapitre 4 sur 60 · II · texte numérisé non relu

II

GÉNÉRALITÉS

droites et perpendiculaires au bord commissural ou se divisent en deux séries, celle du côté postérieur formée de côtes perpendiculaires au bord palléal, l’autre située sur le côté antérieur, formée de côtes indépendantes des premières, perpendiculaires au bord commissural antérieur. Cette disposition se retrouve dans certains exemplaires de la Tr. literaia ; la fig. 3, pl. XIV de la Monographie de Lycett en donne un bon exemple. L’ornementation de l’aréa dans les espèces du groupe de la Tr. duplicata étant la même que dans les Undidatæ, M. Chofl'at fait passer ces espèces dans la section des Undidatæ, au lieu de les laisser comme on le fait généralement dans le groupe des Scaphoïdeæ.

M. Choffat a fait en outre remarquer (1) que les limites entre les Clavellatæ et les Undidatæ ne sont nullement tranchées, et que certaines espèces appartenant aux Clavelkdæ présentent des côtes ayant une sorte d’angle ou do coude vers le milieu de leur parcours ou vers la carène. Il propose de ranger toutes les espèces douteuses parmi les Undidatæ et do ne laisser aux Clavellatæ que les formes à côtes bien régulières.

Cependant la disposition des côtes dans les espèces du groupe de la Trigonia duplicata s’écarte à la fois de celle qu’on observe dans les sections des Scaphoïdeæ, des Undidatæ, des Clavellatæ et ce n’est que provisoirement que nous les rangeons dans ces dernières. Des matériaux plus nombreux permettraient peut-être d’élever ce petit groupe à la hauteur d’une section.

Les espèces réunies par Agassiz dans sa section des Glahræ se prêtent à un groupement différent de celui qui a été donné par cet auteur. Cette section des Glabræ, dans la Monographie d’Agassiz, comprend des espèces à surface unie, sans côtes ni tubercules, avec plis sinueux et pou saillants su,r le devant, ressemblant à de larges Unio, et dont les lignes d’accroissement se remarquent sur toute la surface, mais peu sensibles.

Agassiz fait rentrer dans ce groupe les espèces suivantes du Jurassique et du Crétacé :

Trigonia excentrica, Sow. (Min. Conch., pl. CCVIII, fig. 1-2).

)) gihbosa, Soiv. (Min. Conch., pl. CCXXXV et CCXXXVI).

(1) Loc. cit., ij. 22.

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Trigonia Rœmeri, Ag. (= Unio suprajurensis, Rœm., Ool. Geb., 2® partie, pl. XIX, flg. 15).

» inftata, Rœm. (Id., pl. XIX, lig. 22).

Lycett (Mon. of Brit. foss. Trig., p. 7) a déjà fait remarquer que cette section n’était pas naturelle et que les espèces qu’on y réunit se partagent en deux groupes, celui de la Tr. gibbosa et celui de la Tr. excenlrica.

Le groupe de la Tr. gibbosa comprend en Angleterre, comme espèces bien caractérisées :

Trigonia gibbosa, Sow. (Lycett, p. 84, pl. XVIII, fig. 1-6, pl. XIX, tig. 1-2.

» Manselli, Lycett (p. 86, pl. XIX, tig. 3-4).

» Bamoniana, Lycett (p. 88, pl. XVIII, tig. 3, pl. XXI, fig. 1-5).

Toutes ces espèces sont du Portlandien. On doit y réunir parmi les espèces françaises les formes suivantes qui proviennent également du Jurassique supérieur :

Trigonia Gurmonlensis, de Loriol (Jur. de la Haute-Marne, Mém.

Soc. Linn. Norm. , t. XVI, 1872, p. 315, pl. XVII, fig. 10-12) des calcaires séquaniens à Cardiuni corallinwn de la Haute-Marne.

» Aciœon, Munier-Chalmas {B. S. G. F., 3'" série, t. X, 1882, p. 503, pl. XII, fig. 5), des calcaires à Diceras arietimim de Doulaincourt (Haute-Marne).

» Edmundi, Munier-Cbalmas (Id., fig. 6, p. 501) du Portlandien du Bray et de Boulogne-sur-Mer.

» Oustedeti, Munier-Chalmas (Id., fig. 7, p. 502) du Kimméridien inférieur du Boulonnais.

» Morcli, Munier-Chalmas (Id., fig. 2, p. 502) du Portlandien inférieur du Bray.

Le groupe de la Trigonia gibbosa comprend donc des espèces cantonnées dans le Jzirassiqice supérieur, dans le Bassin Anglo-Parisien. Il est donc très intéressant de retrouver une espèce de ce groupe

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dans rinfra-lias d’Espagne ; c’est la Trigonia Otdedensis, Lycett (Mon. Brit. foss. Trig., suppl., p. 2, 1881) de la zone à^l. Angulatus d’Oviédo où elle a été recueillie i)ar M. Barrois. La forme de ces espèces est subarrondie, les crochets rapprochés de la ligne médiane. L’aréa, étroite, ne présente que des stries transverscs et sa séparation en deux moitiés, généralement peu accentuée, est marquée par un sillon et non par une carène ; les carènes qui limitent cette aréa sont absentes ou presque effacées. Les flancs sont quehjuefois lisses, séparés par un sillon oblique, plus ou moins marqué, en deux parties inégales, l'antérieure très large, la postérieure très étroite. Les côtes (jui ornent généralement les flancs sont normalement tuberculeuses ; elles sont limitées à la partie antérieure des flancs et s’arrêtent au sillon qui la sépare de la partie postérieure ; leur direction est tantôt parallèle, tantôt fortement oblique au bord palléal.

Ces caractères nous paraissent suffisants pour grouper ces espèces en une section à laquelle nous donnons le nom de Gibbos.e, du nom de l’espèce la plus commune et la rnieu.x connue qui lui sert de type, c’est-à-dire la Trigonia gibbosa.

La Trigonia excenirica, Sow. [— Tr. aljinis, Sow.) sert de type à un autre groupe qui commence dans le Jurassique supérieur et se développe dans le Crétacé.

A ce groupe appartiennent ;

Trigonia Boloniensis, de Loriol (loc. cil., p. 301, pl. XVII, fig. 1) du Kimméridien supérieur de la Haute-Marne.

» excentrica, Soav., = Tr. affinis, Sow. (Lycett, p. 94-, pl. XX, fig. G-7, pl. XXI, fig. 6-7, pl. XXII, fig. 5) du Cénomanien.

» læviusGiila, Lycett (p. 96, pl. XXII, fig. 6) du Cénomanien.

Les quelques espèces de ce groupe que nous connaissons se distinguent des Gibbosæ par leur forme plus allongée, leur aréa lisse, se confondant avec l’écusson , l’absence de toute séparation entre l’aréa étroite et les flancs. Les côtes, qui ne sont jamais tuberculeuses, sont parallèles au bord palléal et traversant toute la largeur des flancs no disparaissent que sur l’aréa qu’elles traversent même dans le jeune âge.

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Nous proposons pour les Trigonies de cette section le nom d’ExcENTRicÆ , en prenant pour type la Trigonia excentrica du Cénomanien.

Le Jurassique inférieur d’Angleterre et de Normandie renferme trois espèces qui présentent dans leur ornementation des caractères assez voisins, différents de ceux des autres sections et qui légitiment rétablissement d’un troisième groupe dans la section des Glahræ d’Agassiz.

Ces espèces sont :

Trigonia Lingonensis, Dumortier (Lycett, p. 98, pl. XXII, fig. 1-4) du Lias moyen d’Angleterre et du Bassin du Rhône.

» Beeslegana, Lycett (p. 90, pl. XVII, fig. 2-A) de l’Oolithe inférieure d’Angleterre.

» Eudesi, n. sp. du Bathonien supérieur de Langimne.

Dans ces espèces l’aréa étroite, assez bien délimitée, généralement lisse, quelquefois ornée de côtes obliques, ne présente point de carènes interne, médiane ou marginale ; l’écusson est bien délimité, les flancs sont lisses dans la plus grande partie de leur surface, mais présentent du côté antérieur des côtes nombi’cuses, serrées, parallèles au bord palléal.

On peut donner à cette section dont Lycett avait pressenti la nécessité le nom de Senii-læves.

Les Glauræ d’Agassiz se trouvent ainsi divisées en trois sections ;

!'■“ section : Semi-læves, représentée dans le Jurassique inférieur (Lias, Bajocien, Bathonien). Type : Tr. Lingonensis, Dum.

2“ section : Gibbos.e, comprenant des formes cantonnées dans le Jurassique et surtout dans le Jurassique supérieur (Kimméridien et Portlandien). Type : Tr. gibbosa, Sow.

3® section ; Exgentricæ. — Commençant dans le Jurassique supérieur (Kimméridien) et se continuant dans le Crétacé. Type: Tr. excentrica, Sow.

La position systématique des Trigonidés est encore douteuse. Cette

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famille apparaît dès le Silurien où elle est représentée par le genre Anodonto'psis, M. Coy {— Pseudaximis, Sait.); dans le Dévonien ce genre est remplacé par Myo%)horia, Bronn., qui se continue jusque dans rinfra-lias (Rhétien) ; le genre Schizodus, King, apparu dans le carbonifère disparaît dans le Permien. Le genre Trigonia, Brug., commence son évolution dans l’Infra-lias {Z. h A. migulatm).

M. Frech (1) a montré l’évolution des formes de Mgophoria depuis le Dévonien ; dans les formes dévoniennes il n’y a que deux dents sur chaque valve ; dans les formes triasiques apparaît une troisième dent postérieure sur la valve gauche et la dent médiane devient triangulaire ; les dernières formes triasiques présentent seules des cannelures sur les dents.

En comparant la charnière des Myophories à celle des Trigonia on voit que la dent triangulaire centrale de la valve gauche est l’homologue de la dent cardinale centrale des Mgophoria et n’est point formée par la soudure de deux dents latérales rapprochées ; la charnière des Trigonia n’est donc point Scuizodonte, au sens que lui donne M. Steinmann (2).

Neumayr (3) a cherché à démontrer que les ünionidês dérivaient des Trigonidés et avaient une charnière homologue. Dans les Unio, les dents princii)ales sont éloignées du crochet et c’est seulement dans les formes dont le crochet est rejeté en avant que la charnière est ramassée et devient Besmodonle. Cependant dans le type CastaUa qui constituerait d’après Neumayr la forme la plus voisine de Trigonia, la dent médiane de la valve gauche est formée de deux moitiés non soudées , tandis que la dent triangulaire de la valve gauche de Trigonia, homologue de celle de Mgophoria, est malgré son apparence bifide une dent unique. Les arguments tirés de l’ornementation de CastaUa, de la structure nacrée, des lames internes de la coquille, de la disposition du manteau et des branchies ne suffisent pas pour établir une parenté contre les caractères basés sur l’çtude de la charnière.

(1) Ueber Mecynodon und Myophoria, Z. D. D. G. G., t. XLI, p. 127.

(2) Elemeute der Palaontologie.

(3) Uber die Herkunft der Vnioniden (Sih. Akad. Wiss. Wien, t. XCVII, p. 3, 1889).

COSTATÆ.

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