‹ Contributions à l'histoire des paralysies puerpéralesChapitre 8 sur 8 · SURDITÉ · texte numérisé non relu

SURDITÉ

Ce que nous venons de dire de l'amaurose s'applique

- il 7 -

presque complètement à la paralysie de l'ouïe , qui , comme la première, est sous la dépendance presque absolue de l'albuminurie. C'est du moins l'opinion de tous les auteurs, avec cette simple différence que ce sens est frappé un peu moins souvent que celui de la vue, et que presquè toujours les troubles de l'ouïe coïncident avec ceux de l'organe visuel. Signalée par Hippocraie, par Itard, Tiedemann, Portai, qui ont, ces deux derniers, constaté la périodicité de la surdité cbez certaines femmes grosses ; elle est notée par tous les accoucbeurs, comme prodromes de Téclampsie puerpérale, au même titre que l'amaurose.

C'est ainsi que Baudelocque, Burns, Gardien et autres, ont cité des faits à l'appui de cette manière de voir, qui a été affirmée par tous les auteurs, depuis la découverte de Brigbt. Nous nous bornerons donc à renvoyer à ces auteurs, et à rapporter quelques observations.

Obs. CXL VIII. — Churchill, obs. 5. Surdité apparaissant aux troisième et quatrième mois de la première grossesse; allant en augmentant jusqu'à l'accouchement, disparaissant après.

Churchill. Obs. 12-1.3. Dans deux cas, j'ai observé une surdité assez complète pendant la grossesse et sa disparition après l'accouchement. Dans aucun de ces cas,, on ne trouva d'albumine dans les urines après la délivrance.

Quand il n'y a pas eu albuminurie, la surdité a toujours guéri, r

Je dois ajouter que dans tous les cas de cette espèce le docteur Lever a toujours trouvé de l'albumine dans l'urine.

Obs. CXLIX. — Gras. Thèse de Paris, 1804. Dix-huitième grossesse. Surdité subite à la fin de la grossesse. Bouffissure au visage, aux jambes et aux cuisses qui s'oppose à la saignée. Peu de jours après, convulsions violentes. Accouchement d'un enfant vivant. Guérison de la mère.

Obs. cl. — Portai. Une grande dame devient sourde d'une oreille pendant une grossesse. Les'gens de l'art attribuent cet accident à l'omission de la saignée. Nouvelle grossesse; pas de saignée; surdité portant sur les deux oreilles. Troisième grossesse, perte de la vue d'un œil. Quatrième grossesse, saignée, pas d'accidents. On a eu soin de la faire saigner dans ane autre

grossesse encore, el elle est heureusement accouchée sans aucune suite fAcheuse.

Obs. cm. — Liegey. Annales de la Flandre occidentale, 1855-S6. l'rimiparo fl terme. Dans les quinze derniers jours, éblouissemenls, douleurs névralgiques anlibrachiales, œdème. Le 11 février, céphalalgie sus-orbitaire. Perte complète de la vue dès le matin, convulsions dans la soirée. A partir du milieu de la nuit, une surdité produite peu de tem[)S après l'amaurose diminue. A deux heures du matin l'ouïe est remarquablement exaltée. La vue revient, intelligence normale, délivrance, guérison.

Ces observations sont suffisantes pour montrer la relation qui existe entre la maladie de Bright et la surdité ; il est cependant des cas où l'albuminurie a fait défaut, et alors on peut admettre, dans ces cas, que la surdité fera partie de ces troubles nerveux sympathiques qu'on observe si fréquemment et en si grand nombre dans le cours de la gestation.

La surdité, à l'inverse de l'amaurose, est le plus souvent sous la dépendance de la dépression générale de l'économie, et dans toutes les fièvres graves, dans tous les états adynamiques, il est fréqueqt de la constater. Elle constitue, même pour certains auteurs, un signe pronostique assez grave. Nous avons vu qu'elle existait dans une des observations qui nous sont personnelles, et il n'y avait pas d'albumine dans les urines, mais bien un de ces états graves que nous venons de signaler. Estil enfin besoin de rappeler son existence dans la fiè\Te typhoïde ? Pour nous, donc, la surdité trouve sa place dans les phénomènes précurseurs de l'éclampsie, mais l'albuminurie est loin d'en être la seule cause déterminante, et on peut la rencontrer, non-seulement dans l'état puerpéral, mais dans toutes les affections adynamiques, qu'il s'agisse de femmes en état de puerpéralité ou de malades hors de l'état de grossesse ; ici donc, encore, l'état puerpéral pour nous est secondaire, et il ne

suffit pas seul dans l'iramonso majorité des cas à expliquer ces accidents.

Resteraient enQn les paralysies de l'olfaction, du goût et de la voix, mais les observations sont bien peu nombreuses, car Imbert Gourbeyre n'en connaît pas ayant trait à l'anosmie, et les autres observations sont discutables.

Obs. CLII. — C'est ainsi que Capuron, Maladies des femmes, 1853, a observé la femme d'un traiteur dont la moitié du visage fut frappée de paralysie au commencement du neuvième mois. Les paupières et tous les muscles de la joue gauche étaient dans le relâchement. Celte femme éprouvait une telle perversion dans le goût que toutes les su'ostances placées sur sa langue, même le sel, le poivre, le vinaigre, lui paraissaient douces comme du sucre et du miel.

Il n'y avait donc pas paralysie , mais perversion de goût.

Obs. CLIII. — Liegey. Primipare, accouchement à terme avec éclampsie. L'auteurlui fait absorber un mélange dekinaetdesulfate de quinine à l'endroit duquel elle ne manifeste aucun dégoût. Quelques heures après, seconde dose alors que la connaissance est revenue avec la parole. Le sens du goût a reparu, aussi le mélange a-t-il été trouvé très"-amer.

Y a-t-il eu là paralysie du goût ou simplement obtusion passagère? La femme était éclamptique et probablement dans un demi-coma quand on lui fit avaler le mélange, il a donc pu passer inaperçu.

Enfin, la paralysie de la voix n'est pas mieux prouvée. Témoin l'observation citée de Prestat, où il est dit que la femme était paralysée de la voix et en même temps qu'elle prononçait quelques paroles de loin en loin !

Obs. CLIV. — Une seule observation resterait relatée dans le Œsterreichen Wucbenschrift, 1843. 11 s'agit d'une femme primipare âgée lie 83 ans, dont les couches furent suivies de paralysie de tout le côté droit sans convulsions antécédentes. Le mouvement et le sentiment se rétablirent peu après, mais il resta un mutisme qui finit par céder à l'emploi du ehenopodium ambrosiades.

Faut-il maintenant, de ces diverses paralysies que

nous venons de passer en revue, rapprocher les faits de

manie puerpérale qu'Imbert-Gourbeyre a un des pre-

miers signalés comme une des complications de l'éclampsie puerpérale et qu'il considère comme des paralysies de Tintelligence? Nous ne le croyons pas. D'abord, dans ces cas, il n'y a pas paralysie, il y a perversion de l'inlolligence, et si ces cas de manie puerpérale succèdent quelquefois à de l'éclampsie, on les voit souvent se produire en dehors de toute albuminurie ; il s'agit là d'un phénomène particulier qui constitue un des accidents de l'état puerpéral, et qui, s'il se produit quelquefois pendant lagrossesse, et nous avons eu nous-même occasion d'en observer un exemple (la manie qui exista dès le troisième mois cessa avec le passage de la tète du fœtus), est bien plus souvent consécutif à l'accouchement. C'est un véritable phénomène de suites de couches et la manie puerpérale se présente sous des formes trop diverses pour que nous voulions entamer ici son étude qui exigerait à elle seule des développements que ne comporte pas la limite de notre sujet. Nous renvoyons, du reste, au livre si intéressant de M. Marcé : De la Folie des femmes enceintes et nouvellement accouchées, et nous nous bornerons à signaler la relation qui existe souvent entre la manie et l'albuminurie, dont elle est quelquefois, on peut le dire, une des terminaisons.

Quelles sont maintenant les conclusions que nous pouvons tirer de cette étude des paralysies puerpérales? Nous allons les résumer aussi brièvement que possible.

1° Les femmes à l'état de puerpéralité sont soumises aux mêmes causes de paralysie qu'en dehors de l'état de grossesse, d'accouchement ou de suites de couches.

2° L'état puerpéral constitue néanmoins chez elles une cause prédisposante qui semble même, dans certains cas, acquérir une influence plus considérable et devenir véritablement cause déterminante.

3" Ces paralysies peuvent se produire à toutes les pé-

riodes de la puerpéralité. grossesse, accouchement, suites de couches, avec une fréquence beaucoup pkis marquée pendant la première et la troisième de ces périodes de l'état puerpéral.

4" Ces paralysies se présentent sous trois formes: hémiplégie, paraplégie, paralysie des sens spéciaux. Chacune des deux premières pouvant s'accompagner de la troisième, mais surtout la première.

5° Ces paralysies peuvent être complètes ou incomplètes, partielles ou générales, c'est-à-dire affectant tout un côté du corps (hémiplégie) ou seulement les membres inférieurs (paraplégie) et dans ces cas porter sur un seul membre ou sur les deux à la fois. -

6° Ces paralysies peuvent affecter ces formes bien nettes el exister ainsi seules ou bien s'accompagner de paralysie des sens spéciaux, vue et ouïe qui elles-mêmes peuvent constituer A. elles seules toutes les manifestations paralytiques.

7° Les hémiplégies et les troubles des sens spéciaux s'accompagnent souvent de paralysies faciales qui se présentent ainsi rarement isolées, mais sont le plus souvent liées soit à des paralysies partielles des membres, soit à des paralysies des sens spéciaux.

8° Ces paralysies, quelle que soit leur forme, portent à la fois sur la motilité et la sensibilité et présentent à ce point de vue toutes les variétés possibles, depuis le simple trouble jusqu'à Tabolition lapins complète.

9" Ces paralysies puerpérales peuvent se ranger sous deux chefs principaux :

1° Paralysies par lésion organique ; 2" Paralysies par action réflexe.

Les paralysies par lésion organique peuvent se subdiviser en deux grandes classes :

l . Les lésions organiques primitives : congestions.

hémori'hagies. méningites, lésions des enveloppes osseuses, soit cérébrales soit rachidiennes.

2. Les lésions organiques secondaires ou consécutives (congestions, hémorrhagies, méningites, etc.) à des affections du cœur, des thromboses cérébrales, albuminurie, affections utérines et compressions nerveuses.

Les paralysies réflexes, ou dues à une irritation périphérique.

10° L'état puerpéral, non-seulement n'empêche pas les femmes d'être soumises à toutes les causes de paralysies autres que celles que nous venons d'énumérer, c'est-à-dire rhumatisme, chloro-anémie, hystérie, et ces paralysies peuvent survenir chez une femme enceinte ou récemment accouchée absolument comme en dehors de l'état de gravidité ; mais .dans quelques cas même il semble avoir plus qu'une action prédisposante, et les altérations du sang pendant l'état puerpéral semblent dans certains cas avoir une influence tout à fait spéciale (paralysie par chloro-anémie, paralysies albuminuriques).

H° Les paralysies puerpérales sont en général bénignes et passagères, mais cela est surtout vrai pour les paralysies réflexes, car qu'il s'agisse d'hémiplégie, de paraplégie ou de paralysie des sens spéciaux, elles peuvent persister plus ou moins longtemps, quelquefois même d'une façon indéfinie.

12° Les paralysies organiques empruntent leur caractère de gravité à la nature même de la lésion qui les a déterminées : si cette lésion est légère la paralysie ellemême est passagère ; si, au contraire, les organes de l'innervation sont touchés plus profondément, la paralysie devient permanente, et dans des cas assez nombreux la mort des malades est venue montrer la gravité même de cette lésion.

13° Xes lésions le plus souvent constatées sont les héniorrhagies cérébrales, les méningites cérébrales ou rachidiennes, soit qu'elles se soient rencontrées seules, soit qu'elles aient été accompagnées, et cela est relativement fréquent, de dégénérescences plus ou moins prononcées des reins.

14° Le fréquence même de la coïncidence de ces lésions rénales et des lésions cérébrales ou médullaires indique toute l'importance de l'albuminurie dans la pathogénie de ces paralysies puerpérales.

13° Il est jusqu'à un certain point possible d'établir un diagnostic précis de la cause de ces paralysies puerpérales, et, cette cause une fois connue, d'établir un pronostic d'autant plus certain que la cause de ces paralysies sera mieux établie.

16° Le traitement devra lui-même être subordonné à la connaissance de ces causes, les unes ayant un caractère permanent, les autres, au contraire, un caractère essentiellement fugace et passager.

A. J'ARi.iT, linprinjcur de !a Faculté de Médecine, rue M.-ie-i'nnce, 31,

Page 1