TOME XVII
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Le Lièvre d'Egypte, Lepus mgyptius (Desm.), remplace en Tunisie notre Lièvre de France; il se rapproche du Lièvre méditerranéen qui habite nos départements les plus méridionaux et qui est aussi une espèce à part. Le Lièvre d'Egypte est plus petit que ces derniers, plus haut sur jambes, les oreilles plus longues. Le pelage ne diffère pas sensiblement de celui de notre espèce, au moins en hiver ; mais en été, après la mue, ils paraissent encore plus petits et la coloration est d'un roux clair. Mais ce qui est intéressant à signaler et qu'on aurait peine à croire, quand on n'en a pas été témoin, ce sont les méfaits de cette petite bête. A Bir- M'Cherga, par exemple, une vigne vient d'être replantée pour la quatrième fois, détruite chaque année par les Lièvres, surtout au moment des sécheresses de Tété, quand l'herbe se fait rare dans la brousse, et que les céréales sont enlevées. Ils ne se contentent pas de manger les jeunes feuilles; le pied est rongé jusqu'au collet. Dans les jardins, s'ils ne sont pas clos hermétiquement au moyen d'un grillage ou par une haie artificielle de Jujubiers sauvages fortement entrelacés, tout y est vite dévoré. En présence de ces dégâts sans cesse renouvelés, les colons du bled se sont entendus pour faire venir de France, à des prix plus modiques, un important stock de grillage métallique pour entourer vignes et jardins. Il est bon d'ajouter que les points les plus attaqués se trouvent à côté d'immenses brousses, de plusieurs milliers d'hectares à peu près incultes, qui servent de remise assurée à cette maudite engeance. D'ailleurs il n'en est pas besoin d'un grand nombre pour commettre de grands dégâts ; en une nuit un Lièvre a vite fait de suivre une ligne de jeunes plants et de la dévorer. Ce qui le prouve c'est que, quand on veut les chasser, on ne les fait pas lever par douzaines ; on en voit bien à chaque fois quelques-uns, mais c'est en petit nombre, et pour les tirer c'est autre chose ! Dans la brousse un peu dense, on les devine plutôt qu'on ne les voit. Il fau-
drait organiser des battues, comme on le fait pour les animaux nuisibles, et ceux-ci ne sont pas des moindres pour la localité. Le résultat ne serait toujours que momentané; il suffit qu'il en reste quelques-uns et ils auront vite fait de repeupler, d'autant plus que la grande brousse serait toujours là pour leur servir de refuge. Le seul moyen vraiment efficace serait le défrichement et l'extension des cultures, toutes choses qui ne peuvent se faire qu'avec le temps. En remontant vers le Nord, jusqu'à une distance plus ou moins éloignée du littoral, tous les terrains sont actuellement défrichés et cultivés depuis longtemps; aussi les colons n'ont-ils pas à se préoccuper de ce fléau d'un genre inattendu.
Oiseaux*
C'est au nord de la Tunisie, dans la région kroumirienne du djebel Rhorra, du djebel Tegma et autres sommités, que se trouvent les sites les moins explorés et les plus sauvages du pays, l'exploitation des forets ne s'étant pas encore portée de ce côté. Aussi, est-ce encore là qu'on peut espérer rencontrer les principaux représentants de la race féline en Tunisie : la Panthère, Pelis Pardus (Linn.), le Serval ou Chat*tigre, Felis Serval (Sohr.), le Lynx Caracal, Felis Caracal (Omel.); toutefois ce dernier ne serait pas rare en dessous du pont du Fahs, dans les grandes forêts aux environs du Bargou^ Toutes ces espèces et bien d'autres flgurent dans la collection de M. Blanc, à Tunis.
Plus modeste sous ce rapport, je me suis contenté, pendant mon séjour à Aîn-Draham, de me joindre à deux chasseurs italiens envoyés dans le pays par ce naturaliste, pour chasser avec eux et étudier les oiseaux propres à cette région boisée, dont je signalerai les particularités
t. Pea de temps avant mon passage à Ain-Draham, M. Minangouin, inspecteur à» forêts, a tué un magnifique sujet du Cbat-tigre.
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dans un chapitre suivant. Tout ce que nous avons tué et rapporté n'est pas spécial à ces forêts et se rencontre également dans les parties découvertes. Je citerai toutes les espèces, en ne m'étendant un peu longuement que sur celles qui habitent uhiquement les grands bois de la Kroumirie, et que Degland ne mentionne pas dans son Traité d'Ornithologie européenne.
Dans le numéro 104, août 1896, de la Revue scientifique du Bourbonnais y M. E. Olivier rend compte, à la page 133, d*un voyage de M. le D' Kœnig, de Bonn, ayant surtout pour objet la chasse des oiseaux en Tunisie. Le résultat de ses recherches a été publié dans le Journal d'Ornithologie de Oabanis^, ouvrage que notre bibliothèque ne possédé malheureusement pas. Je tâcherai d'y suppléer en donnant une description sommaire des sujets et en m'aidant pour le nom des espèces du Catalogue des Mammifères et des Oiseaux observés en Algérie^ par Loche, et surtout de celui de A. Malherbe, pour compléter les descriptions.^
Dans la première catégorie, c'est d'abord le Ramier ou Colombe ramier, Columba Palumbus (Linn.), commun à certaines époques. Les Arabes ne se font pas faute de les tuer et de les vendre aux Européens. La Gambra ou Perdrix de Boche, Perdix petrosa (Lath.), la même qu'on trouve dans toute la Tunisie et qu'on nous avait prié de ne pas tirer, la chasse de ce gibier étant fermée. Il en était de même pour le Lièvre qui, soit dit en passant, paraît moins commun sur ces hauteurs que dans les plaines. Pour tous les autres oiseaux ou mammifères, M. l'inspecteur des forêts avait bien voulu nous donner l'autorisation de les chasser. Le Pétrocincle bleu, Petrocincla cyanea (Keys. ex Linn.) n'est pas une rareté dans les endroits rocheux.
1. Aot/kuna von Tunis, Cabanis* joum. f. ornithoL, XXXVI, 1888, t. II et III, et Zvmter Bsitrag zur Avif. von Tunis, id. XL, 1892-1893, t. l-III et une carte.
2. A Malherbe, Catalogue raisonné et Faune ornithologique de V Algérie, BqII. Soc. Hist. nat. de la Moselle, 1845 et 1855.
Le Merle noir, Turdus JUerula (Linn.), le Merle grive, Turdus musicus (Linn.), le Pinson spodiogène, Pringilla spodiogena (Bp.) qui remplace le Pinson ordinaire, sont très communs en Tunisie, et remontent dans les bois pendant la belle saison, pour y nicher. L'Alouette Lulo, Alauda arbarea (Linn.). Je n'ai pas vu l'Alouette des champs, Alauda arvensis (Linn.), non plus que le Cochevis huppé, Galeridacrisêata (Soie ex Linn.), si communs dans les plaines en culture. La Galerida macrorhynca ou BaiÀdoni est plus rare que je ne le supposais; elle vient du Sud et m'a été donnée par M. Blanc. Pour bien se rendre compte de la différence, il faut avoir les deux espèces en présence.
On peut encore citer le Verdier ordinaire, Ligurinus cklorù (Koch ex Linn.), le Chardonneret élégant, CarduelU eUgans (Steph.), le Bruant siâ, Bmberiza cirelus (Linn.), le Gros-bec vulgaire, Coccothraustes vulgaris (Vieill.), le Roitelet à triple bandeau, Regulus ignicapillus (Licht. ex Brehm). Nous n'avons pas tué un seul Roitelet huppé ; s'il existe dans ces parages, il doit y être fort rare. Un Bpervier vulgaire, Accipiter fiisus (Pall.), beau mâle bien adulte. Le Grimpereaufomilier, Certhia familiaris(L\ïin.) ; c'est l'espèce qui habite le nord de l'Europe, les montagnes de la Suisse, de la Savoie, etc., dans les forêts d'arbres verts. La Fauvette à tête noire, Sylvia atricapilla (Scop. ex Linn.), le Corbeau ordinaire, Corvw Corax (Linn.). Je n'ai pas cherché à le tuer pensant qu'il s'agissait de l'espèce type. Il parait cependant qu'on en a fait une variété, sinon une espèce propre à la Tunisie. Elle m'est de ce fait inconnue, et j'ignore le nom qui lui a été donné; à moins que ce soit le Corvus corax (Daudin)*. Quoi qu'il en soit, cette espèce remplacerait dans le nord de l'Afrique, le Corvus corax (Linn.) d'Europe. La Mésange oharbonniàre. Parut major (Linn.), qui ne diffère en rien de la nôtre.
1. Cb. Bonaparte, Coruptcluê gmerum Avium, 1850, p. 387» sp. 26.
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Un mot particulier à propos des Hirondelles. La seule habitation française existant à Fernana, sur la route de Souk-el-Ârbâ à Aïn-Draham, est une cantine construite en planches, ouverte un peu à tous les vents, où le propriétaire est installé depuis sept ans. Coïncidence bizarre, au moment presque de son entrée en jouissance de Timmeuble, un couple d'Hirondelles de cheminée, Hirundo rustica (Lin.), est venu prendre possession, sous le toit et dans Tintérieur, * d*un coin de poutrelle ou de chevron ; puis bientôt après, un second couple, puis un troisième; ils sont aujourd'hui sept ou huit.
Chaque printemps, vers les derniers jours d'avril, un premier mâle arrive seul; il séjourne là un jour ou deux, comme pour prendre connaissance des lieux, puis repart. Au bout de deux ou trois jours, il reparaît suivi de toute la bande, chaque couple reprenant son nid habituel. Pendant leur absence, on se garde bien d'y toucher; n'empêche que chaque année, à leur arrivée, les hirondelles y rajoutent un peu de terre, probablement dans le but de le réparer ou le consolider. Au dessous de chaque nid, est fixée une petite planchette pour éviter des désagréments aux voyageurs qui s'arrêtent là. Tous les matins, à quatre heures, les portes sont ouvertes et refermées le soir; les hirondelles sont donc prisonnières pendant la nuit. Mais ceci ne les gêne en rien; si on oublie d'ouvrir le matin, leur gazouillement a bien vite prévenu le cantinier que l'heure de leur donner la liberté a sonné !
D'autres espèces européennes ont pu nous échapper; cette omission est sans importance, ces espèces étant connues.
Quant aux oiseaux étrangers à l'Europe et que nous avons obtenus en assez bon nombre en Kroumirie, ce sont les suivants :
Créai cervical, Garrulus eervtoalis (Bp.), Cyaniste à dos bien, Cyanisies uHramarinits (Bp.), Mésange de Ledouz, Parus Ledouxii (Malh.), Pic nnmide, Picus numidicus
(Halh.), Pic Epeichette, Picus minor (Linn.), variété Ledouxiij Oecine de Levaillant, Gecinus Vaillantii (Bp.).
Le Geai cervical se distingue de notre Geai d'Europe, par les plumes du dessus de la tête noires jusqu'à la base du bec et formant une calotte bien limitée en arrière surtout. Chez le Geai ordinaire, les plumes noires de la tète s'atténuent en arrière et se fondent avec la teinte du dos. Entre la calotte et la moustache noire qui descend du bec, grand espace complètement blanc, sur les lorums et sur les joues; gorge également d'un blanc parfait. Chez le Geai ordinaire, celle-ci est cendrée et l'espace entre la calotte et la moustache est, comme le reste du cou, d'un gris vineux. Le G. cervicalis a la base des plumes, près du bec, blanche, et quelques plumes les plus rapprochées du bec bordées de blanc. L'arrière du cou est plutôt roux que vineux, et tranche avec le haut du dos qui est moins foncé que chez le Geai ordinaire, le dessous du corps est plutôt d'un blanc sale, avec une très légère teinte vineuse sur les flancs. ^
Le Cyaniste à dos bleu ressemble absolument, pour la forme et pour la taille, au Parus cœruleus. Il en diffère par le bleu plus foncé de la tête qui passe au noir et dont les plumes sont plus serrées, par le bleu clair du dos, cette partie étant verte dans la Mésange bleue commune. La gorge est largement tachée de noir; cette tache va, en s'élargissant, se rejoindre avec le collier noir qui borde le cou en arrière. Poitrine et ventre jaunes. Plumes du milieu du ventre tachées de noir bleuâtre sur un assez grand espace. Bec entièrement noir. ^
La Mésange de Ledoux offre quelques rapprochements avec notre Mésange noire, mais ne peut se confondre avec elle. Ck)mme chez cette dernière, la tête, les côtés de la