HERNIES. — CURE RADICALE
vin chaud, dans le sac herniaire, sans accidents. Nous fîmes l'excision d'une masse épiploïque adhérente, et le malade guérit.
Observation (1). — Graul (Jacques), âgé de vingt-huit ans, avait servi dans la marine. Dans une chute, il avait eu les bourses froissées, et y avait vu apparaître immédiatement une tumeur du volume de près des deux poings. Le repos, des antiphlogistiques, puis des applications résolutives avaient calmé les douleurs et diminué la tuméfaction sans la faire complètement disparaître. Après sa libération du service, Graul revint à Strasbourg et voulut être débarrassé de sa tumeur, dont le volume et le poids l'incommodaient. Le chirurgien auquel il s'adressa reconnut la présence d'un liquide, et, croyant avoir sous les yeux une hydrocèle simple, y plongea un trocart, en retira un demi-verre de sérosité, puis fit une injection de vin chaud. Le traitement n'offrit rien de particulier, mais le malade ne fut pas guéri, et il fut opéré de nouveau. Le même procédé fut suivi, mais cette fois on reconnut une masse molle et persistante dans les bourses.
Le malade n'ayant pas obtenu de succès de cette seconde injection vineuse, entra quelque temps après à la clinique.
Était-ce une hernie avec épanchement séreux, une hydrocèle unie à une varicocèle volumineuse, à des kystes, à un épaississement considérable de la vaginale? Devait-on supposer une épiplocèle dans un cas où des injections vineuses n'avaient pas été suivies d'accidents fâcheux? Je me décidai à faire une ponction exploratrice avec la pointe d'un bistouri dans le point où la fluctuation était manifeste.
Aussitôt il s'écoula un peu de sérosité claire, et l'on vit sortir une petite masse d'épiploon. La plaie fut alors largement agrandie, et l'on mit à nu une masse épiploïque du volume du poing, parfaitement saine et maintenue dans le sac herniaire qui l'entourait par quelques adhérences filamenteuses. Je les divisai, mais n'ayant pu opérer la réduction malgré la dilatation de l'anneau, et dans le but, en outre, de tenter une guérison radicale par oblitération mécanique de l'anneau, j'excisai l'épiploon en le développant, afin d'en lier les artères, et je pansai à plat pour déterminer la formation d'adhérences curatives.
Le malade guérit lentement et fut pris de symptômes d'étranglement, après que nous eûmes cessé le service; mais les accidents cédèrent à l'emploi énergique des antiphlogistiques, et nous avons depuis rencontré le sujet supportant toutes les fatigues de son état de manœuvrier.
Cette observation montre toute la difficulté du diagnostic dans certains cas, où les causes d'erreur semblent véritablement accumulées. Elle prouve la possibilité de traiter par l'injection les hydrocèles congénitales et celles qui ont leur siège dans un ancien sac herniaire. Chez le malade dont nous venons d'exposer l'histoire, l'injection vineuse, pratiquée sans précaution particulière, dut parvenir, en petite quantité au moins, dans la cavité péritonéale; et ni douleurs, ni inflammation grave ne furent le résultat de cette fâcheuse circonstance. Il serait néanmoins indis-
(1) Willemin, loc. cit.
pensable de se mettre à l'abri des accidents, en comprimant le trajet du canal inguinal, et en interceptant ainsi toute communication entre l'abdomen et la séreuse scrotale.
V. — Anus contre nature ancien et ac ra à diverses méthodes de traitement, guéri par mon procédé de compression par plicature du trajet fistule ux (1).
L'ouverture de l'anus accidentel siégeait immédiatement audessous de l'ombilic; le trajet fistuleux était fort long et se portait en bas et en arrière; les parois abdominales offraient une grande laxité, et les matières rejetées étaient mucoso-bilieuses, et renfermaient souvent des débris de substances alimentaires. La lésion existait depuis plusieurs années, et, dans ces derniers temps, notre collègue, M. Herrgott, avait obtenu, par l'autoplastie, une diminution notable de l'ouverture fistuleuse et de l'écoulement, et un allongement et un changement de direction du trajet anormal qui de direct était devenu oblique; mais l'indocilité du blessé avait fait interrompre le traitement.
Après diverses tentatives de compression infructueuses, je pensai que le moyen de succès le plus favorable et le plus assuré serait de reployer le trajet fistuleux sur lui-même et d'en adosser les parois, de manière à prévenir absolument le passage des matières alimentaires et â obtenir la cicatrisation de toute la portion du trajet fistuleux soustraite à cette cause d'irritation suppurative. Dans ce but, je portai l'ombilic directement en bas, en ployant sur elle-même la paroi abdominale, et je maintins les parties dans cette position avec des rondelles superposées d'agaric, des compresses graduées et un bandage de corps fortement serré. Cet appareil compressif, renouvelé plusieurs fois, amena promptement l'occlusion de la fistule, et nous en continuâmes l'usage pendant plus d'un mois pour assurer la résistance du tissu cicatriciel et l'oblitération profonde du trajet morbide.
A cette époque, la guérison paraissait complète et définitive. Nous gardâmes toutefois le malade sous nos yeux et nous lui permîmes des exercices et des travaux de plus en plus fatigants pour juger de la solidité de l'oblitération obtenue. Depuis un mois, il ne porte plus de bandage, fait de longues courses, frotte et cire des parquets, se livre à toutes espèces d'efforts sans en ressentir de douleur et sans signe de la réapparition de son affection, dont la guérison paraît radicale.
(1) Gaz. méd. de Strasbourg, 1858.