VI. — Ruptures intestinale
Les exemples de ruptures intestinales par simples contusions de l'abdomen sont très-communs dans la science et ont donné lieu à d'incessantes discussions.
J'ai rapporté l'histoire d'un militaire frappé d'une balle près de l'ombilic. La peau était restée intacte, une péritonite foudroyante, causée par la rupture d'un intestin grêle, avait déterminé la mort en quelques heures (Campagne de Constantine, Paris, 1837).
D'autres faits analogues se sont offerts à notre observation.
Observation I. — Un artilleur, de service dans une écurie, reçut, à l'abdomen, un choc assez violent, résultant du contact du manche d'une fourche, poussée par un cheval qui ruait. Le blessé fut immédiatement apporté à l'hôpital ; il avait le ventre météorisé, douloureux. Au déclin du jour il eut des lipothymies, expira vers dix heures du soir. A l'autopsie, on trouva une rupture de l'intestin grêle, avec épanchement considérable de matières alimentaires, et quelques légères adhérences albumineuses, traces d'une péritonite déjà suppurée. Mais aucune trace du choc, ni au dehors, ni au dedans de la paroi abdominale ; pas même une ecchymose du tissu cellulaire.
Obs. II. — Un autre artilleur est renversé par le timon d'une voiture qui le frappe par devant. On veut le porter à l'hôpital; il meurt avant l'arrivée.
Le foie était rompu en deux, sans apparence de lésion extérieure du ventre, ni excoriation, ni ecchymose. Ce malade avait, de plus, une énorme fracture du crâne, résultat d'un coup de pied du cheval attelé à la voiture (1).
Obs. III (2). — François Lauth, âgé de trente-trois ans, exerçant la profession de tonnelier, fut atteint, le 14 décembre 1849, au flanc droit, par le couvercle d'un tonneau dans lequel il avait enflammé de la poix pour l'enduire ; renversé par la violence du coup, le malade fut immédiatement transporté a la clinique, où une saignée lui fut pratiquée; des sangsues furent placées en permanence (quatre à la fois) sur le flanc droit, où les douleurs étaient très-vives, bien que les téguments fussent intacts. Le 15, les symptômes d'une péritonite intense se déclarè-
(1) Gaz. méd. de Strasbourg, 1848.
(2) Compte rendu de la clinique chirurgicale, 1849-1850, par M. Hcrren- «chneider, interne du service (Gaz. méd. Strasbourg, 1850).
rcnt : pilleur de la face, petitesse du pouls, vomissements, sensibilité excessive et ballonnement de l'abdomen, etc. ; et le blessé expira le 16, à deux heures du matin.
L'autopsie montra une large ecchymose avec infiltration sanguine, sous-cutanée et intermusculaire, depuis l'ombilic jusqu'au flanc droit; les muscles n'avaient pas été rompus ; le péritoine était enflammé, çà et là recouvert de pseudomembranes, et renfermait des matières intestinales. Le point le plus externe et le plus déclive du cul-de-sac du caecum offrait une ouverture transversale d'un centimètre de diamètre, et était baigné par les matières stercorales épanchées.
La blessure était, on le voit, au-dessus de toute ressource, et le but du traitement avait été de prévenir d'abord, et ensuite de combattre la péritonite, dans le cas où elle n'eût pas été compliquée d'un épanchement intestinal. Si la rupture de l'intestin se fût opérée dans le méso-caecum, la guérison n'eût pas été impossible; un abcès se fût formé dans la fosse iliaque, et l'intervention de l'art eût pu être heureuse.