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rieure du radius (Boyer); on a constaté de pareils cas à l'épaule, au genou (A. Cooper); à la mâchoire inférieure, niais souvent alors les luxations étaient incomplètes, et dans aucun cas irréductibles. La plupart du temps les malades luxaient et replaçaient leurs os à volonté, tandis qu'ici il ne pouvait en être de même, et l'accident a probablement toujours passé pour incurable... A quelle époque de la vie a-t-il eu lieu? Nous répondrons qu'il a dû exister avant la naissance, et s'il est une luxation congénitale dont on puisse bien comprendre le mécanisme, c'est évidemment celle-ci. Dupuytren, dans son mémoire sur le déplacement congénital des fémurs, avait examiné chacune des causes qui pouvaient le déterminer, et après avoir indiqué les maladies dont l'articulation peut être le siège pendant la vie intra-utérine, la position des membres inférieurs chez l'enfant renfermé dans l'utérus, l'absence des cavités cotyloïdes, enfin les violences auxquelles il est exposé lorsque la mère les subit, il était resté dans le cloute sur l'action de ces diverses causes, et avait laissé au temps à en décider. Or, il est probable qu'aucune des causes ainsi discutées n'est la plus fréquente; et le relâchement des ligaments jouerait un rôle bien autrement important. Beaucoup de raisons militent en faveur de cette opinion, et nous allons les passer en revue.
1° Dupuytren a constaté, chez les sujets atteints de cette affection, que les fémurs avaient une limite de déplacemeut considérable. Ainsi, dans la station, la marche, et toutes les fois enfin que les membres inférieurs supportaient le poids du corps, la tête des fémurs remontait vers la crête iliaque, et le raccourcissement de la cuisse était très-marqué ; 'toutes les fois, au contraire, que les malades étaient couchés, on pouvait faire redescendre la tête des fémurs vers les cavités cotyloïdes, et le raccourcissement était beaucoup moindre, à tel point que ce célèbre chirurgien fonde son traitement sur cette circonstance, et que pour empêcher les fémurs de remonter ainsi, et pour leur donner en même temps un point d'appui, il conseille l'usage d'une ceinture passée autour du bassin, soutenue par des sous-cuisses et offrant des pelotes latérales destinées à assujettir la tête des fémurs. Or, pour que le déplacement ait pu jouer dans une étendue aussi grande, de haut en bas, chez des individus affectés de luxation congénitale, il fallait nécessairement que les ligaments eussent acquis un allongement considérable; et s'il est vrai que dans tous les cas où la capsule articulaire est rompue, il se forme une nouvelle articulation
qui maintient la tête des fémurs et s'oppose à de nouveaux déplacements en dehors des limites de la mobilité normale, il faudra nécessairement en#conclure que, chez les sujets vus par Dupuytren, comme dans l'observation que je rapporte, les luxations étaient dues au relâchement de l'appareil ligamenteux, et que celte nouvelle espèce de luxation n'est peut-être pas aussi rare que pourrait le faire supposer l'absence complète de pièces probantes, et qu'elle doit presque toujours être congénitale.
2° On a remarqué que la luxation congénitale des fémurs est fréquemment double, et qu'elle se rencontre dans une bien plus grande proportion sur des sujets du sexe féminin que sur ceux du sexe masculin. Or, la luxation qui nous occupe était double et existait sur une femme.
3° Rien n'indiquait une maladie antérieure de l'articulation coxo-fémorale; il n'y avait ni cicatrice à la peau, ni adhérence, ni altération dans la texture des parties molles; partout la décoloration, l'atrophie, qui sont le résultat forcé de la fausse situation des membres, de la perte partielle de leurs fonctions; mais aucune trace d'inflammation ancienne, aucune lésion de structure. Dès lors, comment s'expliquer cette luxation autrement que par une disposition congénitale.
Si les ligaments n'avaient acquis une laxité capable de permettre la luxation qu'après quelques années d'existence, la douleur, la difformité de la marche, eussent été des motifs d'inquiétudes pour les parents, de plainte pour la jeune fille; on eut consulté, et le membre encore sur les bords de la cavité cotyloïde eût été réduit avec la plus grande facilité; il se serait même replacé tout seul si on lui avait imprimé des mouvements; en tous les cas, la tête de l'os, glissant sur la capsule intacte, et tirée par elle, serait bientôt retombée dans sa cavité. Gomment, d'ailleurs, supposer que les fémurs se soient luxés en même temps, sans qu'on y ait fait attention? et de plus, quelle cause aurait pu déterminer le relâchement s'il n'était congénital? A la vérité, on a cité des cas de coxalgie dans lesquels la luxation des fémurs se serait opérée avec rapidité et sans désordres apparents; mais ces exemples ont été révoqués en doute: il est donc plus rationnel d'admettre que cet état de laxité est constitutionnel, et que l'enfant est venu au monde avec cette disposition; d'autant plus que les autres articulations offraient une extrême laxité, qui permettait aux pieds de se renverser en dehors ou en dedans plus qu'à angle droit sur la jambe.
4° De nouvelles preuves se tirent des altérations profondes survenues dans la forme et les dimensions du bassin, et le tableau que nous avons présenté des dimensions pelviennes nous révèle d'importantes modifications dues au déplacement des fémurs, et qui n'ont pu survenir que lentement et pendant la période du développement de cette cavité. Le détroit abdominal a son plus grand diamètre dans le sens antéro-postérieur, car nous lui trouvons deux lignes de plus que le diamètre iliaque, ce qui constitue une différence énorme, puisque le diamètre iliaque l'emporte ordinairement de ih lignes sur le diamètre sacro-pubien; celte différence serait moindre de quelques lignes si nous mesurions ce dernier diamètre à partir du bord antérieur et supérieur du sacrum; mais en suivant cet usage, nous commettrions une erreur réelle, attendu la saillie prononcée de l'angle sacro -vertébral, saillie qui dépendait de l'exagération des courbures de la colonne vertébrale, suite du défaut d'un point d'appui fixe du bassin sur le fémur.
Celte disposition donnait au détroit abdominal la forme d'un cœur, qui a été indiquée par tous les accoucheurs comme le résultat de l'aplatissement latéral du détroit abdominal; ici elle était la conséquence de la position vicieuse des fémurs sur les fosses iliaques externes; les individus porteurs d'une double luxation marchent les jambes écartées, afin de porter la tête des fémurs sur les os iliaques et d'y trouver un point d'appui; la marche ne se ferait pas ainsi, que l'effet serait encore le même, parce que l'évasement en dehors de la face latérale externe et supérieure de l'os des iles, sera toujours pressé par la tête des fémurs qui tendent à la redresser et à la porter en dedans; dès lors le bassin, ainsi comprimé latéralement, s'allonge d'arrière en avant, et arrive a former dans ce dernier sens un angle plus ou moins aigu. Les fosses iliaques, subissant directement la pression, ont cédé d'une manière encore plus marquée, car la distance d'une épine iliaque antérieure et supérieure à l'autre est de deux pouces moindre que le diamètre ordinaire, et l'intervalle du milieu d'une crête iliaque au point opposé, moindre de deux pouces et demi; différence saillante, mais qui devait se trouver ainsi d'après la cause que je lui assigne, puisque la tête des fémurs, portée assez loin en arrière, comprimait davantage la partie moyenne des fosses iliaques, que leur partie antérieure.
L'examen du détroit inférieur ou périnéal nous conduit à des remarques tout aussi curieuses; nous trouvons le diamètre coccy-
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pelvien d'un pouce moins grand que les dimensions normales, tandis que le diamètre transversal les surpasse d'un pouce, ce qui donne pour les proportions de notre bassin deux pouces de dificrcnce. Voilà certes un résultat presque extraordinaire à la première vue, car il est tout à fait l'inverse de ce que nous avons rencontré pour le détroit abdominal : alors prédominance énorme du diamètre antéro-postérieur; ici prédominance énorme de l'un des diamètres, mais ce n'est plus l'antéro-postérieur qui le présente, c'est le transversal ou bis-sciatique. 11 y a là une altération profonde dans les formes naturelles du bassin; la situation des fémurs va l'expliquer facilement : ceux-ci, portés très-loin en dehors, en haut et en arrière, puisqu'ils sont remontés dans la fosse iliaque externe, tirent fortement dans ce sens tous les muscles qui les entourent, mais principalement ceux qui de l'éminence ischiatique se portent à l'extrémité des fémurs; les muscles carré, jumeaux, obturateurs internes, fortement allongés, poussent et tirent l'ischion en dehors ; les fibres inférieures de l'obturateur externe, celles des adducteurs, la partie interne de la capsule articulaire, agissent de la même manière sur les branches de l'arcade pubienne- de là Técartement considérable des ischions que nous avons signalé; ceux-ci tendant à leur tour les petit et grand ligaments sacro-sciatiques, il en résulte une courbure plus prononcée des dernières pièces du sacrum et du coccyx, et par suite la diminution du diamètre coccy-pubien, et la plus grande profondeur de la concavité du sacrum. La môme cause explique le peu de hauteur de l'excavation pelvienne; l'ischion, tiré vers la fosse iliaque, s'est porté dans ce sens en infléchissant l'arcade pubienne, et par suite a diminué la hauteur du bassin.
On voit, par cet exemple, combien les agents étrangers aux propres forces ostéogéniques sont puissants pour modifier la forme, les dimensions et les usages des os. Nous devons cependant remarquer que malgré le grand rétrécissement éprouvé par quelques-uns des diamètres pelviens, ils sont toujours restes suffisamment larges pour permettre l'accouchement naturel, et c'est probablement cette circonstance qui en a imposé à M. Dupuylren, qui professe dans son mémoire que la luxation congénitale des fémurs n'exerce aucune action sur le développement du bassin, fait démenti par la pièce que je viens de décrire, et par toutes celles où existait une luxation fémorale de quelque ancienneté. Cette erreur ne pouvait être rectifiée que par une étude attentive de faits anatomiques; car, en supposant que la femme qui fait le
sujet de notre observation fût devenue enceinte (ce que l'état de l'utérus ne permet pas d'admettre), elle aurait pu accoucher naturellement, et l'on aurait probablement conclu, quoique à tort, que le bassin avait acquis ses dimensions normales.
Mécanisme de la luxation fémorale produite par relâchement de l'appareil ligamenteux. — Si l'opinion de M. Gerdy, sur le mécanisme de la luxation des fémurs en haut et en dehors, ne se trouvait hors de cause par l'allongement simultané de la capsule, il serait difficile de comprendre comment le ligament rond, relâché outre mesure, aurait pu faire basculer la tête du fémur et la porter au delà du niveau du bord de la cavité cotyloïde; mais cette condition n'est pas nécessaire; et comme l'articulation n'est maintenue que par les muscles, il suffit d'un mouvement d'adduction forcée pour que le fémur sorte de sa cavité et reste luxé par l'action des extenseurs. A cette époque de l'accident, la tête du fémur repose sur le bord externe de la cavité cotyloïde; elle est entourée par la capsule, et soulève et tiraille fortement les insertions iliaques du petit fessier. Une fois la luxation produite, le déplacement continuera à s'opérer successivement, et l'effet de la marche, lorsque l'enfant commence à s'y exercer, doit puissamment contribuer à ce résultat; plus la tête fémorale s'éloignera de la cavité cotyloïde, plus la capsule allongée tendra à se mouler sur elle; elle en embrassera entièrement la surface, et étant pressée contre' le rebord osseux cotyloïdien, elle s'aplatira et prendra la forme d'une espèce de corde, ou mieux d'un épais trousseau ligamenteux, en passant au-dessous de l'épine iliaque antérieure et inférieure; Ce trousseau fibreux dépendra du rapprochement des parois de la capsule articulaire, qui se seront mises dans un contact plus ou moins intime sans contracter d'adhérence, de sorte que la continuité de la cavité séreuse, étendue de la surface cotyloïdienne a la tête fémorale, ne sera pas interrompue; elle représentera un cana renflé à ses deux extrémités, dont l'une sera due à la cavité cotyloïde et l'autre à la saillie de la tête du fémur; dans toute sa ongueur elle sera parcourue par le ligament rond, qui, pressé dans es mouvements d'adduction entre deux surfaces osseuses, s'apla- »ra et tendra à se réduire en filaments longitudinaux, ainsi que la pièce en a offert la preuve.
Pendant que le déplacement successif du fémur et les divers mouvements imprimés au membre donnent à la capsule la disposition précédemment indiquée, le petit fessier se trouve déplus
en plus soulevé par la tète fémorale, qui s'avance au-dessous de lui et il finit par la recouvrir et lui former une véritable enveloppe ou capsule musculaire incomplète qui contribue un peu à l'a jettir. D'autre part, et en raison de la mobilité, se produit une bourse muqueuse entre la fosse iliaque et la capsule, et cette nouvelle synoviale développée au milieu du tissu cellulaire intermusculairc du petit fessier, permet à la tête du fémur un ccartement en dehors assez étendu, quoiqu'elle en soit la conséquence et non la cause.
M Dupuytren a noté la rotation du pied en dedans comme symptôme de la luxation congénitale des fémurs, et l'on sait que dans tous les cas de luxation en haut et en dehors cette position du pied a été constamment décrite. Cependant, dans notre observation, la rotation du pied en dehors pouvait être portée beaucoup plus loin que la rotation en dedans; le sujet étant étendu sur le dos, les deux pieds touchaient le sol ou la table, par tout le bord externe, et se trouvaient ainsi dans un môme plan horizontal ; il était même facile de porter la rotation en dehors encore plus loin. Ainsi, on voM que non-seulement ce mouvement de pied était possible, mais qu'il dépassait même de beaucoup l'état normal. Ce fait, nous l'avons retrouvé dans d'autres luxations anciennes du fémur, et il s'explique aisément : le grand fessier et les autres muscles rotateurs de la cuisse en dehors n'étant contre-balancés que par des résistances passives, finissent par les vaincre, à moins que la téte fémorale ne soit luxée depuis peu, ou n'ait été assujettie par une fausse ankylose sur l'os iliaque; ils déterminent a la longue la possibilité d'une rotation complète du membre, rotation bien plus étendue que dans l'état normal, parce que les os, par leur rencontre, n'imposent aucune limite à ce mouvement Si les individus norteurs de telles luxations marchent quelquefois les pieds en dedans, cela tient probablement à ce que la-tête du fémur appuie alors directement contre l'os iliaque, et que le trousseau l.gameneux fixé à l'épine iliaque antérieure et inférieure est raccourci tendu dans cette position et bien plus efficace pour sou , en membre. Ces deux circonstances, sont, je crois, les meilleures raisons de la rotation du pied en dedans pendant la marche; m: > cette position du membre ne constitue un état, ni constant n. permanence la rotation du pied en dedans ne doit plus compte commun signe pathognomonique des luxations fémorales dan,
Ul s«S, comme paraît le penser M. Breschet,que la cause
des luxations congénitales du fémur fût l'absence d'une cavité cotyloïde, l'observation précédente serait déjà une objection contre celte doctrine, en faveur de laquelle je ne connais pas de faits positifs, tandis qu'on peut lui opposer tous ceux qui ont élé recueillis par les anatomo-pathologistes. Ceux-ci, en effet, ont toujours trouvé une cavité cotyloïde dont la petitesse et le rétrécissement s'expliquaient parfaitement par la longue durée de la luxation, d'après cette loi, que toute cavité osseuse tend à s'oblitérer lorsqu'elle ne renferme plus le corps qu'elle est naturellement destinée à contenir: ainsi, les alvéoles pour les dents, les cavités articulaires pour les tôles osseuses des diverses jointures du corps; et si Ton ne rencontrait plus sur un bassin aucune trace de cavité cotyloïde, dans un cas de luxation ancienne, on serait bien plus fondé à présumer l'oblitération de cette cavité que son absence congénitale. L'o^téogénie ne vient pas plus à l'àppui du savant M. Brescbet. La cavité cotyloïde est due à la réunion des trois pièces osseuses (1) qui composent l'os des iles, et tout le monde sait que l'ilium, l'ischion et le pubis ne se soudent que très-lard et se voient encore séparés sur des bassins d'enfants de huit à quatorze ans. La tête du fémur occupe, pendant la vie intrautérine, l'intervalle que rempliront ces trois pièces osseuses après la naissance, et cet intervalle existe nécessairement, car un arrêt de développement ne pourrait le rendre que plus grand; il ne me paraît donc pas possible de supposer que la tête du fémur passe sur l'ilium et occupe une surface saillante au lieu d'une concave par absence de cavité cotyloïde, puisque cette cavité et l'espace intermédiaire aux trois portions de l'os des iles sont la même chose et ne peuvent manquer dans aucun cas.
Possibilité de la réduction. — Depuis le mémoire de M. Humbert (de Morlaix) (2), la réduction des luxations congénitales ne peut plus être révoquée en doute, et constitue une des plus belles acquisitions de la chirurgie moderne; car, si l'on doit rendre à Hippocrate la gloire d'avoir parfaitement reconnu et décrit la luxation congénitale du fémur, c'est à notre époque qu'appartiendra celle d'avoir trouvé des moyens de guérison pour cet accident, beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit communément, et jusqu'à présent irrémédiable. On conçoit combien il faut de
(1) J. Cruveilhier en a décrit une quatrième, mais elle est ici peu importante. ^ Humbert (de Morlaix), Essai et observations sur la manière de réduire les ^onsspontanàesoûsymptmaUguesdel'artiwlation Uù). fémorale. Paris, 1 835.
temps et d'efforts soutenus pour changer la forme des ligaments, ramener la tûte osseuse dans son ancienne cavité, et lui rendre la fixité etla mobilité convenables; desappareils mécaniques ont seuls une pareille puissance, etl'anatomie pathologique nous rend juges de leur action.
Dans un cas semblable à celui de notre observation, le ligament capstllaire apporterait de grandes résistances à la réduction en s'opposant au retour de la tûte osseuse au niveau de sa cavité, et en ne lui permettant pas de passer au travers du rétrécissement que nous avons signalé au-dessous d'elle; mais le premier obstacle aiderait à surmonter le second : la capsule, d'abord fixée dans sa position normale par les fibres de la fosse iliaque et l'épaississement du trousseau ligamenteux né de l'épine iliaque antérieure et inférieure, ne se laisserait pas facilement déprimer, et les tractions exercées sur le fémur porteraient en grande partie sur l'étranglement et l'élargiraient peu à peu : le fémur, abaissé graduellement, finirait par appuyer sur la cavité cotyloïde, et une fois revenu à sa position normale, il rétablirait promptement cette cavité si l'on suppose qu'elle ait subi un rétrécissement considérable. Mais l'expérience nous montre l'atrophie de la tête du fémur et celle de la cavité articulaire marchant à peu près du même pas, de sorte qu'une espèce de concordance existe entre les os de l'articulation, et que le rétrécissement cotyloïdien et l'atrophie de la tête fémorale se correspondent. On s'est demandé si les muscles raccourcis pouvaient s'allonger, et s'ils ne seraient pas un obstacle insurmontable à la réduction, et ensuite au rétablissement de la mobilité du membre. Un raccourcissement, suite de déchirure ou de lésions organiques profondes, serait certainement difficile à détruire; mais de nombreux exemples prouvent que les muscles peuvent s'allonger beaucoup et s'accommoder à de nouvelles positions. Ainsi, dans les luxations, certains muscles éprouvent des allongements énormes sans se rompre, et si le déplacement n est pas réduit, ils s'accoutument à cet état et reprennent leurs fonctions. On peut donc en conclure, à plus forte raison, qu'on réussira à les ramener à leur état normal. D'ailleurs, les faits repondent encore mieux et ils sont décisifs à cet égard. Aussi, sans nous occuper davantage ici des moyens curatifs, admettons-nous la possibilité de la réduction et du rétablissement complet des usages du membre ; la laxité des ligaments, cause première de l'affection, étant une prédisposition favorable pour le traitement et la guérison, et l'atrophie de la cuisse devant bientôt disparaître
sous l'influence de l'exercice dès que la nutrition n'est plus gônée par la situation vicieuse des parties.
Ors. IL Luxation du fémur gauche en haut et en dehors ou dans la fosse iliaque externe, avec persistance du ligament rond et possibilité de la réduction; pièce rencontrée sur un sujet de femme de trente-cinq ans environ, apportée pour les dissections, dans les pavillons de l'école pratique, en octobre 1833. — C'est à mon ami le docteur John Aven que. je suis redevable de ce cas de luxation fémorale, qui ne laisse aucun doute sur la possibilité de la réduction des luxations les plus anciennes ihi fémur. Cet exempté remarquable fut trouvé sur un sujet de femme de petite taille, âgée de trente-cinq ans environ. La conformation générale était régulière, les articulations petites et bien prises, les lèvres minces, etc. Uien, en un mot, n'annonçait une constitution scrofuleuse. Nous ne pûmes remonter à aucun renseignement antérieur, car il fut impossible de savoir dans quel hôpital cette femme était morte, et, comme elle avait été autopsiée, l'absence des viscères ne nous permit pas d'assigner les causes de sa dernière maladie; cependant l'ampleur des parties génitales externes, et un peu de lait trouvé dans les mamelles, semblaient indiquer une parturition assez récente.
Le membre inférieur gauebe, manifestement émacié, offrait un raccourcissement de plus de deux pouces; les mouvements de flexion forcée sur l'abdomen, d'abduction et d'adduction, ainsi que l'extension, étaient faciles; le pied dirigé en avant, mais la rotation en dedans et en dehors très-libre. Aucune cicatrice n'existe aux téguments de la région ilio-fémorale ; on remarque deux éminences saillantes vers la fosse iliaque externe gauebe : l'une, formée par la tubérosité isebiatique, est plus petite et située plus bas ; l'autre, plus prononcée, est due au grand tro- Èhanter, que la rotation en dedans du membre rapproche de l'épine iliaque antérieure et inférieure, au niveau de laquelle il est exactement placé ; on sent plus profondément une tumeur arrondie, dure et mobile, déterminée par la tête du fémur, comme le prouvent l'écartement du grand trochanter et l'étendue des arcs de cercle qu'il décrit pendant les mouvements de rotation du membre ; cependant cette tumeur semble plus petite et moins éloignée du grand trochanter que la longueur naturelle du col fémoral ne devrait le permettre, circonstances qui indiquaient une altération de cette portion de l'os.
La peau, incisée depuis la crête iliaque jusqu'au milieu de la hauteur de la cuisse, paraît doublée d'une grande quantité de graisse. Le grand fessier est pâle, mou et comme infiltré de la même substance; le moyen fessier se rapproche davantage de l'état naturel. Le petit fessier est très-pâle, très-mince et très-graisseux, sa circonférence semble avoir été tiraillée et rapprochée de son insertion fémorale; il est soulevé par la tête du fémur, et s'identifie par sa race profonde avec la Çâpsule qui enveloppe La nouvelle articulation. Cette capsule s'insère solidement à [-épine iliaque antérieure et inférieure par des trousseaux ligamenteux distincts |,f 1(1 tendon réfléchi du muscle crural antérieur, qui s'épanouit et se perd à sa surface; puis elle se porte en haut, dépasse d'un pouce, en arrière le milieu de l'écbancrure sciaiique, et se fixe en bas à un pouce au-dessus du sommet de cette ecbaiicrurc; en avant elle se confond avec l'ancienne capsule normale, qui n'a Probablement pas été rompue dans ce sens, et se continue intimement avec elle au devant de la cavité cotvloïde, qui est seulement rétrécie et moins profonde ; les
insertions au col du fémur sont normales; toute la portion capsulaire Axée audessus du petit trochanter subit une très-grande tension dans les mouvements foi de rotation du membre en dehors, auxquels clic met obstacle. On peut, par un mouvement de flexion et d'adduction de la cuisse, ramener la tête du fémur dans la cavité cotyloïdc et réduire ainsi la Luxation ; toute la portion iliaque de la nouvelle capsule est alors affaissée, aplatie, et la portion cotyloïdienne 8e trouve soulevée et saillante; mais cette réduction, quoique complète, apporte le grand* obstacles aux mouvements; la cuisse ne peut être étendue et reste fléchie à angle droit, en raison de la brièveté et de la force des fibres ligamenteuses, qui se portent de l'épine iliaque antérieure et inférieure au col du fémur ;.ou, si L'on veut l'étendre, il faut la porter dans une rotation en dedans exagérée; on possède, à la vérité, un levier puissant pour vaincre cette résistance, et, la tète fémorale prenant un point d'appui sur le fond de la cavité cotyloïdc, il suffirait d'abaisser le o-enou pour exercer évidemment une traction irrésistible sur la portion devenue trop courte delà capsule; mais, pour obtenir ces résultats, il faudrait ne pas avoir à craindre la fracture du col du fémur, et il est probable que dans un pareil effort, ce serait lui qui céderait; fait qui ne milite en aucune manière contre la réduction pendant la vie, car on pourrait allonger peu à peu les ligaments .les qu elle aurait été obtenue; il montre, en outre, que le rétablissement immédiat des mouvements n'est pas une conséquence nécessaire de la réduction dans les luxations anciennes.
• La surface extérieure de la capsule est blanchâtre, unie, d'un tissu fibreux, serré et égal, sans aucune trace de cicatrice ni de rupture ancienne ; clic se lie au tissu cellulaire du petit fessier, qui a manifestement contribué à la produire; la surface interne, mise h découvert par une incision longitudinale, est onctueuse au toueber, sans aucune adhérence avec la tète du fémur, elle se continue au devant de l'ancienne cavité cotyloïde, ce qui permet de la partager en deux parties l'une fémorale, Vautre iliaque. La première semble appartenir a la nouvelle capsule, elle ne couvre pas entièrement la tête du fémur, et se d.st.ngue de ta seconde par une frange mince, aplatie, dont la base, un peu plus large, se confond avec le tissu même de la capsule, et dont le sommet ou bord libre forme un anneau incomplet de près d'un demi-pouce de largeur, dont une extrémité part du bord externe de la cavité cotyloïde, cl l'autre se porte en arrière, du cote de u fosse iliaque où elle se perd insensiblement. .
Cet anneau ou frange m'a paru de nature à indiquer les lim.tes de 1 ancienne capsule, qui, s'étant déchirée lors de l'accident, se sera réunie imparfaitement au tissu fibreux de nouvelle formation qui a entouré la fausse articulation : la seconde portion ou iliaque n'est pas aussi lisse; elle est plus dense, moins flexible, e presque un demi-pouce d'épaisseur. Sa coloration paraît plus claire; du resug l'union qui s'est produite entre ces deux portions, que je suppose pnmilneincn distinctes, est intime et ne peut être rompue.
Le ligament rond est intact, mince et rubané ; il se trouve comprmie entre I os iliaque et la tète du fémur, et n'a contracté aucune adhérence ; il passe sur le boni externe de la cavité cotyloïde, dans laquelle il rentre pour se fixer a la marner, normale; son insertion au sommet de la tète du fémur es. ox.rè, nemen apteti* La tète fémorale est atrophiée, particulièrement vers son sommet; elle ot parte»* par un sillon en deux portions, l'une revêtue d'un cartilage art.cula.rc tres-nunec,
LUXATIONS DU FÉMUR. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 313 l'autre interne, qui appuyait directement sur la fosse iliaque, est aplatie, et son cartilage est jaunâtre et tort épais. Le col fémoral est également atrophié et un peu cûurt La rosse iliaque offre une cavité de quelques lignes de profondeur, dans le p0int correspondant à la fausse articulation ; cette cavité est. limitée en arrière par un rebord osseux, qui donne attache à la nouvelle capsule, et elle est tapissée par UI, tissu ligamenteux ou fibro-cartilagineux, qui présente dans quelques points, e1 plus particulièrement en dehors, l'apparence d'un Cartilage articulaire; celle couche fibreuse est extrêmement adhérente à la fosse iliaque, et semble recouverte d'un commencement de synoviale; elle est tomenteuse et comme onctueuse au toucher; l'épaisseur en est plus grande que celle du cartilage de la cavité cotyl0ïde ; mais rà et là elle est, affaissée, plus dense, et se rapproche davantage d'une texture véritablement cartilagineuse.
Une seconde fausse articulation, si l'on peut lui donner ce nom, s'était établie entre le petit trochanter et la portion ischiatique de l'os iliaque, située au-dessous de la cavité cotyloïde; le petit trochanter, au lieu d'être conique et entouré de muscles, a une tète arrondie et soutenue par un rétrécissement circulaire ou collet ; le tendon des muscles psoas et iliaque s'insère tout à fait en dehors en passant sur le petit trochanter, il s'y épanouit et représente un cartilage articulaire dont il remplit les fonctions; il est lisse, onctueux, revêtu d'une synoviale; parfaitement moulé sur l'éminence osseuse, et réduit à une ou deux lignes d'épaisseur. La cavité est formée aux dépens des fibres du muscle obturateur externe, qui ont été séparées par la pression exercée parle petit trochanter dans les mouvements d'adduction. Cette cavité se prolonge en arrière jusqu'au-dessous du tendon de l'obturateur interne; ses parois sont extrêmement lâches, et se prêtent aux mouvements' de la cuisse en haut et en dehors, qui éloignaient le petit trochanter d'environ trois pouces de la surface osseuse, sur laquelle il reposait lors de l'adduction forcée : elles sont formées par les fibres de. l'obturateur externe d'une part, qui, divisées en deux faisceaux à la face antérieure, finissent profondément par ne plus présenter que des filaments entremêlés ; et d'autre part par du tissu cellulaire organisé en large bourse muqueuse qui se. continue depuis les fibres superficielles de l'obturateur externe jusqu'autour du petit trochanter, où il se lie au tendon des psoas et iliaque. En général cette capsule ou enveloppe était très-mince, excepté en avant et en dehors, où elle présentait un peu plus d'épaisseur ; mais elle n'avait pas en arrière plus d'une demiligne, sens où elle était, il est vrai, fortifiée par les tendons de l'obturateur interne, des jumeaux et du carré ; une synoviale apparente dans quelques points s'étendait dans toute la cavité, et semblait même entourer les fibrilles isolées et profondes du muscle obturateur externe, dont l'aspect répondait quelque peu à celui des colonnes charnues des oreillettes du cœur.
:U!i LUXATIONS.
MEMBRE SAIN MEMBRE LUXE