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MONOGRAPHIE DES HÉLICES
DU GROUPE DE
L'HELIX UNIFASCIATA
— POIRET
Lorsque l'on étudie avec soin les petites Hélices communément dénommées Helix unifasciata, H. candiduia, IT. rugosiuscula, etc., on est [rappé des variations que présentent ces coquilles, non seulement suivant habitat qu’elles occupent, mais même souvent encore dans le même habitat. Ce ne sont point des variations purement individuelles, comme il est facile de s’en rendre compte par l'étude d’une série d'échantillons, mais bien, du moins pour certains types, des modifications générales affectant des caractères constants, bien définis, faciles à reconnaitre, susceptibles en un mot de permettre d'élever au rang d'espèce plusieurs de ces formes. L'examen de plus de deux mille coquilles, appartenant toutes à ce groupe, nous a conduit à en écrire la monographie pour faire suite à celle des Hélices dites striées ou coquilles du groupe de l'Helix Heripensis (1) que nous avons déjà publiée.
(1) A. Locard, 1883. Contributions à la fuune malrcologique française, NI; Aonogr. des Hélices du groupe de l'Helix Heripensis, 1, br. gr. in-8, 68 pages el un tableau. |
Mais avant d'entrer en matière, il importe de jeter un coup d'œil rétrospectif sur l’histoire des principales espèces de ce groupe, et de voir quelle forme doit être définitivement choisie comme type du groupe. Nousremarquerons d’abord que l’une d'elles, plus abondamment répandue sur une grande partie du continent français et toujours constante dans sa manière d’être, a dû, bien certainement, être connue des anciens auteurs. C’est cette coquille que nous voyons aujourd’hui tour à tour inscrite sous les noms d'Helix unifasciata et H. candidula. Comme c'est précisément à cette forme que nous voulons donner la préférence pour être placée en tête du groupe dont nous nous occupons, il conviendra donc d'examiner lequel de ces deux noms doit être conservé définitivement.
Geoffroy, en 1767 (1), est un des premiers auteurs qui ait fait ailusion à cette espèce ; 1l l'a désignée sous le nom de Petit Ruban ou Ruban convexe. Quoique la définition qu'il en donne soit assez médiocre, nous n’hésitons pas cependant à attribuer au vénérable régent de la Faculté de médecine de Paris, la paternité du groupe que nous allons étudier. Mas s’il est probable qu'il a fait entrer dans ce même vocable quelques espèces du groupe de l’Helix Heripensis, il n’en est pas moins certain que sa définition: fascia supra unica, sublus plurimis fuscis s'ap— plique très exactement à la description des bandes ornementales de l'espèce que nous avons en vue. Nous devons avouer, toutefois, que dan; la figuration donnée par Duchesne (2), figuration qui accompagne parfois l'ouvrage de Geoffroy, il est bien difficile de reconnaître n'importe quelle espèce parmi les Xérophiliennes.
Poiret, en 1801, définit ainsi l’Helix unifasciata (3): testa albida, conveæiuscula, unica fascia nigra, umbilico mediocri; diam 3 lin.; in collibus apricis. Pourquoi, dans sa traduction française, Poiret explique-t-il le nom d'Helir unifasciata par Helix marine, alors qu'il fait habiter son espèce sur les côteaux arides? C’est sans doute parce que Geoffroy avait appliqué le nom de Ruban marin, à une forme voisine de son Petit Rubun, Dans tous les cas, malgré la briéveté de la définition, on voit qu’elle s'applique bien à la forme queles auteurs modernes ont appelée soit Heliæ
(1) Geoffroy, 17u7. Traité sommaire des coquilles lant fluvialiles que terrestres qui se trouvent dans les environs de Paris, p. 49,
(2) Duchesne. Recueil des coquilles fluvialiles et terrestres qui se trouvent auæ environs de Paris, pl, II. Petit ruban.
(3) Poirel, an IX. Coquilles fluvialiles el terrestres observées dans le département de l'Aisne el aux environs de Paris, Prodrome, p. 81,
unifasciata, soit H, candidula. | ne saurait y avoir aucun doute à ce sujet. Cette Hélice est, du reste, bien commune dans les environs de Paris, ct soit dans Poiret, soit dans Geoffroy, il n’y a pas d'autre espèce avec laquelle on puisse la confondre.
A peu près à la même époque, mais pourtant quatre mois après, Draparnaud, dans son Prodrome (1), parait avoir décrit celte même coquille sous le nom d’Jelix bidentata, en la confondant avec l'Helir bidentata de Gmelin (2). En 1805, dans sou Histoire des mollusques (3), il rectifie son erreur, et fait rentrer cette espèce parmi les neuf variétés de son Helix striata (4). Ce serait la var. :, alba tota, aut alba fasciata ; Labio bidentato. Comme on le voit, ce malheureux Helix striata de Draparnaud comprenait bien des espèces, car 1l est incontestable pour nous que cet auteur a connu les Helix Tolosana(5),H. Lieuranensis (6),H. ruida (7), H. Heripensis (8), H. Gigaxi (9), H. unifasciata (10), I. gratiosa (11). etc. et plusieurs autres espèces affines du véritable Heliæ rugosiuscula (12). Non seulement nous savons que ces espèces vivaient dans Ja région de la France la plus explorte par Draparnaud, mais nous en avons eu encore la preuve en examinant la collection Sionnest classée d’après les propres indications du maitre.
Brard, en 1815, (13) est un des auteurs qui ont le mieux compris et le mieux décrit notre espèce sous ce mème nom d’Helix striata. Il en donne une figuration que plus d'un auteur moderne serait en droit d'envier. Mais il est probable que comme Geoffroy, il confond avec l’Helix unifasciata type plusieurs petites formes du groupe de l'Helix Heripensis.
A l'étranger, nous trouvons, en 1812, cette même coquille, ou plutôt
(1) Draparnaud, an IX. Tableau des mollusques terrestres et fluviatiles de la France, p. 85.
(2) Gmelin, 1788. Systema naturæ, édition XII, p. 3542.
13) Draparnaud, 1805. Hist. nat. moll. France, p. 106.
(4) Nous avons démontré dans un autre travail (Monogr. Uelixæ JIleripensis) que ectte dénomination devait être désormais bannie des catalogues de nos Mollusques de France ; le seul Heliæ striala qui existe est celui de Müller.
(5) Heliæ Tolosana, Bourguignat, 1877. In Locard, 1883. Monogr. Helix Ierip., p.18.
(6) Heliæ Licuranensis, Bourguignat, 1877. Loc. cit., p. 23.
(7) Helix ruida, Bourguignat, 1877. Loc. cil., p. 46.
(8) Helix Heripensis, 3. Mabille, 4872, Loc, cit., p. 43.
(9) Helix Gigazxi, de Charpentier, 1850. Loc. cit., p 54.
(10) Helix unifasciala, Poiret, 1801. Cu7. de l'Aisne, Prodr., p. #1.
(M) Helix gratiosa, Sluder, 1820. Xurz. verzeichn., p. 87.
(2) Helix rugosiuscula, Michaud, 14831. Compl. hist. moll., E. 14, pl. XV, f. 11-14.
(13) Brard, 1815 Histoire des coq. verr, fluv. aux environs de Paris,p.36,pl. IN, fig, ÿ et 6.
une variété de cette mème coquille très soigneusement décrite et fort habilement figurée par von Alten (1) ; comme son type vit sur le Thymus serpillum, aux environs d’Augsburz, il le baptise du noin nouveau d’Helix thymorum. Mais comme no1s l'expliquerons plus loin, nous ne pouvons envisager cette forme que comme une simple variété de notre tvpe plus anciennement COnLu,
En 1820, Studer (2) donna la diagnose de deux espèces qu'il prétendit nouvelles, les Helix candidula et H. grutiosa. Malgré de longues recherches, nous n'avons pu nous procurer les types de ces espèces, ni même vérifier les diagnoses de cet auteur, l'ouvrage dans lequel elles ont été publiées étant aujourd’hui à peu près introuvable. Maïs il est probable qu’on peut leur rapporter les figurations établies par de Charpeniier (3). Or, il est incontestable que la figuration qu'il donne pour l’Helix candidula de Studer se rapporte à l’'Helix unifasciata de Poiret. Quant à la figuration plus incomplète de sa var. b. major de l'Helix candidula, il l'inscrit comme synonyme du nom d’Helix graliosa. Rappelons qu'en même temps cet auteur décrit dans le même travail et pour la premitre fois l’Helix Cenisia (4).
Nous laisserons de côté les nombreuses monographies locales de France, de Suisse, d'Allemagne, où différentes espèces de ce groupe sont citées Lour à tour sous des dénominations bien souvent erronées. Nous ne nous occuperons ici que des traités généraux et des iconographies. Michaud, dans son Complément à l'histoire des mollusques de Draparnaud (5) nous fait contaitre une forme nouvelle, dont le galbe diffère peu de celui de l’Helix unifasciata, mais dont l’ornementation s'en distingue par des stries beaucoup plus fortes qui donnent au test un aspect rugueux; il crée ainsi son Helix rugosiuscula, d’après un type provençal, des environs d'Aix. C’est à la suite de cette spécification que les erreurs les plus graves ont été commises; toute coquille, sous prétexte que son test était rugueux, à été baptisée du nom d’Helix rugosiuscula, sans tenir compte des autres caractères. Il en est résulté que l’on a attribué à cette espèce une extension géographique beaucoup p'us étendue qu’ele ne le comporte.
(1) V. Alt:n, 1812, System. ab'andl. erd und flusconch , p. 56, pl. V, f. 9.
(2) Studer, 1820. Zn Gartner, Narturwiss, ameig. Schweiz, Gessellsch. Bern, WE, n°*11- 12, p. 87.
(3) De Charpentier, 1877, Calalogue moll, Lerr. fluv. Suisse, p. 12, pl, I, fig. 20.
(4) De Charpentier, 1837. Loc. cit., p. 12, pl. H, fig. 21.
(5) Michaud, 1521, Comp! hist, moll., p. 14, pl. XV, fig, 11-14.
. Ludovic Pfeiffer ne parait pas avoir connu les vrais types de ces différentes espèces. Dans le principe, il n'admet (1) que l'Helir candidula de Studer, et range d’après de Ferussac en synonyme, l'Helir unifasciata de Poiret. Pour lui, l'ilelix gratiosa n’est également qu'une variété de la forme précédente (2); il renvoie pour la figuration de cette espèce à l'atlas de Charpentier. Quant à l'Helix rugosiuscula, ii commence par la confondre (3) avec la variété 6 de l'Helix trochoides : obsoleta carinata, costulato-striata, plerumque fusco-maculata ; et plus tard (4), il l'admet au rang d'espèce, mais co nme nous aurons occasion de le voir, il le confond avec d’autres types. Enfin, 1l n'admet l'Helix Cenisia de Charpentier que comme simple variété de l'Helix gpicina (5).
Postérieurement, dans le mème ouvrage revu par M. S. Clessin (6), nous trouvons une partie seulement de cs erreurs rectifiées : les Helix candidula Studer, 1. spirilla Westerlund, H. rugosiuscula Michaud, et IT. Paladilhei Bourguignat, sont bien admises comme espèces, mais les Helix gratiosa Studer et /1. Cenisia de Charpentier, ne sont encore que de simples variétés. C'est le même ordre d'idée que nous trouvons également dans le catalogue de M. le docteur Kobelt (7), qui admet les mêmes espèces et les mêmes variétés que M. S. Clessin.
Moquin-Tandon (8) est de tous les auteurs, celui qui a le plus mal iaterprété le groupe. Il n'admet qu’une seule espèce, l'Helix unifasciata ; pour lui, les Helix rugosiuscula et H. gratiosa ne soit que de simples variétés qu’il met au même rang que ses var. r'adiata, interrupla, thymorum, obscura et alba de l'Helix unifasciata; mais, en outre, il reconnaît pour ces deux variétés rugosiuscula et gratiosa des sous-varictés identiques à celles du type. Il est difficile de mieux embrouiller la notion de l'espèce et celle des variétés ou sous-variétés.
M. l'abbé Dupuy (8), plus logique, admet au moins les deux espèces : Helixz candidula et H. rugosiuscula ; malheureusement, comme nous le verrons plus loin, ses figurations ne se rapportent pas exactement aux types. Enfin, il rejette comme douteuses les synonymies d'Helix unifas-
(4) L. Pfeiffer, 1848 Nom. Aiic. vivent., 1.1}, p. 158. (2) L. Pfeiffer, 1848. Nom. Helic. vivent., p. 443.
(31 L. Pfeiffer, 14818. Loc, cit., p. 180.
(4) L. Pleiffer, 4853. Loc. cjt., t. LIT, p. 134.
(5) L. Pfeiffer, 1848. Loc. cil., 1. 1, p. 170 et 443.
(6) S. Clessia, 1881. Nom. Ilelic. wivent., p. 132 ct 133. (7) Kobelt, 4881. Catalog. europ. binenconch., p. 234. ‘8 Moquin-Tandon, 1855. Aist. moll. France, 1, p. 234, (9) Dupuy, 1849. Hist, nat. moll,, p. 271 et 282.
ciata et s’en tient à la dénomination d’Helix candidula, donnée postérieurement par Studer (1).
En 1866, M. Bourguignat fait connaitre une nouvelle espèce de ce groupe l'Helix Paladilhei (2), espèce qui, du reste, n’a été contestée par auoun auteur.
Dans son ouvrage sur la faune européenne, M. Agardh Westerlund (S admet les Helix candidula Studer, H. rugosiuscula Michaud, et H. Paladithei Bourguignat. En même temps, il signale une variété nouvelle de l'Helix candidula, la var. spirilla, qui fut plus tard à juste titre élevée au rang d'espèce, et que nous retrouvons dans le catalogue de M. S. Clessin.
Le nombre des espèces admises jusqu’à ce jour se bornait donc, en résumé, à quatre ou cinq espèces, lorsqu’en publiant notre Prodrome de malacologie française, nous avons donné (4) dans le groupe de l'Helix unifasciata, sur les indications de M. Bourguignat, plusieurs espèces nouvelles, les unes inédites comme les Helix Jeanbernati et H. acosmia, les autres déjà décrites par M. J. Mabille comme les 1. Iicetorum et H. Belloquadrica. Depuis cette époque, nous devons à M. P. Fagot la connaissance de deux espèces nouvelles (5), les Helix Aurigerana et H. Ussatensis. Aujourd’hui, nous reconnaissons qu’il convient de modifier notre classification, et nous ajoutons à ce même groupe les Helix apicina et l'Helix Paladilhei que nous distrayons du groupe de l’Helix Ramburi. Enfin, nous donnons la description de cinq espèces nouvelles absoltiment distinctes des formes déjà connues. C’est donc en définitive un total de dix-huit espèces que nous inscrivons désormais dans ce groupe.
En résumé, nous reconnaissons qu’il convient d'admettre définitive ment le nom d'Helix unifasciata Poircet, de préférence à celui d’Helix candidula Studer. Nous avons, en cela, le regret d’être en contradiction avec plusieurs auteurs; mais les lois de la priorité sont formelles en pareille matière, et nous imposent un tel choix. La définition de Poiret, le nom même qu'il donne à sa coquille, nous démontrent suffisamment qu'il ne peut y avoir la moindre ambiguïté à l'égard de cette espèce. Il est vrai qu'il y a encore des naturalistes qui en sont à citer aujourd’hui
(1) Nous cilerons également pour mémoire Rossmässler, 1854. Zconogr., t. INF, p. 25 et 26, qui fait une épouvantable confusion de toutes les Hélices des groupes de l’ÆXelix Heripensis et H. unifasciata, faute d’avoir reçu de bons types.
(2) Westerlund, 1876. F'auna europæa molluscorum Prodr., p. 107.
(3) Bourguignat, 1866. AZo!l, nouv. litig., 6° dec., p. 180, pl. XXX, Mg. 1-5.
(4) A. Locard, 1882. ?rodrome de malacol. franç., p. 111.
(5) P. Fagot, 1854. Diagn. esp. nowv. pour la faune franc., p. 7.
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