‹ Contributions à la faune malacologique francaise (volume 2)Chapitre 25 sur 39 · GENRE PECTEN · texte numérisé non relu

GENRE PECTEN

Parmi les innombrables formes constituant la Faune malacologique de notre littoral, il en est peu d'aussi variées que celles qui appartiennent à L grande et belle famille des Pectinidæ. Mais, si quelques-unes se trouvent “en abondance sur nos plages et même jusque sur nos marchés(1), la F Jupart sont au contraire plus ou moins rares et partant se prêtent moins f a cilement à l'étude.

. Nos côtes de France, baignées par des eaux aussi différentes que celles de la Manche, de l'Océan ou de la Méditerranée, devaient nécessairement offrir un champ d'étude des plus étendus. Pourtant, il était bien difficile “de s’en tenir à ces seules limites; il importait d’en comparer les divers éléments avec ceux de la faune septentrionale et méridionale de tout le ystème européen. Avec un pareil aréa de dispersion, la tâche devenait plus délicate. Mais c’est sans doute pour s'être dispensés d’une semblable

(1) Presque loules les espèces de Pecten sont comestibles, D'après M. le D' Ozenne (1858, E: ai sur les Mollusques considérés comme aliments, médicaments et poisons, p. 49), leur cha , plus nourrissante et plus délicate que celle des Huitres, est indigeste. Les espèces que 1 mange, à cause de leur grande taille, sont les Pecten maximus et P. Jacobæus, quoique eur chair soit inférieure à celle des Peignes de taille moyenne comme les Pecten varius et

P. opercularis.

étude que nombre d’auteurs sont arrivés à de fâcheuses confusions entre les espèces ou prétendues espèces vivant dans de tels milieux.

Nous avons pensé qu'il y aurait quelque intérêt à présenter une étude d'ensemble permettant d'embrasser d'un seul coup d'œil toutes ces fvrmes, de manière à en apprécier d’une façon certaine la valeur et l'importance au point de vue scientifique. Mais, bon nombre de nos espèces, à juste titre considérées comme rares dans nos pays, où elles ne vivent que d'une manière accidentelle, sont au contraire beaucoup plus répandues sur d’autres plages parfois lointaines. Nous avons été ainsi conduit à étendre notre champ d'étude à presque tout le système européen pour y puiser des termes de comparaison offrant toutes garanties. Il en est résulté, qu’à l’occasion de plusieurs de nos espèces françaises, on trouvera dans ce travail une étude générale beaucoup plus complète que ces mêmes espèces ne le comportaient dans des limites locales plus restreintes,

Pour mener à bonne fin pareille tâche, nous avons dû nous entourer de matériaux puisés aux sources les plus authentiques. Grâce à la collaboration de nos bienveillants et généreux correspondants, nous sommes arrivé à pouvoir comparer les éléments de notre faune avec celle de la Suède, de la Norvège, de l'Angleterre pour la région septentrionale, et de presque toute la Méditerranée pour la région méridionale. Aux muséums de Paris et de Genève, nous avons retrouvé les types iudiscutés de de Lamarck, de Deshayes, de Risso et de Payraudeau. C’est avec de telles données que nous avons entrepris ce travail, Mais, avant d'aller plus loin, qu'il nous soit permis d'adresser ici nos plus sincères remerciements à tous ceux qui ont bien voulu nous prêter leur précieux et ntile concours. Le nombre en est bien grand, mais aucun ne sera oublié.

Avant d'aborder notre sujet dans ses détails, il importe de dire quelques mots sur l’ensemble de la question. Quelles sont les véritables limites à assigner à la famille des Pectinidæ, et qu'est-ce que le genre Pecten ? Là, déjà, les malacologistes sont loin d’être d'accord.

Sans nous en tenir à la valeur plus ou moins générique accordée au genre Pecten chez les Grecs et les Latins (1), ou dans les traités plus récents des anciens auteurs comme Belon, Rondelet, Aldrovande ou Lister, nous voyons que Linné (2) faisait abstraction de ce nom de Pecten

(1) A. Locard, 1884, Hist, Moll, antiquité, p. 155. (2) Linué, 1758. Systema naturæ, édit, X, p. 696. — 1767. édit. XH, p. 1144.

si anciennement connu, pour en réunir les différentes formes aux divers . Ostrea. Müller, en 1776 (1), et Pennant, en 1777 (2), paraissent avoir été les premiers auteurs qui, faisant usage de la méthode binominale, aient nettement séparé les Peignes des Huitres. Pennant, dans une faune presque similaire avec une partie de la nôtre, distinguait huit espèces de Pecten, sur les côtes de l'Angleterre, et les répartissait dans deux groupes.

En France, de Lamarck (3), le premier, admit cette division, et, en écrivant son Prodrome, en 1801, il plaça son CXLV® genre des Pecten entre les Avicules, les l'ernes et les Placunes d'un côté, et les Limes, les Pandores de l’autre, c’est-à-dire assez loin des Ostrea qui constituent . son CXXXIX: genre. Plus tard, en 1819 (4), il adopta une classification plus rationnelle, et dans sa section des Pectnides, il comprit les genres Pedum, Lima, Plagiostoma, Pecten, Plicatula, Spondylus et Podopsis, précédant les Ostracées. Cette classification si logique prévalut fort longtemps. et la plupart des auteurs furent d'accord pour réunir au moins les Lima et les Pecten dans la famille des Pectinidæ. Telle est la manière de voir que - nous avons suivie dans notre Prodrome (5).

… Mais actuellement, avec la tendance du jour, tendance qui consiste à multiplier les coupes génériques, on a divisé les anciens Pecten en plusieurs genres nouveaux, et l'on a créé pour les Lima la famille des Limidæe. 1 nous semble pourtant que l'animal et la coquille des Limes ont beaucoup “trop de rapport avec ceux des Peignes pour qu’une semblable division | générique soit suffisamment justifiée. Quoi qu'il en soit, dans l'étude qui “va suivre, nous ne nous sommes occupé que des Pecten proprement dits. … Dans cette famille des Pcctinidæ, et en dehors des Limes, on a proposé . depuis quelques années un certain nombre de genres dont il importe de discuter la valeur.

— Woodward (6), pour ne parler que des auteurs les plus modernes, faisait rentrer, dans sa dernière édition, les Pecten dans la famille des -Ostreidæ comprenant les genres Ostrea, Anomia, Placuna, Pecten, Lima, “Spondylus et Plicatula. C'était une sorte de moyen terme entre Linné et de Lamarck.

A {1} Müller, 1776. Zoo!. Daniæ Prodr., p. xxx1. « (27 Pennant, 1777. British Zoology, IN, p. 84. D (3) De Lamarck, 1749, Prodr, — 1801. Syst. anim. s. vert, p. 135. (8) De Lamarck, 1819. Anim. s. tert., VI, 1, p. 161.

D (5) A. Locard, 1886. Prodr. malac. franc., p. 506. ‘ (6) Woodward, 1870. Man, conch , p. 424.

Trayon (1), en Amérique, a séparé ses Limidæ des Pectinidæ. Il réunit dans cette dernière famille, parmi les genres vivants, les Pecten, Hemipecten, et Hinnites. Le genre Pecten comprend comme sous-genres : les Pallium, Chlamys, Liropecten, Camptonectes, Pseudamussium, Pseudo pecten, Vola et Neithea.

M. P. Fischer, dans son Manuel (2), a également maintenu la séparation des Limidæ et des Pectinidæ en deux familles distinctes. Ses Pectinidæ se divisent en neuf genres dont quatre seulement se rapportent à des formes françaises, les genres Chlamys, Hinnites, Amussium et Pecten. Arrêtons-nous quelques instants sur cette division nouvelle :

Les Chlamys, ancienne coupe instituée par Bolten (3), sont plus particulièrement caractérisés par leurs valves sub'gales avec des oreilles inégales, et par un sinus byssal bien visible. Ce sont les anciens Pecten proprement dits, ayant pour type le Pecten varius si commun sur nos côtes. M. Fischer les subdivise en un grand nombre de sections constituant pour quelques auteurs autant de genres distincts.

Le genre Hinnites, sur lequel nous aurons à revenir plus loin, et avec plus de détails, a été créé par Defrance (4) pour des espèces fossiles. Deshayes l’appliqua le premier à des espèces vivantes, notamment au Pecten distortus (P.pusio, Auct.). Dans ce genre, la coquille à l’état jeune est semblable à celle des Chlamys, avec un sinus byssal; plus tard, de libre qu’elle était, elle devient fixe, prend un galbe osiréiforme et son sinus s’atrophie.

Dans le genre Amusium (pro amussium), créé par Rumphius (5) et non par Klein (6), comme on l'écrit si souvent, les valves, au lieu d’être ornementées de côtes rayonnantes comme chez tous les autres Pectinidæ, sont lisses au dehors, quoique portant à l’intérieur des côtes également en forme de rayon. L’échancrure du byssus est à peine perceptible. A vrai dire, on ne connaît pas encore d’une façon bien précise le modus vivendi des espèces appartenant à ce genre.

Enfin les Pecten, d’après M. Fischer (7), seraient des coquilles à valves inégales, à oreilles subégales et sans sinus byssal. Ces mêmes formes ont

(4) Trayon, 1884. Struct. syst. conch., 1II, p. 288.

(2) P. Fischer, 1886. Manuel de conch., p. 942.

(3) Bollen, 1798. Museum Bollenianum. — 1819, 9° édit., p. 112. (4) Defrance, 1821. Zn Dict. sc. nat., XXI, p. 169.

(5) Amusium, Rumphius, 1711. T'hes. test., p. 40, pl. XLV, fix A. D. (6) Amusium, Klein, 1753. Tent. meth. Ostracol., p. 134.

(7) Fischer, 4886. Loc. cit., p. 946.

. tour à tour été appelées Volz (1) et Janira (2). On remarquera d'abord . que dans tous ces genres l'animal est le même. Il ne diffère que par la + forme du pied qui est allongé chez les Hinnites, et canaliculé ou terminé - encorne chez les Pecten. Quant à la coquille, on peut dire que si, à l'âgeadul'e, elle est différente, dans le jeune âge elle présente les mêmes . caractères. Citons quelques exemples:

Le Pecten maæximus étant pris comme type des Pecten et le P. varius - comme lype des Chlamys, nous trouvons des formes intermédiaires entre ces deux formes extrêmes pourtant fort distinctes. En effet, considé- . rons dans notre faunule le Pecten opercularis ; nous voyons qu'il participe à la fois de ces deux genres. Comme chez les Pecten, sa coquille est - « suborbiculaire », son test est « orné de côtes rayonnantes »; il est . «auricu'é, équivalve» ; l'une de ses valves, la va've inférieure, il est vrai, est assez « aplatie » pour qu’elle ait donné son nom à la coquille, tandis que l'autre est « convexe ». Pourtant, comme les Chlamys, il porte un sinus byssal (3), et sur le bord antéro-supérieur de sa valve inférieure on distingue nettement la filière caractéristique à travers laquelle doit pas- « ser le byssus. Pour ce Pecten, M. P. Fischer a dû créer sa section des - Æquipecten. |] ne nous paraît donc pas bien démontré qu'il soit néces- -saire de séparer dans deux genres différents le Pecten opercularis et le Pecten mazimus. Ce sont toujours pour nous des Peclen, ayant entre eux . d'incontestables affinités, mais appartenant à deux groupes distincts (ou sections), formant autant d'éche'ons dans une même échelle générique. Moutefois, rendons justice à M. Fischer, qui a supprimé les noms de Vola ct de Janira; ilest, en effet, bien démontré que le nom Pecten était donné i.contestablement par Pline, notamment, au Pecten Jacobæus, que l'on Stest plu à rebaptiser à nouveau sous les noms différents de Vola ou Junira Jacobæa.

— Le genre Hinniles n'est pas meilleur, du moins en tant qu'il se rapporte à l'espèce européenne vivante, connue sous le nom de Pecten pusio. Dans ‘un travail fort intéressant, M. P. Fischer (4) a démontré que l'anatomie (PKicin 1753. Teni. meth Os'rucol.. p. 135.

(2) Schumacher, 1817, Essai nouv. syst. Vers test., p. 117

… (22 Hi est à remarquer que l'Essan d'Adanson, qui appartient évidemment au mème grouje “que le Pecten opercularis, el que quelques auteurs ont même confondu avec lui, est également "ù Moullusque qui se déplace et exécute des bonds considerables tout comme les Pezten maæximus el le P. Jacobæus; ce n'est que plus tard qu'il fait usage de son appareil hyssigèue.

(Vide Charbonnier, 1853. Zn Journ. conch., IV, p. 261.) … (4) P. Fischer, 1862. Sur l'anrtomie des Hinniles. In Journ, conch., X, p. 205.

des Hinnites était la même que celle des Pecten. Reste donc la question de la coquille. Or, on voit que le prétendu Hinnites est dans lu première période de son existence un véritable Pecten, qu'il vit, croît et se développe d'une manière normale, et que ce n’est qu’à un certain moment de sa vie ‘qu’il se fixe et se modifie de façon à devenir un Hinnites. Est-ce une raison suffisante pour déclarer que ce n’est point un Pecten? À ce compte, pour être logique, 1l conviendrait de créer aussi un genre nouveau pour le Tapes saxatilis(1) qui, lui aussi, dans son jeune âge, vit à la manière des Tapes pullaster (2) et T. pullicenus(3), pour se fixer ensuite dans des excavations où la manière d'être de son test se modifie à la façon du Pecten distortus. Est -on même bien certain qu’une telle modification dans l'allure du test ne se produit pas une fois que la coquille est complètement adulte? On n’a aucune donnée positive sur un pareil sujet. Ne peut-il pas se produire pour le Pecten distortus ce que nous voyons chez les Pecten clavatus et P. fleruosus ? Chez ces espèces, la croissance commence par être régulière et normale; puis, une fois la coquille adulte, une fois qu’elle à acquis tous ses caractères spécifiques, elle continue encore à se développer, mais alors en affectant les formes les plus singulières. Faudra-t-1l donc, pour ces espèces également anormales, créer encore un genre.nouveau? Nous ne prétendons pas qu’il y ait lieu de supprimer complètement le genre Hinnites; il peut être bon pour certaines espèces fossiles ou pour quelques grandes formes exotiques vivantes ; mais nous ne saurions l'admettre lorsqu'il s’agit du Pecten distortus de nos côtes océaniques.”

Le genre Amussium a peut-être davantage sa raison d'être. Si l’anima du Pecten pleuronectes (4) des mers de la Chine, qui a été pris par Rumphius, pu's par Klein, pour type du genre, ne diffère pas sensiblement de celui des autres Pecien, sa coquille est ornementée d'une tout autre manière, Ici, plus rien de ces côtes externes qui sont le propre de tous les véritables Pecten, mais uniquement des côtes internes. Peut-être ces Mollusques ont-ils un genre de vie à part; ils semblent vivre librement à en juger par l'éctancrure du byssus qui est à peine perceptible sous l'oreille antérieure de la valve inférieure. Malheureusement, notre faune est bien pauvre en espèces de ce genre, Et puis, entre les Pecten et les

(1) Veñus saxatilis, Fleuriau de Bellevue, 1802. In Journ. phys. chim., LIV, p. 345. (2) Venus pullastra, Montagu, 1803. Test. Brit., p. 135.

(3) Tapes pullicenus, À. Locard, 1886. In Bull. Soc. malac., IL, p. 259.

(4) Ostrea pleuronectes, Linné, 1758. Syst. nat., édit. X, p. 69,6.

véritables Amussium n'y a-t-il pas une série en quelque sorte transitoire, dans laquelle les coquilles sont lisses à l'intérieur et à peine finement striées à l'extérieur, comme chez les Pecten vitreus, P. abyssorum, P. . Groenlandicus, etc. En attendant que l’on soit complètement fixé sur le … modus vivendi de nos petites espèces de la faune abyssale, nous les main- … 1iendrons, au moins à titre provisoire, parmi les Pecten, tout en les clas- . Sant dans un groupe à part.

En dehors de ces genres principaux, il en est d’autres moins importants, . en ce sens que tout en étant basés sur des caractères de même valeur, - ils s'appliquent à un nombre d'espèces beaucoup plus restreint. Ainsi, 1 pour des formes dont les deux valves sont ornementées d’une façon - différente, comme le Pecten inæquisculptus, on a proposé le nom de Pseudamussium de Klein(1); Chenu donne ce même nom à des coquilles en forme d'éventail, avec des valves lisses ou ornées de plis longitudi- — räux ou finement striés; il donne comme exemple le Pecten glaber de Lamarck (2). Jeffreys, pour des formes analogues, mais à valves û différentes, a fait tour à tour usage des noms de Pleuronectia(3) et d’Amussium (4). Le marquis de Gregorio (5) a proposé le nom de Propeamussum qui nous parait à peu près Synonyme, et qui a été adopté parle - marquis de Monterosato (6). Enfin ce dernier auteur a désigné sous le nom de Palliolum (7) les petites espèces pellucides, au test très finement treilhssé, ayant pour type le Pecten incomparabilis de Risso. Ces diff: rentes dénominations ne constituent à proprement parler que des sousgenres.

… La faune française comprend actuellement trente-cinq espèces, toutes 4 spi vivantes sur nos côtes. Peut-être conviendrait-il d'ajouter à cette iste le Pecten Islandicus de Müller (8), dont il a été pêché à plusieurs

Be. *,

si!

: (1) Pseud-amusium (pro Pseud amussium), Klein, 1753. Tent. meth. Ostrac , p. 134. (2) Chenu, 1862. Man. conch., II, p. 184, fig. 931.

(3) Jeffreys, In Wyville Thompson, 1873. Depths of the Sea, p. 464, fig. 78. — Pleuroneclia, $ inson, 1840. À treat. Malac., p. 388.

(4) Jeffreys, 1876. In Ann. mag. nat. hist., 4° sér., XNIIT, p. 424. — Amusium(pro Amussium), Klein, 1753. Loc. cit., p. 134.

(5) Marquis A. de Gregorio, 1883. Not, conch. mioc., p. 1, in Natur. Sicil., WI.

a Marquis de Monterosalo, 1884. Nom, conch. medit., p. 6.

(7) Marquis de Monterosato, 1884. Loc. cit., p.5.

(8) Ostrea Islandica, 1776. Zoo!. Dan. Prob, n° 2990. — Bouchard-Chantereaux (Cat. Moll. mar. Boulonnais, p. 30) ditavoir trouvé plusieurs fois cette espèce parmi les Pecten opercularis, Cette espèce est très bien décrite et très exactement figurée dans l'ouvrage de M. G.-0. Sars (1878. Moll. Reg. arct. Norv., p. 16, pl. I, fig. 2); il ne nous parait … donc pas nécessaire de revenir sur celle forme,

reprises des valves isolées jusque dans la région aquitanique. Muis, par principe, nous croyons qu’il est prudent de n’admettre dans un catalogue de faune locale ou générale que les espèces qui ont pu vivre dans ce milieu. Pour classer méthodiquement toutes ces formes, nous les ‘avons répartis en onze groupes s'enchaînant les uns aux autres, partant de la forme type des Pecten maximus et P. Jacobœæus, les plus anciennement connues et les plus grandes, pour arriver aux petites espèces de la faune ahyssale. En tête de chaque groupe, nous avons donné les caractères généraux propres aux espèces de ce groupe. La plupart de ces formes on été déjà figurées dans nombre d’iconographies. Il sera donc toujours facile d’en retrouver des figurations, Dans tous les cas, leurs caractères difiérentiels sont tellement nets, tellement tranchés, que l’on peut très bien se dispenser d’avoir recours à des publications souvent fort dispendieusces.

Dans nos descriplions, pour désigner chacune des deux valves, nous avons cru devoir renoncer à la dénomination si souvent employée de valve droite et valve gauche, désignation qui prête à la confusion et qui n’est nullement justifiée. Nous avons donné la préférence aux expressions de valve inférieure et valve supérieure ; la valve inférieure étant celle qui repose sur le sol, celle dont la coloration est toujours au moins un peu plus pâle, si ce n’est différente, celle enfin qui porte le sinus byssal.

Un mot encore sur la valeur des caractères spécitiques chez les Pecten. En général, chez une même espèce, le galbe est normalement polymorphe. Il varie dans des limites assezlarges, non seulement suivant les milieux, mais encore dans une même colonie, et surtout suivant l’âge. Souvent, en effet, telle espèce dont le galbe à l'état adulte est circulaire, était longitudinalement allongée dans son jeune âge et devient transversalement elliptique en vieillissant. Lorsque l'on examine des séries un peu importantes de Pecten varius, P. distans, P. unicolor, etc., on observe des variations très notables dans le galbe, variations qui peuvent induire en erreur si l’on s’en tient à un nombre trop restreint d'individus. En parcourant nos listes de variétés, on constatera combien sont parfois considérables ces variations. On ne doit donc, au point de vue spécifique, attacher aux caractères généraux fournis par le galbe, qu’une importance relative.

Il en est souvent de même du plus ou moins de bombement relatit des valves. On voit en effet chez des espèces normalement inéquivalves … des individus parfaitement équivalves. Ce bombement varie notable ment suivant l'âge : il est en général plus faible dans le jeune âge qu'à

l'âge adulte; souvent même il devient ensuite anormal. Il existe des individus du Pecten commutatus dont les valves sont déprimées comme celles du Pecten opercularis, tandis que chez d’autres la coquille est complète ment globuleuse, comme celle d’un Cardium. Faut-il rappeler ces singulières formes pixoïdales des Pecten clavatus et P, flexuosus ? Pendant toute une première période de sa vie, le sujet croît régu!ièrementet reste toujours semblable à ses congénères. Mais une fois cette limite dépassée, en vertu de ce phénomène si exactement exprimé par Carlo Porro, sous le nom de sopraeccitazione di vita (A), et encore si mal connu des physiologistes, le développement se poursuit chez quelques individus suivant les modes les plus bizarres et les plus irréguliers.

La disposition relative des oreilles, la présence ou l’absence du sinus byssal sont des caractères généraux très bons à relever, mais uniquement ou presque uniquement pour élablir des modes de groupement dans des formes plus ou moins aftnes. Ils perdent souvent de leur importance lorsque l’on passe à la classification spécifique.

Mais, en revanche, le caractère spécifique le plus certain, le plus précis, réside, selon nous, dans le mode de répartition des côtes longitudinales ou mieux rayonnantes, et dans leur allure, Dès le jeune âge, les côtes com- … mencent à affecter les caractères qu'elles doivent définitivement revêtir, … surtout au point de vue de leur mode de répartition. Si chez quelques - espèces, comme le Pecten sulcatus ou le P. multistriatus, on observe une … irrégularité notoire dans ce mode de distribution, elle persistera toujours et à tous les âges. Une fois le nombre des côtes fixé, une fois leur grosseur réciproque établie, rien dans la croissance, si ce n’est un acci- … dent tératologique, ne peut en modifier le régime. C’est donc là un crité- … rium certain sur lequel on peut compter d'une façon absolue dans la détermination spécifique des Pecten.

—. Parfois pourtant, il existe dans le mode de costulation, des anomalies apparentes dès le jeune âge; telles sont par exemple les côtes plus ou moins bifides en nombre variable, et dont le caractère persiste durant — joute la vie de l'individu. Mais, ce sont là de simples cas tératologiques - comme il peut en exister partout. Les seules caractères sérieusement . modifiables dans l'allure des côtes portent sur leur nombre et sur leur … plus ou moins de saillie sur la valve. On remarquera que le nombre des

(1 Curlo Porro, 1840. Studii su talune variazioni of. Moll., p. 19. In Mem. Rrale — Accad. sciense di Torino, sér. II, p 1,

côtes ne varie jamais que chez des espèces dans lesquelles ce nombre est relativement considérable ; tel est le cas des Pecten varius, P. niveus, P. multistriatus, etc. Quant à l’aplatissement des côtes, il peut devenir plus ou moins grand av: c l'âge. Chez certaines espèces, comme chez les Pecten glaber, P. hyalinus, etc., les côtes peuvent être plus ou moins apparentes, il est vrai, mais dans ce cas elle conservent toujours d’autres caractères qui permettent de les distinguer d’une façon certaine.

Relativement à la manière d'être du test, ses costulations, ses stries, ses épines ou ses squames varient toujours suivant les milieux. Dans les fonds tranquille*, non agités par le mouvement des vagues ou des courants, ces différentes ornementations se développent facilement ; elles perdent au contraire de leur importance dans les milieux agités: tel est le cas du Pecten varius qui tantôt porte de longues épines et qui tantôt aussi devient complètement glabre.

Les différences de coloration, l’ornementation polychromique qu’affectent si fréquemment les valves supérieures des Pecten sont autant de caractères souvent utiles, mais dont il ne faut point abuser. Les variations ex colore sont parfuis si nombreuses chez une même espèce qu’elles perdent toute leur importance. Et puis il ne faut pas perdre de vue que chez les coquilles fossiles ce caractère n’a plus la moindre valeur.

Tilles sont les principales données qui oni été mises en œuvre dans cette nouvelle étude de l’un des éléments de notre faune marine française. Loin de nous la pensée d’avoir écrit le dernier mot sur un pareil sujet. Bien au contraire, à mesure que nous avançons dans nos recherches malacologiques, nous voyons chaque jour combien il importe d'élargir le cercle des chservations. Ce n’est plus uniquement dans le recueillement du cabinet, au sein des plus riches collections qu'il faut se contenter d’étudier; c’est sur place, c'est surtout dans des laboratoires maritimes convenablement agencés, qu’il importe d'aller surprendre la vie intime des êtres. Ce n’est malheureusement pas toujours chose bien facile, ni pratiquement réalisable. Ma's en attendant bornons-nous, comme nous le faisons aujourd'hui, à résumer ct à discuter les éléments jusqu’à présent connus et acquis à la science sur un pareil ensemble.

Lyon, décembre 1887.

Genre PECTEN (Pline), Müller,

Müller, 1770. Zoo!. Dan. Prodr,, p. XXXI.

A.— Groupe du P. MAXIMUS

Le premier groupe ou groupe du Pecten maximus renferme les deux plus grandes 1 espèces de nos côtes françaises et mème du système européen. Il correspond aux anciens genres Vola ou Janira, caractérisés par une valve inférieure très bombée et une valve supérieure complètement plane ou mème parfois un peu concave, des oreilles égales, symétriques, très grandes, un sinus byssal nul. L'une de ces espèces, le Pecten Jacobæus ne vit que dans la Méditerranée; l’autre se trouve sur toutes nos côtes.

PECTEN MAXIMUS, Linné.

| Ostrea maxima, Linné, 1758. Syst. nat., édit., X, p. 696. — 1767. Édit, XII, p. 1144, — Do-

dr novan, 1800. Brit. Shells, Il, pl. XLIX,

mazimus, Pennant,1777. Brit, Zool., IV, p. 49, pl. LIX, fig. 61. — Brown, 1844. ZI. conch., p. 71, pl. XXV, fig. 1.— Sowerby, 4847. Thes. conch., p. 45, pl. XV, fig. 98 à 100. — Reeve, 1852. Zcon. conch., Pecten, pl. IX, fig. 32. — Forbes et Hanley, 18%3. Brit. Moll., 11, p. 296, pl. XLIX. — Sowerby, 1859. ZUZ. ind., pl. XI, fig. 13. — Jelfreys, 1863-69. Brit. Mo!l., WE, p.72; V, p. 169, pl. XXIV, — Hidalgo, 1870. Moll. marin., pl. XXXUI, fig. 43 pl. XXXIV, fig. 1. — Locard, 1885. Prodr malac. franç., p. 506. — Kobelt, 1887. Prodr., p. 435.

— vulgaris, da Costa, 1778. Brit. conch., p. 140, pl. IX, fig. 8.

Vola mazxzima, Chenu, 1859. Man. conch., W, p.185, fig. 935.

lanira mazxima, Fischer, 1378. Zn Act. Soc. Lin. Bord., XXXII, p. 179.

“Pecten medius (non Lamck.), Daniel, 1883. Zn Journ. conch., XXXI, p. 259.

D Le

… Hisronique. — Le Pecten maximus et le P. Jacobæus sont certaine-n ent les deux espèces les mieux connues et les plus répandues de tous “nos Pecten d'Europe. Ce n’est pourtant pas du Pecten maximus dont il est question dans les anciens auteurs. Habitant principalement l'Océan, ile devait vraisemblablement pas être connu du temps d'Aristote (1).

- (H)Les Kreis ou Pecten sont, d'après Aristote, des coquilles à surface cannelée; leurs . valves s'ouvrent et se ferment à l’aide d'une charnière, lorsqu'on les approche; etc. {Hist. nim., liv. 1V, chap. 1v, v, vin et vin)

Mais il est fort possible que les Latins contemporains de Pline ou de ses descendants en aient eu connaissance (1). Déjà Pline affirmait que les meilleurs et les plus estimés étaient ceux de Mitylène, de Tyndaris, de Salone, d’Altinum, d'Antium, de l'ile de Pharos près d'Alexandrie (2). Or, puisque les Romains connaissaient le moyen de faire venir jusque sur leurs tables des Huîtres fraiches du Médoc et de la Bretagne, sans doute ïls ne devaient point dédaigner ces grands ct beaux Pecten pêchés dans les mêmes parages, et dont la chair fine et savoureuse avait aussi déjà ses appréciateurs (3). Dans tous les cas, les auteurs de cette époque avaient une conception de l'espèce telle qu'ils n'auraient su séparer ces deux formes que par de simples indications de provenance.

D’après Linné, Lister (4) ne parait pas avoir connu le Pecten Jacobæus ; il figure l’espèce qu’il désigne déjà sous le nom de Pecten maximus. Pourtant, comme l’a admis de Lamarck (5) dans sa synonymie, les planches CLXV, figure 2, et CLVE, figure 3, portant au bas l'indication de la mer Méditerranée comme habitat, ne peuvent laisser subsister le moindredoute relativement à la séparation de ces de.x formes. Gualtieri également (6) paraît avoir établi une distinction réelle entre ces deux formes.

Dans son Catalogue des Mollusques des environs de Brest, M. le D' Daniel a cité, sur l'indication de MM. Crouan, la présence du Pecten medius de de Lamarck(7), comme ayant été pêché sur les côtes du Finistère, du côté de Paimpol et de Morlaix. Déjà avant lui Requien avait cité cette nême forme dans son Catalogue des coquilles de Corse (8). Le véritable Pecten medius est une forme indienne très exactement représentée par Reeve (9), intermédiaire, 1l est vrai, entre les Pecten maximus et P. Jacobæœus, mais certainement différente de ces deux espèces. Or, suivant son âge, et surtout suivant certaines variations individuelles, 1l arrive parfois que les côtes de la valve supérieure du Pecten maximus sont plus

(1) Vide: A. Locard, 1884. Hist, des Mollusques dans l'antiquilé, p. 101 à 4141.

(2) Pline, Hist. nat., liv. XXXIT, chap. zu, 6.

(3) Dans la nécropole de Trion, à Lyon, remontant aux premiers siècles de notre ère, ona trouvé assoc.és à vingt et une espèces de Mollusques différents des Pecten maæimus el P. Jacobæus. (A. Locard, 1885. Note sur une faunule malacologique gallo-romaine, p.6 )

(4) Lister, 1678. ist. anim. Angliæ, pl. V, fig. 59. — 1685. Syn. meth. conch., pl. CLXHH, fig. 4.

(5) De Lamarck, 1819. Anim. sans vert. VI, 1, p. 163. — 1835. Édit. Deshayes, VII, p 130.

(6) Guallieri, 1742, Ind. test. conch., pl. XCVILL, fig. A, B. — pl. XCIX, fig. B.

(7) De Lamarck, 1819. Loc. cit., NI, 1, p. 163. — 1836. Loc. cit., VI, p. 130.

(8) Requien, 1848. Cat. coq. Corse, p. 81,

(9) Recve, 1852. Icon, conch., Pecten, pl. XI, fig. 44.

- hautes, plus étroites, et même un peu plus rapprochées que dans le type. . C'est une telle forme qui bien certainement a été prise par MM. Crouan pour un individu du Pecten medius. M. le D' Daniel, que nous avons consulté à ce sujet, nous écrit qu'il se souvient d’avoir vu, il y vingt-cinq ans, cet individu à côtes de la valve supérieure étroites, et qu’il était en … effet à l’état jeune. Nous maintiendrons donc cette forme, mais à l’éta de simple variété.

Description, — Coquille de très grande taille; galbe général subar

- rondi, un peu plus large que haut, très inéquivalve, plat en dessus, - très bombé en dessous, équilatéral. — Régions antérieure et postérieure - larges, aussi développées l’une que l'autre, assez hautes ; lignes apico-an- … érieure et postérieure (1) droites ou un peu co’caves dans leur milieu, - atteignant environ le tiers de la hauteur totale à partir des sommets ; bord inférieur largement arrondi dans tout son ensemble à profil ondulé. — Sommets méplans ou déprimés sur la valve supérieure, très saillants et . (rès renflés sur la valve inférieure. — Oreilles égales, très grandes, hautes et larges, à profil extérieur presque droit, celles de la valve supérieure à surface un peu concave, celles de la valve inférieure convexes-ondulées ; sinus byssal nul.

Valve supérieure presque plane ou à peine un peu bombée dans la partie médiane, le plus souvent concave dans la région des sommets sur ne étendue égale environ au tiers de la hauteur totale; valve inférieure souvent un peu plus grande que la valve supérieure, très bombée, a %c le maximum de bombement aux deux septièmes de la hauteur totale ‘À à panir des sommets, puis lentement et régulièrement atténué jusqu’à à périphérie. — Sur la valve supérieure 14 à 16 côtes régulières, ï suk sgales, équidistantes, les deux ou quatre extrêmes souvent confuses D 0e toutes obsolètes à leur origine, puis un peu aplatics s la partie concave de la valve, ensuite arrondies, puis un peu méplanes à leur extrémité, séparées par des espaces intercostaux méplans, peu pe un peu plus larges que l'épaisseur des côtes. — Sur la inférieure 15 à 17 côtes, plus fortes, régulières, subégales,

quic istantes, les extrêmes confuses et rapprochées, toutes obtuses à ur naissance, puis progressivement arrondies, un peu méplanes à leur extrémité, séparées par des espaces intercostaux méplans peu profonds,

4 Nous Alinons sous ce nom les deux lignes droites ou presque droiles qui, partant des sommets, vont rejoindre les parties exl:êmes des régions autérieure et postéricure,

plus étroits que leur épaisseur. — Intérieur orné sur les deux valves de séries alternantes de saillies et de creux à fonds méplats, correspondant aux espaces intercostaux et aux côtes de l'extérieur, devenant obsolètes dans la région des sommets, nettement limités dans la région basale par des cordons étroits, peu saillants, arrondis, bien rectilignes, un peu infléchis à leur extrémité; bord basal très largement et profondé ment crénelé. — Oreilles ornées de costulations rayonnantes fines, subégales, parfois un peu flexueuses, très rapprochées, terminées dans le haut par un épais bourrelet transversal plus développé et plus embrassant dans la valve inférieure que dans la valve supérieure.

Test solide, un peu mince, à peine subopaque, peu brillant, si ce n'est dans le fond de la partie concave de la valve supérieure qui est presque complètement lisse, orné sur les deux valves aussi bien sur les côtes que dans les espaces intercostaux, de petites costulations longitudinales fines, peu saillantes, un peu arrondies, assez irrégulièrement espacées, laissant entre elles des espaces ordinairement un peu plus grands que leur épaisseur, s'évanouissant dans la région des sommels ; stries transversales très fines, très rapprochées, plus accusées dans les espaces intercostaux de la valve supérieure, se confondant avec les stries d'accroissement, découpant très finement les côtes et leurs costulations. — Coloration différente sur chaque valve; valve inférieure d’un blanc grisâtre un peu roux, avec quelques zones confuses un peu plus foncées, passant au roux clair dans la région des sommets ; valve supérieure d’un roux plus ou moins foncé, rarement complètement monochrome, le plus ordinairement avec des zones concentriques mal définies, alternativement plus claires et plus foncées, parfois maculé ou légèrement marbré de brun. — Intérieur blanc nacré, devenant d’un roux plus ou moins brun à la périphérie.

Dimensions. — Hauleur, 105 à 130; largeur 120 à 150 ; épaisseur, 15 à 35 millimètres.

OBSERVATIONS. — Le Pecten maximus présente peu de variations, ma's suivant l’âge il donne naissance à quelques modifications intéressantes à signaler. Lorsqu'il est jeune, sa valve supérieure est toujours très mouvementée ; il se produit d’abord une large et profonde dépression dans le voisinage des sommets, suivie plus tard d’un bombement dont le maximum a lieu aux deux tiers de la hauteur totale, pour se terminer souvent, à la périphérie, par une nouvelle dépression. Dans le jeune âge, les côtes, aussi bien celles de la valve supérieure que celles de la valve inférieure

| sont toujours bien arrondies, et comme les costulations sont parfois assez . fortes, surtout relativement à celles de la valve inférieure, il s'ensuit une tendance à ressembler au Pecten Jacobæus; de là l'idée de rapporter cette forme à une coquille intermédiaire entre le Pecten maximus le Pecten Jacobœæus, soit le Pecten medius de de Lamarck.

Avec l'âge le faciès ornemental se modifie ; le galbe devient plus trans- | versal, les côtes sur les deux valves s'affaissent en s’élargissant ; les siries transversales sont plus fortes et l'ensemble du test devient plus - rugueux. Nous avons dit que la valve inférieure était parfois plus grande - que la valve supérieure ; ce n’est pas en effet une simple question d'âge ; Pi existe des échantillons de très grande taille, absolument adultes, chez lesquels la valve supérieure est en retraite de 2 à 3 millimètres par rapport à la valve inférieure.

… Le nombre et le mode de répartition des costulations longitudinales sont extrèmement variab'es. Dans le jeune âge, ces costulations semblent faire défaut dans les espaces intercostaux ; elles ne commencent réellement à ère sensibles qu'à partir du moment où la coquille a atteint au moins un bon tiers de sa longueur totale; jusque-là elles ne sont “apparentes que sur les côtes. Plus tard elles deviennent tout aussi fortes étiout aussi accusées sur les côtes de la valve supérieure que dans les espaces intercostaux ; on en compte en moyenne de 5 à 7 dans ces deux parties ; mais souvent elles sont plus rapprochées sur les côtes ; il en existe aus si de beaucoup plus petites qui sont juxtaposées contre une autre beaucoup plus forte ; dans les régions extrêmes antérieure et postéricurc, elles sont souvent fortes et un peu ondulées, se confondant même avec “les véritables côtes, surtout à la périphérie. Enfin, dans quelques espaces intercostaux, on ne trouve plus qu’une seule costulation exactement médiane.

— Le modus vivendi de cette belle coquille est très singulier. Elle se déplace beaucoup plus facilement que toutes les autres espèce. Les anciens connaissaient déjà sa manière de battre l'eau en agilant ses valves. {: le D' Fischer afärme qu’elle arrive à se projeter à 60 centimètres de uteur à l'aide de cinq à six battements très rapides des valves. Nous rer payons le lecteur aux études faites par MM. Crosse (1) et Fischer (2) 2e sujet.

D‘) M. Crosse, 1868. Note pour servir à l'hist. nat. de quelques Moil., in Journ, conch., Y n'E 6. ?

2 P. Fischer, 1869. Note sur la natation du Peceh maximus., loc. cit., XN.I,p 121.

VaRiËTÉS, — Il existe peu de variétés ex-forma et ex colore chez cette gran le espèce; nous signalerons pourtant les suivantes :

Major. — De très grande taille, dépassant 150 millimètres de largeur.

Minor. — De petite taille, ne dépassant pas 100 millimètres de lon- .gueur.

Rotundata. — D'un galbe un peu petit, bien arrondi.

Depressa. — Avec la valve inférieure moins bombée, l’ensemble des deux valves plus déprimé.

Luteola. — La valve supérieure d’un jaune pâle, ornée de roux très clair.

Albida. — Complètement blanche ; avec l’intérieur des valves moiré (1)

Rufula. — D'un rouge sombre, presque monochrome.

Maculata. — Avec des taches brunes, bien accusées surtout sur les côtes.

Marmorea. — Avec de larges mairbrures, un peu confuses, brunes ou grises.

Zonata. — Avec des zones concentriques plus foncées, plus ou moins bien définies.

HaBiTAT. — Commun; sur toutes les côtes de la Manche et de l'Océan ; moins abondant sur les côtes de la Méditerranée.

PECTEN JACOBZÆUS, Linné.

Ostrea Jacobæa, Linné, 1758. Syst. nat., édit. X, p. 696 — 1767. Édit. XIi, p. 1149. — Poli 1795. T'est.-utr. Sicil., IX, pl. XXVIT, Ag,1,2. Pecten Jacobi, Chemnitz, 1784. Conch. cab., NII, pl. LX, fig. 588. — Jacobœus, Pennant, 1767. Brit. Zool., IV, p. 100,p.. XL, fig.i, . — Sowerby, 1847. Thes. conch., Y, p.46, pl. XV, fig. 107 et 108; pl. XVII, fig. 153. — Reeve, 1852, Icon. conch., Pecten,pl. X, fig. 29, a, b.— Hidalgo, 1870. Mol. marin., pl. XXXI, fig. 4; pl. XXXIL, fig. 4; pl. XXXII, À, fig. 4, 2. — Locard, 1886. Prodr. malac. franc., p. 206. — Kobelt, 1887. Prodr., p. 433.

HisToriQuE. — Comme nous l'avons expliqué précédemment, le Pecten Jacobæus est l’espèce qui a servi de prototype aux auteurs anciens grecs et latins. C'est le Kzei d’Aristote et le véritable Pecten de Pline. C’est celte même coquille que de pieux pèlerins portaient sur leur poitrine

(1) Aux environs de Brest, dans le Finistère, la proportion des albinos est de un sur mille individus environ, d’après M, le D' Daniel.

. lorsqu'ils revenaient de faire leurs dévotions devant les restes de saint Jacques le Majeur, l'apôtre fidèle qui accompagna Jésus au jardin des Oliviers (1); de là, le nom de cappa santa ou de San Giacomo qui lui fut donné fort anciennement en ltalie, ainsi que nous l’apprend Bonanj (2). C’est ce dernier nom que Linné a adopté lorsqu'en 1758 il créa son Ostrea Jacobæa.

… Mais fort longtemps on confondit cette forme méditerranéenne avec le . Pecten maximus des côtes océaniques, et cette confusion a donné lieu à . mne fâcheuse interprétation dans la répartition géographique des espèces. -Nous savons bien que le Pecten maximus vit également dans la mer — Méditerranée, mais jamais on n’a rencontré le Pecten Jacobæus dans l'Océan. C'est ainsi que Regenfuss (3), après avoir représenté avec un soin etun art admirables la valve inférieure du Pecten maximus, la bap- . Lise du nom de coquille de Saint-Jacques, et déclare qu’on la trouve en - quantité dans la Méditerranée et même en Norvège.

. Pennant(4), Puliney (5) et Fleming (6), ont prétendu que cette coquille ivait sur les côtes de la Grande-Bretagne (7); de Lamarck commit la même crreur, lorsqu'il nous dit que cette espèce habitait les mers d'Europe (8). Depuis lors bon nombre d'auteurs ont suivi ces errements, les uns en se basant sur des coquilles non adultes, d’autres en se bornant à copier leurs prédécesseurs sans en contrôler les assertions. De Gerville (9) prétend l'avoir rencontrée à Cherbourg, et Macé (10) confirme un pareil dire. Or, d'après un document qu’a bien voulu nous envoyer M. A. Dutot, de Cher-

() Saint Jacques le Majeur ou l'Ancien, était fils du pècheur Zébédée et de Marie Salomé ; Pauiila sa barque et ses filets pour suivre Jésus, parcourant avec lui la Galilée. De là sans doute l'idée de lui donner comme attribut des coquillages. Son corps serait, dit-on, à Saint-Jacquesle-Compostelle, où dès le 1xe siècle se rendaient de nombreux pèlerins, avec le bâton de voyage sn main, le bourdon, la calebasse en sautoir et les coquilles de Pecten sur le dos et la poitrine. 14h 1782. Mus. Kicher., WU, p. 35.

bu 3) Regenfuss, 1758. Auserl. mren: Musch., p. 23, pl. I, fig, 19. (4) Pennant, 1777. Brit. Zool., IV, p. 100, pl. LX, fig. 62. {) Pultney, 1799. Zn Hutchine, Hist. Dorset., p. 36. » (6). Fleming, 1828. Hist, Brit. Anim., p. 382. D 0e remarquera que les auteurs anglais qui ont décrit ou figuré le Pecten Jacobæus fait d'après des types qui ne peuvent laisser le moindre doute à l'égard de la spécification. Pennant, Donovan et Brown out représenté des formes méditerranéennes les plus Hictéristiques : — Pennant, Zoc.cit. — Donovan, 1802. Brit. Shells, IV, pl. CXXXVII, — Brown, 1827. II. rec. conch., 1°" édit., pl. XXXHI, fig. 5, — 2° édil., pl. XXIV, fig. 5 (R} De Lamarck, 1819. Anim. sans vert, VI, 1, p. 163, — 1836. Zdit. Deshayes, VIS, p.131. (2) De Gerville, 4825. Cat. coq. départ. Manche, p. 29. — Petit de la Saussaye, 1851. In Journ. conch., 11, p. 387.

(10) J. A. Macé, 1860. Essai d'un cat, Moll, Cherbowrg et Valogne, in Congrès scient.

si p. 269.

r ; FAUNE FRANÇAISE

bourg, cette espèce n'existe pas dans la collection locale du Musée de

la ville, et ni M. Dutot ni ses amis ne l'ont jamais pêchée dans les eaux de la Manche.

M. le Dr Daniel, dans son intéressant Catalogue des Mollusques des environs de Brest (1), indique, mais avec un point de doute, et sous toutes réserves, d’après M. de Kermorvan, ce même Pecten comme ayant été trouvé du côté de Quimper (2). Nous devons à l'extrême complaisance de M. le D" Daniel un important envoi de jeunes individus du Pecten maximus dont les valves peuvent, à la rigueur, être prises pour celles d’un Pecten Jacobæus, par suite de leur saillie et de l'absence de costulations sur la valve supérieure; ce sont bien certainement ces mêmes formes qui ont été tour à tour confondues soit avec le Pecten Jacobæus soit avec le P. medius. I] reste donc aujourd’hui bien démontré que le Pecten Jacobæus est une forme essentiellement méditerranéenne.

DesCRiprioN, — Coquille de très grande taille; galbe général subarrondi, un peu plus large que haut, très inéquivalve, plat en dessus, très bombé en dessous, équilatéral. — Régions antérieure et postérieure très larges, aussi développées l’une que l’autre, assez hautes ; lignes apicoantérieure et postérieure légèrement concaves dans le voisinage des sommets, puis droites et bien allongées, ailteignant environ aux deux cinquièmes de la hauteur totale à partir des sommets; bord inférieur très largement arrondi dans tout son ensemble, à profil fortement ondulé. — Sommets inégaux ou déprimés sur la valve supérieure, très saillants et très renflés sur la valve inférieure. — Oreilles égales, très grandes, hautes et larges, à profil externe presque droit ou à peine ondulé, celles de la valve supérieure à surface un peu concave, celles dela valve inférieure convexes-ondulées ; sinus byssal nul.

Valve supérieure presque plane, ou à peine un peu bombée dans sa partie médiane, concave dans la région des sommets, sur une longueur sensiblement égale au tiers de la hauteur totale; valve inférieure souvent un peu plus grande que la valve supérieure, très bombée, avec le maxi-mum de bombement aux deux septièmes de [a hauteur totale à partir des sommets, puis lentement et régulièrement atténuée jusqu’à la périphérie.

(1) Daniel, 1883. In Journ. conch., t, XXX, p. 259. (2) Taslé père, dans son Cat. Moll. Morbihan, p. 25, dit également : « M. Bouchart, de Lorient, m'a montré dans sa collection un individu du Pecten Jacobæus, Lin., qu'il croit

avoir trouvé vivant au marché. » Une tel'e indication est trop vague pour qu’elle ait quelque valeur dans unc pareille discussion.

— Sur la valve supérieure 16 à 18 côtes très régulières, subégales, équidistantes, les deux extrèmes un peu confuses et très rapprochées, toutes obsolètes à leur origine, puis progressivement, bien arrondies et bien saillantes jusqu'à leur extrémité, à bords bien limités, séparées par des espaces intercostaux méplans dans le fond et un peu plus larges que l'épaisseur … des côtes. — Sur la valve inférieure 17 à 19 côtes notablement plus for- tes, très régulières, subégales, équidistantes, obsolètes dans la région des sommets, puis un peu arrondies et ensuite presque complètement méplanes jusqu’à leur extrémité, très nettement anguleuses sur les bords, séparées par des espaces intercostaux profonds, méplans dans le fond, un peu plus étroits que l'épaisseur des côtes ; sur chaque côte de deux à quatre costulations arrondies, fortes, simples ou bifides, saillantes, dont une sur chaque angle dela côte, séparées par des espaces plus étroits que leur épaisseur, souvent irrégulières. — Intérieur orné sur les deux valves de séries alternantes de creux et de saillies à profil carré, à bords anguleux, correspondant aux côtes et aux espaces intercostaux de l'extérieur, devenant obsolètes dans le voisinage des sommets; bord basal largement À 4 et profondément crénelé. — Oreilles lisses ou presque lisses sur la valve …. supérieure, ornées sur la valve inférieure de costulations rayonnantes peu fortes, irrégulières, arrondies, irrégulièrement espacées, onduleuses, - terminées dans le haut de chaque valve par un épais bourrelet transversal … arrondi, celui de la valve inférieure dépassant celui de la valve supé- rieure.

Test solide, un peu mince, à peine subopaque, peu brillant, si ce n’est dans la partie concave de la valve supérieure qui est presque com- plètement lisse; sur la valve supérieure des costulations un peu mé- … planes, plus ou moins obsolètes, au nombre de 3à 6 sur les côtes, irrégu- … lièrement réparties, encore moins nombreuses et surtout moins saillantes dans les espaces intercostaux, le tout recoupé par des stries décurrentes - très fines, très rapprochées, assez saillantes, un peu ondulées, presque — continues et comme squameuses; sur la valve inférieure et en outre des costulations, des stries décurrentes un peu plus fortes, plus irréguliè- E ee plus saillantes que sur la valve supérieure. — Coloration différente Sur les deux valves : valve inférieure d’un blanc grisâtre parfois un peu roux ou jaunâtre dans le voisinage des sommets; valve supérieure d'un rouge sombre, un peu terne, passant au roux où au jaunâlre, rare- - ment complètement monochrome, irrégulièrement teintée dans la même … gamme, suivant des zones concentriques, parfois mouchetée de brun sur

les côtés. — Intérieur blanc nacré, avec quelques maculatures brunes dans le voisinage de la périphérie.

DimexsIoNs. — Hauteur 90 à 120; largeur, 98 à 130; épaisseur, 20 à 30 millimètres.

OsservaTIoNs. — Comme pour le Pecten maximus, il existe peu de variations dans le galbe du Pecten Jacobæus. Nous remarquons pourtant qu'avec l’âge la coquille tend à devenir de plus en plus transverse. Le mode d’ornementation présente cependant quelques modifications intéressantes à signaler.

Sur la valve supérieure, les côtes sont toujours bien nettement arrondies; pourtant, comme chez le Pecten maximus, elles sont également ornées de costulations longitudinales, mais celles-ci sont toujours très peu saillantes, et quelquefois même on les distingue à peine; chez les grands individus, elles sont plus fortes, plus accusées, surtout sur les deux ou trois côtes externes. Dans les espaces intercostaux elles sont toujours confuses.

Sur la valve inférieure, les costulations qui recouvrent les grandes côtes sont toujours très fortes, très accusées, mais en nombre et avec un écartement très variables; il en existe toujours une sur le bord de chaque côte; mais celles-ci sont tantôt simples, tantôt bifides ; enfin, la costulation ou les costulations intermédiaires sont rarement symétriques par rapport à ces deux costulations angulaires.

A l’intérieur, chez quelques individus, on observe dans le voisinage de la périphérie, mais jamais complètement au bord, de petits cordons arrondis, peu saillants, souvent colorés, qui délimitent encore plus nettement les plans séparatifs des saillies des côtes; ces cordons ne dépassent jamais la partie correspondant à la concavité de la surface externe de la valve supérieure; dans cette région, les côtes de l’intérieur tendent à s’arrondir.

Quant au mode d’accroissement de la coquille et au profil de la valve supérieure, 1ls sont exactement les mêmes que chez le Pecten maximus, quoique pourtant chez le Pecten Jacobæus la valve supérieure ait une tendance a être encore plus convave que chez le Pecten maximus, au moins dans le voisinage des sommets.

VaRiËTÉs. — Les variétés sont encore moins nombreuses chez le Pecten Jacobæus que chez le Pecten maximus. En dehors des anomalies,

Scacchi s’est borné à signaler deux formes : radiis glubris et radis striatis (1).

Major. — De grande taille, d’un galbe très transverse, dépassant 140 millimètres de largeur.

Minor. — De petite taille, ne dépassant pas 90 millimètres de largeur, et d'un galbe arrondi.

Rotundata. — De toutes tailles, mais surtout de taille assez petite, d’un calbe plus arrondi.

Glabra (Scacchi). — Avec les côtes et les espaces intercostaux de la valve supérieure complètement glabres.

…. Striata (Scacchi). — Avec des costulations très obsolètes sur les côtes | de la valve supéricure.

Luteola. — La valve supérieure d’un jaune roux, un peu pâle. … … Rufa. — D'un roux plus ou moins foncé, avec quelques zones bru- . nes (2).

…. Brunea. — D'un rouge brun, très foncé, avec quelques taches plus . claires au-dessous des sommets de la valve inférieure. Albida. — Complètement blanche.

4 Maculata. — De toutes nuances, avec quelques taches brunes sur les | côtes.

… Zonata. — De toutes nuances, avec des zones concentriques plus ou . moins bien définies.

… RAPPORTS ET DIFFÉRENCES. — Rapproché du Pecten maximus, on dis - - tingue le Pecten Jacobæus : à sa taille ordinairement plus petite; à son galbe plus transverse, avec les lignes apico-antérieure et postérieure plus relevées ; à sa valve supérieure un peu plus creuse; à ses côtes de . la valve supérieure toujours beaucoup plus arrondies, plus saillantes, à peine costulées ; àses côtes de la valve inférieure beaucoup plus saillantes, … bien carrées, toujours ornées de 8 à 4 pctites côtes bien accusées ; à son -1est orné de stries décurrentes plus fortes, plus squameuses; à son - intérieur plus fortement découpé; etc.

HamrarT. — Commun; sur loutes les côtes de la Méditerranée.

— 1) Scacchi, 1836. Catat. conch. regni Neap., p. !. … (2) C'est à celte variété que se rattache l'observalion suivante de M. C. Clément (1875. Cat. -— Moll. Gard, p. 25) : « Les jeunes varient par la coloration de leur valve inférieure qui est L MÔt d’un beau violet, tantôt d'un beau rose clair. »

B. — Groupe du P. FELIPES

* Le second groupe ou groupe du Pecten felipes ne renferme qu’une seule espèce méditerranéenne, de taille très variable suivant les milieux, mais toujours petite sur nos côtes, avec un galbe subtrigone-ovalaire, des valves presque égales, comprimées, ornées de côtes très grosses, peu nombreuses, avec un sinus byssal bien marqué.

PECTEN FELIPES, Linné.

Ostrea pes-felis, Linné, 1758. Syst. nat., édit., X, p. 697. 1769, Edit. X11, p. 1146. — corallina, Poli, 1795. Test. utr. Sicil., II, p. 164, pl. XXVILL, fig. 16. Pecten pes-felis, Chemnitz, 1784. Conch. cab., NII, pl. LXIV, fig. 612-613.— de Lamarck, 1819. Anim. s. verl., NI, I, p. 170. — 1836. Edit. Deshayes, VII, p. 140. — Sowerby, 1847, Thes. conch., Pecten, p. 67, pl. XVII, fig. 162; pl. XX, fig. 234, — Reeve, 1853. Icon. conch., Pecten, pl. XIX, fig. 66. — Hidalgo, 1870. Moll. marin., pl. XXXIV, fig. 5, 6. — Kobelt, 1887. Prodr., p. 436. — Bornii, Payraudeau, 1826. Cat. moll. Corse, p. 76. — felipes, Locard, 1886. Prodr. malac. franç., p. 512.

HisroriQue. — L'histoire de cette coquille est des plus simple. Figurée pour la première fois par Bonani (1), cette espèce a été décrite par Linné en 1758. Born (2), en 1780, décrit et figure, sous le nom d’Ostrea elongata, une forme un peu plus allongée, un peu plus étroite que le type, et que Payraudeau baptise à son tour en 1826 de Pecten Bornii. Mais ce nesont en somme qu’une seule et même espèce, ainsi que nous avons pu nous en assurer en étudiant le type rapporté de Corse par Payraudeau au Muséum de Paris.

Convient-il de conserver ce nom de pes-felis ? IL nous paraît contraire aux règles de la nomenclature qui n’admet les noms composés qu’à la condition d’être fondus en une seule dénomination. Quoique Lamarck ait lraduit ce nom de Pecten pes-felis en Peigne gibecière, nous croyons qu'il est plus correct de garder la dénomination linnéenne en écrivant Pecten felipes.

Descriprion. — Coquille de taille arrondie ; galbe général subtrigoneovalaire, allongé, comprimé, subéquivalve, subéquilatéral. — Région antérieure un peu plus haute et légèrement plus développée que la région

(1) Bonani, 14681. Recr. ment. et oc., II, fig. 7. (2) Born, 1780. Test, mus. Vind., p. 103, pl. VI, fig. 2.

4 postérieure ; ligne apico-antérieure un peu courte, concave en son milieu, atteignant aux trois septièmes environ de la hauteur totale; ligne apicopostérieure droite, très allongée, tombante; bord inférieur bien arrondi, . à profil légèrement ondulé. — Sommets très anguleux, un peu saillants. — Oreilles très inégales ; les postérieures très petites, peu développées, à bord droit; les antérieures très grandes, très développées, échancrées . dans le bas, celles de la valve inférieure un peu étroites, à profil extérieur … arrondi, celles dela valve supérieure très largement ondulées ; sinus byssal | large mais peu profond.

… Valves légèrement bombées, avec le maximum de bombement reporté … dans le voisinage des sommets, régulièrement et très lentement atténuées depuis ce point jusqu'à la périphérie ; la valve inférieure un peu plus - bombée que la valve supérieure. — Sur la valve supérieure 8 côtes, anguleuses et peu distinctes à leur naissance, à direction un peu courbe, . très saillantes, bien arrondies à leur extrémité, les deux extrêmes situées … près du bord, toutes progressivement subégales, séparées par un espace — intercostal un peu plus grand que l'épaisseur des côtes, profond, légère- — ment méplan dans le fond.— Sur la valve inférieure 8 à9 côtes, également - infléchies, anguleuses et peu distinctes au sommet, fortes, saillantes à leur extrémité, parfois un peu méplanes en dessus, séparées par des espaces … intércostaux profonds, un peu plus étroits que l'épaisseur des côtes; les … deux extrêmes souvent confuses, toutes les autres régulièrement subé- | -gales. — A l'intérieur des deux valves, chaque côte indiquée par une profonde canelure de forme similaire; bord inférieur fortement découpé et orné en outre de petits sillons étroits, peu allongés, assez réguliers.

… Test mince, subopaque, orné de costulations longitudinales saillantes, assez écartées, régulières, aussi fortes sur les côtes que dans les espaces “itercostaux, à peine atténuées sur la valve supérieure, dépassant légèrement le bord inférieur de façon à le rendre comme crénelé ; stries …décurrentes très rapprochées disposées de manière à former sur iout le test un réseau treillissé à mailles très petites, très régulières, donnant à out le test un aspect rugueux.— Oreilles postérieures costulées, avec deux “ou trois mamelons assez forts sur les côles supérieures; oreilles antéricures fortement costulées avec plusieurs petits mamelons sur les deux ou \ rois côtes supérieures. — Coloration sensiblement la même sur les deux —alves, d'uu jaune paille, passant au jaune vif ou orangé, au rose, au rouge-brique et au violacé, tantôt monochrome, tantôt avec des zones — concentriques, des marbrures ou des maculatures ; la valve supérieure à

peine moins colorée que la valve inféricure ; intérieur nacré passant du blanc au rose plus ou moins violacé.

DiMENSIONS. — Hauteur, 40 à 58 ; largeur, 35 à 48 ; épaisseur, 19 à 15 millimètres.

OBSERVATIONS. — Outre son galbe tout particulier, le Pecten felipes cest encore caractérisé par le mode d’ornementation qui recouvre tout son test. Vu à loupe, ce test paraît entièrement couvert de petites malléations très régulières, très profondes, absolument juxtaposées; leur contour n'est pas exactement circulaire, 1l est plus plutôt pentagonal ; nous ne saurions mieux le comparer qu’à la surface d’un dé à coudre un peu usé. C’est le plus ou moins de profondeur de ces malléations qui, joint à la saillie des costulations longitudinales, donne à la coquille ce faciès rugueux si particulier.

Comme l'a fait observer Hanley (1), c’est par erreur typographique que Linné, dans la diagnose de sa dixième édition, indique seulem-nt7 côtes; la description inscrite au-dessous porte novem radiis. De même, lorsque dans la douzième édition (2) il a prétendu que la coquille était inéquivalve, c’est sans doute parce qu'il n'avait pas pu se procurer cette coquille avec ses deux valves, coquille si rare alors, nous dit Chemnitz, qu'à Copenhague on n’en possédait pas d’échantillon complet.

VARIÉTÉS (3). — Minor. — Ne dépassant pas de 20 à 25 millimètres ; c'est la forme que l’on trouve le plus souvent sur nos côtes.

Elongata. — D'un galbe plus étroitement allongé ; c’est le Pecten Bornii de Payraudeau.

Berta, de Gregorio (4). — Avec les côtes moins nombreuses et plus élargies (5).

Cansica, de Gregorio. — Côtes subanguleuses, le bord cardinal orné de petites pustules.

Inflata. — Avec la valve supérieure un peu plus renflée dans son ensemble.

Aurea. — De toutes tailles, mais souvent de taille assez forte, d’un

beau jaune d’or.

(1) Hanley, 1855. Zpsa Lin. conch., p. 106.

(2) Linné, 1767. Syst. nat., édit. XI, p. 1146.

(3) Nous indiquons ces nombreuses variétés d'après un grand nombre d'échantillons pêchés un peu partout dans la Méditerranée.

(4) De Gregorio, 1884-85. Stud. conch. médit., p. 188.

(3) Reeve, 1853, Icon. conch., Pecten, pl. XIX, fig. 66, a.

Aurantiaca. — De toutes tailles, d'un jaune orangé, soit monochrome, soit avec quelques maculatures plus foncées.

… Rubiginosa. — D'un rouge un peu terne, rarement monochrome, le . plus souvent avec des zones concentriques et des maculatures. ces. — D'un violet foncé, rarement monochrome, le plus souvent avec des zones concentriques plus teintées.

» Grisea. — D'un gris perle, cendré, monochrome.

. Albida. — Les deux valves presque complètement blanches.

… Bicolor. — Les côtes rouges se détachant sur un fond violacé (1).

… Punctata. — De toutes nuances, avec un pointillé blanc assez fin, régulier.

… Maculata. — De toutes nuances, avec des maculatures irrégulières blanches ou plus foncées que le fond.

.… Marmorea. — De toutes tailles avec de larges marbrures blanches ou de teinte plus foncée que le fond ; souvent la tache blanche est soulignée d'un trait foncé.

Dr. — De toutes nuances, avec de trois à cinq zones concentriques is foncées, généralement assez étroites.

ET DIFFÉRENCES. — Le Pecten felipes est si particulièrement caractérisé qu'il nous semble devoir constituer un groupe à part. Nous me voyons aucune autre forme française avec laquelle il puisse être - Hairar. — Rare; sur les côtes de la Méditerranée; MM. Fischer et e Folin l'ont signalé dans la région aqu'tanique, au c1p Breton (2); on le pèche sur nos côtes le plus souvent à l’état de valves isolées, dans a Re des laminaires. Nous devons à l’extrème co nplaisance de M. le eur Marion la communication d’un échantillon complet mesurant 0 Dilimètres de hauteur sur 45 de diamètre, dragué dans le golfe de Ma d irsei 0.

no] Hidalgo, 1870. Mol, marin., p. XXXIV, fig. 5. (22 P. Fischer, 1878. Zn soc, Lin. Bord.,t. XXXII, p. 179.

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