HISTORIQUE DU GROUPE
Lorsque Linné, en 1758, créa le type du groupe sous le nom d’Helix nemoralis, valgairement connu en Danemark sous le nom de Skovsnekken, en allemand die walde Schneche, et en français La Livrée, la diagnose qu’il en donna était assez générale pour comprendre un certain nombre de formes affines: « Helix testa imperforata, subrotunda, lævi, diaphana, fasciata, apertura subrotonda, lunata » (1). Une telle défi-
(4) Linné, 1758. Systema naturæ, édit. X,I,p, 773. V. MAL. dl
nition pouvait s'appliquer non seulement à toutes les formes aujourd’hui admises dans ce groupe, mais même encore à bien d’autres formes appartenant à des groupes voisins. En même temps, il renvoyait aux descriptions et aux figurations de Lister (1). Or, l'examen de ces figures qui toutes laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la fidélité et de l'exactitude, montre bien que Linné avait dû confondre sous une seule et même dénomination, au moins deux formes différentes aujourd’hui désignées sous les noms d’Helix hortensis et H. nemoralis, habitant toutes les deux l’Europe septentrionale dont la faune était plus particulièrement connue de Linné.
Müller, le premier, en 1774, éleva au rang d’espèce une forme minor que soit Linné, soit d’autres auteurs avaient reconnue avant lui.Après avoir relevé à ce sujet un lapsus de Linné qui a appelé major, l’'Helix grisea labro albo, et minor l'Helix flava labro fusco, voici sur quels caractères Müller base sa distinction spécifique :
« Parmi les caractères qui, au premier aspect, portent à séparer l’Helix hortensis de l'A. nemoralis, je signalerai d’abord la petitesse (en effet, à l’état adulte, la première est toujours moins grande), puis l'éclat de la coquille et la couleur du labre qui est toujours fauve chez l’Helix nemoralis ou major, et blanc chez l’Helix hortensis ou minor. J'ajoute que, pendant plusieurs années d'observation, il ne m'est jamais arrivé de trouver des intermédiaires entre les variétés de l’Helir hortensis et celles de l’Helix nemoralis » (2).
Aiïnsi donc, pour le créateur de l’espèce, l'Helix hortensis diffère de l’Helix nemoralis, d’abord par la différence de taille, puis par l'éclat du test, enfin par la coloration du péristome. En outre, 1l a soin de renvoyer pour chacune de ces deux espèces aux différentes figurations de Lister, de Gève, de Schrôter, de Gualtieri, etc., tous auteurs qui, sans employer la méthode binominale créée par Linné,ont donné des représentations de ces deux formes avec leurs différentes variétés.
Draparnaud est véritablement le seul auteur français qui ait bien compris ces deux coquilles. Avant lui, en France, Geoffroy (3) en décrivant sa Livrée n'avait pas fait mention des caractères du péristome. Mais il est à remarquer que, dans les planches de Duchesne, planches que
(1) Lister, 4678. Hist. anim. Angliæ, p. 116, pl. I, 1. 3. — 1785. Hist. syn. meth. conch., pl. 57, f. 54. — 1694. Exerc. analom., t. V, f. 1-3. -
(2) Müller, 4774. Verm. terr. fluv. hist., II. p. 53.
(3) Geoffroy, 1767. Traité sommaire des coq. env. Paris, p. 31.
l’on trouve quelquefois jointes à l'ouvrage de Geoffroy, la Livrée figurée pl. IL, fig. 5 et 6, est une coquille de grande taille à péristome blanc et sans tache ombilicale.
Draparnaud, dans son Histoire des mollusques, a très bien séparé et divisé ces deux formes de l’Helix nemoralis et H. hortensis ; non seulement il en distingue exactement les caractères généraux, mais encore il montre les différences qui existent dans la taille, dans le galbe, dans le nombre des tours, dans la coloration aperturale.
Quant aux caractères de coloration du péristome, il a bien soin de ne pas y attacher autant d'importance que Müller voulait leur en accorder. Il dit dans une note: « De même que l’on rencontre, quoique bien rarement, l'Hélice némorale avec un péristomeetun bourrelet blanc, de même on trouve quelquefois l'Hélice des jardins avec un bord jaunâtre; ce qui semblerait confondre ces deux espèces, d’ailleurs très ressemblantes l’une à l’autre. Cependant elles sont distinctes ; car on ne les voil guère mêlées dans l’accouplement ; c’est une remarque de M. Faure -Biguet » (1).
Il est bien probable que fort peu de malacologistes français ont pris soin de lire cette note, et même le texte de Müller, car, pour la plupart, ils se sont bornés à classer sous le vocable d'Heliz nemoralis toutes les coquilles de ce groupe à péristome brun, et sous celui d’Helix hortensis toutes les formes à péristome blanc, sans tenir compte le moins du monde des autres caractères spécifiques. De là une épouvantable confusion de formes bien distinctes et bien différentes.
Ainsi, en 1838, Deshayes, dans la seconde édition de Lamarck, voulut confondre en une seule et même forme les Helix nemoralis, H. hortensis et H. sylvatica. « Nous avons rassemblé, dit-il, une grande série de variétés des trois espèces remoralis, hortensis et sylvatica, et nous y voyons des passages assez nombreux les uns avec les autres, pour avoir l'opinion que ces trois espèces n'en forment qu’une seule (2). »
Et pourtant, plus tard, le même savant auteur, en publiant le texte de l'Histoire naturelle des mollusques laissé inachevé par de Ferussac, admet au rang d’espèces ces trois mêmes formes,en en donnant de bonnes descriptions.
(1) Drap :rnaud, 1804. Histoire des mollusques, p. 9,6.
Déjà dans son Tableau des mollusques, p.81, ouvrage aujourd'hui fort rare, on voit que Draparnaud admettait une telle modification des caractères donnés par Linné ou Müller, puisqu'il cite une var. f. jaune, marquée de cinq bandes peu colorées, péristome réfléchi, b/anc, large, ete.
(2) Deshayes, 1838. Zn Lamarck, Anim. sans vert., {. NIL, p. 96.
Moquin-Tandon, en 1855, après avoir décrit d'une façon fort incomplète l’Helix nemoralis, en est réduit à copier textuellement la même diagnose lorsqu'il arrive à l’Helix hortensis, en se bornant à changer le nombre des tours, les dimensions de la coquille et la couleur du péristome. Puis il ajoute à propos de l’Helix hortensis : « Cette espèce n’est bien certainement qu'une forme de l’Helix nemoralis ; la plupart des malacologistes modernes ont du moins cette opinion ; les différences qui la séparent de cette dernière sont sa taille*plus petite, et son péristome d’un blanc pur (1).»
Comment se fait-il alors, après un tel dire, que Moquin-Tandon qui n’a jamais eu en vue qu'une étroite simplification de la malacologie françaïise, ait admis ces deux espèces au même rang? Comment ne les a-t-il pas réunies sous une même dénomination, comme 1l l’a fait si souvent et si malheureusement pour tant d'autres espèces ou prétendues espèces de notre faune?
C'est qae Moquin-Tandon. il faut bien le reconnaitre, plus fort et plus habile lorsqu'il s’agit de faire l'anatomie d’un mollusque que lorsqu'il faut en établir la diagnose, a bien su trouver entre ces deux formes des différences anatomiques suffisantes chez l'animal pour les séparer spécifiquement, mais sans savoir en faire convenablement ressortir la valeur.
Pour M. l’abbé Dupuy, l’Helix hortensis a son « animal entièrement semblable à celui de l'Helix nemoralis, mais d'ordinaire un peu plus délicat », Quant à la coquille, elle est « entièrement semblable à celle de l’Helix nemoralis, mais ordinairement un peu plus peute et toujours à péristome blanc (2). »
Ainsi donc, pour borner nos citations aux auteurs qui ont écrit les raités généraux les plus autorisés sur la malacologie francaise après Draparnaud, il faudrait bannir à jamais ce nom d'Helix hortensis, ou tout au plus lui raoporter toutes les Hélices du groupe, ornées d’un péristome blanc. Quant aux auteurs des nombreuses monographies des faunes locales françaises, ils ont pour la plupart suivi les mêmes errements, de telle sorte qu'aujourd'hui il est souvent bien difficile de se rendre compte, d’après eux, de la véritable dispersion géographique des deux formes qui nous occupent.
A l'étranger, en Angleterre et en Allemagne, ces formes ont été mieux
(4) Moquin-Tandon, 1855. Histoire des mollusques, II. p. 169. (2) Dupuy, 1848, Histoire des mollusques, p. 138.
comprises. Montagu (1), en 1803, après discussion de la question, se basant sur les mêmes données que Müller, conclut en déclarant que les deux formes de l’Helix nemoralis et H. hortensis sont « parfaitement distinctes ».
Carl Pfeiffer, en 1821 (2), distinguant l’Helix nemoralis de l’H. hortensis nous montre, dans sa planche I, fig. 11, un Helix nemoralis, dont le péristome n’est pas coloré en brun, comme celui de la figure 10 ; et plus tard, en 1828, il figure dans sa planche IIL, fig. 2, l’Helix nemoralis labro albo, et, fig. 7, l’Helix nemoralis labro roseo.
Rossmässler, en 1833, dans la première planche de son Iconographie, fig. 6, avait bien représenté l'Helix hortensis avec un péristome blanc; mais, plus tard, en 1837, il donne, pl. XXIL fig. 299, un autre Helix hortensis avec un péristome brun.
Ludovic Pfeiffer admet d’abord, en 1848 (3), l'Helix hortensis comme variété 8, peristomate albo vel roseo, plerumque minor de l’Helix nemoralis ; mais, plus tard, en 1853 (4), il distingue ces deux formes et en fait deux espèces. Dans Martini et Chemnitz (5), 1l figure, en 1846, un Helix nemoralis (fig. 16), à péristome blanc et sans tache ombilicale et deux Helix hortensis (fig. 20 et 23), avec des péristomes colorés.
Enfin, dans les publications plus récentes de MM. Clessin, Kobelt, Kreglinger, Turton, Westerlund, etc., nous voyons ces deux formes admises au rang d’espèce.
Quant à l'Helix sylvatica, décrit par Draparnaud (6), Deshayes est le seul auteur qui ait mis en doute la validité de cette espèce en proposant de la confondre avec les Helix nemoralis et H. hortensis. Plus tard, du reste, dans la publication de Ferussac(7), il est revenu comme nous l'avons vu. sur ses premières conclusions. La plupart des auteurs français ou étrangers qui ont eu en main de bons échantillons de celte coquille n’ont pas hésité à la considérer comme une bonne espèce.
Dans ce même groupe, M. l’abbé Dupuy avait cru reconnaître pour la faune française (8) une forme qui jusqu'alors avait été considérée comme essentiellement étrangère, l’Helix Vindobonensis (9).
(4) Montagu, 1803. Tesçacea brilannica, XI, p. 418.
(2) Carl Pfeiffer, 1821-98. Syst. Land- und Wasser-Schnecken.
(3) L. Pfeiffer, 1648. Monogr. Helic. vivent., t. J, p. 276.
(4) L. Pfeiffer, 1853. Monogr. Helic. vivent., 1 III. p. 135.
(5) Martini und Chemnitz, 1846. Die Gultung Heliæ, pl. 118.
(6) Draparnaud, 1801. T&bl. moll., p. 79. — 1804. Hist. moll., p, 93, pl. VI, f. 1-2. (7) De Ferussac. Hist. nat. moll., 1. I, p. 222.
(8) Dupuy, 1848. Hist. moll., p, 130.
(9) C. Pfeiffer, 1828. Syst. Land- und Wasser-Schnechen, t. IT, p. 15, pl. IV, f. 6-7,