Contributions à la statistique de la lithotritie
Un jour d’été de l’année dernière, le traducteur vit arriver chez lui le docteur O.-A. Swalin, gravement attaqué par la maladie qui le conduisit quelques mois plus tard au tombeau. L’état général de faiblesse et d’émaciation de cet homme de l’art, les teintes violettes de ses joues, tout faisait prévoir une issue fatale; mais l’oeil avait conservé sa vigueur, l’esprit sa puissance, et l’ame son élasticité.
D’après le conseil de quelques médecins étrangers et de ses collègues suédois, il voulait faire traduire et imprimer en langue française la brochure sur l’opération lithontriptique, offerte aujourd’hui à un cercle plus étendu de lecteurs.
Il avait hâte de voir cet ouvrage terminé; on eût dit que la voix sinistre de la mort l’excitait à se presser, car la somme de ses jours allait bientôt être comblée.
A peine eut-il revu et corrigé la dernière feuille du mauuscrit, qu’il s’éteignit tranquillement dans les bras d’une épouse éplorée et d’un fils en bas âge.
Sa perte fut profondément ressentie, non-seulement par .sa famille, par ses collègues et ses nombreux amis, mais encore par tous ceux qui, de loin ou de près, avaient eu le bonheur de le connaître et de l’apprécier.
Nous sommes assuré que quelques détails biographiques sur cet homme si digne de l'estime générale, seront lus fVvec intérêt, même en dehors de la Suède (1).
Olof-Auguste Swalin naquit le 7 février 1808 dans le domaine de Tjolôholm, paroisse de Fjâras, diocèse de Gotheinbourg. Il était fils de Jean Swalin, agriculteur, et de Brigitte-TChrlstine, née Sandahl, sa femme.
Après des études préliminaires au Gymnase de Gothembourgi il devint étudiant à TUniversité d’üpsal en 1825. et licencié en médecine et docteur en chirurgie en 1833. Il occupait le 2:ème rang dans la promotion de docteurs en médecine qui eut lieu en 1835. Nommé déjà en janvier 1834 sous-chirurgien à l’Hôpital des Séraphins, il devint, le 22 juillet 1835, aide-major-chirurgien provisoire, et. le 20 janvier 1842, aide-major-chirurgien titulaire de la Marine Royale, station de Stockholm. Il était depuis 1839 médecin en chef de l’Hôpital provisoire de Stockholm, et fut nommé, en 1844. second chirurgien en chef de l'Hôpital des Séraphins. Il fit un voyage scientifique à l’étranger, de septembre 1838 au mois d’octobre 1839, en partie aux frais du gouvernement.
Swalin a été marié deux fois: la première, le 8 juin 1837, avec Augusta Haeggh, morte en 1841, et la seconde,
(1) N’ayant fait la connaissance personnelle de M. le Dr Swalin que quelques mois avant sa mort, nous empruntons les faits dont se compose cette biographie a une courte notice ins<?rde dans le Posl och Inrikfs Tidning du 10 octobre 18.57, et h un ndcrologe assez ddtailld qui se trouve dans le Sventka Tidning du 14 octobre, même année. Mr le Dr F. Tliolander de cette ville, ami intime du défunt, n eu l’obligeance de communiquer sur M. Swalin quelques détails omis dans les notices citées plus haut. Nous profitons de cette dernière circonstance pour remercier M. le Dr Tholandcr de la peine qu’il a en outre bien voulu se donner, de revoir tant le manuscrit que les épreuves.
Des personnes qui désireront des détails biographiques ultérieurs sur le Dr Swalin, les trouveront dans les ouvrages suivants :
Sarklén ; Si'erige» Làkarehistoria, Supplément, pp. 499 et 060. — De même ouvrage, nouveau supplément publié par A. -H. Wistrand, p. 361.
Callisen, ^ffdiciiiisr?ies Se/iri/lsleller-Lfricon, A’ol. 32, p. 4.84.
Sreniikt Knnru'saliotiii- Kfrikoiiy Stockholm 184.9. 8;ème partie, p. 791.
le 4 février 1843, avec Sophie-Lavinie Ôstberg. Il eut de ce dernier mariage deux enfants : Joseph- Auguste, né en 1843, mort en 1844; Guillaume, encore vivant, né le 10 décembre 1851. On a vu plus haut que Swalin est mort le 9 octobre 1857.
Ajoutons maintenant à cette esquisse rapide de la vie intime et scientifique du docteur Swalin, quelques détails sur le caractère, les goûts et la vie morale de cet homme distingué.
Swalin montra de bonne heure, et d’une manière marquante, son aptitude pour la chirm’gie. N’étant pas encore candidat en médecine, et ayant à peine 23 ans, il opéra un jour, dans une pauvre chaumière de paysan, sans l’assistance d’un homme de l’art, et avec Taide d’une vieille femme eSrayée, la ligature d’une artère importante sur un campagnard qui allait périr. L’opération réussit parfaitement.
Doué par la nature d’un esprit clair et juste, d’un jugement sain et puissant, ainsi que d’une prompte conception, il sut. par ses études et ses travaux, développer tellement ces qualités, que quoique ne possédant pas ce qu’on appelle du génie, il conserva durant le cours entier de son activité pratique, la réputation méritée qu’il avait acquise. Comprenant de bonne heure l’imperfection de la pathologie et souvent trompé dans ses espérances sur l’effet des médicaments, il abandonna peu à peu une branche de la médecine qui exigeait suivant lui, pour se plier aux préjugés des hommes, une certaine souplesse en opposition avec son caractère franc et loyal. Aussi finit-il par se vouer presque exclusivement à la chirurgie. Cependant il continua à traiter, comme médecin en chef de l’Hôpital provisoire, les maladies internes telles que petite-vérole, choléra, fièvres typhoïdes, affections vénériennes, etc., et. conserva, même jusqu’aux dernières an-
nées, quelques-uns de ses engagements comme médecin de famille.
Swalin fut habile et heureux dans toutes les branches de la chirurgie; ainsi on le vit attaquer avec un égal succès la cataracte, les hernies et les opérations plastiques de tout genre. Chacun reconnaissait sa force à ces différents égards. Il choisit cependant, les 15 dernières années environ, les maladies des voies urinaires pour sa spécialité.
Il se distingua bientôt, toutefois, par sa pratique de la lithotritie, dans laquelle il n’a été jusqu’ici surpassé par personne en Suède. C’est à cette circonstance que Pon doit la brochure dont nous publions aujourd’hui la traduction, et qui, un chef-d’oeuvre du genre au dire des experts, montre qu’il aurait pu se faire un nom comme auteur, si sa modestie ne l’avait empêché d’apprécier ses propres mérites à cet égard.
Swalin n’a donc pas écrit beaucoup, mais il a travaillé d’autant plus. Cependant nous mentionnerons encore un ouvrage de sa main:
A la demande de la Société de Médecine de Stockholm, il fit un glossaire des mots et termes de chirurgie en usage dans la langue suédoise. Cette contribution au dictionnaire futur de l’Académie Suédoise, fut remise à ce corps en 1847. et Swalin en reçut peu de temps après une lettre de remercîment très- flatteuse.
La confiance et l’estime de ses collègues avaient appelé en 1845 Swalin à la présidence de la Société de Médecine. Il déclina toutefois cet honneur par des raisons particulières et plausibles.
Doué dans sa jeunesse d’une voix peu commune qui a laissé bien des souvenirs agréables chez ceux qui l’ont entendue, il était fort recherché dans tous les cercles possibles, tant à cause de ce don naturel que de son caractère aimable et franc. Cependant, dès qu’il eut commencé à se
Touer entièrement à la profession médicale, il sentit que le génie du chant ne se trouvait pas à l’aise dans le voisinage des souffrances et de la mort. 11 crat que l’entraînement qu’il ressentait pour ce délassement chéri, détournerait ses pensées de la grande tâche humanitah’e à laquelle il avait désormais donné toutes ses forces. Cette idée suffit à sa volonté de fer. Le chant se tuti Le sacrifice qu’il faisait sera compris seulement de ceux qui ont été sous le charme des sons argentins de sa voix. Voilà comme était Swaün! Ferme, inébranlable et sévère dans ses principes, allant parfois jusqu’à l’obstination, rien ne pouvait l’engager à se détourner du chemin qu’il croyait être le seul vrai. Ce qui pour d’autres touchait au sacrifice lui était facile. Il avait les lois de l’honneur et les exigences du devoir trop profondément empreintes dans son noble coeur pour qu’il hésitât un seul instant dans le choix qu’il avait à faire.
Parvenu à un état, nous ne dirons pas de richesse, mais d’aisance, cet homme froid et impassible au moment de l’opération chirurgique, ne pouvait jamais résister aux incitations de son coeur prompt à aider et à soulager ses semblables dans le besoin ou la soufirance. / On était presque sûr de rencontrer toujours sur les listes de souscriptions publiques, la signature O.-A. S. La reconnaissance envers un maître estimé et chéri, le poussa à organiser et à conduire à bonne fin une souscription pour ce maître plongé dans des soucis économiques. La compassion et l’amitié lui firent exécuter une autre oeuvre du même genre au profit d’un collègue frappé par la maladie et le besoin.
Tel fut Olof-Auguste Swalin. Chirurgien habile et estimé, homme d’une trempe et d’une solidité au-dessus de l’ordinaire; ami généreux, époux et père heureux et tendre, il possédait tout: estime publique, amitié de ses collègues, amour et bonheur domestiques, aisance propre à
lui taire jouir doucement de la vie et à lui donner le bonheur plus doux encore de secourir l’affliction et la misère; il n’avait qu’un défaut, cette fragilité, dont parle Bossuet, laquelle s’attache à toutes les choses humaines, déjoue les plans les plus habiles, et met fin à la vie la plus illustre.
Depuis plusieurs années s’étaient montrés les premiers symptômes de la maladie qui coupa le fil de ses jours. Longtemps il la combattit, et, les forces déjà défaillantes, il soignait encore avec un zèle non diminué sa pratique publique et particulière, jusqu’à ce qu’enfiu il fut vaincu et jeté sur le lit de douleur d’où son ame épurée s’envola vers le ciel.
Swalin n’est plus! le corps est retourné à la poudre, et l’âme à l’immortalité; mais il vit encore ici-bas dans le souvenir de tous ceux qui l’ont aimé, qui l’ont connu; et la Médecine Suédoise peut inscrire avec orgueil dans ses annales une illustration de plus, le nom d) Olof- Auguste Swalin.
Stockholm, le 15 Mai 1858.