‹ Conversations inédites de madame la marquise de MaintenonChapitre 22 sur 51 · SUR MADAME DE MAIKTENOX. LUI · texte numérisé non relu

SUR MADAME DE MAIKTENOX. LUI

de Feuquières , sa fille, de demander au roi s'il pouvoit mettre au portrait un manteau doublé d'hermine , ce qui étoit la marque d'une haute dignité. « Oui , « réjDondit le roi ; sainte Françoise le mé- « rite bien, »

Par un retour naturel sur elle-même, les premières pensées de madame de Maintenon se portèrent sur les demoiselles nobles, peu avantagées de la fortune. Elle en avoit recueilli, en 1679, un certain nombre, àRuel, dans un asile modeste. Le roi lui donna, en i683, la maison deNoisy , dans le parc de Versailles ; et en 1 685 , voulant participer à cette belle œuvre , il fit élever, à Saint-Cyr, la maison de Saint-Louis , la dota de revenus considérables, et la fonda pour y élever deux cent cinquante filles nobles et pauvres. Ce bel établissement a subsiste jusqu'à la révolution. Madame de Mainlenon reçut le b.î (;vet de fondatrice , et elle fut déclarée ])ar le roi et par l'évéque de Chartres supérieure perpétuelle de cette communauté,

madame Je Sévigné , du 29 octobre iGg4.

LlV NOTICE

pour le temporel comme pour le spirituel : seulement elle obtint du roi de n'être pas nommée dans la médaille qui fut frappée pour consacrer le souvenir de cette fondation. ' Elle rédigea elle-même le ré^jlenient des dames de Saint-Louis, qui a paru sous le nom et avec l'autorité de l'évêque de Chartres. Elle se réserva un appartement dans la maison de Saint- Cyr,oiî elle venoit souvent se reposer des fatigues de la cour. Sa plus douce occupation étoit de surveiller l'éducation des demoiselles ; elle s'en occupoit même quelquefois elle-même, et ne craiguoit pas de descendre dans' les plus petits détails. « Rien ne m'est plus cher que mes enfants « deSaint-Cyr, disoit-elle; j'en aime tout, « jusqu'à leur poussière. Je m'offre avec " tous mes gens pour les servir; et je « n'aurois nulle peine à être leur servante, « pourvu que mes soins leur apprennent « à s'en passer. " » Racine, à sa prière.

'X'^ Entretien.

* Lettres des 22 juillet et 25 Octobre i68(^.

su IV MADAME DE AIAIMENOK. Î.Y

composa pour la maison de Saint-Cyr ses belles tragédies d'Esther et d'Athalie.

Devenue l'épouse de Louis XIV, madame de Maintenon ne resta pas étrangère aux secrets de l'Etat. Le roi travailloit chez elle avec ses ministres ; les plus grandes affaires étoient discutées et se décidoient en sa présence; souvent même le roi lui demandpit son avis, en ces termes: « Qu'en pense votre Solidité? >; ou s'il n'étoit pas d'accord avec son ministre , il disoit en se retournant vers madame de Maintenon: « Consultons la liaison. »E\[e eut ainsi sur les affaires publiques une influence qui n'a pas toujours été heureuse ; elle se livra trop facilement au penchant de la reconnoissance ou de l'amitié, et à sa recommandation des emplois importants furent peut-être confiés à des houunes plus estimables qu'habiles; elle ne sut pas toujours se tenir à l'abri des ])réventions : des malheurs en furent la suite. Chamiliard porté de l'administration de Saint-Cyr au double ministère des finances et de la guerre , Villeroi remplaçant Catinat disgracié , peuvent en être

des exemples : mais si elle fut trompée , si Louis XIV crut que d'un homme ordinaire il feroit un ministre habile ; que de son cabinet de Versailles il pourroit diriger les opérations de ses généraux, il y auroit de l'injustice à imputer à madame de Maintenon les résultats d'un faux système, et à lui reprocher des calamités publiques comme des fautçs personnelles.

Qui pourroit d'ailleurs assurer qu'elle n'ait pas souvent donné de bons conseils qui ne furont point suivis ? La tendresse presque maternelle que madame de Maintenon portoit au duc du Maine l'entraîna trop loin ; elle Taveugla sur les véritables intérêts de l'Etat; la cause des princes légitimés lui parut être celle de la France, et elle engagea Louis XIV à faire un testament qui ne devoit pas lui survivre.

Les protestants ont accusé madame de Maintenon d'avoir contribué à la révocation de l'édit de Nantes : l'Europe a retenti de leurs plaintes ; et la mémoire de cette femme illustre est encore aujourd'hui l'objet des malédictions des descendants des religionnaires réfugiés. Elle dé-

sur. MADAME DK MAIM'ENON. LVU

si l'a sans doute , comme la plupart de ses contemporains, de voir tous les Français réunis dans l'exercice de la même religion , à l'ombre du même sceptre. Ainsi (jue Louis XIV, elle crut trop légèrement aux nombreuses conversions que les gouverneurs de provinces ne cessoient d'annoncer : mais il fut toujours loin de sa pensée qu'il pût être permis d'employer la violence pour arracher des abjurations; et elle a été la première à blâmer ces dragonades qui accuseront éternellement la mémoire deLouvois.On la voit dans ses lettres arrêter le zèle inconsidéré de son frère. «< Vous maltraitez les huguenots , luiécrit- « elle ; ayez pitié de gens plus malheureux " que coupables : ils sont dans les erreurs « où nous avons été nous mêmes, et d'oii « la violence ne nous auroit jamais tirés... « Il faut attirer les hommes par la dou- « ceur et par la charité. » Elle écrit à madame de Saint-Geran, le i3 août 1684 •• '< Il ne faut point précipiter les choses; il « faut convertir, et non pas persécuter.» Elle prit même la défense des huguenots; mais le roi lui ayant dit qu'il sembloit

LVllI NOTICE

qu'un reste d'attachement pour son an-r cienne religion la faisoit agir, elle dut renoncer à des efforts inutiles. « Ru- « vigny ^ est intraitable, écrivoit- elle à « madame de Frontenac; il a dit au roi que « j'étois née calviniste, et que je l'avois été « jusqu'à mon entrée à la cour. Ceci m'en- « gage à approuver des choses fort oppo- « sées à mes sentiments. »

Rulhières a porté la prévention jusqu*à accuser madame de Maintenon d'avoir excité le roi à persécuter les huguenots , afin que M. d'Aubigné, son frère, ^ pût

' Henri , marquis de Ravigny , depuis comte deGalloway, avoit été député à la cour par les protestants du royaume,

* Charles d'Aubigné , frère de madame de Maintenon, naquit en i634 ; il n'eut avec sa sœur d'autre rapport que celui d'une même origine. Aimant le plaisir et la dissipation, il dépeiisoit follement les bienfaits que sa sœur obtenoit pour lui de la bonté du roi ; une cupidité insatiable lui faisoit sans cesse former des désirs qui ne ponvoient être satisfaits. «' Il y a dix ans, lui «« écrivoit-elle , que nous étions bien éloignés l'un (^ et l'autre du point où nous sommes atijonrd'hui.

SUR MADAME DE MAINTEXO>'. LÏJÏ

acheter des terres à meilleur marché.

Pour étayer cette calomnie , il réunit des lettres qui n'ont entre elles aucun

«• Nos espéranjes étoient si peu de chose, que « nous bornions tous nos vœux à trois mille livres «' de rente. Nous en avons à présent quatre fois ■ pins, et nos souhaits ne seroient pas encore « remplis !... Nous avons le nécessaire et le com- « mode; tout le reste n'est que cupidité. » « Que «« mon état présent , lui écrit-elle ailleurs , ne « trouble point la félicité du vôtre. C'est une aven- « ture personnelle... qui ne se communique point.» D'Aubigné fut successivement gouverneur deBetfort , de Cognac , du Berri et d'Aigues-Mortes. Madame de Maintenon lui obtint le cordon de l'ordre du Saint-Esprit , à la promotion de 1688; toutes ces grâces ne lui suffisoient point , il auroit voulu être maréchal de France ; madame de Maintenon lui écrivoit à ce sujet, le 27 septembre 1685 : « Je ne pourrois vous faire connétable , " quand je le voudrois; et quand je le ponrrois.'je •■ ne le voudrois pas. Je suis incapable de rien • demander de déraisonnable à celui à qui je •« dois tout. » M. d'Aubigné épousa , en 1678 , Geneviève Piètre , fille du procureur du roi de la ville de Paris. 11 eut de ce mariase , une fille .

Î.X KOTICF.

rapport. Après avoir écrit, en 1676, à l'abbé Gobelin que , résolue à quitter la cour, elle tâchoit d'obtenir encore quelque bienfait du roi , madame de Maintenon ajoute en plaisantant : « Je deviens « la plus intéressée créature du monde, « et je ne songe plus qu'à augmenter mon n bien. » Cinq ans après ( le 22 octobre 1681 ) elle écrit à son frère, à qui elle venoit de faire obtenir une somme im-

que madame de Maintenon éleva comme la sienne. Elle la maria, en 1698 , au comte d'Ayen , depuis maréchal de Noailles. Ce fut à cette occasion qu'elle donna à sa nièce sa terre de Maintenon , qui appartient encore aujourd'hui à la maison de Noailles. Spirituel, mais inconséquent, le comte d'Aubigné faisoit continuellement souffrir sa sœur par les plus ridicules incartades, Saint-Simon prétend même qu'il traitoit le roi de beau-frère. Madame de Maintenon finit cependant par obtenir de lui qu'il se retiieroit dans la communa té de Saint-Sulpice , on l'on travailla sans fruit à lui donner une dévotion à laquelle il n'étoit pas appelé. On voit , dans le journal manuscrit de Dangeau , que d'Aubigné mourut à Vichi, le 22 mai lyoS.

SUR MADAME DE MAlNTENOPf. I.XI

portante sur la ferme générale : « Cent « huit mille livres que vous toucherez nie « consolent : vous ne sauriez mieux ftûre « que d'acheter une terre en Poitou; elles « vont s'y donner par la fuite des huguert nots. » Et d'après ces deux j)assages, dont le second a été écrit quatre ans avant la révocation de l'édit de Nantes, Rulhières peint madame de Maintenon comme une femme qui, non contente de vendre son crédit , cherche, pour réussir dans une spéculation atroce, à sacrifier un million de Français. Ce brillant écrivain a plus d'une fois altéré les dates, et fait des rapprochements forcés, danr» l'intérêt des systèmes qui l'avoient séduit.

Madame de Maintenon accueillit d'abord madame Guyon à Saint-Cyr; mais cette dame y ayant répandu ses opinions sur le quiétisme, la fondatrice rompit avec elle tout commerce On a aussi reproché à madame de Maintenon d'avoir trop facilement abandonné Fénelon et Racine.

A l'égard du premier, si la soumission qu'elle devoit comme épouse , l'obligea de ne plus voir un prélat qui avoit déplu

Page 1