‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 21 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le roi se réjouira en Dieu. Tous ceux qui ne jurent que par lui se glorifieront de l’avoir révéré, tandis que la bouche de ceux qui pablient des mensonges sera [e: mée à jamais. ( Pseaume 62,v. 12 :.

Les deux prêtres, avec le docteur Antommarchi, arrivèrent dans le mois de septembre 1819 4 Sainte-Hélène. Hudson-Lowe les garda un jour entict à Plantation-House; il les combla de prévenances , les fêta, les fit diner avec lui. Étoitce le gouverneur anglois ou bien le geôlier qui traitoit ses hôtes ? leur faisoit-il honneur ou déjà sondoit-il leur moralité, cherchoit-il à deviner leurs caractères ? Pour le moins ces égards affectés pouvoient les rendre suspects à l'empereur.

Hélas ! Hudson-Lowe sait bien que, privé de nouvelles , il attend la consolation de celles qui

lui arrivent... En retardant sa joie, il sait bien qu’il en corrompt la pureté , autant qu'il est en lui! L'empereur apprend sa conduite, et la méfiance succède à la joie ; c’est assez pour le mettre sur ses gardes ; il refoule en lui-même son élan naturel vers ce qu'il est avide de voir et impatient d'interroger. Ce ne sont plus des compatriotes, des amis qui arrivent; ce sont les hôtes du gouverneur anglois. « Qui ètesvous, de quelle part et d’où venez-vous? Où sont vos lettres de recommandation ? Quel motif vous a fait traverser les mers et quitter l’Europe, pour un rocher mortel aux Européens? »

L'empereur, naturellement respectueux enversla vieillesse, reçoit d’abord l'abbé Buonavita, à cause de son âge; mais il ne lui accorde qu'un court moment d'audience; ensuite une étiquette inquisitoriale préside à ce glaçant accueil. Ah! sans doute , les prêtres catholiques , au lieu de s’en offenser , saluèrent la vertu de prudence de ce nouveau Joseph, questionnant ses frères avant de les reconnoître. sans doute ils se disoient tout bas: « Voici bien le seuil d'un graud prince! Quel empire sur soi-même | qu'il faut avoir l'âme héroïque, pour maîtriser

ainsi ses sensations, et faire taire son désir si naturel d’avoir des nouvelles de son fils, de sa mère, de ses frères, de ses sœurs et de ses amis!» Il n’en étoit pas de même du docteur Antommarchi, qui raconte lui-même le supplice de son amour-propre ; pendant qu'il s'irritoit de ces retards, qui n'étoient pour lui qu’une imjurieuse méfiance , les deux abbés répondoient avec candeur et simplicité à toutes les questions. Ils remettoient à l'empereur , sur sa demande, chacun leur notice biographique, écrite par eux, qui les faisoit connoître en retraçant toute leur vie.

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