CHAPITRE VI
Je suis languissaht ét tout brisé ; je rügis dans l'inquiétude qui agité mon cœur. Mes forces me quittent; ceux qui
! m'étoienf le plus diié dfabatdongent.
(Psaume 37, versets 5, 9, 44. }
L’instant fixé dans les décrets éternels pour la mort de Napoléon, apprechait. Usant avec lui de cette clémence dont il use à l'égard de ses atis, Dieu avait achevé ce modèle de sa puissante main, avec l'épreuve des humiliatiens, les mesurant aussi grandes que le grand homme!
Pour lui, il les regut comme un présent et une grâce de salut qui le prépare à mourir d'une mort chrétienne,
Les âmes vaines se repaissent de vent et de sottises, de chimères et d'illusions; il faut à l'âme de Napoléon la vérité, même celle de la mort... Depuis Moscou, cette vérité, ce spectre, ont sans
cesse apparu à ses côtés comme le fantôme de Brutus avec le mot fatal : C’est moi... bientôt tu me reverras et nous serons ensemble. Maïntenant c'est l'heure où va s’accomplir le destin du grand Napoléon. La mort est devenue sa . compagnie, qui ne le quitte plus, le confident de,ses longues veilles, le songe de son sommeil, l'âme de toutes ses pensées, le dernier mot de toutes ses conversations. |
Alors Napoléon n’est plus seulement le successeur mais l’'émule de la piété et des vertus de Charlemagne, fidèle avec le scrupule d'un roi et d’un chrétien aux traditions du trône de saint Louis. Comme Louis XVI, s’il proteste contre ses bourreaux, s’il flétrit le gouvernement anglois, il le fait plus par le sentiment de ce qu’il doit à sa dignité d'empereur que par aucun esprit de haine. Maïs écoutons-le parler.
Il s'adresse à son médecin anglois, le docteur Arnott, quelques jours avant sa mort, et résumant tous ses griefs, il. lui dit : «Je sens-que je touche à ma fin; le coup est porté, je- vais rendre mon cadavre à la terre; mais approchez, général Bertrand, traduisez à monsieur ce que vous allez entendre : c'est une suite d'outrages
— 169 —— dignes de la main qui me les prodigue. Rendez ‘tout, n’omettez pas un mot. J’étois venu m'as- ‘seoir au foyer du peuple britannique ; je demandois une loyale hospitalité et, contre tout ce qu’il y a de droits sur la terre, on me répondit par des fers. J’eusse reçu un autre accueil des autres souverains de l’Europe; mais il étoit réservé à l'Angleterre de surprendre, d'entraîner ‘les rois, et de donner au monde le spectacle inouï de quatre grandes puissances s'acharnant ‘sur un seul homme. C'est votre ministère qui a choisi cet affreux rocher, où se consume en moins de trois annéesla vie des Européens, poury achever la mienne par un assassinat. Etcomment m'avez-vous traité depuis que je suis exilé sur ‘cet écueil? Il n’y a pas une indignité, pas une ‘horreur, dont vous ne vous soyez fait une joie “de m'abreuver. Les plus simples communica- ‘tions de famille, celles même qu'on n’a jamais interdites, vous me les avez refusées. Vous n'avez laissé arriver jusqu'à moi aucune nouvelle , aucun papier. Ma femme, mon filsmème, n’ont plus ‘ vécu pour moi. Vous m'avez tenu six ans dans les tortures du secret. Dans cette île inhospitalière, vous m'avez donné pour demeure l'en-
droite moins fait pour être habité, celui où le climat meurtrier du tropique se fait le plus sen- Hs. 1] m'a fally me renfermer entre quatre cloisons dans yo air malsain, moi qui, parcourois à
cheval toute l’Europe. Yous m "avez assassiné lapgurment, en détail, avec préméditation, et linfgpe Hudçpn Loye a été J'exécuteur des bantes œuvres de x9s ministres. » L'empereur iermina par os mots : n Vous finirez comme Ja superhs république de Venise, et moi mourant sur çst affreux rocher, je lègue l'opprobre et l'horrgur de ma mort à la maison régnante d'Angleterre.
Garame il prophétisait sa mort are ce AUYcismechrétien d'up rassagié de la vie, voilà qu'une comète parut au-dessus da Sainta-Hélène ; Napeléen songea d'ahard à celle de Jules César, et semhla croire que ls ciel lui-canfrmoit l'ar-
rét ipérogable de sa propre mprt daus un dé-
LÀ
lai irñs-prochain. Tout ce qui l'enviroennoit le presoit d'aller voir ce phénomène ; mais ip- #tances ioutiles ; nn seul, lagén£ral Montholpn, gardais le silence. « Vous m'avez opt, Yp1$° lui dit-il.
Bientôt teusles symptèmes de ladissolution du
corps deflennerit visibles pour tout le mbnde. L'empereur perd l'appétit, il est livide ot 6 présente presque plus que lespect d’un cadu.
vre; deux fois veut monter en calèche at fl ne peul y parvenir, s0ù effort l'épuise.. Tousses membres sont crispés par un froid glacial, ä æ couche avec des frissons, des grincements de dents, il s'écrie : « Ah! comme je souffre! je le sens , ma mort ne peut être éloignée! en quel état je suis tombé! j'étais si actif, si alertel à peine si je puis à présent soulever ma paupière, je ne suis plus Napoléon L »
J'ai dit que l’empereur aimoit à s’isoler dans l'obscurité; c'étoit une ‘habitude de sa jeunesse qu'il avoit portée sur le trône; cette habitude se fortifia à Sainte-Hélène, et pendant sa maladie devint sen besoin et son ünique consolation , à tel point qu'il ne vouloit pas de lummièss, nonseulement pour converser avec son médecin ow avec ceux qui le veilloient, ou pour doutiér seb ordres ; mais ençore souvent il vouloit qu'on fit même le service de sa chambre dans l’ebsourité.… (1)
(4) On lit dans l’admirable Traité de l'oraison mentuls , que l'oraison, à ua certain degré d'énergie et de vérité, nous porte
. C'étoit dans cette obscurité favorable au recueillement que Napoléon puisa ces vues profondes , cette sensibilité, ce jugement, ce discérnement, toutes ces fleurs variées si délicates, ces pensées fières et mâles et ces fruits exquis qu'on admire dans son langage et qui brillent dans toutes ses actions. Je ne veux pas mie détourner de mon but qui est uniquement religieux; cependant, je ne puis me refuser de . faire encore une citation de-quelques paroles, qu'il prononça dans le mois qui précéda sa mort et où l'on retrouve toute la profondeur, le sens et la sagacité de son immense génie.
: On reçut d’Angleterre et de milady Holland un envoi de livres dans lequel se trouvoit une cassette renfermant un buste en plâtre, dont la tête étoit couverte de divisions, de chiffres qui se rapportoient au système crâniologique de Gall. L'empereur dit à Antommarchi : « Voilà, decteur, quiest de votre ressort; nous causerons - de cela plus tard; on s’amuse quelquefois à considérer jusqu'où peut aller la sotisse. Lavater , Cagliostro, Mesmer , n’ont jamais été mon fait; comme malgré nous à fermer les yeux, pour ne plas voir les objets
extérieurs. Ne semble-t-il pas que Napoléon l’ait deviné en pratiquant naturellement une vérité exprimée par sainie- Thérèse.
j'éprouvois je ne sais quelle espèce d'aversion pour eux. Cesont des gens qui donnent l’apparence du vrai aux théories les plus fausses. La naturene se trahit pas par sesformes extérieures. Elle cache, ellenelivre passes secrets. Vouloir saisir, pénétrer les hommes par des indices aussi légers, est d’une dupe ou d’un imposteur. Le seul moyen de connoître ses semblables est de les voir, de les hanter, de les soumettre à des épreuves. Il faut les étudier long-temps, si on ne veut passe méprendre. Il faut les juger par leurs actions : encore cette règle n'est-elle pas infaillible, et a-t-elle besoin de se restreindre au moment où ils agissent. Car nous n'’obéissons presque jamais à notre caractère. Nous cédons au transport, nous sommes emportés par la passion; voilà ce que c'est que les vices et Îles vertus, la perversité et l’héroïsme. Telleest mon opinion; tel a été long-temps mon guide. Ce n’est pas que je prétende exclure l'influence du naturelei de l'éducation; je pense, au contraire, qu'elle est immense. Mais hors de là tout est système, tout est sottise. »
( Mémoires d'Antommarchi, )
. L'empereur auroit voula que le climat ne fêt du moins mortel qu'à lui seul; n’étoit-ce point assez de l’holocauste de sa vieil Préoccupé d'en pressentiment douloureux au sujet de la santé de M, l'abbé Buonavita, qui, depuis qu'il avoit mis .le pied dans l'île, étoit toujours souffrant, malade , Napoléon avoit pris le parti de lui commander de retourner en Europe. Le docteur Antommarchi, qui futtémoin de cetté séparalion, a raconté combien elle fut touchante ; un fils obligé de quitter son père ne montre hi plus de tendresse, ni plus de déférence que l'empereur : il assure au bon abbé une pension de 3,000 francs pour le reste de ses jours. Ah! sans doute il] y avoit dans ce départ, dans cette séparation, une arrière-pensée qui brava les yeux d'Hudson Lowe et de l'infâme gouvernement anglois, la pensée d'un fils mourant quienvoyoit à sa mère, à ses frères et aux siens sa dernière parole , son dernier baiser; puisqu'il lui étoit défendu de les déposer dans une lettre, ce fils hugeste les cachoit dans le cœur d'un prêtre catholique.
Mais je manqueroïis à mon devoir d'écrivain.
sévère et consciencieux, si je ne disois lesennuis extrêmes et J'isolement où se voyoit réduit
= 1 — l'empereur par la départ da l'abbé Baonavits, Déjà MM. Las Cases (1 )et Gaurgaud avoient indigaement déserjé Je poste de l'honneuret le devoir de la fidélité, en quittant Sainte-Hélène , en 7 abandonnant l'empereur à sa destinée; aux horreurs de son eachgt, et en ayant l’eydaœ d’ abuser même de sa position pour l'empécher de se plaindre et de flétrir leur fuite. La maison de la comjesse Bertrand continuoit à être Je rendez-vous des officiers anglais, ce qui avoit obligé l’empereur à renoncer à sg s0ciété; maintenent l'humeur du général Beptragé s'en aigrissoit. Tous les jonrs c'étoient de nouvalles aligreations, le général anbliant l'intervalle infini qui existe enfre pr sujet et son sAuv£rAIn , et se conduisant plutôt en ancien compagnon d'armes qui parloit à son égal, qu'en sesriteur d'un grand monarque, qui avoit le sacre de l'élection du peuple et du pontife, et de plus le sacre d’une adyersité inguie, L' ‘empereuren souffroit au point d'avoir agité
(4) M. de Las Cases pst pour Le monde libéral une sorte de saint; et je sais que M. de Las Cases, dans « sa yie privée, € est un honndte homme, dans le sens du mange. Mais ce que j affirme , c'est qu il n’est pas un héros de fidélité. Je prie le lecteur de restreindre ainsi mes griefs contre Jui; je ne dis et ng veux rien dire de plus. Les libéraux qui ne sont qu’amour-propre et orgueil, ï ne gaveni garder qu-
bien souvent avec le général Bertrand la question de son départ de l’île, lui promettant d’user à son égard des mêmes procédés, de la même compassion exquise et discrète qui avoient présidé à l’éléignement de MM. Gourgaud et Las-Cases. Enfin le général Bertrand avoit accepté; lui aussi fut à la veille de déchirer son brevet d’immortalité. Déjà le jour et l’heure ‘sont fixés et le navire ; c'est lé même qui alloit bientôt emmener le bon abbé Buonavita.
Ainsi l'empereur restoit seul , isolé, avec MM. Montholon et Marchand, que le testament “de l’empereur a réunis en appellant l’un son fils “etl’autre son ami; etl’empereur disoit : «Hudson- Lowe triomphe; qu’un jour ou l’autreil m'enlève
tane mesure dans leur éloge ou dans leur blâme : cependant le sage dit : in medio siat virtus. M. de Las Cases peut avoir toutes les vertus qu’on voudra êt que ses amis préconisent ; mais si ses amis prétendent qu’il a été un héros de fidélité à Sainte-Hélène, . je leur rirai au nez. Louis XIV avoit de grandes vertus, mais étoitil chaste ou humble ? Napoléon a gagné bien des victoires, mais il a été vaincu une fois à Leipsik et à Waterloo, Il étoit frugal dans ses repas, et cependant il est à ma connoissance qu’il a été gour-
mand , une fois dans sa vie, d’ane manière honteuse. Je demande ” pardon à M. de Las Cases d'être obligé d'écrire son nom et de le confondre avec celui de M. Gourgaud. Je reconnois qu'il y a une différence entre le départ de l’un et le départ de l’autre de Sainte-Hélène, et bien marquée dans le testament de l’empereur, où le nor de M. Gourgaud ne se trouve pas, tandis que l'indulgence y a écrit celui de M. de Las Cases.
Montholon sous un prétexte qu'il inventera, il me séparera ensuite de Marchand et de mes autres serviteurs , et puis on me livrera à des sbireset il sera aisé de hâter le terme fatal par un crime. Hudson Lowe ne fait-il pas tous les jours des calculs sur ce queje coûte d'argent à son gouvernement ; ses calculs sont ceux de l’impatience des ministres et de la maison régnante: on trouve que je tarde bien à mourir; certes, leur haine est bien forte pour qu’elle ne cède pas à une dépense de quelques milliers de livres sterling; mais enfin l’avarice etlahaine peuvent s'entendre, et l'on dira à l'Europe que l'empereur Napoléon s’est suicidé, ou qu'il est mort demaladie, et personne ne pourra yÿ contredire. » Néanmoins à la veille de partir le général Bertrand eut une défaillance ; sa mémoire sans doute lui rappela tout ce qu'il avoit dit à M. de Las Cases, les motifs si touchants par lesquels il avoit essayé de le retenir! enfin la vertu triompha ; le général Bertrand fut fidèle ! honneur à luil La postérité lui pardonnera ses incertitudes ; car le pardon est inséparable du triomphe de la fidélité ! ne nous étonnons point ni du triomphe ni de la tentation à laquelle il
haire, et en concluoit l'existence d'un être supériear qui présidoil aux merveilles de la nature : «Vous autres médecins, vous ne croyez pas ; docteur, vous n'avez jamais rencontré l’âme sous votre scalpel; vous ignorez où elle réside. Il n’est pas de médecin qui croie en Dieu, mais il n’en est pas ainsi des mathématiciens qui sont ordinairement religieux. Le nom de Dieu se reproduit sans cesse sous la plume de Lagrange. Da reste, vousYêtes {messieurs les médecins, ajouta-t-il, aussi poltrons que peu crédules. Sitôt que'le canon tonnoit, vous n’y étiez plas. » ( Antommarchi, )
” Comme Antommarchi déplaisoit souverainement à l’empereur, à cause de son amour-prôpre, de sa fatuité et de son impiété, il est tout simple qu'Antommarchi à son tour ne fût pas très-jaloux de prolonger son séjour à Sainte-Hélène. La lettre suivante, dont j'ai l'original, le prouvera, tout entière écrite de la main du docteur , en italien ; en voici la traduction :
. Sire,
L'intérêt seul et le zèle de servir Sa Majesté et de lui étre utile par ma profession, m’ont engagé à venir dans ce triste lieu. Maintenant ce même intérêt et ce zèle me guident aujourd’hui que j’ai l'honneur d'être auprès de Sa Majesté; mais réfléchissant sur ma situation actuelle et la position pénible et difficile où je me
trouve, en un mot le désordre moral et physique que j'éprouve ici, m'obligent, après les simables et irèsobligeantes offres que Sa Majesté a daigné mo faire cette nuit, & lui demander humblement pardon, en présentant à Sa Majesté la demando que fait un des plus habiles chirurgiens pour me remplacer, afin de m'éviter de cette manière certains inconvénients qui poarroient naître À mon désavantage. Cependant j'aurai l'honneur de continner à servir Sa Majesté et à lui obéir conformément à mon devoit, jusqu’à ce que mon remplaçant arrive et tant qu'il plaira à votre Majesté, Je profite de cette occasion pour assurer Sa Majesté de ma dévotion sincère et de mon respect,
J’ai l'honneur d’être, Sire,
De Votre Majesté Le très-obéissant et très-dévoué serviteur.
François ANTOMMARCaI.
Longwood, 8: janvier 18321,
Comme on le voit, Antommarchi convient de ses torts en demandant humblement pardon , voici la réponse de l’empereur :
Longwood, 4 février 1821.
L'empereur prenant en considération, monsieur, le désir que vous manifestez, dans votre lettre du 31 janvier dernier, d'opérer votre retour en Europe,
vous autoiise à vous adresser à l'officier anglois com-
imandant à Sainte-Hélène pour qu'il facilite votre tra versée. S'il étoit possible qu’il vous plaçôt sur le même bâtiment que l'abbé Buonavita, votre assistance seroit d’une grande utilité à ce vieillard moribond pour les accidents qui peuvent lui advenir dans un si long voyage. Depuis quinze mois que vous êtes dans ce pays, vous n'avez donné à Sa Majesté aucune confiance dans votre caractére moral ni dans vos connaissances médicales, vous ne pouvez lui être d'aucune utilité dans sa maladie, et votre séjour ici quelques mois de
plus seroit sans objet.
| J'ai l'honneur d’être
Votre très-humble et obéissant serviteur.
Signé MonTaoLon.
. (Minute renfermée dans les portefèuilles = de Sainte-Hélène. }
Coms on le voit, ce n'étoit pas seulement Hudson-Lowe qui torturoit l’empereur ; depuis la campagnc de Moscou , tout s'étoit soulevé contre lui, même les éléments pour l’accabler ; à Sainte: Hélène, ce sont ses serviteurs, son médecin lui-même, qui achèvent son existence avec des coups d'autant plus cruels, qu'ils partent de la main de laquelle il attendoit au lieu d un surcroît d'amertume la douceur de quelque consolation ; ainsi l'heure de l'agonie de
Pernpereur est celle que son médecin choisit pour solliciter et obtenir de retourner en tu
rope; et ve fut à cette époque que le général.
Bertrand lui-miérhé eut la plis forte tentation @é partir avec sa famille et dé laisser l'emperetir. Æh ! général Bertrand, roas vous dfäpez actuelle. ment avec un orgueil qai ñ'est que juste dans le Manteau de votre fidélité ; bénissez l'ange qui vous a retenu, bénissez l'empereur. Ce sont eux qui vous ont empêché de commettre un ätteritat qui eût été un suicide. Jouissez de votre victoire, jouissez-en ; car il est glorieux de s'être vaincu soi-même ; oui, il y a entre vous et M. le général baron Gourgaud, l’abîme d’une fuite que Ja postérité stigmatisera! vous avez été fidèle jusqu'à la fin ! vous avez résisté à votre chair, à vos aises, à votre humeur, à ce libéralisme infâme qui veut nous persuader que les princes sont des hommes comme les autres hommes (1),
(A)«Unroi est sn homme commeun dutre, va répétant l'espritrévolutiomeire , donc je peux le détrôner, linsulter, le juger, le décapiter. » Quel sophisme infernal ! avec lequel on a jugé, décapité buis XVI, Marie-Antoinette et la sœur du roi. Que diroit un libérat à son domestique si celui-ci se prévalant qu’il est un hommé ati bien que son maître, refusoit d’obéir et de faire son service: Eh biéh ! il est aussi absurde à un sujet de traiter d'égal à égal
avec son roi; rien de plus faux et de plus dangereux que ce à0phisme qui pendant an temps na abüsé moi-même, jtèqu’'a me
.—:184 — parce quil ignore la vérité, parce qu'il est l'ex. vemi de la hiérarchie sociale qui dérive de la nature des choses. Non, celui qu'une nation:e appelé à régner sur elle , sur le front duquel un pontife a versé l'huile sainte, non, non, il n’est pas un homme comme un autre ; car il a le çaractère de père, de maître. et de représentan de la Divinité avec le nom d'empereur ! vous
faire voir que les assassins de la reine et de La sœur du roi pouvoient être exeusés; j'écoutois des idées qui m'avoient été suggérées , et contre lesquelles mon cœur protestoit intérieurement comme malgré moi. Quelle perversité ou quel aveuglement pour excuser Robespierre, Danton, Saint-Just, Billaud de Varenne, tous ces monstres à face humaine, comme les appelle Napoléon qui les avoit vus de près, et pour ne rien trouver en faveur de l'innocence de Louis XVI. Ce prince a dit du baut de l’échafaud ce qu'il avoit écrit dans son testament : « Je déclare devant Dieu, et prêt d paroître devant lus, que je ne me reproche aucun des crimes que l’on & avancés contre moi,» ll est un autré soplhisme qui est reçu parmi les libéraux et parmi les révolutionnaires comme un principe incontestable , savoir que les résultats de la révolution excusent sinon les révolutionnaires du wmoins la révolution. Comment les libéraux font-ils an crime aux jésuites de cette maxime que ceux-ci ont toujours désavouée : La fin juatifie les moyens. D'ailleurs n’est-il pas évident pour tout homme de bonne foi, que tout ce quis'est fait de bien dans la. révolution a été voulu non-seulement par le roi, mais par tons les honnêtes gens ec a été opéré avec leur concours, tandis que les crimes de la révolulion n'appartiennent qu’à la révolution et aux réxalutionnaires. M. Thiers a dit dernièrement à ia tribune : «Je suis un révolutionnaire honnète »; quel accouplemeut monstrueux ! J'ai-, merois autant : un fripon honnête. Qu'on y réfléchisse bien : le salut de la France nous oblige à reconnoitre que la révolution provient d’un esprit radicalement mauvais , qui ne fail qu’un avec l'esprit de l'enfer, (Note de l’auteur.)
êtes un fils glorieux de la France, général Bertrand; honneur à vous, honneur aux fidèles partout où ils se trouvent! votre nom arrivera à la postérité paré de cette auréole!
Le médecin Añtommarchi demeura à Sainte- Hélène, parce quele général Bertrand y demeura-
Le bon abbé Buonavita, chargé des instructions de l'empereur, par obéissance quitta seul Sainte-Hélène; ce fut un acte de résignation bien héroïque que ce départ ; car c’étoit fuir la mort pour la trouver plus sûrement : l'abbé Buonavita plus que sexagénaire, à peine arrivé, d' peine reposé de ses fatigues, se rembarque pour recommencer le voyage le plus pénible.
O miracle d’un cœur chaste, qui a Dieu avec soi et qui accomplit sans peine et comme naturellement ce qui est le plus opposé à la nature et ce qui est le plus parfait! Mais pourquoi m'étendre davantage? pourquoi louer le bon abbé ? en faisant une action sublime, il a été prêtre et voilà tout! Ah,.que l’empereur , qui avoit aussi, lui, un caractère sacré, comprit bien cette abnégation, ce dévoñment sublime. Il est des larmes intérieures qui ne sont connues que de certaines âmes ! ce sent celles qui inondèrent
le cœur de Napaléon, quend il ft ses adieux au bou abbé! Écoutons Antommarchi nousraconjer à son insu quelque chose de cette douleur impériale: L'empereur me dit (à Antommarchi}: «Docteur, accompagnez ce hon vieillard à James- Town; rendez-lui tous les soins, donpe-lui tous les conseils qu'exige un si lang trajet. » Quand je fus de retour : — Est-il embarqué ? demanda Napoléon. — Oui, sire, — Commodément?—Lenæ vire paraît bon. — L'équipage? — Bien composé. — Tant mieux, je voudrois déjà savoir ce brave ecclésiastique à Rome, et quitte des accidents de la traversée. Sans doute le pape lui fera bon accueil. Sans moi, où en serait l'Église (1)? C'est sans doute après le départ de l’abbé.
Buonavita qu'il faut placer l’anecdote suivante: « Le jeune abbé dont jusque-là c’étoit le devoir de dire la messe chez madame la comtesse Bertrand, y avoit, à ce qu'il paroît, pris l'habitude de la dire beaucoup trop preste- 44) Bieu pouvoit accomplir par un antre bras le triomphe de l’Église catholique en France; je le sais. Cepegdant si Dien a choisi Napoléon, c'est que Napoléon justifioit ce choix par de certaines
qualités persennellés etia correspondance aux desseins de Dieu sur lui ,et il a bien raison de s’en passer Le pape Pie VIT Peptendoït ainsi quand il disoit : « Aprés Dieu c'est à lui que nous devons le ré-
Guherrment de ifrpligiosen Frense.s :
= 187 = | fient: c'étoit une concestion au général Béri' trand, qui pensoit en: faire lui-même une plus’
grande encore en consentant à ehtendre Ïa :
messe ou à la laisser dire dans sa maison. Quoi’ qu'il en soit, le jeune abbé, sans doute par im: tation et réminiscence de ce qui se faisoit aux
Tuileries, lé premier jour dépécha sa messe.
L'empereur s’aperçut de cette flatterie détour-"
rée, mais ce ne fut pas pour le Tomplimenter, « Vous allez trop vite, beaucoup trop vite, mon-' sieur l'abbé; pourquoi cela? quelle excuse? qui nous presse ici? À l'avenir dites-nous la messe; une bonne messe (1).» | Ce fut vers cette époque, que l'empereur apprit la mort de sa sœur la princesse Étisa; cette nouvelle rappelle Napoléon à cette idée fixe de sa fin prochaine : « Je n'ai plus ni forces, ni ace tivité, ni énergie. Je ne suis plus Napoléon, dit-
(4) Je tieus cette anecdote touchanteet instmctire de M: le comte de Montholon , qui étoit présent. Quelle leçon panr cenx d'entre Les jcuues sbbés qui dépêchent leur messe comme s'ils étoient pressés d'aller à quelque chose de mieux. Pauvres jeunes abbési Ah! que vous vous rendez coupables en vous faisant mépriser! En laigsant
quelque doute dans les esprits des $dèles sur la sincérité de votre .
foi et de voire vocalion, ne craignez-vous pas d'entendre un jour
votre condamnation sortir de la bouche de noire maître aves os
mots pathétiques : « C’étoit une donne messe que j'offrois pour yous, moi, le jour de ma passion sur le Calvaire !!1 x
il à son médecin ; vous cherchez en vain à me rendre l'espérance , à rappeler la vie préte à s'éteindre; vos soins ne peuvent rien contre la destinée ; elle est immuable. La première personne de notre famille qui doit suivre Élisa dans la tombe , est ce grand Napoléon qui végète, qui plie sous le faix et qui tient encore l'Europe en alarmes. »
.L’anecdote suivante est racontée par Antommarchi. Un soir, l'empereur s'étoit endormi pendant la lecture; tout d’un coup il se réveille et demande de quoi il s’agit ! « Sire , des prétres, des embarras qu’ils vous ont suscités , de leurs intrigues ? — L'auteur extravaguel s’écrie l'empereur; ils furent tous pour moi, je n'ai eu qu’à m'en louer, ce sont eux qui m'ont le mieux ser vi et dont j'ai eu le moins à me plaindre (1).»
(4) Cette anecdote est curieuie, parce qu'elle résume l'opinion de l'empereur sur la conduite du clergé pendant son règne. Quel est l’homme qui a passé au pouvoir dans ces derniers temps, qui ne reconnoisse me le clergé est le corps le plus utile ét le moins coûteux à l’état. Les coryphées eux-mêmes du libéralisme, MM. Thiers, Cousin, Guizot, Dupont de l'Eure, Villemain', Laffite , etc. , ne sont pas les derniers à en convenir ; mais il reste encore deux ou trois maniaques, tels que MM. Isambert et Boulay, qui font chorus avec les libertins de bas étage , et qui diffèrent d'opinion avec Napotéon, sur le clergé. (Note de l’auteur ).