‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 34 sur 46 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Mon cœur s’est enflammé au dedans de moi; mes réflexions y ont allumé un feu, et me langue a enfin proféré ces paroles : je vois que vous avez réduit mes jours à une mesure bien petite, et qne ma vie est comme un néant devant vous ; certes, tout homme, : même le plus puissant, est un abime de vanité. (Psaume 38, verset 4, 6.)

Ce fut le 3 avril que l’on perdit toute espéraace ; ce jour-là le médecin reconnut que la maladie étoit mortelle, et comme c'étoit son devoir ,. k il prévint MM. les comtes Bertrandet Montholon: que la crise étoit prochaine ; sans doute les idées, d'Antommarchin'étoient pasles mêémesquelques: jours auparavant | autrement quelque désir qu'## eût de voyager en compagnie du comte Bertrand, et de revoir l’Europe et l'Italie, il n'eût pas’ songé à solliciter lui-même son éloignement!

Suivant l'étiquette des têtes couronnées , l'em-

pereur devoit être averti; il le fut par le comte Montholon (1).

(4) Les libéraux ne sont pas partisans de l'étiquette ; le mot seul est pour eux quelque chose de gênant , de ridicule et de stupide, qui tout de suite leur fait faire la grimace ou leur désopile la rate; À la bonne heure! Cependant l'étiquette qui régloit les différents services de la maison des rois de France, et les rapports publics ou nrivés de la souveraineté , ne fut pas absolument inventée par de pelits esprits, ou par des princes imbéciles ; car l'étiquette se forma et s’établit successivement par la volonté des plus grands princes qui furent les fondateurs de la monarchie. Ainsi Charlemagne la fonda et Marie-Antoinette la détruisit. Qu'on me permette d’intercaler ici une anecdote que je tiens ‘d'une dame qui étoit de la société de la reine. Certes jamais la reine n’a manqué à ses devoirs, comme le tyran Robespierre osa bien l'en accuser le jour où elle monta sur l'échafaud ; mais personne ne peut nier qu'elle n'ait fourni elle-même des armes à la calomnie, en metlant de côté l’étiquette, et en apportant à la cour de France la liberté de la cour du roi son père et les usages qui peuvent convenir en Allemagne, mais qui ne sont pas compatibles avec le caractère françois. Mile rumeurs indiscrètes circuloient contre la reine, qui pouvoient enfin venir aux oreilles du roi. Madame Victoire, la tante du roi, en eut peur , et dans l'intérêt de la reine , elle manda l’abbé de Vermont qui étoit le mentor de la reine , d’autañt plus écouté d'elle qu’il lui avoit été donné par sa mère et qu'il étoit venu en France avec la reine , « Monsieur, lui dit la princesse, pouvez-vous ignorer les bruits de la cour et ne seroit-il pas sage d'en avertir la reine ? — Ah! madame, dit l'abbé, qu'une reine auroit à faire , si elle vouloit empêcher le monde de médire ? — Monsieur, tout ce que je dois ajouter et ce qe je vous permets de répéter , c’est que la reine ma mère n’a jamais fourni de prétexte au moindre mot qui pût déplaire au roi mon père, » L'étiquette de la cour est une imitation de celle qui préside au cérémonial anguste de l’église romaine, leque est une imitation des formes de l'âme et j'oserai dire une image, presque l’énumération des vertus organiques de l'esprit de l’homme. Létiquette est Ia nécessité de toute maison et de toute société bien réglée ;, tellement que Napoléon qui avoit naturellement toutes

Il apprit , avec le calme de quelqu'un qui s'y attendoit, la signification de cet arrêt fatal de son médecin. Aussitôt rappelant la même énergie avec laquelle il commandoit autrefois à son corps, il se hâte de mettre ordre à ses affaires spirituelles et temporelles. Il avoit fait un testament qui étoit dans les mains du général Bertrand, l’empereur n'hésita pas à le redemander pour le détruire avant que d'en écrire un autre beaucoup moins favorable sans doute aw général (1).

A partir de cét avertissement lugubre, l’empereur n'eut plus qu'une idée, celle d’accomplir ses devoirs , et de signifier ses dernières volontés, comme homme, comme chrétien et

comme empereur ! il étoit résigné, maïs sa

les idées d'organisation, parce qu’il étoit un homme complet, dont l’âme étoit une âme de prince, n'eut rien de plus pressé que de rétablir l'étiquette. L’étiquette reparut donc en même temps que l’ordre, la société , le trône et la noblesse sous l’égide de ce grand homme ! (Note de l’auteur.)

(4) M. Marchand me racontant ce détail, me disoit : « Je reçus des mains de l’empereur le premier testament pour le brûler; peut. être c'étoit un documient curieux à conserver à la postérité ; peatêtre ma désobéissance eût été un sentiment de culte? néanmoins je n'hésitai pas, je jetai au feu ce précieux autographe: je crus que c'étoit le mieux d'exécuter à la lettre un ordre de confiance.» (Note de l’auteur.)

résignation étoit ce sentiment magnanime ui domaine la most elle-même. Alots dn vit sa foi paroître en, même temps que ses paësions s'affoiblir, et sa croyance se ranier; et teiadre d'un vif et solennel éclat les tristès ombres de l'agonie la plus douloureuse. :

: La politique ne lui est plus de rien; mais, préocoupé.des principes , il se doit à lui-même de protester contre les erimes de la politique dont il expire la victime. Il flétrit les souverains qui n’ont été ni cléments ni justes envers l'oint de Dieu, qui a jeté tant d'éclat sur la souveraineté , qui l'a restaurée non-seulement en France, mais dans l'esprit des hommes, et qui.a usé tant de fois de la victoire à l'égard des

rois avec une modération insigne. L'empereur :

laisse tomber de sa plume un foudroyant anathème sûr les noms de Talleyrand, de La Fayette, d’Augereau et de Marmont. Là posterité confirera cet anathème contre La Fayette et Talleyrandcomme les auteurs des traités de Paris et de éétte Charte (1), dontle mensonge pèse encore

(2). Montesquieu, dans sa belle définition de la loi, dit : La loi est l'expression des ranports qui dérivent de la nature des choses. Ge qui distingue l’homme des autres êtres, c'est la conscience. La conscience se manifeste par le sentiment, et l’idée de Dieu est

identique, simultanée avec la conscience, qui est même antérieure”

us - 19! —

sur Ja France, quoiqu elle ait été également déchirée avec la même colère et le même mépris en 1830 et par le peuple et par la royauté.

En flétrissant Talleyrandet La Fayette, l'empereur flétrit ceux qui sont dévoués à un système, à des utopies plus qu’à la patrie et au souverain, qui s'aiment eux-mêmes et écoutent leur individualité et leur ambition plus que la conscience, les principes, la religion et la France,

et qui mettent des formes de gouvernement avant je gouvernement , avant l'empereur qui seul auroit pu nous sauver de l'invasion! En flétrissant Augereau et Marmiont, l’empereur flé-

çomme uh principe. Ge prineipe enveloppé, domine, absorbe l’homme, considéré isolément et à fortiori comme être social. Auskt Hz toits Fes peuples de l'antiquité, t4 réligon est te fait essentiel, primordial, qui commande à tout et n'oukit à personne. La révolution françoise est arrivée tout droit à l'athéisme comme &une coscigsion, Bonaparte, eb s'intitnhmat etwpereur par la grâce de Dieu, renia la révolution avec tout le mépris qu’il avoit pour l'Aféisiré, ét, en rouvrant les églises, il sé déclara hautement chrétien. La charte de 1814 relégua là religion à une place secoridaire, ce qui équivaut à une négation. Car, si la religion est vraie, alé édt avanñt (büt, et fddsse, é’est ûn par rréant. Quélte est l'opinion de la Charte de 1830, laquelle a enchérisur sa sœur aînée en reje= tant absolument la religion hors de l’état ? Quelles en seront les mbtes? « La loi est äthée et doit être athée, » a dit M. Barrot,

le penseur du parti libéral, profond penseur en vérité, plus profond que Robespierre, qui proclama l'existence de l’Éire suprême comme une nécessité sociale. À vous donc le pouvoër, M Barrot! Vous éliez préfet de la Seine, quand on a démoli l’Archevêché de Paris; peutæ êitè vousserez ministrepour démolirlesTuilertes! (Note del'auteur ‘

trit le soldat qui raisonne au lieu d'obéir, qui se préoccupe de son intérêt et de son ambition jusqu’à étouffer le cri de l'honneur; maisencondamnant les traîtres, l'empereur pense moins à lui jusqu'à lajusticeet au salut de la France, puisqu'il ajoute : Je leur pardonne, puisse la postérité francoise leur pardonner comme moi! Le pardondes injures est la vertu et comme le caractère propre d’un chrétien ! aussi le mot pardon se trouve à , chaque page du testament de Napoléon.

Ainsi , après avoir nommé sa bonne et trèsexcellente mère , ses frères et sœurs, Eugène et Hortense, qu’il remercie de l'intérêt qu'ils n'ont cessé de lui porter , il écrit ces mots touchants : Je pardonne à mon frère Louis le libelle qu'il a publié en 1820. |

Tout le testament est un portrait au vif de la ressemblance morale de Napoléon , où il s'est représenté lui-même dans la nudité de son être intime. Chaque mot est une révélation de son cœur ou de son esprit, et dans l’ensemble des dispositions, on retrouve un abrégé de sa vie et trait pour trait toute sa physionomie intellectuelle, son âme elle-même avec ses qualités et ses vertus, avec son caractère-héroïque,

Mais aussi avec ses foiblesses et ses passions. Ce

qui paroît davantage, c’est le besoin d'agir sur tes hommes , c'est l'ambition, c'est la passion de la politique, c’est l'amour des grandeurs, c'est le prince. Quelle préoccupation dans unmoment aussi solennel ! Et quelle preuve de sa conviction de la légitimité de son titre d'empereur! Plus la fortune l’humilie et plus il s'élève ; plus l’infâme geolier de l'Angleterre fait d'efforts pour l'avilir et lui ravir le diadème, et plus il le retient à son front; à puissance de l'âme! déjà la vie s’est retirée de tous ses membres et sa tête en expirant, lance les mêmes éclairs et la même majesté dont elle étinceloit jadis, quand l'empereur jeune et victorieux , signifioit aux rois ses volontés et distribuoit des trônes à ses com. pagnons d'armes. O vous qui niez la vérité dé l'âme, approchez , contemplez ce moribond; écoutez ses pensées. Tel qu'il étoit sur le trôac, tel il est dans son agonie! C’est la même équité pour récompenser et punir, pour décerner le blâme et l'éloge , la même mémoire des noms et des services , la même élévation et la même justice dans les sentiments , la même hardiesse de logique, le même empire sur soi-même , Ja

même impartialité , la même force d'âme, la même sensibilité, la même indulgence, le même héroïsme , la même religion. Je dis plus : l’a néantissement du corps fait ressortir davantage la beauté et la vérité de l'âme. En se dégageant du corps, elle brille comme un soleil qui brise le régeau des nuées obscures. Approchez aussi, juges de la terre, rois qui êtes assis sur des trônes; approchez du lit de mort de l’empereur pour y recevoir l'instruction d’un maître dans l'art de régner, d'un souverain donné à la terre at dressé par Dieu même pour ses desseins à lui! Écoutez et pesez bien ses dernières paroles, recwillez les lueurs qui éclairent d'une soudaine lumière tous les mystères de sa politique. Pour moi, obligé de me renfermer dans mon sujet, Je ne veux, je ne dois parler que de la religion et me taire sur tout le reste. |

Le testament commence par ces mots : Je meurs dans la religion apostolique et romaine. C'est ainsi que Napoléon se déclare chrétien tout d’abord et sans user d'aucune dissimulation, comme il l'avoit proclamé jadis en prenant les rènes du pouvoir suprême. Ensuite il décerne à ses amis , à ses serviteurs, des ré=

compenses qui sont une juste appréciation de: lers services ét de leur fidélité. Uiant du:

droit qui est inhérent à un souverain, il élève soû: prèmier valet-de-chambre Marchand, jusqu’à l’hônorer du nom de son ami; sa justice, image de: celle de Dieu, poseen principe, que tous ceux qui lui ont été dévoués, ont les mèmes droits et sont égaux à ses yeux; ce qui ressort de cette recommandation à Marchand d’épouser la veuve, lafille . ou la sœur d’un officier ou soldat de son armée, Sil | refuse au comte Bertrand aucune autre marque d'intérêt qu'une somme d'argent, c'est que l’em-' pereur place Dieu et les principesavant l'amitié ; il déclare ainsi, à la face de l’univers, qu'ilest uni avec le comte Bertrand par le hasard fortuit des événements politiques, mais qu’il n’a point avec lui la communauté des principes et des croyances (1). Combien cette sévérité coûte à l'empereur, lui qui est si heureux d’aimier et de pardonner! qu'on en juge parles codicilles écrits à la hâte et la veille de sa mort; sa sensibilité s’é-

(4) Nous ne sommes pas aussi éloignés qu'on le croit , de voir cts sottes et vagues classifications des partis libéraux, ultra, consti.' tutionnels , parlementaires , dynastiques, tomber pour faire place à ces classifications réelles et significatives : religieu&, croyant ,' chrétien, incrédule , impie, Le mot républicain, tant qu’il ne sera pas défini avec précision, n’est et ne pent être que fe drapeau de la révolte et de la niaiserie, Je dis la même chose du mot révolutionnaire, (Vote de l'auteur).

meut et lui inspire un moyen de concilier la justice et Findulgence; il prend de nouveau la plume , pour recommander le général Bertrand à Marie - Louise , afin qu’elle lui fasse rendre 30,000 francs de rente qu’il possède dans le duché de Parme et sur le Mont-Napoléon de Milan, ainsi que les arrérages échus.

Mais il n'est rien qui puisse donner une idée de l'empire de Napoléon sur ses passions plus que le codicille qui regarde Marie-Louise. Il hésita long-temps avant de le tracer, et on l’entendit s’écrier : « Être Corse et pardonner un tel outrage ! » Et il ajoutoit : « Quoi donc ! la justice elle-même ne me convie-t-elle pas à la flétrir, à l'abtmer ! « Puis s’arrétant , il disoit avec une réflexion plus mûre : « C’est la mère de mon fils, qui reste seule pour veiller sur ses jours. Eh! que puis-je d’ailleurs, moi misérable proscrit, captif, que puis-je contre la fille de César? Mon anathême ira se perdre dans les airs, ou retombera sur moi, sur mon fils. Elle est coupable, et moi, suis-je innocent ? Elle a besoin de pardon et mot qui vais paroître devant Dieu , n'en ai-je pas besoin? » Ce fut après ce colloque avec lui-même que l'empereur écrivit : Je conserve jusqu’au

dernier moment à ma très-chère épouse Marie- Louise les plus tendres sentiments , je la prie de veiller pour garantir mon fils des embûches qui environnent encore son enfance (1).

Il est deux legs de ce testament que nous devons encore transcrire :

Je lègue à l'abbé Vignali cent mille francs. Je désire qu'il bâtisse sa maison près de Ponte-Nuovo dé Rostino.

Je charge l'abbé V'ignali de garder les vases sacrés qui ont servi à ma chapelle à Longwood « de les remettre à mon fils quand il'aura seize ans.

Pendant qu'il se forçoit pour écrire de sa main ses codicilles, se tenant renfermé et assidu à ce travail, trois et quatre heures de ‘suite, La

(4) « Elle est coupable et moi suis-je innocent, » s’écrie Napoléon, en parlant de Marie-Louise. Quel rapprochement involontaire ne présente pas à l'esprit cette confession énergique d’un prince, qui avoit cru pouvoir se permettre, du vivant de sa femme iégitime l’impératrice Joséphine , d’épouser une archi. duchesse d'Autriche. Quelques années sont à peine écoulées, et voilà cette même archiduchesse devenue l'épouse de Napoléon, , qui brise à son tour le nœud conjugal , et qui croit pouvoir se permettre, du vivant de Napoléon, de lui donner un successeur, en adsuetlant dans son Lit avec Le têtre d’époux légitime le comte Neipperg, un général autrichien !!! Quelle leçon du ciel aux souverains, pour leur apprendre à garder la sainteté du mariage! Quand on se rappelle que ce fut pour avoir la liberté de ses infâmes convoitises , et la liberté du divorce , qu'un monstre couronné, Henri VIII osa bien faire le schisme d'Angleterre. (Vote de l'auteur).

maladie s'en irritoit , et la mort impatiente de mettre fin à une vertu si grande ; étendeii sur -Napeléon les ombres de cette nuit redputable et ténébreuse qui ne doit se dissiper que dans l'étervité. pour lui, il regardéit la mort en face, sans en sentir le moindre trouble, avec le même sang-froid, avéc la mâme magnanimité qu'il avoit vu deux fois crouler sen ftône et successivement se briser l’une après l'autre Jes branches de Farbre impérial, enfin dératiné par l'orage du sok où à avoit poussé si vite des racines qui s’étendaient dans l'univers entiers, ‘ À quelqu'un qui lui disait qu'ilavoit endore des chances, que son état n'était pas désespéré , disoit : « Plus d'illusion., je sais ce qui en est, je suis résigné. » ù

Le 19 avril, il fait efort, il se lève, il s’assied dans son fauteuil. Le général Montholon se réjouit de oeite amélioration; Napoléon se met à lui sourire avec douceur : « Vous ne vous trom- | per pas, mon ami, je vais mieux aujourd'hui, mais je n’en sens pas moins que ma fin approche. Quand je serai mort, chacun de vous aura la douce consolation de retourner en Europe.

Vous reverrez vos parents, vos amis; et moi, je

retrouverai mes braves. Qui, continua-t-il en haussant la voix, Kléber , Desaix, Bessières, Duroc, Ney, Murat, Masséna, Berthier (1), tous viendront à ma rencontre; ils me parleront de . ce que nous avons fait ensemble; je leur conterai les derniers événements de ma vie. En me voyant, ils redeviendront tous fous d'enthousiasme et de gloire. Nous causerons de nos guerres avec les Scipion, les Annibal, les César, les Frédéric!!! À moins, ajoute-t-il en riant, qu'on n'ait peur là bas de voir tant de guerriers ensæmble. »

‘ Pendant cette longue agonie, madame Ber-.

trand désira souvent de voir l'empereur; souvent le général Bertrand eri réitéra la demande; cesinstances étoient louables, très-nobles et trèsohrétietnes ! Madame Bertrand wuloit ane réconciliation, je n'ose dire son pardon, mais du méèns les bonnes grâces de l'empereur œou-

(&) Je ne me:lause pas de faire romerier les qualités de l'âme, Aimer et pardonner, c’est là tout le christianisme, et il semble que ce soit là aussi tout l’empereur. Que de sujets de se plaindre il avoit de Murat et de Berthier! Eh bien ! l'heure de La mort est l'heure de les réconcilier avec lui; et quelle délicatesse! Il mêle, A identifie leurs noms aux noms des hommes qu'it chérit le plus, et qui sont pour lui des souvenirs délicieux et sans amertume‘!

rant : l’empereur refusa. Ce n'étoit ni ressentiment, ni opiniâtreté de sa part, maïs un sentiment de justice qui est aussi un devoir, une vertu ! Ah! que l'esprit du monde est un esprit condamnable ! Le besoin de société avoit entraîné madame Bertrand à recevoir chez elle tous les Anglois de l'île et les officiers du camp ; et le croiroit-on! on s’y permettoit des plaïsanteries contre l'illustre captif , et quelquefois la maîtresse de la maison entendoit ces épigrammes ; j'en sais une si mordante, que je ne crois pas qu’une plume françoise osât l'écrire , mais qui dut chatouiller agréablement les oficiers anglois. Du moins, si l'empereur l'eût ignorée! Mais il vouloit tout savoir, même à Sainte-Hélène et il étoit servi à souhait! Ah! j'en ai la certitude , ce n’étoit pas avec le cœur mais de l'oreille seulement qu'on écoutoit ces indignes sarcasmes ! Enfants du respect humain, qui imposoit à une femme distinguée, et lui faisoit oublier ce qu'elle devoit à un grand homme dont elle adoroit la gloire. On cédoit à ce respect humain qui avoit autrefois imposé au chef des apôtres , on se troubloit à la voix d'un ennemi, et, comme saint Pierre, on en avoit

aussitôt du regret ; car le cœur étoit fidèle (1). O monde! monde cruel, monde imposteur , monde condamné par celui qui a dit: Le monde me hait, c'est toi, toi seul, que l'empereur écarta courageusement jusqu'à la fin de son lit de mort etnonl'aimable compagne de son exil! O monde, retiretoi! Qu'’est-ilbesoin désormais de toi? Qu'estil besoin de tes attraits dont la fleur est passée; oui, tout ce qui meurt est déjà mort. Et vous, fille d'Adam (2), personnification fragile et brillante, abrégé trop séduisant d’un monde périssable , éloignez-vous ! Il faut une autre société à | l'empereur, à celui que le soleil même importune. O sublimité de son agonie , toi-même, soleil orgueilleux , qui dominois , qui tout-àl'heure dévorois tous les sucs de cétte existence glorieuse, toi-même , retire-toi ! tu fatigues Napoléon ! Maintenant c'est l'heure d’un autre soleil , l’heure du soleil de l'éternité!

(4) À Dieu ne plaise que je veuille ici diminuer le mérite du long exil de madame la comtesse Bertrand ! Elle a supporté avec une

grande élévation d'âme cette disgrâce de l'empereur el n’en est pas moins restée à Sainte-Iiélène. N'est-ce pas là de l’héroïsme ?

(2) Madame la comtesse Montholon étant partie de Sainte-Hélène quelques semaines après M. de Las Cases , l’empereur se trouva bientôt privé jusqu’à sa mort de ce charme et de ces consolations qui ne se trouvent que dans la société des dames.

(Notes de l'auteur.)

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