‹ Conversations sur la philosophie naturelleChapitre 38 sur 54 · QUATORZIÈME CONVERSATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME CONVERSATION

Du vent en général. • — Des alisés. — Des moussons. — Des marées aériennes. — — Du son en général. — Des cotps sonores . — « Des sons musicaux. — De la concordance ou harmonie , et de la mélodie .

Mad. B.

E H bien, Caroline, avez» vous découvert quelle espèce de pompe il y a dans votre jardin ?

Caroline.

Je crois qve c’est simplement une pompe aspirante , parce qu’il n’y a pas besoin de plus de force pour lever le piston que pour soulever son poids; et dans une pompe refoulante, en levant le piston, on refoule l’eau dans le petit tuyau , et la résistance qu’offre 1 eau e*i^e de la force pour la surmonter,

M ad. B.

Je ne doute pas que vous ï/ayez raison 9

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car les pompes aspirantes, étant d’une cons^ tniction simple , sont de beaucoup les plus communes.

Je vous ai promis hier de vous donner quelqu’idée de la nature du vent. Le vent est un

courant d’air, produit généralement par un changement partiel de température dans l’atmosphère; car quand une partie est plus éçhaiiffée que le reste, elle se raréfie; l’équilibre est détruit et en conséquence l’air monte. Quand cela arrive, il s’en suit nécessairement un mouvement de l’air environnant vers celte partie, pour rétablir l’équilibre ; ainsi, cet endroit reçoit le vent de tous côtés. Ceux qui sont au nord, éprouvent un vent du nord; au sud, un vent du sud : — comprenez-vous ?

Caroline.

Parfaitement : Mais, qu’éprouvent donc ceux qui vivent au point où ces vents s© rencontrent et s’entre-croisent ?

Mad. B.

Ils ont un ciel orageux , des tourbillons,1 des ouragans, de la pluie, des éclairs, des tonnerres , etc. Ces tempêtes sont surtout

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fréquentes sous la zone torride où règne la plus grande chaleur * l’air y étant plus raréfié que partout ailleurs, y est aussi plus léger, et doit nécessairement s’élever ; tandis qué celui des régions polaires afflue continuelle-* ment des pôles, pour rétablir l’équilibre.

Caroline.

Ce mouvement de Fair produiront un vent du nord régulier et constant pour les habitans de l’hémisphère nord • et un vent do sud et des orages continuels à l’équateur, où ces deux vents contraires se rencontreroienu

Mad.

Ces vents ne se rencontrent pas , car ils changent de direction avant d’atteindre l’é-4 quateur. Le soleil, en se mouvant sür les régions équatoriales de l’Est à FOuestj raréfie Pair à mesure qu’il passe , et rétablit l’équilibre en faisant couler à l’Ouest l’air oriental, qui est plus dense; c’est ce qui produit le vent régulier de l’Est dans les régions voisines de l’équateur»

Caroline.

L’air de l’Ouest va donc constamment à ïa rencontre du soleil , et répare le trouble que ses rayons avoient produit dans l’équilibre de l’atmosphère. Mais je m’étonne comment vous accorderez ces vents variés, Mad. B; vous m’avez fait d’abord supposer qu il y avoit à l’équateur un combat continuel entre les vents opposés, et qu’il en résuhoit des orages et des tempêtes; mais à présent vous me parlez d’un vent régulier invariable, qui doit naturellement être accompagné d’un temps calme,

Emilie.

Je crois que je comprends cela; ces vents du Nord et du Sud ne se combinent-ils pas avec le vent d’Est aux environs de l’équateur, et ne forment-ils pas ce qu’on appelle les vents alisés ?

Mad. B.

C’est cela même , Emilie. Le mélange des deux vents Nord et Est, produit un vent de Nord-Est constant; et celui des deux vents

DU VENT ET DU SON* 5jï

Sud et Est, produit un vent régulier Sud-Est; ces vents s’étendent à environ trente degrés de chaque côté de l’équateur; les régions, au-delà de cette distance, n’éprouvent que leurs vents respectils du Nord et du Sud..

Caroline.

Mais, Mad. B. , si l’air court constamment des pôles à la zone torride, il doit y avoir tin manque d’air dans les regions polaires ?

/ Ma]). B.

L’air léger, aux environs de l’équateur, s’étend et monte dans les régions supérieures de l’atmosphère; de là, il revient aux pôles pour rétablir l’équilibre ; sans cela , les régions polaires de l’atmosphère seroient des long -temps épuisées par le courant d’air qu’elles envoient constamment vers l’equateur, dans les couches basses de l’atmosphère.

Il y a donc une sorte de circulation de l’air dans l’atmosphère ; l’air, dans les couches basses , coule des pôles h l’équateur; et dans

les couches supérieures, de l’équateur aux pôles.

Mad. B.

C’est cela; je peux vous montrer un exempie en petit de cette circulation. L’air de cette chambre est plus raréfié que l’air extérieur ; un vent ou un courant d’air se fait jour à travers les fentes des fenêtres et des portes , pour rétablir l’équilibre ; mais l’air léger , dont la chambre est remplie , doit trouver une issue pour faire place à Pair pesant qui entre. Si on entr’ouvre une porte et qu’on tienne une bougie vers la partie su*' périeure , on verra la flamme soufflée en dehors ; ce qui montre qu’il y a un courant d air qui vient de la partie supérieure de la chambre. Mais si on met la chandelle sur le plancher près de la porte, on apercevra, par l’inclinaison de la flamme , qu’il y a aussi un courant d’air qui la pousse dans la chambre.,

Caroline.

C est vrai ; le courant supérieur est l’air chaud et léger , qui est emporté pour faire

DU TU NT ET DU SON. 5y5

place an courant d'air froid condense , qui entre dans la chambre par en bas.

J’ai entendu dire, Mad. B., que les vents périodiques ne sont pas si réguliers sur terre que sur mer j quelle en est la raison ?

Mad. B.

La terre réfléchit dans l’atmosphère une beaucoup plus grande quantité de ravons du soleil que l’eau ne peut le faire ; par conséquent , cette partie de l’atmosphère qui est au-dessus de la terre est plus échauffée et plus raréfiée que celle qui est au-dessus de la mer ; c’est ce qui fait souffler le vent sur la terre, comme on le sent régulièrement sur les côtes de Guinée et dans les autres contrées de la zone torride*

Emilie.

J’ai beaucoup entendu parler des violentes tempêtes qui ont lieu a l’ouverture des moussons : ces vents ne sont-ils pas aussi réguliers ?

Mad. B.

Ce sont des vents périodiques, qui changent de direction tous les six mois. Ce changement est produit par la révolution annuelle de la terre autour du soleil; en conséquence de laquelle , le pôle Nord est incliné vers cet astre pendant toute une demi-année, et le pôle Sud, pendant l’autre moitié. Pendant l’été de l’hémisphère Nord , les contrées d’Arabie, de Perse , de l’Inde et de la Chine , sont plus échauffées et réfléchissent une grande quantité de rayons du soleil dans l'atmosphère , ce qui la rend extrêmement raréfiée et détruit l’équilibre. Pour le rétablir, Pair des régions équatoriales du Sud où il est moins chaud, aussi bien que celui des parties froides du Nord , doit nécessairement se mouvoir de ce côté-là. Le courant d’air de ces régions équatoriales produit le vent constant des six premiers mois, dans toutes les mers comprises entre le continent échauffe de l’Asie et l’équateur. Pendant les antres six mois, qui sont l’été de l’hémisphère Sud, l’océan et les contrées du tropique méridional sont les plus échauffées, et l’air qui

est au-dessus de ces parties est le plus raréfie; ainsi, aux environs de l’équateur il change de direction , et souffle dans le sens opposé à celui du vent qui régnoit pendant les six mois précédens.

Caroline.

Cette explication des moussons est très-curieuse; mais pourquoi fait-on tant de bruit de l’ouverture des moussons ?

Mad. B.

Les moussons ne changent pas de direct lion d’une manière soudaine, mais par degrés, à mesure que le soleil passe d’un hémisphère à l’autre ; ce changement est or-» dinairement accompagné d’orages et d’ouragans, très-dangereux pour les vaisseaux; en sorte qu’on navigue rarement sur ces mers? dans la saison de l’équinoxe»

Emilie.

Je crois que je comprends parfaitement les vents de la zone torride ; mais qu’est-ce qui occasionne la grande variété de ceux qui soufflent dans les zones tempérées? sui®

vant votre théorie , iî n’y auroit dans noâ çliaiats que des vents du iNord et du Sud,

Ma b, Ba

La partie de l’atmosphère qui dans la zone ■torride est sous le soleil a beaucoup d’éten^* due. Cette partie est dans une agitation continuelle. Ces mouvemens dans un fluide élastique, qui cede à l'a moindre impression , ne peuvent manquer de s Vie n dre de tous côtes à une grande distancé • ainsi, dans tous les climats, les mouvemens réguliers de Fair éprouveront plus ou moins dé perturbations, suivant la situation du pays,îa position dés montagnes, des vallées et une multitude d’autres causes^ d’après cela, il est aisé de concevoir que presque tout climat doit avoir des vents variables*

Sur le bord, de la mer , il y a presque toujours une petite brise de nier qui, dans les soirees d’ete , souffle vers la terre pour rétablir l’équilibre rompu pendant le jour par la réflexion de la surface échauffée du rivage; et quand la nuit a refroidi la terre éi condensé l’aîr y on observe en général le matin qu’il reflue à, la niéi;.

Caroline.

J’ai remarqué que Je vent, de quelque eôté qu’il souffle , cesse presque toujours vers Je coucher du soleil.

Mad. B.

C’est que la raréfaction de l’air, dans le point particulier qui produit le vent , diminue à mesure que le soleil baisse , et par con**: sequent la vitesse du vent décroît»

Emilie»

Puisque Pair est un fluide assujetti à la gravitation, n’est-il pas affecte par 1 attraction du soleil et de la lune , de la meme ma-** nière que les eaux ?

Mad. B,

Sans doute ; et les marées aériennes sont beaucoup plus grandes que celles des mers,, dans le rapport de la densité de 1 eau à celle de l’air, c’est-à-dire, comme vous vous en souvenez , à peu près comme 8oo. à I»

vu VENT ET EU SON*

Caroline.

Quelle énorme protubérance cela doit causer ! Combien le poids d’une telle colonne d air doit faire monter le mercure dans le baromètre !

Emilie.

Comme cette énorme marée d’air est attirée et soutenue en quelque sorte parla lune, je cr 01 rois que le poids et la pression de Patmosplièf e en seroienl plutôt diminués qu’accrus*;

Mad. B.

Ee poids de Paîmosphère n’est ni accru ni diminué par les marées aériennes. L’attractioo de la lune augmente la masse , autan! quelle diminqe le poids de la colonne d’air ^ ces effets se contrebalancent donc l’un Pautre , et les marées aériennes n’affectent nullement le baromètre,

Caroline,

le ne peux point comprendre cela,

Mae. B.

Supposons que la masse additionnelle d’aii4

à la marée haute fasse monter le baromètre d’un pouce , et que d’un autre côte l’appui, que l’attraction de la lune procure , lasse diminuer le poids et la pression de 1 au , de manière à faire tomber le baromètre d’un pouce ; dans ces circonstances, le mercure devra rester stationnaire. Ainsi , vous voyez que nous ne pouvons jamais sentir les marées aériennes par le baromètre , parce que la pression de l’atmosphere est la meme , quelle que soit sa hauteur.

L’existence des marées aériennes n’est pourtant pas hypothétique ; elle se prouve par l’effet que ces marées produisent sur la position apparente des corps célestes : mais je ne peux pas vous expliquer cela, avant que vous ayez étudié les propriétés de la lumière*,

Emilie.

Et quand les étudierons-nous?

Mad. B.

Je vous expliquerai d’abord la nature du son qui est intimement liée à celle de 1 ait , et je crois qu’à notre prochain entretien nous pourrons entamer le sujet de 1 optique.

Nous avons déjà considéré les effets produils par une agitation de l’air grande et étendue ; mais il y a une autre espèce d’agitation dont l’air est susceptible ; c’est une sorte de mouvement vibratoire et tremblant , qui ,

frappant le tympan de l’oreille, produit le son.

Caroline.

Le son n est-il pas produit par les corps solides? La voix des animaux , le son des cloches, celui des instrumens à vent , sont produits tous par des corps solides. Je ne connois que le son du vent qui soit produit par Pair*

Mal i. B.

Le son, soyez en sûre, résulté d-un mouvement de tremblement de Pair; et les corps sonores, que vous citez, ne sont que les instrumens par lesquels cette espèce particulière d© mouvement se communique à Pair.

Caroline.

Quoi ! quand je remue celte sonnette , ce R est pas elle qui sonne ? c*est Pair?

BU VENT ET BU SON, 58 î

Mad. B.

La sonnette et l’air contribuent l’une et l’autre à la production du son. Mais le son9 en parlant rigoureusement , est une perception excitée dans l’âme par le mouvement de l’air qui se communique aux nerfs de l’oreille ; l’air donc , aussi bien que les corps sonores qui le mettent en mouvement , est la seule cause du son; l’eflët immédiat est produit par 3e sens de l’ouïe ; car sans cet organe , il n’y auroit pas de son.

Emilie»

J’ai de la peine â comprendre cela. Une personne nëe sourde n’a , il est vrai , aucune idëe du son, parce qu elle n’en peut entendre aucun ; cependant cela n’empêche pas que le son n’existe réellement, comme peuvent Fattester tous ceux qui ne sont pas sourds.

Mad. B.

Je ne doute pas de l’existence du son pour tous ceux qui possèdent le sens de l’ouïe ; mais il n’existe ni dans les corps sonores ni flans Fair* il existe dans Fame de celui dont

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