LE PROHIBITION NISTE
El moi, à quoi me servirait d'être le vôtre, si c'était pour vous gratifier de mes produits, quand }e pourrais les vendre plus cher aux étrangers? Serviteur! Je me soucierais bien vraiment d'une communauté dans laquelle vous auriez les avantages et moi les charges, dans laquelle je payerais l'impôl el vous le percevriez. Au moins, admettez-vous la réciprocité?
l'ëmeutier.
Comment l'entendez-vous ?
i.i PROBIB1TIONNI81 E.
Voici. Aujourd'hui, vous êtes le maître de porter votre travail où bon vous semble. Vous, par exemple, qui êtes ouvrier ébéniste, vous pouvez aller travailler a Paris, -i l'on vous y offre un salaire plus avants : • ;elles<
LA PROHIBITION A LA SORTIE. 16a
l'émeut ier.
En effet. On me l'a même proposé, et peut-être accepterai-je les offres qui m'ont été faites, car les salaires sont plus élevés à Paris qu'à Bruxelles. Plusieurs de mes anciens camarades travaillent dans les ateliers du faubourg' Saint-Antoine, et ils s'en trouvent bien. J'ai été déjà plusieurs fois sur le point d'aller les rejoindre.
LE PROUIBITIONNISTE.
Admettez-vous que le gouvernement ait le droit de vous en empêcher?
l'émeutier.
Le droit de m'empêcher de porter mon travail où bon me semble ? Je voudrais bien voir ça, morbleu ! Sachez que le travail est de toutes les propriétés la plus sacrée, la plus imprescriptible, et que nous avons acheté assez cher le droit d'en disposer.
LE PROUIBITIONNISTE.
Vous n'admettez donc pas que le gouvernement ait le droit de prohiber la sortie des travailleurs?
Non, mille fois non. Si l'on m'oblige à demeurer à Bruxelles, quand je pourrais obtenir un salaire plus avantageux à Paris, on me spolie, on me vole...
LE PROHIBITIONNISTE.
Oui, mais n'est-ce pas au profit de vos concitoyens? Ne leur devez-vous pas votre travail? l'émeutier.
Qu'ils me le payent aussi cher (Jue les étrangers, et je le leur donnerai; sinon, non. Mes compatriotes n'ont aucun droit sur mon travail.