‹ Cooperation et pacificationChapitre 1 sur 2 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

J. PRUDHOMMEAUX

Agrégé de l'Université Serrdtaire de l'Assûciutiun de la Paix par te Droit

Xt^^

PARIS (5") V. CrIARD & K. BRIÈRE

LIBRAIllKS-l^DITEURS

/6*, Rae Soujlot et rue Toullier, l'j

Le rôle le plus élevé et le btmheur le plus Jle pour rtiomme, c'est de prendre eonsciencr des fraudes lois qui gouvernent If monde, afin de s'y ioumettfe avec joie cl d"y adapter son action de iiacpie jour. Avoir la cei'tilude que l'on travaille Uns le sens vrai des lois des choses, que l'acti^'ité px'ou déploie, si humble qu'elle soit, concourt à 'harmonie universelle, que l'ou est un exécutant nfime, sans doute, mais dont la musique ne détonne ^as dans l'éternelle symphonie de l'univers, peut-il f avoir satisfaction plus haute et plus pure ?

Or il existe un certain nombi'e d'esprits (et ce lombre s'accroU sans cesse) qui pensent que la ^aix a pour elle l'avenir, que le monde vu à la pais A qu'en conséquence servir la paix, hâter la v

de son règne, ce n'est pas pssayer de remonter b courant de ce qui doit «>tre, mais c'est agi le batelier qui. pour arriver plus vite ajoute l'impulsion de sa rame à celle qu'il i-eçoit la ijente naturelle Aes eaux.

Mais cette conviction, si itrofonde qu'elle soit, i besoin pour être coiiimuDivable à d'autres esprits, de s'appuyer sur des réalités qui la justilient obje9 tivement. Découvi-ir ces i-calités et en l'êpandre E connaissance, voilà le but de la propagande paci fique.

Pour quiconque préfère aux déclamations pm ment sentimentales contre la gueriv les démca trations positives, il n'est pas de terrain plus fay< rableque celui des faits économiques. Le.':' esthèt^ qui admirent la beauté farouche de la guerre, ^ esprits religieux qui y voient une conséquence î péché originel, les lustoriens pour qui le passé f l'humanité n'ollVe que batailles et massacres, peuveï bien ci'oii-e »jue la guerre est un mode tnéluctab! des relations humaines : ftconoiuiste ne le peut paj surtout s'il essaie de dégager de l'étude attentive d1 passé et du présent l'orientation future de l'humanité

A suivre celte méthode, les [jacifistes ti'ouvei de réels avantages. Beaucoup d'enti-e eux

i'accoi'd sur ce point qu'il est une certaine manière le défendre lem- cause à laquelle ils doivent à tout jamais renoncer. Ils sont eu quête de résultats pratiques et ils veulent qu'on Ifs prenne au sérieux, tla doivent donc abandonner une bonne fois ce ju'on pourrait appeler la pi'opagande dans le bleu, îelle qui dédaigne le terre-à-terre des faits pour se perdre dans la sphère éthérée des sentiment)*, celle qui croit avoir tout gagné quand elle s'est épanchée en diatribes contre l'horreur des ehauips de bataille en évocations idylliques des bienfaits de la paix. Ui guerre est un fléau qui a des causes, les unes [)POchainoa et facilement saisissables. les autres ïrofondes et moins accessibles. C'est à la reclierclie icientifique de ces causes, c'est à leur élimination ou k leur transformation [latienle que les amis de la paix doivent s'employer.

Eh! bion, analysons les faits tels que l'histoire jÉrieusemeul iulerrogêc uous les présente. Nous RFerrons que, dans le passe aussi bien qu'aujour- R'hul, les guerres ont été déchainées par des conflits

d'appétits Pt d'intérWs. C'est l'int'^i'^t qui mène la politique internationale, ou, pour mieux dire, 1& chaos de pratiques tour-à-tour perfides ou violent» que l'on décore de ce nom. Sans doute, à ce mobile principal peuvent s'ajouter des considérations accessoires. On a vu des peuple.s ou des monai'qnes faipi la gTierre parce cpie leur amour-propre Hvait étf blessé, x>i>'''^€ qu'ils ambitionnaient la gloire de) armes, parce qu'ils avaient le désir d'imposer vaincus une civilisation ou une reli^un qu'Ut croyaient supérieure; mais c'étaient là des raisoi secondaires. Disons mieux : le plus souvent, n'étaient que des pi-étextes, témoin ce prétendu di des races supérieures sur les races inférieui^s ' a fourni tant de déclamations hypocrites à hommes d'Etat enlonisateui-s.

Assurément, ces suggestions brutales de l'égoïi et de l'intérêt se heurtent chez les hommes ci à des impératifs de la conscience morale, Mais duel de l'intérêt et de la morale ne se piolonge longtemps : en règle générale, c'est la morale succombe, même chez les peuples où cette mo semble abritée par l'invincible bouclier de la fofl religieuse. 11 s'agit ici, remarquons-le bien, des nations ou des gouvernements, et non des individus.

Ds sont l'elativement nombreux, nous le savons, les dtoyens cpii, dans la vie jirivée, sacrifient leur Btérêt à leur dtivoip. Ils sont nonibivux ausssi les lommes qui, jugeant la conduite de li-ur patrie omme ils jugerarml celle il'aar pprsonnp. savent a condamner hautement quand elle est injuste, et lëme souili'ii" dans leurs biens ou dans leur liberté Kinr aiBrmer leur réprobation. Mais il n'est, je croîs, d'exemple qu'un peuple tout entier, dans ses apports avec un autT-e peuple, ait préféré k l'intérfit l'absolue justice. Lorsqu'îla paru se rjmger au larti de la justice, e'esl que l'intérêt encore, un iitérêt d'abord méconnu, puis mii'ux compris, l'a ingagé à i-enoncer à la violence, En i^ju, l'Ai^leerre consentait à soumettre Tairaire de VAlabûma i l'arbitrage; quelque temps après, elle versait très lanunent une indemnité de 77 millions de francs IX Etats-Unis, Ce faisant, elle donnait, certes, un lel exemple au monde ; mais sa sagesse n'était, si on réfléchit au prix de i-evicnt d'une grande guerre, jue de l'intérêt bien entendu. Sur ce point, liélas! gouvei-nements ne valent lias mieux que les peuples, parce qu'ils en sont la fidèle image, étant sortis d'eux. Un ministre peut bien, en tant que ample particulier, être le plus scrupuleux et le plus

généreux des liommcs. En tant (\iic fondé (te poih çoirs dune natiun, il ne le ]}eut pas. En l'appelant au ministère, on lui a confié des intérêts à sauvegarder, non des principes de morale à mctlre CB action : il doit dune, et avant tout, faire triompher les intéri^ta dont il a la charge, même au moyen d( la ruse et de l'injustiee. Aussi voit-on tous les jouit des gouvernants pei-sonnellement honnêtes prêter la main sans le moindre renioixls fi la plus malhonnfite des politiques.

Ces vérités si évidentes, et qu'il serait d'illustrer par tant d'exemples douloureux, ne doivent ni nous surprendre, ni nous indigner, sont vieilles comme l'humanité même. N'est-ce l'opposition des intérêts qui met la brouille dans familles? N'est-ce pas l'inégale répartition des bii qui arme les uns conti'c les autres les citoyens d' même pays et les classes d'une même société sait-on pas qu'en dépit des juges institués poj régler les procès et de la police chargée de maial nir l'ordre, le crime et l'émeute existent endémique, en quelque sorte, même chez les natio: les plus civilisées? En 1894, il se produisit à Lyoi au lendemain de l'assassinat du président Carnol un relâchement de la compression sociale, si^

ï naturelle de l'abattement et de la stupeur de tous et surtout des autorités l'esponsables qui n'avaient pas su prévoir l'événement. Aussitôt l'on vit sortir d"on ne sait quels repaii-es des êtres sinistres qui se reconnurent instantanément, se formèrent en bandes et se ruèrent au pillage des magasins. Comment les Etats ne seraient-ils pas menacés ^pareillement par les coups de force du banditisme international, eux qui n'ont encore, à proprement parlt'i', ni juges, ni codes, ni gendarmes pour régler leurs différends? On a beau appeler politiques, dynastiques, diplomatiques, etc.. suivant les cas, les causes des guerres ; au fond, toutes ces causes sont d'ordre économique. Les peuples d'autrefois se battaient parce qae leurs souverains étaient divisés sur des questions d'héritage; ceux d'aujourd'hui se battent pour conquérir des marchés. Les apparences changent avec les époques, mais les mobiles sont identiques : il s'agit toujours de s!enrichlr en appauvrissantautrui.

Soit, dira-t-on; cela est vrai pour ceux qui sont les. auteurs de la guerre; cela n'est pas vrai poui' X qui la font. On sait en effet qu'il est de mode Àe célébrer pompeusement le désintéressement du IWldat, ce martyr qui se bat et qui meurt pour de

t\ gloire. Eh ! bUn, ' pHr ma lance, je a rôcolto, >i Que veot-il

métier de Mars it

pures idées dhonnrur nu »

écoutez !e héros d'Homènr : > roi; par elle, je si-mc et je dire par là, sinon qui- li! « bien poui- lui un métier et qui lui rapporte grosi Plus près de nous, l'coutez Bonaparte lançant sM soldats uframés et en guenilles sur l'Italie. Il évoque devant leurs ypui éblouis les grasses plaines de 11 Lombardie, les bas do laine lourds déçus, les greniers et les tonneaux bieu remplis, et il ajoute: « Soldats, manquerez- vous de cœur? » Devenu empereur, ce n'est pas avec de la gloire seulemenl qu'il paye ses maréchaus, ni même avec des titres nobiliaires; c'est avec de beaux et bons titres ai rente ou de propriété. Mais ne remontons pas w loin. Il y a deux ans à peine, le Parlement anglais' ne votait-i! pas à lord Roberts, retour du Transvaal, une dotation nationale de deux millions? Voilà quetii quea mois de campagne bien payés I Et et' n'est pa seulement le général qui trouve du profit à la guern c'est aussi l'officier subalterne, qui compte bieu e rapporter la croix par laquelle s'augmentera s maigre solde ; c'est le jeune lieutenant, qui ne rêve que batailles parce que son avancement est à « prix ; c'est le sergent, qui demande à faire campagne

pour se créer des droits à iint' ri'lraite ou

mplot. Dans la torpeur di; Iji vie de garnison, ce

lont CCS aubaines de la guerre qui font travailli

laginations. Assist<!tz à une u thdoi'ie » sur le

ice lies min^ca en campagne : vous veri-ez

irêt s'éveiller cl tes yeux briller de convoitise,

quand le sergent en viendra à parler du droit

rutin et du partage des prises faites sur l'ennemi.

grandes capitales sont fières des richesses que

lunent leurs musées, mais l'acquisition de h

irt de ces chefs-d'œuvre a une histoire secrète

faudrait demander aux diplomates ou

■aux conqui^rants, de lord Elgin au général

Telles sont quelques-unes des raisons, fort proia!qiies, il faut on convenir, qui expliquent les ;uerres modernes. Celles du temps Jadis n'étaient las moins intéressées. Les croises partis au cri de Dieu le veut ! » oubliaient vite leur saint entlioupour se charger d'or à Constantinople ou se tailler des duchés en Asie-Mineure. Les chevaliers du Nord marchant contre les Albigeois criaient bien Laut qu'Us allaient exterminer l'hérésie, mais au ., ce que voulaient ces bons chrétiens, c'était les opulentes cités du Midi. Ils étaient bons

clu't'liens aussi, cpa riches planteurs de l'Anirriquc du Noi-d qui. iipr^s avoir dépeuplé systr'Uiatiqoement peii<lant un siècle les crttes de l'Afrique par leurs fêrtices razzine d'esclaves, n'hésilèreiit pas, lors de lu gueiTe de sécession, à mettre leiii" ])atrîe il feu et k sang, poui' conserver l'esclavage, institutioB. économique odieuse, mais proUtable. Périssent la religion, la conscience et l'humanitc, plutôt qae la. culture du coton ! Voilà quel était leur mot d'ordre quand ils se jetaient sur Irurs frères du Nord, et cette lutte impie restera comme le plus IVappai^ exemple de la défaite qui attend la morale 1 qu'elle est en conflit avec de puissants intérêts.

Avec cette guerre de sécession, nous sommes en pleine histoii'e contemporaine. A mesure que non^ nous rapprochons du siècle qui commence, noiû voyons la guerre s'affirmer avec une brutalité d plus en plus cynique comme une entreprise dclucn à l'origine de laquelle il serait facile de découvrir lie combinaisons louches de l'homme d'état concussii» naire, du fournisseur cupide ou du financier véreoa Il suffira de rappeler les événements, sans se mettri en [leine de leurs origines, dont l'immoralité, i présent pressentie par les plus clairvoyants, Qniri bien par éclater un jour aux yeux de tous. La

de roiHum, le ticpcçago systématique de rAfri<iue et ide l'Asie, la guerre dos Pliilipiiines. la gui-rre du Transvaal, reux-dition île Cliinc, tel est le bilan ij'un denti-siècle de rapine internationale. En ce moment même, c'est la guerre russu-japonaise qui jette les unes sur les auti'es, de Vladivoslock à Séoul, des flottes foiinidablcs et des armées de plusieurs cenlainesde mille hommes, pour des raisons que l'on ttse à {>eine se dire à l'oreille dans les ambassades, ^e fallait-il pas procurer de nouvelles commandes aux grandes sociétés miniëi-es et métallurgiques du Yolga, que les énormes droits d'empire réduisent à la seule clientèle intérieure ou plus exaclemonl gouvernementale, et que l'achèvement du Transsibérien menaçait de plonger dans le marasme ? Ne fallait-il assvirer à tout pris à un BezobrazoiVune imitnense concession forestière en Corée, poiu' plaire i\ l'impératrice douairière et à sa dame d'honneur, intrâ-essées dans l'entreprise pour plusieurs millions le roubles? Vraies ou fausses, voilà de quel ordre îont les raisons qu'allèguent ceux que l'on dit bien formés, quand ils veulent expliquer les modernes lonflits de peuples et de races ! Nous consoleronslus en pensant que la plupart de ces guerres maudîtes coûtent moins de saug pour ne pas dire moins

d'argent que les grandes guerres européennes i trefois ? Peat-Olre, maisrt-marquotis qne cett servatioD \-ient à l'upiiui de notre thèse. Oui guorri's de notr*- tcinxis sont surtout colon parce qu'à pfcscnl |iUis que jamais la guerre est affaire dunt ractil' vt le passif peuvent, i 'les aléas inévitables, se calculer d'avance. terminer de pauvres sauvages, les peuples câ courent peu de risques pour un gain énorme, tandi que s'ils se battaient entre eux, l'Inconnu sérail for-l midablc. et le vainqueur se retirerait de la lutto-l aussi alt'aibli qu<; le vaincu.

Fort bien, ilira-t-on, mais les plus vertueuses imm dignations du monde no saur-aient prévaloir conM la dure nécessité. 11 s'agit pour les nations de s rer les débouchés déjà esislanls ou de se t'réepd débouchés nouveaux. La conqu&le des marcl mondiaux apparaît à certaines d'entre elles comm une question de vie ou de mort. C'est parce qu'il t est ainsi que les guerres de ces trente derniéfes i

s ont i^té des guerres ^'affaires, cl c'est aussi our cette raison que les guerres â prL-voir dans un Venir plus ou moins lointain aui-ont pour origine chocs amenés sur divers points du globe par la oncuiTcnciî internationale., extension ou. si l'on etit, aggravation de la concurrence indi\idaellc.

Le problème qni se pose devant nous est alors Blui-ci : Poui-quoi les peu{il<^s civilisas sont-ils Dotraints de se créer cofVle que coûte de nouveaux ébouchés ? L'Eurcipe i-egorge-t-elle de richesses ? ^nc Anglais, chaque Français, chaque Allemand k'Ba disposition plus de biens qu'il n'en peut mer ? llélas. non ! Nous savons tous que la ^Dnime des besoins à satisfaire est infiniment supcpenre à celle. des besoins satisfaits. H y a encore à pté de nous, parmi ceux de nos semblables que ■[ouB coudoyons tous les jours, des pauvres et des pSTamés. n En France, six millions d'hommes sur V trente-huit ne mangent presque jamais de païn de [ blé. Vingt-cinq millions de Français ne mangent ( presque jamais de viande. Et cependant, la France a des pays les plus riches de la terre, un de t. çeijx où la consommatiou de la viande est la plus ~ 'ç,(3fl kilogr. par tôte et par an). Que dire de j dont la consomui itiou (12 kilogr. par tête

Il et par an) est presque trois fois moindre ? » (i) Admettons que leschiflVes qui prêcMent expriment ti état de clioses déjà aneien et que la situation se soil améliorée : niera-t-on malgré l'évidence qu'il n'y ait encore beaucoup d'estomacs en quête de nnurrituiT. de membivs dépoui-vus de vôtenients et de pieds sans souliers ? A quoi l>un dès lors aller cherchera loin des k consoinmateur» » quand on :( autour i soi tant de gens qui seraient enchantés de le deveiùrî Pourquoi noua e s pa trions-no us au bout du momlf pour contraindre à coups de fusil une clientèle r belle, quand une clientèle bénévole nous attend^ notre jiorte ? C'est ici que. saisissant sur le vif l ell'els de nolj-e déplorable régime économique, i voyons le problème intirnialional se révéler à n« comme lin aspect du problême social.

Chez les peuples civilisés, la richesse pouvons en l'espèce la définir : le pouvoir d'aclu clone de consommer — est très inégalement répj Une minorité de citoyens en détient une ]tart 1 de proporliiin avec son nombre. Si variés el raffinés que soient les besoins de ces quelques ] vilégiés. leur puissante d'achat dépasse considi

(i) BovaaEAOx.: Hlsloire ilel'AlimentalUm- — NoTieow : La Fedimtioit de l'Europe,

■ Liiu par 1

tlranentleur capacili' tlp consommation. On a beau Itre millioimaiiv, on no pi>ut pas absorber [ilus d'tmt' lertaine quantité de nouiTiture. ni utiliser un noiuire illiinitt' de vêlements. D'un autre eùtô. lu masse Jes humbles, des travailleurs manuels, qui rcprt'sente une puissance de consomuiation l'ormidabli', le reçoit sous forme de salaii-es qu'une part insufRitmte de la i-ichessc produite. Elle n'a dtmc qu'un [Kmvoir d'acbat, c'est-à-dire de consommation, assez ■estreint, Les uns pourraient achetiM' des produits, rt ils ne le t'ont pas pai'ce que leur p (Lisibilité de consommer est très-faible, de par leur ]tetil nombre Doéme ; les autres, étant très-nombreux, pourraient consommer beaucoup, et ils ne le l'ont pas. parce que [enr capacité d'aclielcr est trcs-limitce. De \h, avec ie machinisme modcme. des aecuinulatioiis de proitiits qu'il faut exporter coûte que coûte pour leur trouver, en Afrique, en Chine ou ailleurs, des conlonunateurs.

En second lieu, la production et lu consommation, m état de complet»! anarchie, s'ignorent l'une l'autre. On produit sans être ccrtidn que l'objet lépond ïi un besoin et qu'il trouvera un acheteur. On compte sur in hasard heureux, sur l'inllucnce d'une publicité lien faite ou d'une réclame forcenée, sur la mode.

Mais agir ainsi, c'est s'embarquer dans la nuit noire sans voile, sans gouvernail et sans boussole. Les prévisions les plus sages se trouvent souvent démenties, les créations les pbia heureuses restent pour compte à leui-s inventeurs. De l<\ encore des stocks de prôjj duits défraîchis dont il faut bii'U débarrasser Iflf rayons, des marchandises invendues qu'il faut bïekf écouler quand même, (andis que des objets nécesg saires sont fabriqués en quantité insuflisantc, ce q en fait augmenter le pris d'une façon anormale 'I artificielle.

Cette ignorance réciproque de la consommation ci de la production ami-ne une concurrence toul àlafi désordonnée et acliamée, brutale et chaotique, tfi i'alti-icant s'est outillé pour jeter sur le marché t quantités considérables d'un produit donné. Maigtt concurrent du pays voisin (parce que la main d'à vre y est moins chère, les impôts moins lourds, i est arrivé à livrer le même produit quelques o mes meilleur marché. C'en est fait : pour le prem fabricant, la lutte est impossible en Europe. Il ne 11 reste plus, pour éviter la faillite, qu'à porter M elloi't sur deux points : i" obtenir de son gouvem ment des tarifs pi'otecleurs capables de lui a le marché national, puisque le marché internatidj

rnati^H

i esl dL^oniiats fermé ; 2" pousser son paya aux

expéditions coloniales et aux conquêtes qui lui jii'u-

, lioi's d'Europe, des débouchés nouveaux.

N'envisageons, puisque notre sujet le veut ainsi,

e cette seconde hypothèse. Avant de réclamei' sa

; guen>e », notre industriel examine les avantages

tles inconvénienls de l'entreprise, son actif at son

Que pisque-t-îl si son pays entreprend ta guerre

e conquête ?

a) Les dépenses de l'expédition ? Elles seront apportées par le pays tout entier. L'augmentation 'impdts qui en résultera pour lui persimnelleinenl Bra donc minium eu comparaison des béucfices u'il espère.

b} Les pertes en vies humaines que toute gueri-e iltralne nécessairement? Elles retomberont exclu- TCment sur l'armée nationale, à l'exception des fila î la bourgeoisie que leur séjour d'un an sous les s (i) exempte du service colonial, c'est-à-

Xi) Le service de lieux ans que l'on nous promet sera une itrare sérieuse anx expéditious lointaines, s'U introduit ta» la loi l'égalité sincère de tous devant le service colo- Iftl. Au contraire, la créution d'une armée coloniale distincte brait Ifi tort grave de mettre dans la main des'yoï. a instrument de couquêle toujours prêt.

— aa —

dirp qu'ellea frapperont les seuls enfants du peuple arrachés par le milita nsnie à l'atelier ou à la charme.

Au total, ralTiiii-e se présente bien pour notre personnage : les chances de pertes qu'elle comporte sont intimes, tandis qu'elle iieut olfrir à ta pacotille, aux rails, aux cotonnades, aux alcools un placement magniilque. Et comment s'y pi'cndre pour aboutir? Les moyens ne manquent pas et l'elfet en est sûr. La presse est là. toujours complaisante à qui sait }a persuader [>ar de bons arguments. Quant au Parler ment, il ne résiste guère, pas plus que Topimûâ publique , au prestige de certains mots sonores' employés à propos : l'expansion nationale, le patriotisme bien entendu, la mission civilisatrice de I France... Ajoutez à cela un de ces hasards heureui que l'on provoqui^ au besoin, [jar exemple l'exciit de zèle d'un ollicier explorateur en peine d'à cément, et voilà la conquête décidée en principe Commencée dans le mystère, gi'âce au système i H petits paquets », un moment vient vile où elle i poursuit à grand l'enforl d'hommes et de millfoo Ce jouf-là, noli'e marchand rit dans sa barbe, tout t'ait rassuré : son afTaire est bonne, puisque le à peau tricolore est engagé !

Gardons-nous d'aillem's d'attribuer à notre s

pays lo monopole de celle iioliliqiip. Tous lu pratiquent à leur heure. Ce sont les ni:gociaiits anglais qui jadis réclamèrent les guen-es île iH^g et de it*fio contre la Chine. De nos jours, nous avons vu les chambres de conimerci' Irançaises appuyer éuei-^iquement l'expédition de Tunisie, puis celle de Mada- V>iscai-,de puissants syndiealH d'agioteurs se créer aux Btats-Unis pour exigei' la « délivrance » de Cuba et s Philippines, et, en Anglcten-e, M. J . Cliamberlain, Brnaateur. transporter an Ti'ansvaal les armes et les (rivres commandés par M. J. Clianiberlain, ministre. ^ênie les mitions que l'on croyait les plus géné- «uaet sont devenues la proie de ce mercantilisme. ! te sultan lèse dans leurs inléi'éts «{uelques inanciers cosmopolites : aussitflt la France rappelle ion ambassadeur et mobilise sa Hotte (alFaire des [uais de Constantinoplr). Mais que ce même sultan lassacre 3oo.ooo Ai-méniens, la Fi-ance et l'Europe tnuentles yeux.

Peut-fitre trouvera-t-on que ce tableau a été assom-

i à dessein et pour les besoins de la cause. On

B cependant en reconnaître l' exactitude si l'on

Ififléchit à l'état d'àme que créent chez l'induslriel

m chez le trafiquant moderne les conditions de la

s trêve et sans merci dans laquelle ils soûl

engagés. Le commerce ut la production, nous l'avons montré plus haut, courent des aléas sans nombre. Ce sont, dans toute la force du terme, dus Jeax de hasard, et ceux qui s'y livrent- sentent peu-à-pea s'éveiller en eux la passion ilujoueui'. Le fabricant ou le négociant expose non seulement son temps et sa peine, mais aussi sou capital, qui n'est parfois qu'un capital d'emprunt, S'il pei-d la partie, c'est a on bailleur de fonds qui paiera ou c'est le foumisseur qui lui a livré des marcliandises à crédit. Quant à lui, il ira chercher ailleurs un nouvel enjeu : ne citet-on pas des businessmen qui comptent leurs faillites comme les vieux guerrieis comptent leurs campagnes ? S'il gagne, c'est lui, le jouew heureux, qui encaissera tous les profits. Ufaiit donc gagner à tout prix. Aussi ce qu'on est convenu d'appeler le grand commerce et la grande industrie ne sont» ils, le plus souvent, que de la spéculation pure. On i tentfi des coups de bourse sur les soies, sur lea\ laines, sut- les grains, tout comme sur les valeurs de ! banque. Et alors, qu'importe à ces joueurs possédés'] par la Gèvre la santé de quelques régiments ou la vie de quelques inilliei's de nègi-es ? Hui-rah pooc^ Jamcson si son raid fait monter les actions, et tau^ pis pour les Chinois si le chemin de fer dont o]

Ijralifie mnlgrt eux êpurpillp fi Ions li-s vents Ifs ccn- (liws lie leurs ancêtres ! Voilft, dan» tout sun tnsl«

joui*. I» Rientiilîtc du riioiniiie il'diraii'es. Alloiit; Htaiiitenant du paKiculiei- nu géiiéi-id. Cninmeiit une atiun on lu grandt^ inilustrie trt K' liiiut cumini'i'ct* sonl aux mains de spéculalcurs cupides iiuuiTiiit- «Ile avoir le souci du di-oit et le l'esprit de l'humnlûté? Uu peuple n'est aprfcs tout qu'une tijUectlon d'individus, et il vuul moins dans son ensendile. Mttns le savons, que thaeune des unités qui le eom- ^sent. Les particuliers peuvent garder quelques

.JMTUpules ; les gouvernements n'eu ont pas. C'est ipoprquoi nous voyons se couvrir de honte, dans des

tynefres impies, des nations qui jusqu'alors avaient Ibit gronde Ggure dans le monde. Le développement

j^digieus do leur commerce et de leur industrie

^bfl' a perdues, Emportées par la passion du succès

,i-t<nit pris, elles sont allées jusqu'à la guerre, c'està-dire jusqu'au crime. ,

Si les considérations qui précèdent sont l'oniiées. I^es dictent leur devoir aux amis de la pais. L'ordre tntematioual nouveau qu'ils attendent ne s'établii'a

— aO —

piis de lui-même. Xc comptons pas trop non plus sur des interventions imprévues et sur des manières de miracle. On alléguera sans doute un précédent fameux. Mais il n'est pas au pouvoir d'un souverain, si magnanime qu'on le suppose, de « déclarer la paix au monde », pour parler comme Miehelet, et surtout de l'imposer par des institutions dont les débuts ne peuvent être que précaires, paiee qu'elles sont en avance sur l'état des esprits. Ce n'est pas nous, certes, qui médirons de la Cour de la Haye. Mais il faut bien constater qu'au moment même où nous écrivons, son initiateur si engagé son pays dans une gueri'e qui s'annonce comme devant être longue et meurtrière, sans qu'il ait paru un seul moment se souvenir que l'honneur d'îivoir ci"éé l'insti-ument juridique impliquait pour lui l'obligation morale d'y recourir. Non, ce n'est pas d'en haut et du dehors, en quelque sorte, qu'on instl^ tuera l'ère sans violence, c'est en créant chez tous les hommes, chez les plus humbles connue chez ieâ plus grands, une âme pacifique. Cette âme paeifiqœi il sera bon sans doute de l'éveiller chez l'enfant pai tous les moyens, par l'enseignement de l'église, de la famille et de l'école aussi bien que par rescmfie, Mais tout ce travail préparatoii-e sei-a vain si, arxr

" ï'fige où l'on quille l'abri familial, celai que vous nm^et ainsi formé s'aperçoit que dans le monde nouveau où il entre, la guerre, indîriduelle ou col- ^fietÎTe, est, de par l'état économique on social, une '*talité. Déjà, s'il sait réfléchir, il aura pn recueillir " chaque page df son livre d'histoire d'étranges •^"v-élatious sur l'humanité vraie. Mais que sera-ce ■Wï^squ'il se verra jeté en pleine réalité ? De ce eonfl*^t perpétuel . « qui dans nos sociétés met aux prises '^ "xendeur et l'acheteur, le propriétaii* et le loca- **~«»"c, le pr?leur et l'emprunteur, l'entre preneur et l**«vrier » (i), il subira pour son compte ou il infli- E^*~« aux auti'cs, suivant son tempérament ou sa l,***»ation sociale, les conséquences douloureuses ou "^Bradantes. Il constatera en témoin, pour ne pas "ï^ en complice, les détestables résultats de cet ■'^tagouisme des intérêts, « les falsiâcations de * ïïiarchandises, les mensonges commerciaux,... le ^Marchandage, la spéculation éhontée, la concur- **«nce acharnée, la lutte pour la vie, la guerre au Couteau et ce n mallieur aux vaincus » qui est devenu aujourd'hui le seul droit économique. » (a)

k'f «> La Cooi>èral\on, c.

rf^ p. 96.

1 (=»> Ibld. même page.

; .le [iroi.af;nndf, [>a

II comprendra alors que la guerre internationale, sous la forme essentiellement économique qu'elle revêt aujourd'liui . lofti d'être mie sorte de survivance accidentelle et monstrueuse du passe, n'est que r épanouisse ment et comme l'explosion dernière de tous les mécontentements individaols accuroulés, de toutes les ambitions personnelles réfrénées et de tous les appétits particuUei's inassouvis.

Une tâche immense s'impose donc h ceux qui veulent la paix entre les peuples, c'est de réaliser des conditions économiques telles que les hommes aient tout à gagner par Iti paix, tout à perdre par la guerre. Il faut, en d'autres termi-s, établir l'accord des intérêts humains, les i-cndre convergents et solidaires. L'œuvi"e, assurément, dépasserait nos forces si, pour l'accomplir, nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes. Heureusement nous avons pour nous l'évolution de l'humanité et le cours même des choses.

On nous saura gré de ne pas énumcrer tocs les symptômes, d'ailleurs bien connus, de cette marche naturelle des sociétés humaines vers l'interdépeudancc et la solidarité. Le goftt de plus en pins répandu des voyages, la diffusion des principales^ \ langues vivantes , l'identification croissante ,

dessas les tVonliéres, des beaoius, des habitudes et des mœurs, rcxiatenci- d'un art. d'une science, d'une Bttéraltirc. d'une législiition dont le caractère netlemenl intei'ikiitioiiHl vu sans cesse en s'atlirmaut. fi-ffort mfnic de certains esprits timorés dans eha- ^n pays pour rlunner un particularisme nutional 'ils sentent en péril une allure plus agressive, Voili, pour n'en pas cilei' d'autres, les signes rcvé- Uleiirs d'une évolution d'autant plus b-résistible çno les eauses et les elfets dont elle résulte s'engendrent et se reni'oi-cent mutuellement (i).

Mais ce sont là des vérités banales. Qu'on nous ipBnnette en rcvapche tl'insister quelque peu, pour 1er à la suite de notre démonstration, sur le côté Çicialement économique du sujet. Nos auteurs à la mode n'ont que trop souvent étudié sur la scène et dans le roman cette société cosmopolite qui promène ■* Ostende à Venise et de Monte-Carlo à Interlaken ** lapageusc inutilité. Mais ce n'est pas seulement 1 oisiveté qui s'internationalise, c'est aussi le travail, ''' la portée de ce fait est considérable, Si nous 'examinons de plus près, nous verrons qu'il revêt

(0 11 est évident par exemple que le confort toujours plus S'and des moyenB de locomoUoti est à la fois la cnnac el '*lfel de la maltiplication des voyages.

trois Hspecls dinoronts. suÎvhiiI que le Iravail exisle k l'état d'épai'gne, qu'il se trouve [■éalisé sous lormc do produits, ou qu'il n'est encore qu'en puissance, dans les bras et dans le ceneau de travailleur. Dans ce dernier cas. c'est par la circulation des personnes que te travail se dénationalise. Tantôt l'ouvrier se transporti' dans les pays où il espère trouver des conditions de vie meilleures avec l'intention de s'y établir définitivement : c'est l'émigration. Bornons-nous, pour établi]- son IniporLance sociale, à rappeler qu'elle a transformé en moins de trois siècles les deux Amériques et l'Australie et qu'elle aborde actuellement la conquête des continents qui lui étaient jusqu'alors fermés. Tantôt le travaillem" se loue pour une besogne déterminée, construction d'une voie ferrée ou percement d'un istlime, puis revient au pays natal. Quelquefois même, lorsque la nature du travail le comporte, celte émigration passagère a lieu périodiquement. L'exemple des Belges, que l'époque delà moisson ramtnc dans les fermes du Nord de la France, ou des Italiens, attendus chaque été sur les côtes du Languedoc pour la récolte du sel, n'a rien qui doive nous surprendre ; il tend même à devenir la loi toutes les fois qu'un pays riche a pour voisin un paya pauvre o peuplé.

Lorsqu'il s'.irîI non plus du travail virinei , mais du travail réalisé, c"est-ii-dirc des produits. l'intcrcotnmunication îles nntions civilisées, en principe, ne connaît pas d'autre obstacle que celui qui peut provenir de la peil'ecliun plus im moins (j^ande des moyens dVchange et de transport. Gela est vrai sartout pour les marchandises dont la consommation est i>ermanente et universelle : l'cnorme extension des besoins a amené l'extension parallèle des oi^anes destinés à les satisfaire. Aussi voit-on quelques centres do vente ou de production imposer s prix au globe tout entier. Chacun de nous peut tBne tous les matins dans son journal le cours nion- 'i|i{tl du cuivre, du blé, du coton, du sucre ou du ;pétroIe. Même pour les jiroduitsqui relèvent davantage des nécessités locales ou des goûts particuliers, le jeu de la eoncurronce a vite fait d'en ouvrir le marché aux producteurs ou aux consommateurs de 09 les pays, n Toute clientèle, fût-elle aux anti- »âesi est bonni' à conipiérir si elle assure un ■Hélice ». telle est la devise du fabricant ; « tout Iburnisseur doit être accepté qui livre à meilleur -çcoapte n, tel est le mot d'ordre de l'acheteur. Devant ces impératifs également catégoriques de l'intérêt, 4pM valent les petits moyens par lesquels on cherche

pjirl'ois a rdiiinier dans un pays une industrie qui végète, par exemple, les campâmes « patriotiques » d'une certaine presse en faveur de la coutellerie ou de la bière nationales? Examinez la charrue que conduit ce vigneron de l'Ai-d^che : elle vient de Syracuse (état de New-York), Inlonnez-vous du pays d'origine de ce steamer qui débarque sur le quai- de Dunkerque des portes et des fenêtres en bois blanc, pourvues de leurs ferrures et prêtes ;\ Ctre mises en ])lace : il arrive en droite ligne de la Norvège. 11 a payé, il est vrai, en entrant dans le port, des droits considérables, car ainsi l'ont voulu et le gouvernement, toujours à court' d'ai^ent, et le bûcheron et le menuisier, électeurs de ee gouvernement. Mais cette protection, en même temps qu'elle endormait l'initiative du paysan ou du fabricant français, a surexcité celle du producteur norvégien. En dépit des douanes et du fret, il a pu, gi-ûce à un écart de quelques centimes entre ses pris et ceux de ses concurrents, empoi-ter de liante lutte la commande qu'il convoitait. La poursuite du «bon marché » est plus forte que tous les obstacles artificiels qui contribuent au renchérissement des pro-

Nous ne dirons qu'un mot du travail accumulé

is forme d'épargne ou de ea|iitnl, L'inti-mationame des capitaux, leur mobiliU^ exlrOme.leur ingé- EÛosîté et leur facilité à se ili^rober A la prise du fisc, leur empressement à accourir piii'toul 1111 fin leur promet, sous forme de dividemles, un avantage plus grand qu'ailleurs, tous ces faits sont bien connu». Une invention géniale a surtout contribua à faii-e de ce « travailleur ». qu'on ap|«'lle l'argent, un instrument précieux de pacification internationale ; c'est celle de la société par acHonit, qui est la forme communément adoptée aujourd'hui pour toutes les grandes entreprises. Grâce k elle, à l'ancien mode de la propriété p^sonnelle, conçue suivant le vieux di'ult romain etimpliquant poiir le p()S8esseur le pouvoir d'user et d'abuser, se sont substitués des modes plus souples, et plus justes aussi, puisque, en devenant collective, la ^iropriété échappe aux fantaisies sou- Tent néfastes d'un maître absolu. Grâce à elle jMicore, des citoyens de deux pays hostiles peuvent S communier » dans la possession d'un même bien ; frftçeà elle, une même mine de cuivre [leut apparfKur à des nationaux de vingt pati-ies différentes, en toHeque cette forme de propriété, en se généralisant, contribuera ktisser peu à peu, suivant la belle Kpression de noti-e msiitre F. Passy, « ces mille fila

inextricables dont sera faîte un jour la trame de ' runilc du fîcnre liuniiiiii. »

n est e

> d'autres grandes lois économia

dont l'action lente, mais à la longue irrésistible, j Ctreenvisagt-eiei, parte tju'elles contribuent aaJ que les précédentes à préiinrer l'unification de if manité. Au premier rang, il convient de place loi de la division du travail. Et ce n'est paa i ment pour la production induslrielle que la divi du travail s'impose : elle est une nécessité ) tous les genres de production, et en particulier j la production agricole, qui est la plus direct liée à la consommation, c'est-à-dire au économique universel et humain par excellencèdfl même que, dans une usine, les divers groupes 4 vriers se commandent les nns les autres, que ceux qui clouent les caisses d'emballage^ bien vite forcés de s'ai-rôter si les chaufTeurs rcft leur service, on peut dire que le monde < vaste usine dont cliaque région est comme un a particulier. Qu'il s'agisse de produire des légi

ou des rails d'acier, il faut avant tout pioiiiiire éfonoiniqnement, c'est-à-dîi'e par grandies masses. H y a donc poui" tout produit, soit pour des causes naturelles (esistooce daus le pays de cari'ièi'es, de mines de fer et de houille, de nappes de pétrole, etc). «oit pour des causes économiques et sociales (bon marché de la main il'œuviv. etc.). une région d'étec-

, iion où la production peut atteindre sou maximum e qui concerne la modicité du pris de revient.

. Ceat cett^ région-là qui finit par détenir, dans une

I certaine mesure, le monopole de la production.

I Ainsi, on a remarqué ([ue l'étendue des teri-es à blé diminue dans la plupart des pays du globe, quoique

I la consommation du pam de froment reste stationnaîi'e. C'est que des conti-ccs ijri\ilégiéespai' la nature ont trouvé dans la culture du blé une spécialité l^^'elles s'elforuent de transformer peu-à-peu eu une sorte de mtmopoie. De là, d'un pays et quelquefois d'un eontinent à l'autre, de lents

^ transports de culture et d'industrie. Des pays longtemps producteurs et dans des conditions qui longtemps parurent avantageuses, sont graduelle- Ojent dépossèdes au profit de pays mieux adaptés. Cest ainsi qu'on a vu l'élevage des vers à soie tomber à presque rien dans le midi de la Fi-ance, en

dépit de primes à la sériciculture dont la création est une véi-ilable abeii-ation t'conoaiique. On peut dune dire que chaque produit industriel ou agricole, après avoir été longtemps dispersé et instidile, linit par li'ouver, si l'on peut ainsi parler, son assiette, et par se fixer dans une région où il rencontre les meilleures conditions de grand rendement ou de bas prix de revient. L'industrie des matières colorantes est peu-à-peu accaparée par l'Allemagne, celle des machines agricoles par l'Amérique du Nord, etc.

Les couséquences de cette division du travail apparaissent d'elles-oiëmes. Puisque les besoins de la vie civilisée vont toujours croissant en raffine-' ment et en diversité, puisqu'il nous faut du coton, du calé, des fruits séehés, du thé. etc. etc., et qœ nous ne pouvons avoir ces [)roduits à bon marché que si nous les demandons, le thé à la Gliine, le café au Brésil, les fruits séehés à la Cîdifornie, etc., etc., l'interdépendance de tous les pays au point de vue des besoins de la consommation est un^aiV que toutes les combinaisons politiques ne sauraient modifier. Or, les nécessités de la consommation sont de celles qui s'imposent brutalement. L'humanité civilisée ou sauvage n'a pas la légendaire

ïoyance de la fourmi et de l'écureuil. Elle n'a s de rései'ves en aliments, en boissons ou en vé- Elle les utilise U peine lires de la terre et l'rai produit |ias k son api>étit. Puisque la seule prève qu'on ne verra jamais, c'est la grève des estomacs, et qu'il n'est point de guerre qui, d'une manière ou d'une autre, ne fasse tort au cunsomuiHque chaque homme porte en lui, il faudra bien que les peuples se décident une bonne fois à î'oi^aniser pour la pais. L'industrie et le commei-ce. «us la forme anarehique et combative qu'ils rêvéteat trop généralement encore, aideront-ils à cette Évolution ? Nous avons montre plus haut qui! n'y Caut pas compter parce qu'ayant la compétition à ■ |euf base, ils sont par eus-mémes des fauteurs de ipierres. Mais nous essaierons d'établir par la suite <|u'il n'est pas interdit d'cspéi-cr un ordi-e économique plus parfait et nous chcrciierous dans les réalités du présent la promesse de cet avenir meilleur.

Nous venons de voir que toute entrave apportée, sur im point quelconque du monde, à la création ou a circulatioo des produits, a aussitôt son retentissement dans toutes les contrées du globe tributaires de ces produits, Ce retentie s émeut commence

à l'trc ressenti iIuiil' rai,-oii si Jii-ccle el si înteuse ' (ju'il Hiiira par dovi'iiir intolérable el que des niesui-ea seront prises pour anieiiei' la disparition des ' phénomènes capables, comme les guerres, de causer de pareilles perturbations.

Le développement de la production industrielle aura des eonséqui^nces analogues. Elle prendra n^' telle extension el elle sera si bien obligée, pour t-^ " succès de ses combinaisons, de tenir les frontière^* pour nulles et non existantes, que, supposant ï^^ paiï pour condition pi'emière de 8es opérations, ell^^ l'imposera. Déjà, elle s'eObi"ce d'entrer dans cette voie, en soite qu'au milieu de la coniusion produite par les excès de la concurrence, les premiers linéaments d'une oi'ganisatiun rationnelle de l'industrie I commencent à se dessiner. La multiplication des' j sociétés anonymes, qui tient mie si grande place .J dans l'histoire économique du dernier siècle, b paru être en ce sens d'un heureux augure. Mais le | champ de la société par actions, si vaste qu'il soit | quelquefois, a fini par devenir trop étroit à son tour, en vertu de celte grande loi de la concentration industrielle qui agit sur le monde du travail aussi impérieusement que (-elle de lu gravitation sur le monde matériel. A l'intérieur d'un même j

sur Je 2 ■ paya». 1

cL'aborâ, puis fintr*.: deux ou trois pays voisins, puis Entre deux continents, on voit les usines d'une mime bidiistrie se syndiquée pour former des trusts, des pools, des cartels, etc.. dont le but, à travers la dil(rersité des combinaisons, est le même et pourrait ï déSnir ainsi : s'unir pour employer contre tout ce qoi peut menacer au dehors les bénéfices d'une îudnstrie les ibrces que l'on employait aujjaravant à lutter contre les concurrents au sein mCme de cette Industrie. Or de semblables ententes sont si incomlatibles avec les entraves nécessairement produites ipar les frontiéi'es économiques ou politiques et par lea rivalités internationales, que déjà le particularisme national s'efl'raie de ces puissantes organisatîo&ft qui s'élèvent sans lui et même contre lui. Aussi ii't^n vu le gouvernement allemand intervenir, lors de la constitution du trust de l'Océan, pour rappeler aux compagnies allemandes que les grands steamers ide commerce pouvaient, à l'occasion, prendre place dans la flotte de guerre et pour restreindi'e autant qu'il l'a pu la dépendance de ces compagnies vis-àvis du trust.

Des prédictions pessimistes annoncent, il est vrai, la disparition à brève échéance des îndustrial combinationa. Mais on se hâte trop, selon nous, de con-

surtout I

dure lie quelques échecs partifls, ainenés par l'usage iuipruilenl liu walering sj'stem, à la faillite définitive dune création qui répond à des nécessités économiques profondes. A côté des trusts édifiés sur la tiase d'argile du wat«ring et du bluff, il en est de solides, et ceuK-là aspii-ent déjà à prendre une extension mondiale. S'ils y réussissent, ce ne sera pas seulement la [wlitique économique des états civilisés qui se trouveia bouleversée, ce sera la politique pro£)rement dite. Entre tous les lieux de production d'un métal d'un usage universel comme le cuivre et l'acier, et tous les lieux où l'on consomme ce même métal ouvré, le trust créera des liens si t'oi-ts qu'en s' ajoutant h d'autres liens du même genre, Us résisteront sans peine aux cuuses de guerre que des antagonismes superficiels et éphémères pourraient faii-e naître.

C'est dans ce sens, n'en douions pas, que la politique internationale est appelée à se modifier de tond en comble. Il est encore des grands Etats qui méconnaissent cette vérité essentielle que l'activité économique d'un paj'S est en raison invers» des charges des habitants, c'est-à-dire des dette» laissées par les gaerres passées et des impôts nécessités par les dépenses militaires du présent. ,

Il en est qui s'obstinent à (croire qu'un |>ouple peut unir îodpfiniment la poursuite des conquêtes par le sabre à celle des richesses par l'outil de travail, et que celle-ci a même pour condition et pour garantie celle-là. Combien de gens réjiètent de confiance qiie Iç commerce suit le pavillon ou, pour employer la formule plus brutale d'un orateur français, que le fer appelle l'or, et que les succès économiques de l'Allemagne de 1904 sont dus. en dernière analyse. A la stratégie meurtrière d'un de Moltkc, baignant de sang français le.s champs de bataille de 1870! On a beau leur opposer des faits, comme, par exemple l'extension sans égale du chiffre des affaires Faites pendant cette même période, de 1870 à 1900, ipar de tout petits pays, aussi pacifiques qu'industrieux (progression du commerce de Rotterdam, de 1870 à 1900 ; 5300/0; d'Anvers: 4oo "/o, etc.), ils ne veulent pas renoncer à un sophisme qui donne (M>inme une justification utilitaire à leur amour des beaux gestes guerriers.

Ce sei'a donc le trust qui convaincra ces incré- A mesure que la concentration industrielle révélera ses conséquences, ils s'apercevront que, dans la lutte économique, le client va infailliblement et sans parti-pris d'aucune sorte au bon marché, lU

vcrront en même tc-mps le trust, grAce aus ressoifl ces énormes dont il dispose, calquer exactement la mobilité de son oi^anisation sur cette mobilité de la clientèle. Ce sera la ruine assurée pour les pays où fleurit le militarisme. En effet le trust sera obligé, pour être toléré des eonsommaleurs et des gouvernements, de diminuer graduellement le prix de vente du produit (i). Il ne pourra y arriver que par une recherche infatigable des conditions de fabrication les plus avantageuses. Il instituei-a donc comme un concours permanent a ce point de vue entre tous les paya sur lesquels s'étendra son action. Qu'il se voie conti-ecarré dans sou effort vers le moindre prix de revient par la situation politique ou budgétaire du pays où il possédera des usines, et aussitôt, il transportera son industrie ailleurs. 11 le fera, cela va de soi, sans le moindre scrupule « patriottque »). sans la moindre préoccupation philanthropique de sauvegarder une industrie m nationale »,

(i) Exemple : La dinoÏDalion Ud prix de vente du pétrole réalisée par le Icuat Roekefeller. Le litre de pétrole de qualité médiocre valait en i8;a aux Etals-Unis 3o centimes. La Standard OU Company, tout en réalisant en quelques années des cenlaines de millions de bénélices, livre anjourd'liui un pétrole excellemment raffiné à moins âG>, lo centimes le litre, prix du conunerce de détail.

paîsqne. par dêflnilion. il est international ou peutatremf me mondial. Iln'hrBitcra pas non plus devant le coftl de ce transfert, comme le ferait un Industriel isolé, parce qu'il dispose de ressources immenses et ^'itsait fart des sacriQces opportuns. En somme, il Tondra que les pays sur lesquels il jettera son ■oévolu répondent à des esigencca de trois sortes : — i" Ces pays devront Hre bien situés, soit qu'ils «mmissent -la matière première en abondimce, soit Qu'ils offrent de g^-aiides surfaces de consommation, soil que la main d'œuvre s'y loue à un bon marche ©ïceptionael.

■2" Ils devront, à défaut du bon marclié de la .nuili d'oeuvre, offrir des ouvriers d'élite, pourvus 'd'ano forte édueatinn professionnelle, s'inspirant D idéal de vie sullisamment élevé, et susceptibles d'un grand rendement.

— 3° Ces pays devront enfin présenter, outre ces 'caractères de bonne appropriation intrinsèque, ce •çu'on pourrait appeler des conditions externes fiiTorables. Il est clair que le trust ne pourrait pas ^'accommoder d'une conti-ée oii le service militaire enlèverait brusquement h l'atelier, et pour une durée de deux, trois ou quatre ans, ses ouvriers les jplus actifs et où des périodes de vingt-huit et de

treize joars viendraient encore, à intervalle désorganiser le travail. 11 se détournera égalementi^ des pays où l'on ne parle que de nationalités au- j reconstituer, ou encore de revanches à prendre, parce qu'il ne saurait admettre qu'une guerre, éda^ tant comme un coup de foudre, vienne en un instant — vider des usines dont les produits sont attendus parle monde entier. Il fuira les états que leurs chargea militaires présentes ou leurs dettes passées obligent à des impôts oncreus pesant sur la propriété mobilière et iuimobilière, et par suite grevant l'industrie 1 d'énormes frais généraux, ou bien renchérissant pour les humbles le prix de la vie, et pai- suite, faisant artificiellement monter le taux des salaires. Enfin, il désertera tes états où des tarifs de douane et d'octroi s'opposent à l'entrée des matières premières et enÛent le budget national des recettes de tout l'eifort productif réalisé par l'industrie. Et si l'on objecte que l'existence des trusts ne sera pas éternelle, nous répondrons que, quoi qu'il arrive, l'évolution se fera désormais du chaos et de la compétition vers l'ordre et vers l'entente, et que, de quelque nom qu'on l'appelle, la future association organisée des intérêts, dont le trust est comme la rudimenlaire ébauche, ne pourra pas, ainsi que

•ïoiis espérons l'avoir montré, rviler d'aboutir & Uiternationalismc pi par suite, de mettre, elle aussi. *ft8 peuples militHristes en interdit.

- Ces perspectives d'avenir sont certes de nature à ■éjonir tous ceux qui croient au triomphe définitif ^e l'humanité pacifii^e. Mais on pourrait nous reipocher avec, raison de faire trop bon marché des prémisses que nous avons posées nous-mêmes au début de cetteétudc. si nousnous en remettions, pour assurer le succès final, uniquement au libre jeu des lois économiques dont il vient d'être question. Ce n'est ni la loi de la concentration industrielle, ni celle de la division du travail qui remédieront à cet antagonisme des intérêts et à cette inégale répartition du pouvoii' d'achat en qui nous avons signalé l'origine du malaise social et par conti'e-coup du danger international. Puisque la guerre nous est apparue, en dernière analyse, comme la répercussion pins ou moins directe du conflit qui, depuis qu'il y a des hommes vivant en soeiété, met aux prises le pauvre et le riche, celui qui désire et celui qui possède, ne

reculons pas dovant la oomplexitc et la iliflicullé du problème, el puisons notre assurance dans le spectacle précédemment entrevu lies forces obscures on conscientes qui travaillent avec nous. Au reste, nous n'avons pas la t-idîcule prétention, dans les pages qui vont suivi'e. de « résoudre la question sociale ». Nons chei-chons la voie la plus sflre pour aboutir à l'établissement d'une pais qui ne soit pas, comme ce que l'on décoi-e aujourd'hui de ce nom, « l'équilibre instable des convoitises et des peurs »{i). C'est donc dans la mesure seulement où ils promettent d'instaurer lettc réconciliation des intérêts humains qui nous est apparue comme la condition fondamentale de la paix, que nous aurons à nous occuper des divers systèmes de transl'ormation sociale.

Efl'orçons"-nnuB d'abord de délimiter Ir champ de notre étude. Puisqu'il s'agit de réaliseï', — on nous pardonnera de le redire encore, — la solidarité économique de chacun avec tous et de tous avec chacun, c'est k l'association, et s» l'association librement consentie, que nous demanderons le secret d'une transformation aussi profonde. Mais l'associa-

(i) L'expression esl de M. Anatole Leroy-Beaiilien,

tioii peut iHiT comparai: Ji celln langue dont \c hon Esope aDirniait qu'elle est la meUlcui'c et la pire îles choses. De la plupart des associatious humaines on peut dii'P avec Proudhoii qu'elles ne sont que de l'égoïsme à plusieui-s. Il importe donc de bien choisir.

Tl est un mouvement associationiste qui de prime nbord sollicite vivement notre attention. Il a la puissance que donne le nombre, la confiance qui vient du succès, et il met justement au premier rang des fins qu'il poursuit une refonte complète de l'état politique, économique et social (i). C'est le syndica-

(i) An Congrès de la Paix de Nîmes, le 8 nvrll igo4. en pré-

uinc d'an auditoire vivement Intéressé pnr l'arffuuienlation du rapporteur, M. L. Kiel, secrétaire de Îb Bourse du Travail de Montpellier, raisait voter une résolution ainsi conçue :

« Le Congrès déclare qu'il y a lieu de mettre d l'étude de» proehaiT^es assise» de la PaLx les moyens de seconder le syndicalisme dans son œuvre d'émancipation hamaine par la réalisation de l'égalité sociale, u

Par cette résolution importante, se Irouv paciUsme la ([uestion suivante ilont il si démontrer lu gravité : Dans l'intérêt mêm les amis de la Paix doivent-Ile s'associer d'émancipation onvrièi'e, représenté par dans le domaine social et par le socialisme dans le domaine politique ? Et si l'action sociale est reconnue nécessaire pour ia solution du problème international, dans quelle direction peut-elle s'exercer avec le plus d'avantage pour l'organisation de la Paix entre les groupements humains ?

Les pag'es qui vont suivre sont un essai de réponse à celle question.

posée devant le ait superflu de de leur cause.

syndicalisme

lisme nu trade-unionisme. Urganisez-vous. dit-il am < travailleurs ; cVst votro dispersion qui fait votre faiblesse. Réunissez-vous dans chaque centre entre gens du môuic métier cl prenez conscience de la communauté de vos besoins et de vos désirs. De ces groupements corporatifs, forme:! ensuite des unions ré^onales, puis des fédérations nationales. Tendez enfin la main par dessus les boi-nes des pati-ies à vos frères de ti'avail et de misère. « Prolétaires do tous les pays, unissez-vous ». L'appel fameux lancé par Karl Marx et Engels, en 184H, est resté le mot d'ordre du syndicalisme. Mais l'alliance corporative n'est que le moyen. Voyons le but.

Le but le plus immédiat, c'est d'obtenir, par l'entente des travailleurs organisés en imions de métiers aussi vastes que possible, un relèvement progressif des salaires. Si nous supposons les ouvriers des diverses professions constitués en autant d'imm^ses syndicats internationaux, c'en est fait, cela va de soi, de l'absolutisme patronal. Le syndicat exerce sur le marché du travail une pression irrésistible. Ha en mains dès aujourd'hui, et sans parler de celles qu'il se forgera dans l'avenir, des armes redoutables, le sabotage, le label syndical, la mise k l'index, la grève. Transportons-nous par la pensée

-to-

31 moment d* ailleurs hypntliétique où le syndicat STaenglobé tous [en ouvi-iri's d'une même industrie '«'is le monde (i) : ce jour-lii, le patronat, fftt-îl lui- ^ëine formé en syndicat unique, n'aura plus qu'A

spapîdtre, après des luttes i

nombre et des

^ansactions épliémères, facilitées peut-ftce par la ^>atique de ï arbitrage facnltatif d'abord, paisobli- ^vrioiVe. Le Iriumplie dernier du syndicalisme impli- <}iie la fin du saluriat.

Tel est, en ses traits essentiels, le rêve grandiose qni liante le cerveau des meneurs du mouvement syndicaliste. 11 nous suflira d'en signaler, au point de vue qui nous occupe, les inronséquences et les dangers.

II ne semble pas. à envisager seulement l'aspect économique du problème, que la solution syndicaliste puisse jamais assurer la réconciliation des intérêts humains, condition essentielle de la pacification des peuples. Remarquons d'abord qu'elle ne s'imposera qu'au prix de luttes acharnées et même sanglantes. Le mouvement syndical commence à peine à afSrmer sa foi-ce, et déjà le conflit est k l'état aigu

{i> Un exemple. Il eicisle déjà un Secrétariat typographique tnternational, groupant vingt-deux Fédcralions régionales et nationales el quatre-vingt-cinq mille cinq cents membres.

entre les syiiiiiqutsii'une pari, et de i'iiutre, les nonsyniliqiK's et les «jaunes m, que le patronat encoui-agc à la i-êsistance. iiarce qu'il voit en eux ses meilleurs allit's eontre la « tyrannie » symlicaliste. Mais ailuietttmR <[ue le syndicat finisse jiae rallier à lui tous les travailleurs eiviUsés. N'cst-il pas à prévoir que te patronat fera donner alors ses troapcs de i-î'serve. entendez j)ar là les outils humaina qui. par centaines de millions, attendent en Afrique et en Asie l'heure de paraître sur le champ du travail ? Déjà , nombre d'industries anglaises fondent aux Indes des établissements. Demain, le cooZ/e chinois envahira le Transvaal, tandis qu'aujourd'hui même, il est repoussé avec une brutalité sauvage des quais de San-Francisco par l'ouvrier américain, menacé dans sa situation et dans ses hauts salaires.

Pourtant, si tons ces heurts, toutes ces haines et tout ce sang versé devaient aboutir à un apaisement universel, né de la victoire Anale du syndicalisme, qui ne se résignerait à en attendre et même à en favoriser l'avènement ? Mais il est à craindre qu'une fois débarrasssè de tous ses adversaires, le syndictdisme ne soit amené à se retourner contre lui-même et à se déchirer intérieurement. C'est qu'il porte en lui un principe irréductible de

division et d'impuissance. Il emploie poui- ain-iver à la hausse des salaires des voies singulié l'émeut dangereuses. La plus ordinaii-e, e est la contrainte exercée sur le patronat par le refus coUectiï du travail. Mais à côté de la grève, dont le rrtle et relfiracité relative sont bien connus, il est, pour un syndicat puissant, des moyens plus détournas de parvenir à ses fins. Tantôt, comme certaines trade-unions anglaises, il s'eflbrce, de limiter la quantité de travail que devra livrer l'ouvrier pour un prix donné ; tantôt, comme la Fédéralion française du Livre, il empêche l'envahissement de la prolession, et par suite l'avilissement des gains, en mettant en interdit le travail féminin ou en s'opposant à l'entrée de nouveaux apprentis dans la corporation.

En principe, rien n'est plus légitime que le but visé par les syndiqués. « Nous voulons, disent-its, supprimer Icchflmage, et nous veillonsà ce que l'oli're des bras soit légèrement inférieure ou du moins tout au plus égale à la demande ; nous réclamims en outre une progression des salaires pai-allèlc à l'extension croissante des besoins que comporte une vie normale : tout cela est de droit strict ». Le malheur, c'est que le syndicalisme, tout entier à ses revendications présentes, ne voit pas les terribles

chocs en retour dont il est menacé. Grâce à M travailleur poursuit, avec la puissance illimitée que lionne rassuciatiou, des conquêtes que son isolement lui interdisait autrefois, mais, sur ce teri-ain nouveau, c'est encore l'àpre bataille îles iutérèls qui continue, reculant indéfiniment ce désarmement social que nous appelons de tous nos vrpus parce que nous voyons en lui la condition et la préface du désarmement politique. L'égoïsme collectif du syndicat n'obtiendra que des résultats précaires, en dépit de toutes les espéi'ances que mettent en lui des sociologues aussi éminents que MM. Schloss, Sidney Webb, Durkheim, L. Brentano, etc. L'afflux de travailleurs qu'il écartera d'une profession se reportera sur une autre, d'où il sera reiMussé à nouveau par un syndicat faisant bonne garde, si bien que de toutes ces proscriptions accumulées, exécutées avec plus ou moins de rigueur, non d'apr6s les besoins réels des industries, mais d'après l'énergie combative des corporations, il se formera une masse toujours accrue de sans-travail, armée toute prête de l'émeute. Plus graves encore se révéleront les conséquences de l'ostracisme jeté sur le travail féminin, parce que ses répercussions sociales et morales seront infimes. Enfin l'élévation des salaires, ;

snivie par le 3yn<)icaliBmc sans son correctif indispensabk'. l'accroissement de la production, entraînera nécessairement le progrès ininterrompu du machinisme. On pourra bien contraindre le patron à adopter le tarif syndical, mais il restera seul juge du nombre d'ouvriers qu'il entend occuper, et il remplacera la main-d'œuvre, de jour en jour plus exigeante, par la machine, collaboratrice de tout repos. Dès aujourd'liui, les Etats-Unis nous ofFrenl le spectacle de ce développement parallèle des hauts salaires et du machinisme à outrance. Les lamentations coutumi^res sur le chômage grandissant et la surproduction moderne ne sont pas, hélas I près de s'éteindi-e.

Nous touchons ici à ce que nous croyons être le vice fondamental du syndicalisme. Gomme il groupe les ouvriers en tant que producteurs, c'est de la production seule qu'il a souci. La consommation lui parait être un phénomène économique né^igeable. Erreur funeste, et qui paralysera l'œuvre des .syndicats, erreur de gens qui chercheraient à mettre en équilibre une balance en chargeant obstinément on seul de ses plateaux ! En réalité, chaque pi-oducteur est doublé d'u.i consommateur ; chaque

tamille ouvrière ne comprend qu'un nombre 1 de producteurs, idors que Ions ses membres consommeut. depuis i'enfant a la mamelle jusqu'au viediard impotent, en sorte que les exigences de la consommation priment toutes les antres, étant les seules que l'on puisse dire, dans toute la force des termes, iinh-erselles et nécessaires. Un jour viendra, espi5rnna-lc. où on enseignera auxijetits enfants de nos écoles ces vérités ai élémentaires et si parfaitement ignorées. L'essentiel, leur expliquera-t-on, n'est pas de gagner beaucoup, c'est d'acheter bon marcbé. L'abondance des produits importe au bienêtre général bien plus que l'élévation des salaii'es. Disons mieux : un salaire n'est en soi ni haut, ni bas : il ne vaut que par la quantité' et la qualité des objets utiles dont il permet l'acquisition. Multiplier les grèves, limiter le nombre des heures de travail, restreiudi'e l'intensité de la production par la prohibition ou tout au moins le contrôle du ti'avail aux pièces, entraver le libre déveloi»pement du machinisme et le recrutement des apprentis, tous ces expédients amèneront peut-être un relèvement des salaires, mais ils amèneront plus sfirement encore lin accroissement du prix de revient et un ralentissement de la production qui auront pour com

quencc le renchi'rissement de tout ce qui est nrcessaire à In vie. Le sj-ndiqué expiera donc comme consommateui' les fautes qu'il aura commises comme producteur. Il aura beau, chaque quinzaine, inscrire sur son livre de comptes familial one plus gros.se sommn à la colonne des i-eccttes. il verra senHer d'autant, ou peut-6tre même davantage, la colonne des dépenses (i), et comme l'intérSt parlera ijIus haut en lui que la logique, il combattra chez les autres syndicats, pour éviter le renchérissement des produits, une tactique qu'il avait recommandée au sien, quand il s'agissait d'arracher au patronat une augmentation de salaires. Hostilité de tous les syndicats à l'éganl des patrons, hostilité de chaque sjiiâicBt à l'égard de ses pareils, telles sont les pers-

(i) M£rae si le prix de chaque ubict de cunsommation, lual^é l'ace roisBemenl des salaires, resle slaUonnaire, grâce au peiTectionnemeut de la technique, la soninie des dépenses de la famille ouvrière n'en ira pas moins en augmenlant, parce que le standard o/ii/e s'élève et que les besoins devieniienL chaque jour plus complexes. Triplez d'abord par une meilleure éducation professionnelle, par les progrès ài: l'outillage, etc., la productivité du travailleur; vous pourrez ensuite doubler ses salaires. Meia ce qu'il faut avant tout, c'est favoriser la consommation par l'abondance et le boa marché du produit. Notre principal grief contre le syndicalisme, redisons-le encore, c'est tju'il ne fait rien pour favoriser la consommation et qu'il fait tout, sans le vouloir asearêment, pour l'entraver,

pectivcR d'apaisement éfonomique et social que nous laisse entrevoir le syndicalisme !

n est vrai que les apôtres de Tévangile syndica-

iste ont iinp rf'ponse toute prflte. C'est au détriment patrons et des capilalistea seuls que se feront

les conquêtes ouvrières. Les ressources nécessaires pour subvenir à la hausse des salaires et à toutes

les garanties accessoires que le itrolêtariat émancipé est sur le point d'arracKer à ses oppresseurs,

reti-aites pour la vieillesse, assurances sous tontes formes, journée de huit heures, etc.) c'est le profil i>atronal, eniin ramené à d'honnêtes liuûtes, qui les fournira. Et si la pression purement économique des travailleurs associés ne suiFisait pas à décider les patrons à s'exécuter, l'action politique y pourvoirait. La Loi, émanation dn nombre, YEtat, expression et instrument du suffrage universel, voilà les moyens de coercition sans réplique dont disposent tes masses laborieuses. Qu'on ne leur parle plus, dès lors, d'une élévation du prix de vente des produits dont elles seraient directement victimes. Sans doute, le prix de revient de la production s'alourdira, mais qu'importe ? L'essentiel, c'est que, grâce à l'action vigilante des pouvoirs publics et des syndicats, les déboires du patronat n'atteignent que lui seul.

Depuis quelques années, cette doctrine, simpliste jusqu'à l'ingénuilé, de l'intei'ventioiiiaine d'Etat, a trouvé grande faveur dans les milieux syndicalistes de tous les paya. I^e trade-uuionisme anglais lui-m^nie. oubliant l'admirable floraison des œuvi-es nées de i85o à 1890 de sa libre initiative, a été gagné par la contagion générale. Une telle aberration ne peut s'expliquer que i>ar l'ignorance, Jusqu'ici, la classe ouvrière a été tenue à l'écart des diiBcultés et des responsabilités de la direction en affaires. Elle garde sur la rapacité et l'opulence patronales des illusions qu'elle ne perdra que le jour où une organisation économique nouvelle rendra inutile le mystère dont actuellement l'industriel et le commerçant croient devoir envelopper leur comptabilité pour mieux dépister la concurrence. Dites à uji ouvrier que le bénéfice d'un patron, même favorisé par le succès, n'égale pas bien souvent la dixième ou même la quinzième partie des sommes qu'il distribue à son personnel sous forme 4e salaires, et vous le verrez sourire d'incrédulité (i).

(l) Prenons deux entreprises on pleine prospérité, deux BOCiétcs de production d'importance fort diflerente, mais obligées l'une et l'autre, par leur iiuture même, de publier le tiilan exact de leurs alTaires.

1< Le Familistère de Guiae. en lyo^, a diBtribué à ■•■

— Bo —

pcprésputc avec une ouU-iini^e toute j'ankee cett^ ascension irrésistihle da travail. Un jour ^-iendra^ dune où la société humaine sera faite uiiiquementJ de iravailleui's. C'est eux qui devront fournir à -i fËtat toutes les ressources dont il disposera, et ils ue i-etirei-ont de lui que ce qu'ils lui aui-ont d'abord apporté, déduction faite des sommes énormes absorbées par renti-etien du monstruenx organisme administratif dont on aura complique à plaisii* les rouages. Dira-t-on qu'alors l'Etat prendra sur le superflu des travailleurs les plus avantagés pour venir en aide aux saciifiés ? Mais quel danger pour le travail lui-même, pour la productivité générale et pour la collectivité tout entière que ce lit de Proeuste, employé à décapiter toutes les supériorités et à rabaisser toutes les énergies et tous les talents au niveau d'une même et désespérante médiocrité !

Après cette critique sommaire de l'association professionnelle et des espérances inconsidérées qu'elle a fait naître chez ceux qui ont le plus à soullrir de l'ordre social actuel, devrons-nous avouer notre impuia-

'«nce ? Faudra-t-il donc nous résider à ne posséder icunais qu'une paix internationale précaire et boiteuse, parce que les intérêts individuels demeurepont en perpétuel conilit? N'aurons-nous d'autre ressource que d'appliquer aux différends surgissant l'improviste entre les peuples ces i-emèdes a posteriori qui s'appellent la médiation et l'arbitrage, cle même que les médecins, mis en présence de certaines maladies chroniques, en sont réduits à iombattre, tantôt sui' un point et tantût sur un lAutre, les éruptions toujours renaissantes d'une diathèse en elle-même inguérissable? Avant d'être obligés de reconnaître que pour cette alTreuse maladie qui a nom la guerre, il ne sam-ait y avoir ni pro- ;pbylasie, ni hygiène préventive, rappelons-nous les constatations auxquelles nous avions été conduits par l'étude de ses causes profondes. Non, ce n'est pas en resti-eignant la production, ce n'est pas en parquant les travailleurs en syndicats qu'on a pu comparer à « des phalanges bardées de fer et hérissées de piques », ce n'est pas en privant les capacités de la rétribution qui les incite à l'effort, qu'on réaliaera en ce monde l'harmonie, cette pi'oche parente 4u bien-être : c'est en supprimant le parasitisme itUtlks la personne de ses représentants les plus

néiusU'S, le comme rçaDl. et It; suIdat. rdcoarî liant la jn-oduction et la consommation |>ar In subordmutiun riitiuiuiellemcQt organisée de la prcroîtro à la seconde ; puur tout dire, c'est en sobslituant à uu état de choses fondé sur l'avantage exclusif du producteur et sur le profit individuel, un oi'dj'c économique créé en vue du consommuteur et de l'utilité sociale.

Mais ce pi-ogrammc, si vaste qu'il soit, n'est pas la pure chimère de quelques réformateurs de cabinet, n a unnom, c'estle [)rogramme coupératif ; i] a ses théoi'icieus et ses apôtres; mieux encore, il compte de par le monde plusieurs millions de partisans, il marche par lentes et sûres éta])es à la conquête du commerce et de l'industrie, en attendant qu'il achève par l'agriculture la pacifique l'évolution dont il porte en lui la promesse.

On sait ce qu'il faut entendre par une société coopérative de consunmiation. Un certain nombre de familles s'unissent poui' se procurer à frais conimuus et se repartir eusuite les objets uccessairea à la vie. Daus le système généralement adopté, lea ventes du magasin coopératif se l'ont aux prix ordinaires de la ville ou du pays. La différence entre le prix d'achat des marchandises et le prix de ^

e ven|îfl^

— fi3 —

au détail est distribuco en Qn d'exercice rux membres de la société au prorata du montant de leurs achats. Même sous cette forme primaire, les résultats de la coopération sont des plus importants. Elle élimine ce parasitisme commercial dont nous parlions tout-à-l'heure en supprimant l'intermédiaire entre le producteur et le consommateui'. Elle empfiche la constitution des fortunes, petites ou grosses, nées du commerce, puisque tous les bénéfices qui, sans elle, se fussent Hccumulés dans les cofl'res du commerçant, sont répartis au fur et à mesure de leur formation entre les clients du magasin. Prenons comme exemple l'aliment ncccssaitv entre tous, celui qui, tenant bien souvent lieu de tous les autres, représente la plus grosse dépense d'une famille ouvrière : le pain. Si tout le pain consommé eu France dans une année sortait des boulangeries coopératives, c'est 800 millions qui retourneraient dans la poche des acheteurs! L'adhésion de tous les Français à la coopération de consommation, en leur procurant une économie de 12 à i5 "ja sur leurs dépenses courantes, leur assurerait l'équivalent d'une hausse de iaài5 "j^aur leurs salaires : ne voilà-t-d pas un moyen singulièrement efticacc et pratique d'accroître en faveur des masses laborieuses ce pouvoir d'achat dont

noas déplorions plus haat l'insnlGstince ? \e seraitre pas d'fiiitro part tout proflt pour la société, si les 4 millions d'intermédiaires (i> ainsi éliminés progressivement venaient augmenter le nombre des producteurs et par suite l'abondance des produits?

Cen'est pas tout. Dans le système rochdalien, (tel qu'il est pratiqui*' en Angleterre et préconisé en France par le gi-oupe de coopérateurs connu sous le nom d'Ecole de Nimes). ce sont les coopératives de consommation qui fondent avec leurs propres ressources les magasins de gros (Wholesales) et les usines coopératives, en garantissant à celles-ci une clientèle stable et l'écoulement assuré de produits fabriqués en vue de besoins connus d'avance. Ainsi, ■ par la coopération, la production et la consommation sont réconciliées et subordonnées l'une à l'aq^ tre. celle-ci ayant, comme il convient, le pas sur la première. La richesse est mieux répartie, puisque les bénéfices commerciaux et industriels ri'tournent sans discontinuer aus producteurs et aux consommateurs, c'est-à-dire à la collectivité tout entière. Tout ce qui est nécessaire à la consommation est produit, puisque c'est la consommation elle-même

s dii'c, que de In Frani

qui a dirt,Llement donne les oi-dres; tout ce qui cat produit pst consomme puisque les ordres donnés ont pu escomplet des rentes certaines, l'intérêt immédiat di*s acheteurs < tant de se servir régulièrement au magasin dont ils sont actionnaires. Sablata causa, loUitur effectua, dit l'adage latin. I^s guerres « d'exi«insion » et de « débouchés » deviennent inutiles.

O sont là les avantages économiques de la coopération. Ils s'accompagnent d'avantages moraux qui, au point de vue de la pacification internationale, ont une importance de premier ordre, En se substituant au régime compétitil', la coopération ne supprime pas la concurrence, comme le prétendent ses adversaires, cai- chaque société distribue à ses membres une ristourne plus ou moins forte suivant l'habileté de sa gestion, mais elle lui enlève l'élément de jeu qui en était l'âme. Les réussites scandaleuses, les gains énormes obtenus sur un coup de dés, les accaparements illicites deviennent impossibles et, avec l'occasion d'un profit personnel exagéré, on voit disparaître en même temps cet esprit d'aventure et de violence qui des individus se communique aux pcuiiles l't les conduit aux pires dénis de justice. Une nation dans laquelle il n'y aui'ait que

des coopi'-ra leurs arriverait par la pratique d'une meilleiire justice diatributive et d'une égalité matérielle plus grande entre les citoyens, à une possession de soi-même et à un équilibre de ses facultés mentales qui l'amèneraient à se détoui-ner à jamais de la folie criminelle de la guerre.

D'ailleurs, à défaut de la sagesse et du sens moral, c'est l'intérêt qui ferait d'un tel peuple un peuple irrévocablement pacifique. A l'heure présente, il est facile à une minorité de spéculateurs iniluents d'amener pai' l'ascendiint que donne la richesse acquise, quand ce n'est pas par la ruse et par la corruption, un pays à déclarer une guerre injuste. IjCS masses populaires, par atavisme, par ignorance, par lassitude, et quelquefois aussi dans l'espoir que la conquête amènera un soulagement à leurs maux, ne songent pas à se révolter. Mais supposez un Etat où la coopération, en régularisant la production, a assuré le travail de tous, supprimé les crises, les surproductions, les engorgements, aboli le chômage et augmenté le hien-être : pourquoi ces travailleurs privilégiés iraient-ils courir les hasards des batailles ? La pratique de la coopération, ne l'oublions iJas, a complété leur éducation économique. Ils connaissent désormais le vrai {

vrai K^^J

des choses. i!p la gloire comme du veste, et leur chois est fait. Aii-ëtez dans la rue un homme du peuple et interi'ogez-le sur ses dépenses et son genre de vie. Toute sa science tiendra dans quelques constatations désolées : ii Le charbon est plus cher que jamais, la viande est hors de prix : la vie devient dure au pauvre monde. » Il vous annoncera ces malheurs avet- la résignation d'un faUilistc qui attribuerait aux décrets également impénétrables de la Providence la ealaslrophn de la Martinique et le haut pris du chocolat. Interrogez au contraire ce coopérateur, qui sort du magasin de sa société, de son magasin. Justement, on lui apprenait tout-àl'heurc que le café, acheté par lui au taux de 946 francs les 100 k., est vendu iio francs sur les quais de Marseille et que la diiférence entre ces deux chiffres représente le montant de l'impôt pour lefl cafés de provenance étrangère (i). Mis en goût de savoir, il s'est iaformé de l'emploi que recevait ce prélèvement monstrueux, et on lui a répondu qu'il sert pour les deux tiers (budget de la guerre et dette nationale) à payer les gloires militaires du passé cl celles de l'avenir. Il n'en faut

(i) Pour les cafés prcvenaiil des colonies françaises les droits Bont de 5B fr. au Heu de 1)6.

. fl8 -

pas davantage : le voilà pacifique convaincu., même heure, un cooiiéraU'ur anglais lit dans i journal qu'on ledoule une nouvelle jfuerre en A rique ou en Eïli-éme- Orient. Dès cet instant, quelle n'est pas l'inquiétude du notre eoopérateur? Les navires du Wholesale qui vont chercher aux pays de production les denrées coloniales et les matières premières pourront-ils circuler en toute liberté ? Le thé ne va-t-il pas renchérir fâcheusement ? Le coton, ne fera-t-il pas défaut dans les manufactures coopératives de Leeds et de Manchester ? L'usine de Middleton et celle de Crump sa 11 seront-elles en état de lui fournir sa provision de confitures et de biscuits? C'est que tout cela, navires de transport, moulins, manufactures et usines, appartenant pour une part à la société de consommation dont il est à la fois l'actionnaii'e et le client, lui appartient peu ou prou. C'est qu'il sait par expérience qu'une guerre au Transvaal double le montant de certains impôts, et fait hausser le prix du charbon, une guerre en Cliine le prix du thé, une guerre à Cuba le prix du cacao et de la canne à sucre. C'est que son opinion sur les guerres est nette et catégorique : des ' guerres, îl n'en faut plus !

Depuis la mémorable Hoirèe du ai décembre i844. où t)8 pauvres tisserands en Hanelle de la ville de Rochdale, rpunis en société coopérative de consommation, ouvraient leur humble boutique dans la ruelle des Crapauds (Toadlane). au milieu des quolibets de tous les bobhin-boys du voisinage, la coopération a marché à pas de géant. Elle groupe actuellement environ 4 millions de l'amilles réparties en €.000 sociétés dont le ehifri-e global d'affaii'es dépasse quatre milliards de francs. La seule Angleterre compte dix-huit cents sociétés qui comprennent deux millions cent seize mille membres, font deux milliards deux cent trente milliuns d'iifl'aires annuelles et répartissent en ti'e leurs adhérents près de deux cent cinquante millions de bénéfires, c'est-à-dii-e le total de ce que touchent chaque année ensalaii-es les deux cent cinquante mille travailleurs d'une de nos plus grandes villes de France. Cette transformation fondamentale de l'ordre économique actuei. qui ne tend à rien moins qu'à mettre l'universalité des con- «ommateurs en possession de tous les moyens de production et d'échange (i), s'accomplit sans bruit, sans

(i> D'après l'école socialiste, c'est aa producteur que doil revenir la possession des moyens d'cehnng^ et de production. L^ distinction est capitale. I.'école coKpécalive allègue

heurt. i>arradliésion tiaiiquille des volontés in dueik-s. La coupérattoti. tout naturellement, va-Jt simple au complexe, du t'adle au dillicile. Coiq elle procure à ses adeptes, à chacune de ses étap des avantages déiinis, elle n'a pas besoin de déron d'un seul coup devant leui-s <feus ses perapect^ les plus lointaines. Elle s'adapte avec souple^ tous les besoins k satisfaire : elle s'empai'e â*abi do la consommation des produits dont l'utilité esl plus gént'i'ale, du pain, des aliments, des boissf^ des combustibles, des vêtements, pour n'eba qu'ensuite ceux qui relèvent du luxe ou de la moi Elle sait que l'exploitation de la teri-e. avec touSfl aléas qu'elle entraîne et tous les capitaux q exige, devra Euivi-e la conquête de l'industrie, w donnée elle-même à celle du commerce. Mais t prudence, accrue cliemin faisant par des éch< signalent les écueils à éviter, n'est pas un obâ( « aux longs espoirs et aux vastes pensées t 'coopération, dès à présent, a de bonnes r croire quelle finira par absorber des mouvem

jiiatemenl que la production n'a pos sa lin en rlle-métn pnÎBqn'elle n'a d'antre raison d'Être que de servir malîon. A celle-ci doit donc appartenir en toute souveraineté le contrôle de la p^odul^lio^, bu sens que les Angt aftj ] donnent à ci' mol.

ùuiomiques qui. de nos jours, se p roi lui sent sans elle el m&me cuiitre elle, puisqu'ils sont dii'igés conb-çlc COQ somma leur. Lacontentration<;ommerciale qui se manifeste par 1h création ties immenses bazai's de nos capitales, la concentration industrielle qui prend la forme des cartels et des trusts, la concentration ou vrii-re enfin, avec ses institutions diverses. Unions et Fédérations aux Etats-Unis, Tradi'-Uniona en Angleterre, Syndicats et Fédérations en France, Gewerkvereine et GewerkschafteQ en Allemagne, etc., toutes ces vastes associations d'intérêts, impuissantes en elles-mêmes à réaliser la paix sociale, viendront se fondi-e dans la république coopérative universelle, expression de l'intérC-t uniforme et suprême de la consommation humaine, de même que les grandes nations concentrées de la partie du globe que nous habitons Uniront par se constituer en Etats-Unis d'Europe, expression du droit suprême des peuples (i).

(t) Eii ce qui ccncerne les syndi(^als. le ministre clairvoyant qui leur a donné droit de cité dans la République par la loi du ai mai-s 1SS4, leur a tracé, par ses projets de toi de 1903, la voie à suivre pour sortir de la période stérile des luttes et entrer dans la phase de l'action positive. Jusqu'ici le syndicalisme a refusé les présents de la loi Waldeck-Rousseau-Miilerantl. Il a eu raison peut-être, car il n'a ni la discipline, ni l'expcrienee, ni l'esprit cl'tparifne

On nous reprochera peuWlre d'abuser des coiri lui'cs etde'i hypothèses. Mais il est difliciledenev céder quelque jieu à la tentation d'iuteiToger i'« nir, lorsqu'on cherelie en toute bonne foi à discei dans le ehaos et les ruines du présent, les t de l'idéale cité de justice. Au surplus, l'hypothèse, si féconde loi-squ'il s'agit de déconi les secrets de la nature, sei-aît-elle interdite à c que préoccupe le snil des sociétés humai

nécessaires pour posséder et faire deN actes de c Mais lorsqu'il voudra en venir là, il se Ueurlera unx diffic* que rencontre aujourd'hui pour l'écoulé uieiit de dises la société en coparlnerxhip, livrée â tous les hot de la production en mode compétitif, el il emp rnntertfH coopération ses moyens et sa méthode. La fnsion ne f pins désormais qu'une affaire de temps.

Déjà même, certains syndicats essaient de s'eutp«t«r9 coopération dans les villes où celle-ci est une l'on voit figurer câtc à côte dans le conseil d'admlhisi de telle coopérative ouvrière (Vl/nian d'Amiens, par é pie), des représentants élus de la Coopérative el de la Bourse du Travail. Est-it besoin de moi semblable main-mise ne peut qu'être funeste aaxeoo^Cfl ves el tout parti cuit éremenl à leurs bénéllces o fonds de réserve <tui risifuent de recevoir tes afTecU-tlons fi plus étrangères aux lins proprement coopératives? Libtttjl aux militants des syndicats de Ijgurer dans les Cons^tlf^ J d'administration, pourvu que ce soil en qualité de i^ iiiatears adhérents à la coopérative et élus unmme tels par' ses membres, mais non en tant que représentants de syndlr cats de prodactears qui n'ont avec la Société de consomnift* ', tion aucun lien économique direct.

L'idée est une force, «'-tant un désir ; imaginer, c'est déjà, dans unti certaine mesure, réaliser. L'essentiel est d'emprunter an passé et an présent les éléments du futur, ou, ai l'on veut, d'avoir derrière soi un nombre de jalons suflîsant pour aligner avec certitude la route que l'on trace vers l'inconnu. Bien qu'elle remonte à une soixantaine d'années à peine sous la l'orme que nous venons de décrire, — et qu'eat-ce que soixante ans pour une institution qui porte en elle la promesse d'un renouvellement social? — la coopération nous ofl're la possibilité d'un alignement semblable. Ou elle ne mène à rien ou elle mène droit à rintemationalisnie économique. La société coopérative, en éliminant l'intermédiaire, a pour fin une économie de ressort qu'elle ne réalise qu'imparfaitement tant que son champ d'action reste étrititemcnt local. Elle atteint son but plus complètement, au deuxième degré, pourrait-on dire, par son entrée dans une fédération régionale qui supprime le marcband en gros du cbcf-lieu de la province, et au troisième degré, par son adbcsion à l'Union nationale, qui permet d'enlrepi'cudre l'importation directe des produits exotiques et la fondation de manufactures coopératives. Mais si l'on réflécliit à la diversité ci-ois-iante des besoins de la

consommation, qui mfttent à contribution Ti tout entier, on comprend que la eoopératij saurait en rester là. Taudis que l'industrie commerce compétitifs sout contraires à la naturelle vers l'unitt', parce qu'ils mettent la rence des intérêts individuels en travers d& monîe des fonctions ())■ la coopération, dont le loppeinent échappe à ce grave grief, doit al logiquement au libre échange des objet; libre entente des hommes. Comme l'a écrit lemmeiit M. Chartes Gide. « les consomi » réunis en association ne peuvent pas » des int(?rCt8 hostiles entre eux : ils n'ont » seul inlérôt, le mi?me pour tous, a » lu plus grande abondance de biens avi » de frais possibles : et cet intérêt n'est autre qa& » celui de la société dans son ensemble et de riiuma- » nité tout entière. Et c'est [>ar là que la coopératiân» » deviendi'R forcément une école de pais, de solîi)j » darité et d'harmonie, non point par la magie Ss- Ji quelque formule sonore, mais par la force inéân

(i) Le protectionnisme, né de celte concurreuce, n'est4l pBB exacleincnt en a économique » ce qae la paix armée eat enpnlilique ? Et la guerre de tarifs n'esirelle psïi l'image et quelquefois le prélude de la guerre proprement dite '?

Ainsi nous avons le droit il"aHiriiier qu'a lu-ioi-i el par cUrinition, en quelque sorte, les coopéi-ateurs sont des pacifiques convaincus. N'esl-il pas juste et naturel que tes pacifiques à leur toor se déclarent «mis des coopérateurs, et qu'il s'établisse désormais :«itre les uns et les autres comme une entente cor- ^diale dont il est possible déjà de prévoir les heureux fruits?

.Au reste, les premiei's pas ont été faits de part et â'auti-e et le pacte d'alliance, proposé aux Congrès 'internationaux de la Paix de Rome et de Glasgow, pois ratifié solennellement en diverses circonstances, reçoit chaque jour des consécrations nouvelles (a).

(i) Gh, Gide, La Coopération. (L. Laroae, liditeur), ]>. 96.

(9) • IL y a lieu d'encourager les Sociétés coopératives

«omme an des meilleurs moyens d'arriver à la paix uiii-

-veiselle », (Décision du Congres de la Paix Ae Rome. 1S91).

Le Congrus invite les amis de la Paix à Taviiriaer, dHns

— 7fi —

A dire vrai, le vingtième siècle n'afait en cela confirmer une tradition qui lui avait été léguée par! dix-neuvième. Regardez dans le passé, amis de la qui lirez ces pages. Les théoriciens et les chefs de la coopération ont été en même temps des pacillstes d'àvaut-garde et le culte que nous inspire leur mémoire, l'encouragement que nous donne leur exemple est comme un premier tien qui nous unit à nos frères les coopérateurs. Faul-il parler des morts? C'est, en Italie, Francesco Vigano; c'est, en France, tonte l'école fouriériste, représentée aujourd'hui par quelques amis fidèles des Destrem.des Potonié-Pierre et des Griess-Traut ; c'est, en Angleterre. Vansïttart- Nealeet, en France encore, J. -B. -André Godin, fondateur du Familistère, deux apfltres qui furent deux

lears pays reBpecLirs, la coopération par tnusi les moyens en leur pouvoir. Il donne mandat au Bnreau de Berne de tFansniettre celte décision aux divers Congres nationaux ' et internalionanx » (Congrès de la Paix de Glasgow, igol).

Voici, d'autre part, la plus récente manifestation des sentimenlH des coopérateurs :

a Le Congrès des coopéra te uni, prorondcmcnt convaincu des avantages de la paix inlernalionale, croit qu'il est po)ifiible de régler les différends nationaux pai' l'arbitrage, n oxprinie donc sa satisfaction du traité signé entre la Pranoe et l'Angleterre et il espère qu'un traité semblable sera signé entre la Grande Bretagne et les Etats-Unis r. (Bésolution votée If a4 mai igo^, nu XXXVI" Congrès de l'Union coopérative de la Grande Bretagne. — Stratford. 31-35 mai 1904)-

■ parce que. dans leurs nobles âmes, l'iiléal paciit l'idéal eoupératif ne se séparaient pas. Est-il nécessaire de citer les vivants? Est-ce que ^ vénéré collègue, M. Hodgson Prait, en .\iigle- :, est-ce que M. H. Lalbiitaine. en Belgique, et ■ nous, est-ce que notre êniinent doyen, F. Passy, I en i88j présidait le Congrès Coopératif de Tours, e qu(^ les Charles Gide, les Auguste Fidire, les lo;ve, et tant d'autres ne sont pas à la fois jiaci- B et coopératcurs ? (i).

Sn'il nous soit permis de terminer par quelques 1^. En 1887. au Congrès de Carlisie, M. de Boyve ; voler la création de l'Alliance coopérative nationale, dont le programme ; Coopératears us les pays, anissez-voas ! n'est pas de nature à X pacitîstes. Le ^4 t>oAl 1896, à Londres, B unfestival coopératif monstre, un cliœur de six

JfiD faudrait joindre 4 celte Ënumëration les noms de

;s-uns des cliefa du mouvement socialiBle. Car le so-

e après avoir long'tempa fait li de la coopération, l'a

tperte tout d'nn coup il y a quelques années, (en tnâme

^a.'ïl diicoiairait le pacifisme), et a entrepris, en se

„ de la purilicr de ses orif^ines « bour^oises a. La

(ration, de son côté, prétend se sulliru ù elle-même et

a n'obéissant qu'à ses propres lois, une refonte

e qui rendra inntile l'application des principales solu-

JLBOcialisles. L'avenir primonceru.

mille vois chantait lu Message de la Paix, dont voici le reirain : « Allons, frères ! anisscz-vous, cessez les conflits et la guerre ! Que votre ardeur soit employée à faii'c de ce monde un lieu de délices et de paix. » Tandis que les congi-és de la Paix de Monaco et de Rouen volaient en laveur de la coopération des ordres du jour chaleureux, ceux de Toulouse, en 1903. et de Nîmes, en 1904- recevaient l'adhésion du Comité Central, des diverses Fédérations régionales et d'un nombre imposant de sociétés coopératives françaises. Enfin, dans un congrès de l'Alliance coopérative internationale, tenu à Londres en août 1895. le vénérable M. Ludlow s'écriait, aux applaudissements enthousiastes de l'auditoire : « Nous ne nous contentons point, nous » ne nous contenterons jamais de cette coojiération » borgne, bredouillante, écloppée, qui se renferme, » qui se claquemure dans des frontières. Nous » disons que les nations ne sont pas faites pour » s'entretuer, pas même pour s'entrejalouser, se n donner à tont propos le croc-en-jamhe, en matière » politique, fiscale, littéraire, que sais-je ? mais » bien pour s'entr' aider, travailler de concert, » coopérer. » Nous n'ajouterons rien à ces paroles d'un des vétérans de la coopération anglaise ; nous

«primerons seulement le vœu que les i>aoi(istes empruntent aux coo|)érateurs leur devise si belle, si simple «^t qui renferme en si peu de mots Tessonliel de la solidarité humaine : « Tous pour un. un pour tous. »

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