‹ Cora ou L'esclavage drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 55 sur 96 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CORA, GEORGES, pa» LUCY.

COnA, suivant Toby de» jeu*.

Pauvre Toby 1

GEORGES

Vous le voyez, mademoiselle, la compagnie de Toby ne pouvait pas vous être d’un grand secours.

CORA

Je serais allée avec lui, monsieur! — N’est-ce pas ma place? ne suis-je pas une fille de couleur?

GEORGES

Vous le savez donc?

CORA

Je vois que j’étais seule à l’ignorer!

GEORGES

Une confidence de M. Curtis me l’a révélé, mademoiselle, le jour même où je vous ai vue pour la première fois; car il faut être créole pour reconnaître en vous ce dernier vestige de votre origine.

Oh ! je ne la renie pas, monsieur! Voyez I je porte le deuil de ma mère, êt si j’ai entrepris ce voyage* c’est pour m’acquitter envers elle d’un dernier devoir. Je lui porte une prière bien tardive , hélas! mais c’est hier seulement qu’un mot de M. Johnson...

GEORGES, fronçant le «onrcil.

Johnson !

tii

CORA OU L’ESCLAVAGE

COR A

Je lui pardonne comme à sa sœur, monsieur; ils agissent sous l’empire d’un préjugé plus fort que le raisonnement

GEORGES

Le hasard vous réunit pour quelques heures; ils sont sur ce bateau.

CORA

Ah!... je regrette d’autant plus que votre générosité vous ait entraîné à une démarche qui peut vous compromettre à leurs yeux comme à ceux de tous les colons! Votre place n’est pas auprès de moi, monsieur, mais auprès d’une noble fille de race blanche comme Lucv.

GEORGES

Si la noblesse de la race se reconnaît à l’élévation du cœur, mademoiselle, le choix n'est pas douteux entre vous et miss

CORA

Vous vous trompez : elle obéit à une nécessité de position qui ne lui laisse pas d’autre alternative; mais sous une apparence un peu étourdie, elle a des instincts généreux, et je suis sûre qu’elle gémit au fond de son cœur de voir se briser notre amitié. (s'a.seyant et faisant asseoir Georges près d'elle ) VOUS, pl VI S que personne,

peut-être, vous devriez lui être indulgent.

GEORGES

Moi?...

CORA

Parmi tous les jeunes gens qui l’entouraient de leurs hommages en France, il m’a semblé qu’il en était un qu’elle eût volontiers distingué: savez-vous qui je veux dire?

GEORGES

Non, mademoiselle! et je ne veux pas le savoir; car parmi toutes les jeunes filles qui faisaient cortège à miss î.ucy, il en est une peut-être que cet homme a remarqué lui-même. Savez-vous de qui je veux parler? (c«ra ne répond pis et baine le» jeux. —

Georges tire un petit agenda de sa poche et en sort une fleur séchée.) \ Oyez ! CCttC

petite fleur s’est épanouie au milieu du bouquet de bal de cette jeune fille! Pardonnez-vous à la main indiscrète qui s’en est emparée?

CORA , prenant la tniin de Georges.

Ah! monsieur Georges!... Réfléchissez!... Souvent une parole légèrement dite peut faire beaucoup de mal! — C’est

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