SCÈNE IX
GÉRARD, puis BILL*
GÉRARD, après un moment de silence.
Us l’entraînent!... Et moi! moi! son père! je ne peux pas la défendre!... (11 « lève.) Voyons!... que faire? — Si je ne pouvais pas la racheter 1 ... Quel prix la vendra-t-on? — O ciel! vendre ma fille!... Je n’ai même plus la force de penser!,.. — O Francilia! je comprends maintenant ce que tu as souffert quand je t’ai arraché ton enfant!
(Bill parait au haut de l'escalier. — Il est toujours à moitié ivre.)
BILL
Ah! vous voilà enfin!... Qu’est-ce qu’on me dit donc, monsieur Gérard?... — que Kraig s’empare de votre plantation pour rentrer dans ses cent mille dollars?...
GÉRARD
Kraig m’a volé ma fille, que m’importe le reste!...
BILL
Votre fille !...
GÉRARD
Oui, on va la vendre... Et si demain je n’ai pas trouvé d’argent... comprenez-vous, Bill? — ma fille aura un maître!...
BILL
De l’argent?... mais je vous en apporte, moi !...
GÉRARD
Vous?...
Oui, moi!... Bill! — Seulement je ne l’ai pas sur moi!... Vous croyez peut-être que je suis ivre!... non, monsieur Gé-
CORA OU L'ESCLaVaGB.
rard; je sais ce que je dis, morbleu!... Voyons : que me donnerez-vous si je vous rends vos cent mille dollars ?
Gérard.
Tout ce qui ne me servira pas à racheter ma fille!... oui, tout !...
BILL
Eh bien! je ne veux rien, vous entendez! — rien que le plaisir de me venger de Kraig ! — Vous vous rappelez où votre ami de Marsay est mort, n’est-ce pas?
GÉRARD
Oui j dans ma maison de la Nouvelle-Orléans.
BILL
C’est là que nous allons.
GÉRARD
Dans quel but?...
Vous le suurez!... Venez seulement avec moi!...
GÉRARD
Mais ma maison m’est fermée , Bill ! les scellés ne seront levés que demain à midi!
BILL
Quels scellés?
GÉRARD
En nous hâtant, peut-être arriverons-nous encore à temps!...
BILL
Avez-vous des chevaux?
GÉRARD
Nous en trouverons au villlage voisin.
BILL
Marchons!... (Arréimt Gérard pur i« t>rM.) — Vous n’avez peut-être jamais vu la Providence, monsieur Gérard? Eh bien l c’est moi 1
(Ils sortent. — La toile tombe.)