SCÈNE PREMIÈRE
JONHSON, Mistbess BRADLEY.
(Mlstress Bradley est assise près de la table et travaille. — Johnson est appuyé snr la balustrade du fond.)
MISTRESS BRADLEY
Que regardez-vous donc là, mon neveu?
JOHNSON
l!n brick qu’un des steam-boal du fleuve a remorqué jusqu’ici, et qui est venu jeter l’ancre devant ma plantation.
MTSTRESS BRADLEY.
Eh bien! qu’y a-l-il d’extraordinaire?
JOHNSON
Ce brick ressemble étonnamment à la Mouette que commandait Bill quand il était négrier!...
MISTRESS BRADLEY
Vous le reconnaissez dans la nuit?
JOHNSON, redescendsnt la «cène.
Je l’ai aperçu au coucher du soleil , en allant au-devant de Lucy! — Petite folle! a-t-on idée d’une pareille escapade? — Comment n’est-elle pas encore revenue?
MISTRESS BRADLEY
Mon Dieu l soyez tranquille ! elle reviendra
CORA OU L’ESCLAVAGE
JOHNSON
Si je comprends à quel propos vous l’avez laissée partir seule pour la Nouvelle-Orléans!...
MISTRESS BRADLEY
Je vous l’ai dit, mon cher Williams, à propos de chiffons; Lucy avait des emplettes à faire.
JOHNSON
Pourquoi ne pas me prévenir?. .
MISTRESS BRADLEY
Vous savez bien que votre sœur fait tout par coups de tête! — Vous étiez à la chasse; l’idée lui est venue de partir, et elle est partie.
JOHNSON
Au moins auriez-vous pu l’accompagner....
MISTRESS BRADLEY
Pourquoi donc? Est-ce que nos jeunes filles américaines ne sont pas accoutumées à courir les grandes routes toutes seules?
JOHNSON
Vous oubliez que Lucy est à moitié Française et n’est pas encore faite aux mœurs de son pays.
Eh bien ! elle s’y fera.
JOHNSON
En vérité, ma tante, vous auriez juré de m’exaspérer que vous ne me répondriez pas autrement.
(Il se promène de long en large arec agitation.) MISTRESS BRADLEY.
Votre exaspération vous permet-elle de m’éclairer sur deux ou trois points, mon neveu?
JOHNSON
Je vous écoute.
MISTRESS BRADLEY
On a saisi chez M. Gérard, n’est-ce pas?
JOHNSON
Hier.
MISTRESS BRADLEY
Qu’a-t-on fait des esclaves?
JOHNSON
On a dû les vendre.