CHAPITRE m
Dès qu'ils furent ensemble dans la gondole , Corinne , dans son égarement , dit à lord Nelvil ; — Eh bien ! ce que vous venez de m'apprendre est mille fois plus cruel que la mort. Soyez généreuï ; jetez -moi dans ces flots, pour que j'y perde le sentiment qui me déchire. Oawald, faites-le avec courage ; il en faut moins pour cela que vous ne venez d'en montrer. — Si vous dites un mot de plus , répondit Oswald , je vais me précipiter dans le canal, à vos yeux. Ëcautez-moi; attendez que nous soyons arrivés chez vous , alors vous prononcerez sur mon sort et sur le vâtre. Au nom du ciel , calmez-vous. — Il y avait tant de malheur dans l'accent d'Oswald , que Corinne se tut ; et seulement elle tremblait avec une telle violence, qu'elle put à peine monter les escaliers qui conduisaient à son appartement. Quand elle y fut arrivée , elle arracha sa parure avec effroi. Lord NelvU en la voyant dans cet état , elle qui était si brillante il y avait quelques instants , se jeta sur une chaise en fondant en pleurs, et s'écria: — Suis-je un barbare, Corinne, juste ciel PCoriune, ie crois-tu? — Non , lui dit-elle, non, jene puis le croire. N'avezvous pas encore ce regard qui cliaque jour me donnait le bonheur P Oswald , vous dont la présence était pour moi comme un rayon du eiel , se [leut-il que je vous craigne , que je n'ose lever les yeux sur vous, que je sois là devaut vous comme devant un assassin, Osvrald , Oswald ! — Et en achevant ces mots , elle tomba suppliante à ses genoux.
—Que Tois-je ? s'écria-t41 en la relevant avec fureur ; tu veui que je me déshonore : eh bien ! je le ferai. Mon régiment s'embarque dansun mois; je viensd'enrecevoirlanouvelle.Jeresterai, prendsy garde , je resterai , si tu rae montres cette douleur toute-puissante sur moi; mais je ne survivrai point à ma honte. — Je ne vous demande pointderester, reprit Corinne ;maisquel mal vous faisje en vous suivant ? — Mon régiment part pour les lies , et il n'est permis h aucun ofBcier d'emmener sa femme avec lui, — Au
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iitoius laissez-moi vous aceompagDerJuBqa'ea Angleterre. — Les mènes lettres que je vieua de recevoir , r^rit Oswald , m'appi«mieDt que le bruit de notre liaison s'est répandu en An- 'f^terre, que les papiers publics en ont parlé, qu'on a commeocé à soupçonner qui vous êtes, et que votre famille , excitée par lady Edgermond , a déclaré qu'elle ne vous recounattrait jamais. Laissez-moi le temps de la ramener, de forcer votre belle-mère à ce qu'elle vous doit; mais si j'arrive avec vous, et que je sois contraint à vous quitter avant de vousavoir fait rendre votre nom , je vous livre à toute la sévérité de Topinion , sans être là pour vous défondre. — Ainsi, vous ine r<fiiseztoot, dit Corinne; et, en achevant ces mots, elle tomba sans connaissance; et sa tête heurtant avec violence contre terre, le sang en rejaillit. Osvald, h ce spectacle, poussa des cris déchirants. Thérésine arriva , dans un trouble extrême ; elle rappela sa maîtresse à la vie. Mais quand Corinne revint à elle , elle aperçut dans une glace son visage pâle et défait , ses cheveux épais et teints de sang. — Oswald, dit-elle, Osvald , ce n'est pas ainsi que j'étais lorsque vous m'avez rencontrée au Capitole ; je portais sur mon front la couronne de l'espérance et de la gloire , maintenant il est sonillé de sang et de poussière : mais il ne vous est pas per mis de me mépriser pour cet état , dans lequel vous m'avez mise. Les autres le peuvent, mais vous, vous ne le pouvez pas : il faut avoir pitié de l'amour que vous m'avez inspiré , il le &ut.
— Arrête! s'ôctia lord Helvil , cfen est tn^- — Et , faisant signe à Thérésine de s'éloigner , il prit Corinne dans ses bras , et lui dit : — Je suis décidé â rester ; tu feras de moi ce que tu voudras. Je subirai ce que le ciel me destine , mais je ne >f abaDdonnerai point dans ce malheur , et je ne te conduirai point en Angleterre avant d'y avoir assuré ton si»t. Je ne t'y laisserai point eiposée aux insultes d'une femme hautaine. Je reste ; oui , te reste , car je ne puis le quitter. — Ces paroles rappelèrent Corinne à elle-même, mais la jetèrent dans un abattement plus cruel encore que le désespoir qu'elle venait d'éprouver. Elle sentit la nécessité qui pesait sur elle , et , la tête baissée , elle resta longtemps dans un profond silence. ~ Parle, chère amie, lui dit
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Oswald , fàis-moi doue entendre le son de la voix ; je D'ai plua qu'elle pour me soutenir. Je veux me laisser guider par elle. — Non , Tépondit Corinne, non , vous partirez, il le faut. — Et des torrents de pleurs annoncèrent sa résignation. — Mon amie , s'écria lord Nelvi) , je prends à témoin ce portrait de ton père , qui est là devant nos yeux ; et tu sab si le nom d'un père est sacré pour moi I Je le prends à tém(Hn que ma vie est en ta puissance, tant qu'elle sera nécessaire à ton bonheur. A mon retour des lies , je verrai si je puis te rendre ta patrie , et Vy faire retrouver le rang et l'existence qui te sont dus ; mais si je n'y réussissais pas, je reviendrais en Italie , vivre et mourir à tes pieds. — Bélasl reprit Corinne , et ces dangers de la guerre que vous allez braver... — Ne les crains pas , reprit Oswald , j'y échapperai : Biais si je périssais cependant , moi , le plus inconnu des hommes , mon souvenir resterait dans ton cœur : tu n'entendrais peut-être jamais prononcer mon nom sans que tes yeux se remplissent de larmes, n'est-il pas vrai, Corinne? tu dirais: Je l'ai connu, Il m'a aimée — Ata! laisse-moi, laisse-moi, s'écria-t-ellc , tu te trompes à mon calme apparent. Demain , quand le soleil reviendra, et que je me dirai, Je ne le verrat plus! je «fcfe verrai plus! a se peut que je cesse de vivre, et ce serait bien heureux ! — Pourquoi ? s'écria lord Helvil ; pourquoi , Corinne? crains-tu de ne pas me revoir? Cette promesse solennelle <te nous réunir à jamais n'est-elle rien pour toi ? ton cœur en peut-il douter? — Non; je vous respecte trop pour ne pas voua croire , dit Corinne ; il m'en coûterait plus encore de renoncer à mon admiration pour vous , qu'à mon amour. Je vous regarde comme un être angélique , comme le caractère le plus pur et le plus noble qui ait paru sur la terre : ce n'est pas seulement votre charme qui me captive, c'est l'idée que jamais tant de vertus n'ont éte réunies dans un même objet ; et votre céleste r^rd ne vous a été doimé que pour les exprimer toutes : loin de moi donc un doute sur vos promesses! Je fuirais à l'aspect de la figure humaine ; elle ne m'inspirerait plus que de la terreur , si lord Neivil pouvait tromper : mais la séparation livre à tant de hasards, mais ce mot terrible , adieu!... — Jamais , interrompit-il , jamais Oswald ne peut te dire un dernier adieu que sur
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son lit de mort. — Et son ànotion était si pcofonde en prononçdDt cea mots , que CoriDDO , commeDçant à craindre l'effet de cette émotion sur sa santé, essaya de se contenir, elte qui était la plus à plaindre.
Us commencèrent donc à parler de ce cruel départ , des mc^ens de s'écrire , et de la certitude de se rejoindre. Un an fut le terme fixé pour cette absence. Oswald se croyait sdr que l'expédition ne devait pas durer plus longtemps ; enfin, il leur restait encore quelques heures , et Corinne espérait qu'elle aurait de la force. Mais lorsque Oswald lui eut dit que la gondole viendrait le prendre à trois heures du matin , et qu'elle vit à sa pendule que ce moment n'était pas très-éloigné, elle frémit de tous ses membres ; et sûrement l'approche de l'échafaud ne lui aurait pas causé plus d'effroi. Oswald aussi semblait perdre à chaque instant sa résolution; et Corinne, qui l'avait toujours vu maître de luimême , avait le cœur déchiré par le spectacle de ses angoisses. Pauvre Corinne ! elle le consolait , tandis qu'elle devait être mille fois plus malheureuse que lui.
— Écoutez , dit-elle h lord Nelvil , quand vous serez à Londres, ils vousdiront, les hommes légers de cette ville, que des promesses d'amour ne lient pas l'honneur; que tous les Anglais du mondé ont aimé des Italiennes dans leurs voyages, et les ont oubliées au retour ; quequetques mois de bonheur n'enga^^t ni celle qui les reçoit , ni celui qui les donne , et qu'a votre âge la vie entière ne peut dépendre du charme que vous avez trouvé pendant quelque temps dans la société d'une étrangère. Us auront l'air d'avoir raison, raison selon le monde : mais vous, qui avez connu ce cœur dont vous vous êtes rendu le maître , vous qui savez comme il voiis aime, trouverez -vous des sophlsmes pour excuser une blessure mortelle ? Et les plaisanteries frivoles et barbares des hommes du jour empê»*eront-elles que votre main ne tremble en enfonçant tm poignard dans mon sein? — Ah! que me dis-tu? s'écria lord Nelvil ; ce n'est pas ta douleur seule qui me retient , c'est la mienne. Où trouverais-je un bonheur semblable à celui que j'ai goûté près de toi ? qui , dans l'univers , m'entendrait comme tu m'as entendu ? L'amour , Corinne , l'aroour , c'est toi seule qui l'éprouves , c'est toi seule qui
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l'inspires : cette harmonie de Tàme , cette intime intelligence de l'esprit el du cœur, avec quelle autre femme peut-elle exister qu'avec toi ? Corinne , ton ami n'est pas un homme léger , tu le sais, il s'en £iut qu'il le soit. Tout est sérieux pour lui dans la vie: est-cedonc pour toi seule qu'il démentirait sa nature?
—Non, non, reprit Corinne, non, vous ne traiterez pas avec dédain une âme sincère. Et ce n'est pas vous : Oswald, ce n'est pas vousque mon désespoir trouverait insensible. Mais un ennemi redoutable me menace auprès de vous : c'est la sévérité despotique, c'est la dédaigneuse médiocrité do ma belle-mère. Elle vous thratoutcequipeut llétrù^mavie passée, f.pargnez-moi de vous répéter d'avance see impitoyables discours. Loin que les talents que je puis avoir sment une excuse à ses yeux, lisseront, je le sais, le plus grand de mes torts. Elle ne comprend point leurs eharmes, elle ne voit que leurs dangers. Elle trouve inutile, et peut-être coupable,tout ce qui ne s'accorde pas avec la destinée qu'elle s'est tracée ; et toute la poésie du cœur lui semble un caprice importun , qui s'arroge le droit de mépriser sa raison. C'est au nom des vertus que je respecte autant que vous, qu'elle condamnera mon caractère et mon sort. Oswald , elle vous dira que je suis indigne de vous. — Et comment pourrai-je l'entendre? interrompit Oswald ; quelles vertus oserait -on élever plus liaut que ta générosité , ta franchise, ta bonté, ta tendresse? Céleste créature , que les femmes communes soient jugées par les règles commnnes ! Mais honte à celui que tu aurais aimé , et qui ne te respecterait pasautantqu'il t'adore 1 Rien dans l'univers n'^ale ton «sprit ni ton cœur. A la source divine où tes sentiments sont puisés, tout est amour et vérité. Corinne, Corinne, ahl je ne puis te quitter. Je sens mon courage défaillir. Si tu ne me soutienspas,jenepartiraipoiDt;et c'est de toi qu'il faut que je reçoive la force de t'aflliger? — Eh bien! dit Corinne, encore quelques instants, avant de recommander mon âme à Dieu , pour qu'il me donne la force d'entendre sonner l'heure fixée pour ton départ. Nous nous sommes aimés , Oswald , avec une tendresse profonde. Jefai confié les secrets de roa vie : ce n'est rien que les faits; mais les sentiments tes plus intimes de mon être , tu les sais tous. Je n'ai pas une idée qui ne soit unie à toi.
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Si j'écris qadqaes lignes où mon Ame se répaDde , c'est ttà nul qui m'iDspires, c'est à toi que j'adresse toutes mes pensées, corame mon dernier souffle sera pour toi. Où serait donc mou asile, si tu m'abandonnais? Les beaux-arts me retracent ton image î la musique, c'est ta TOii; le ciel, ton regard. Tout ce génie, qui jadis eaRainmait ma pensée, n'est plus que de l'amour. Eatbousiasme , réflexion, intelligence, je n'ai plus rien qu'eu commun avec loi.
Dieu puissant qui m'entendez, dit-elle en levant ses rtqjiarda vers le ciel , Dieu , qui n'êtes point impitoyable pour les peines du ctEur, les plus nobles de toutes! dtez-moi la rie quand it cessera de m'aimer,âtez-moi le d^lorable reste d'existence , qui ne me servirait plus qu'à souffrir. Il emporte avec loi ce quej'ai déplus généieui et de plus tendre; s'il laisse éteindre ce feu déposé dans sou sein , que , dans quelque lieu du monde que jesoiB,ma vie aussi s'éteigne. Grand Dieu, vous ne m'avez pas &ite pour survivre à tous les nobles sentiments; et que me resterait-il, quand j'aurais cessé de l'estimer? esc lui aussi doit m'aimer, il le doit. Je sens au fond de mon cœur une affection qm couimande la sienne. O mon Dieu I s'écria- t-elle encore une fois, la mort ou son amour. —En achevant cette prière , elle se retourna vers Oswald , et ie trouva prosterné devant elle , dans des convulsions effrayantes : l'excès de son émotion avait surpassé ses forces ; il repoussait les secours de Corinne, il voulait mourir, et sa tête semblait absolument perdue- Corinne , avec douceur , serra ses mains dans les siennes , en lui répétant tout ce qu'il lui avait dit lui-même. Elle l'assura qu'ellele croyait, qu'elle se liait à son retour , et qu'elle se sentait beaucoup plus calme : ces douces paroles firent quelque bien à lord Nelvil. Cependant plus il sentait approcher l'Iieure de sa séparatîoa , plus il lui semblait impossible de s'y décider.
—Pourquoi, dit-il à Corinne, pourquoi n'irions -nous pas au temple avant mon départ, pour prononcer le serment d'une union étemelle? — Corinne tressaillit à ces mots, r^aida lord Netvil , et le plus grand trouble ^ta son coeur. Elle se souvint qu'Oswald, en lui racontant son histoire, lui avait dit que la douleur d'une femme était toute-puissante sur sa conduite ; mais
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qu'il avait ajouti que son senUmeut se refroidiasBit par les sacriflces m£mea qoe cette douleur obtenait de lui. Toute la fermeté, toute la fierté de Corinne se réTeillèrent à cette idée, et après quelques instants de silence elle répondit : — U &ut que TOUS ayez revu vos amis et votre pab-ie , avant de prendre la résolutioD de m'^user. Je la devrais dans ce inoinent , milord, à l'émotion du départ : je n'en veuipas ainsi. — Oawald n'insista plus : au moins, dit-il en saisissant la main de Corinne, je le jure de nouveau , ma foi est atuohée à cet anneau que je vous ai 'donné. Tant que vouslecooserverez, jamais une autre n'aura des droits suc mon sort ; si voua le dédaignez une fols , si vous me le renvoyez.... — Cessez, cessez, interrompit Corinne, d'uinimer uite inquiébide que vous ne pouvez éprouver. Ah 1 ce n'est pas moi qni romprai la première l'umon sacrée de nos cœurs , vous Je savece bien que ce n'est pas moi ; et je roi^^rais presque d'assurer ce qui n'est que trop certain.
C^endant l'heure avançait : Corinne pâlissait à diaque bruit , etlordltelvil restait plongé dans une douleur profonde, et n'avait plus la force de prononcer un seul mot. Enliu la lumière fatale parut dans l'éloignement , à travers sa fenétra , et bientôt après la barque noire s'arrêta devant la porte. Corinne à celte vue fit un cri , en reculant avec eflroi , et tomba dans les bras d'Oswald, en s'écriant : — Les voilà, les voilà! adieu , parlez, c'en est fait —0 mon Dieu! dit lord Nejvil ,□ mon père! J'exîgez-vousdenioiPet,laserrautcontreEancccur, il la couvrit de ses larmes. — Fartez , lui dit-elle , partez , il le faut. — Faites venir Tbérésine, répondit Oswald i je ne puis vous laisser seule ainsi —Seule? hélas! ditCorione, ne le suis-je pas jusqu'à votre retour ? — Je ne puis sortir de cette diambre , s'écria tord Nelvil , non, je ne le puis. — Et en prononçant ces paroles , son désespoir était tel , que ses regards et ses vœux appelaient la mort — Eh bien '. dit Corinne , je le donnerai ce signal , j'irai moi-même ouvrir eetle porte ; mais accordez-moi quelques instants. — Oh! oui, s'éciia lord Itelvil, restons encore ensemble, restons; ces cruels combats valent encore mieux que de cesser de te voir, —
On entendit bIois bous les fenêtres de Corinne les bateliers
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qui aillaient les gens de lord Nelvil ; ifs répondirent , et Tïm d'eus vint frapper à la porte de Corinne , en annonçant que tout ^fot//»^/.— Oui, toutes! prêt, répondit Corinne. —Et s'éloignant d'Osvald, elle alla prier, la tète appuyée contre le portrait de son père. Sans doute en ce moment sa ?ie passée s'offrait en entier à elle ; sa consdence exagéra toutes ses fautes , elle craignit de ne pas mériter la oiisérioorde dÎTine, et cependant elle se sentait si malheureuse , qu'elle devait atÂre à la pitié du eiel. Enfin , en se relevant , elle tendit la main à lord Nelvil , et lui dit: — Partez, je le veux à présent; et peut-être que dans-un instantje ne le pourrai plus : partez; que Dieu bénisse vos pas, et qu'il me prot^e aussi, car j'en ai bien besoin. — Oswald se précipita eseore une fois dans sesbras; et, la pressant contre son cœur avec une passion inexprimable , tremblant et pâle comme un homme qui marche au supplice, il sortit de cette chambre , où , pour la dernière Ebis peut-être , il avait aimé , il s'était senti aimé comme la destinée n'en (A(k pas un secMid exemple.
Quand Oswidddtsparat aux regards de Corinne, une palpitation horrible , qui ne lui laissait plus le pouvoir de respirer , la saisit; ses yeuxétaient tellement troublés, que lesobjets qu'elle Toyait perdaient à ses yeux toute réalité, et semtdaient errer tan* tât près, tantôt loin de ses regards ; elle croyait sentir que la chambre où elle était se balançait comme dans uo tremblemeot de terre, et elle s'appuyait pour résister à ce mouvement . Pendant un quart d'heure encore elle entendit le bruit que faisaient les gens d'Oswald en achevant les préparatifs de son départ. 11 était encore là dans la gondole, elle pouvait encore le revoir; mais elle se craignait elle-même ; et lui , de son c^té , était couché dans cette gondole, presque sans connaissance. Enfin il partit, et dans ce moment Corinne s'élança hors de sa chambre pour le rappeler; Tbérésinel'arréta.Unepluieterriblecommençait alors; le vent le plus violent se faisait enteadre , et la maison où demeurait Cormne était ébranlée , presque comme un vaisseau m milieu de la mer. Elle ressentit une vive inquiétude pour Oswald traversant les lagunes dans ce temps af&enx, et eUs descendit sur le bord du canal , dans le dessein de s'embarquer, et de le suivre au moins jusqu'à la ture ferme. Mais la unit était
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tï obscare qu'il n'y avait pas une seule barque. Corinne marchait avec une agitation cruelle sur les pierres étroites qui séparent le canal des maisons. L'ovage augmentait toujours , et sa frayeur pour Oswald redoublait à chaque instant. Elle appelait au hasard dea bateliers, qui prenaient ses cris pour les cris de détresse de malheureux qui se noyaient pendant la tempête ; et néanmoins personne n'osait approcher, tant les ondes agitées du grand canal étaient redoutables.
Corinne attendit lejourdanscette situation. Le temps se'calma cependant, et le gondolier qui avait conduit Oswald lui apporta, de sa part , la nouvelle qu'il avait heureusement passé les lagu-r nés. Ce moment encore ressemblait presque au bonheur, et ce ne fut qu'après quelques heures que l'infortunée Corinne ressentit de nouveau l'absence , et les longues heures , et les tristes jours, et l'inquiète et dévorante peine qui devait seule l'occuper désormais.