BRUXELLES
LOUIS HAUMAN ET Ce, LIB.-ÉDIT
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Qui n'a pas une pensée bienveillante pour le Béarn ? Ceux-là mêmes qui n'ont pas connu les bords du Gave , ont un mot honorable pour la patrie de Henri IV. C'est que le nom de Henri IV est partout : dans l'histoire et les poèmes dont il est le héros ; dans les romans pour qui sont faites ses aventures amoureuses et chevaleres-
ij INTRODUCTION.
qiies ; ses bons mots , ses traits touchons sont dans les récits du peuple. Ce roi , de grande et douce mémoire , a immortalisé le sol qui l'a vu naitre. On a cru reconnaître, dans le caractère béarnais , la franchise , l'esprit , la courtoisie , la générosité et l'humeur joyeuse de Henri.
Le Béarnais sent bien que c'est une de ses illustrations ; il se redresse en disant : Je suis du pays de Henri IV. Ce nom lui sert de passeport ; il lui vaut un sourire , une inclinaison de tête. On dirait du Béarnais comme d'une monnaie sur laquelle est gravée la belle image de Henri de Bourbon , devant qui chacun se découvre.
Pourtant le Béarn intéresse par lui-même. Ce pays , aimé du ciel , est placé entre l'Océan et les Pyrénées comme pour jouir de toutes les pompes ; l'ame du Béarnais est conviée à toutes les sensations : terribles sur les grèves du golfe, sublimes à la cime des monts , douces dans les vallées romantiques et sur les collines si délicieusement dessinées. Le soleil lui donne les fruits et la verve du Midi; mais le voisinage des neiges et des brumes tempère sa chaleur : aussi le Béarnais n'est pas indolent comme l'Espagnol ; il est gai , il porte la vie légère-
INTRODrCTIOÎf. llj
ment ; il est animé comme l'air qu'il respire , comme les feuilles sur ses arbres qui sont toujours agitées; comme ses ruisseaux qui courent en se heurtant à leurs mille cailloux.
Mais qui n*a vu le Béàrn ? Quand Tient le mois de juillet, toute la France envahit les Pyrénées : ce sont des malades qui se confient aux sources bienfaisantes; des hommes d'État qui échappent aux affaires; des écrivains qui viennent raviver leurs idées et retremper leur esprit détendu par l'atmosphère humide et égoïste de Paris; ce sont des jeunes hommes cherchant des émotions, étonnés qu'elles manquent déjà à leur âge ; d'autres qui voyagent pour changer de lieu , dont la vie insouciante se promène au gré de la mode. Quand les salons sont déserts , quand le monde est dispersé , on va le ressaisir aux eaux de Bonnes ou de Saint- Sauveur ; les femmes y retrouvent des bals , où l'Europe arrive de toutes parts comme dans un congrès.
Si l'on danse le soir , le matin ce sont des courses à cheval , des solitudes parfumées , de rustiques festins sur la montagne , et ce contraste est un plaisir de plus. Il y a du plaisir aussi à emporter son crayon sous la vapeur de