NISUS ET EURYALE DANS VIRGILE
fraude (l'attaque nocturne) est toute mienne ; #ste, celui-là ; nec œusus nihil, et n’a rien osé ; nec potuit, et n’a pu (le faire); testor caelum hoc, j'atteste ce ciel (étoilé) ; et sidera conscia, et les astres conscients (qui savent comme moi).
Mon... cest moi! ... Me voici qui ai tout fait! Tournez vos armes contre moi, Ô Rutules ; c'est moi le coupable! Cet enfant n’a rien fait, n’a rien pu faire ; J'en atteste ce ciel et ces astres témoins !?
Prière inutile; Euryale tombe, percé d’une épée :
Purpureus veluti cum flos succisus aratro
Languescit moriens, lassove papavera collo
Demisere caput, pluvia cum forte gravantur.
Veluti cum flos purpureus, comme lorsqu'une fleur purpurive ; succisus aratro, tranchée par la charrue; languescit moriens, languit mourante; lassove papavera collo, ou [ve] que des pavots le col las; demisëre caput, ont baissé la tête; cum forte gravantur pluviä, lorsque par hasard ils sont alourdis par la pluie.
“ Ainsi une fleur brillante, que la charrue a tranchée, languit et meurt; ainsi le pavot, affaissé par une pluie violente, se penche sur sa tige et baisse la tête.”
Si l’on voulait chicaner, on pourrait redire à demisere, qui est un parfait, alors que languescit et gravantur sont au présent ; mais Virgile exprime l’action habituelle de la pluie sur les pavots et le temps au’il emploie pour cela est ce qu’on
78 DIFFICLUTÉ DE TRADUIRE
appelle le “parfait d'habitude,” Le chicaneur serait donc un ignorant.
Nisus se précipite au nuleu des ennemis, tue le meurtrier d'Euryale et tombe lui-même, percé de coups, sur le corps de son ami. A le poète parle en son nom :
Fortunati ambo! Si quid mea carmina possunt,
Nulla dies unquam memorti vos eximet aevo !
Fortunati ambo, heureux tous les deux ! Si mea carmina possunt quid, si mes chants peuvent quelque chose ;
nulla dies unquam, aucun jour Jamais ; ; vos eximet, ne Vous effacera ; aevo memori, du temps qui se souvient,
55 Couple heureux! Si mes vers ont quelque pouvoir, vous vivrez à Jamais dans le souvenir des hommes ! ”
Vous voyez'qu'on doit traduire librement et parfois paraphraser ; notre langue n’a même pas un équivalent du beau mot memor.
Cornélie, si vous n'êtes pas de pierre, vous admirerez ces vers comme moi. Vous y trouverez des beautés qui sont particulières à Virgile, fleurs écloses de son âme tendre et passionnée. Lucrèce, Ovide, Lucain, Juvénal ont leurs beautés, qui sont d’un autre ordre; quand Virgile est tout à fait virgilien, il les dépasse.
Vale et me ama, SieR:
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