‹ Cornilius Nepos: ou, le premier plagiaire collectivisteChapitre 6 sur 25 · PARESSEUX, DISSIPATEURS · texte numérisé non relu

PARESSEUX, DISSIPATEURS

Elle subit...

Abus...

Dans les classes pauvres, les conjoints qui, au moment du mariage, ne possèdent (Vautres ressources que leurs salaires, par économie, se marient sans contrat de mariage...

Quand on songe... Classe laborieuse...

Vous vous frottez les yeux, lecteur? Vous vous demandez si l'aile de la folie n'a pas touché votre front? Eh bien, il y en a comme ça deux pages et demi, compactes !

On se tâte pour savoir à quel détraquage est en proie l'intellect du directeur de l'Office féministe universel et quelle extravagance le travaille ? Est-ce sérieusement ou dans une intention mystificatoire qu'il a bâti cet échafaudage ahurissant? Veut-il du bruit, rien que du bruit, et le bruit lui suffit-il même quand il est fait d'une tempête de quolibets?

Emile Vandervelde a répondu, très flegmatique : c Mais, cher Monsieur, votre projet était encore secret puisqu'il n'était pas imprimé, vous le dites vous-même en tête de la colonne réservée à votre prose. Je ne l'avais ni vu ni connu le 23 avril 96, quand mes amis et moi avons déposé le nôtre. Le mystère qui vous fait trépigner est d'une explication simplote : nous avons pris tous deux aux mêmes sources, du domaine public : les documents parlementaires, lois, projets de lois surgis en

divers pays sur cette question qui est partout à Tordre du jour ; si je suis plagiaire vous Têtes au moins autant que moi. Vous me faites l'effet d'un fou qui hurlerait qu'on le vole quand on va boire aux fontaines Wallace. > Si la doctrine frankinienne s'implante, nous verrons bientôt quelque autre théoricien poussant à bout le système, crier comme un brûlé qu'on lui a pris des syllabes et des monosyllabes! et, dressant un tableau où il fera la statistique des qui, des que, des la, des ma, des con, des eu qu'on lui aura dérobés, réclamer vengeance aux dieux et aux hommes. Dans les traités d'aliénation mentale, on cite des malades qui font de tels soulignages et on les classe parmi les incurables destinés au gâtisme final et déplorable.

Art moderne,

31 mai 1896.

Ce qui est « tourneboulant », ce qui « indique un détraquage de l'intellect du directeur » de l'Art moderne, c'est sa façon d'exposer les faits, car je me refuse à supposer que M e Picard, toujours de si bonne foi, ait osé se risquer à falsifier et à tronquer les pièces du procès. Je préfère croire qu'il n'a rien compris à la question.

Je me suis plaint d'un plagiat de cinq idées nouvelles, plagiat caractérisé par un démarquage d'expressions. L'Art moderne travestit les pièces du procès et a soin de ne pas souffler mot de l'objet capital de ma revendication. Ces Messieurs sont excusables. Dénués de la moindre idée et ayant passé leur vie à enfiler des mots à sonnette, ils ne pouvaient comprendre en quoi consiste un plagiat d'idées.

Au Peuple, qui eut soin de reproduire toutes les attaques de M. Vandervelde et les insultes de l'Art Moderne^ns publier mes réponses, je me bornai à requérir l'insertion de cette lettre :

A la Rédaction du Peuple.

Messieurs,

Vous avez pris soin de publier la lettre de M. Emile Vandervelde parue dans le Journal de Bruxelles du 30 mai, sans vous donner la peine d'y ajouter ma réponse. Peut-être était-elle un peu trop longue pour vos lecteurs. Aussi vais -je vous la résumer:

Je n'aurais nul besoin d'accuser de plagiat l'honorable M. Vandervelde, pour faire reconnaître que la paternité du projet sur « l'épargne et les salaires de la femme mariée » m'appartient. Il me suffirait de rappeler la campagne que je mène en faveur de ces réformes depuis 1888, mes écrits et mes conférences en faveur de ces réformes.

L'idée première de ce projet a été lancée par moi en Belgique, en 1891, précisément à l'époque où M. Vandervelde combattit la thèse de l'an ranch issement des femmes, au congrès international ouvrier (Rapport officiel du Congrès, Bruxelles 1893, p. 84, 86).

J'ai accusé M. Emile Vandervelde, lui seul, seul signataire des « Développements » de la proposition n° 172, d'avoir commis un plagiat de cinq idées, plagiat caractérisé non par des analogies, mais par des identités d'expressions.

D'après M. Vandervelde, ces prétendues « analogies » s'expliqueraient par le fait que nous aurions puisé aux mêmes sources.

M. Vandervelde cite huit sources : 7 lois étrangères et un document parlementaire qui propose précisément le contraire de ce qu'il demande, lui. Preuve que M. Vandervelde n'a pas même lu ses sources !

De plus, dans aucune àVs lois étrangères sur lesquelles M. Vandervelde entend s'appuyer, on ne parviendra à trouver la pensée générale et le double objet de mes propositions, la combinaison des cinq idées fondamentales que j'ai précisées, la méthode, l'ordonnance du travail, les expressions typiques, les mots caractéristiques que j'ai relevés dans le plagiat.

Dans mes deux ouvrages, j'ai cité 198 sources, dont de nombreux documents originaux et inédits que nul autre que moi n'a pu consulter : documents émanaut de ministres étrangers qui les ont élaborés à ma demande et pour mon usage personnel. J'ai déposé entre les mains du directeur du Journal de Bruxelles toutes ces pièces originales.

Quant à la théorie que M. Vandervelde prétend avoir trouvée dans les sources qu'il cite, c'est une théorie juridique nouvelle, que j'ai créée et je mets l'honorable député au défi de mentionner parmi ses sources une loi ou un auteur qui l'ait exposée avant moi.

Le plagiat existe. Les hommes de science dont l'avis seul me préoccupe, me donneront raison. L'opinion des politiciens a trop peu de valeur, à mes yeux, pour que je m'y arrête.

Hecevez, Messieurs, mes sincères salutations.

Louis Fkank.

Le même jour, le 3 juin 1896, M. Emile Vandervelde adressa à deux journaux les lettres suivantes :

Monsieur le Directeur, Monsieur le Kédacteur en Chef,

Je me fais véritablement sera- M. Frank nous(!î) accuse d'avoir

pule d'encombrer vos colonnes plagié un livre qui n'avait pas

d'une polémique que M. Frank est encore paru, quand nous avons dé-

probablement seul à ne pas trouver posé notre projet de loi sur l'épar-

fastidieuse. gne delà femme mariée.

Je ne veux retenir de la nouvelle lettre de votre correspondant que cette accusation : avoir plagié une épreuve de ses travaux.

Comme il ne me convient pas do rester sous le coup de cette inqualifiable accusation, je mets M.

Frank en demeure de justifier ses accusations devant un ou des arbitres.

Et puisqu'il a choisi votre journal (1) pour se livrer à des attaques auxquelles j'entends mettre fin, je lui propose de déférer la question qui nous divise à votre décision arbitrale.

Je vous prie, Monsieur le Directeur,...

Emile Vandervelde.

A M. Jules de Borchgrave.

Directeur du Journal de Bruxelles.

Pour étayer cette prétention, vraiment én-h-orme, comme disait Flaubert, il affirme que j'ai dérobé ou fait dérober une épreuve de son travail.

Si j'attachais plus d'importance à sa personnalité et si je devais supposer que l'on me croit (sic) capable de pareille vilenie, je ferais immédiatement à M. Frank un procès en diffamation.

Je me borne donc à affirmer, une fois de plus, que nous ne connaissions pas le livre de M. Frank, que nous n'avons jamais vu ses épreuves et que les éléments de

NOTRE PROJET ONT ÉTÉ EMPRUNTÉS DE PREMIÈRE MAIS, AUX DOCUMENTS QUE NOUS CJTONS DANS NOTRE EXPOSÉ DES MOTIFS^

Recevez, M. le Rédacteur en chef, l'expression de mes sentiments distingués.

Emile Vandervelde.

A M. le Rédacteur en chef de La Chronique.

J'envoyai aussitôt à La Chronique la réponse suivante :

Monsieur le Directeur,

Ceci est mon dernier mot.

Je comprends qu'un élégant marquis de la démocratie dédaigne un roturier comme moi.

Chacun sait que mon incompétence dans la question féministe n'a d'égale que la haute autorité de M. Vandervelde dans cette matière comme dans toutes les autres.

Je maintiens tout ce que j'ai écrit contre M. Emile Vandervelde, sans en retrancher une virgule. Et je mets r estimable député au défi de montrer dans ses sources ce qu'il prétend y avoir puisé.

(1) Il est faux que j'aie choisi le Journal de Bmxelks comme organe de ma polémique.

Ma plaquette fut reproduite par l'honorable organe de la droite, et c'est M. Vandervelde lui-même qui, le premier, écrivit au Journal de Bruxelles.

Je pourrais ajouter un paragraphe nouveau à l'histoire des variations de M. Vandervelde, en faisant remarquer que le jour même où, dans la Chronique, il me menace d'un procès en diffamation (î), il propose dans le Journal de Bruxelles de soumettre la question à l'arbitrage du directeur de cet organe.

Qu'il fasse donc un procès. Il sera d'un salutaire exemple de voir un député socialiste se mettre avec confiance sous la protection de la justice de son pays.

Recevez, Monsieur le Directeur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Louis Frank.

4 juin 1896.

Par lettre du 5 juin, je fis savoir à M. Jules de Borchgrave, Directeur du Journal de Bruxelles, que j'acceptais, sans réserve, l'arbitrage proposé par M. Vandervelde et que je m'en rapportais à sa décision souveraine.

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