SAINT JACQUES-LE-MAJEUR
Saint Jacques à la fin de juillet a péri en Espagne par l'épée.
Entre les deux mois ardents, il gît, la tête coupée.
Assez de saints Vous supplient pour l'homme, assez de martyrs Vous ont fait violence,
Assez de mères en pleurs Vous représentent sa faiblesse et son ignorance ;
Il y a toujours quelque chose à dire pour lui, toujours quelqu'un pour lui au devant de Votre colère :
Toi, prends le parti de Dieu, Apôtre caniculaire !
COR ON A BENIGNITATIS
Toute prière est toujours pour l'homme, mais qui Vous fera pour Vous-même cette
Prière pure et simple, que Votre volonté soit faite !
L'homme a toujours raison et Vous avez toujours tort.
Il en a fait toujours assez, c'est lui qui Vous appelle à son for,
Et juge Vos paroles manquantes, et Vos commandements ambigus,
Votre œuvre mal faite, Votre miel fade et Votre ciel exigu.
Peuple ingrat, ce que le soleil ne vous montre pas, que la foudre l'élucide !
Assez longtemps du soleil sur nous régna la face évidente et torride.
Sa chaleur est la même pour tous : il vous faut l'attention propre et perçante !
Vous appelez l'épée, la voici dans la main toutepuissante,
Et la Mère désespérée déjà n'en soutient plus la lourdeur accablante !
Que Votre volonté qui est la meilleure soit faite ! et si j'ai péché, que je périsse !
C'est bien. Si je n'ai Votre pitié, que je voie, du moins, Votre justice !
Les temps sont accomplis. Boanergès, appelle Dieu !
Demande la justice, Apôtre coupé en deux !
L'évangile de l'amour est fini, voici la nouvelle du glaive !
Sur la terre qui étouffe et sue l'ombre de la mort se lève.
O peuple appesanti et qui tiens bas la tête,
Plus mûr que la moisson qui t'entoure, la faux est prête,
Et voici, selon qu'il l'a promis, le Christ crucifère,
Qui s'en vient vers toi sur les nuées entre les Fils du Tonnerre !
CORON A BENIGNITATIS