‹ Corona benignitatis anni DeiChapitre 6 sur 65 · HYMNE DE LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

HYMNE DE LA PENTECOTE

Avant qu'il ne remonte au ciel à l'heure de midi,

Le Seigneur avertissant ses apôtres, leur dit : « Après dix jours vous recevrez l'Esprit consolateur.

« Maintenant votre cœur est affligé parce que je retourne à mon Père,

<v Mais il ne faut pas pleurer, petits enfants, car je vous annonce un grand mystère;

« Vous êtes mes enfants bien-aimés et je ne vous appelle plus mes serviteurs.

« Il faut que je vous ôte mon visage un moment afin que vous receviez mon âme, « Afin que vous receviez mon cœur avec votre

cœur, afin que vous receviez mon âme avec votre âme « Et l'Esprit qui répète ce qu'il entend. »

C'est pourquoi dix jours après l'Ascension et sept fois sept jours après Pâques,

Toute l'Église autour de Marie notre mère unie en Pierre, Jean et Jacques,

Entendit l'Esprit qui fondait sur elle comme une cataracte et la langue de Dieu sur nous avec un cri éclatant!

O soleil de la lumière de Dieu avec nous! ô beauté de la lumière de Dieu qui a été conçue avant l'aurore !

Le corps a été purifié par l'eau, l'eau est clarifiée par l'esprit sonore !

Quoi ! ce n'était point assez de l'eau, mais voici la recréation du feu agile et clair!

Venez, Esprit créateur! la grâce achève la nature !

L'Esprit gratuit en ce jour libère la créature!

La vieille loi est caduque et l'Enfant de Dieu rompt ses fers !

Quant à moi j'accueillerai le prodigieux sacrement!

Je sais que le rite nouveau succède à l'antique document,

L'amour dévore la crainte, la gloire absorbe la mort!

Jésus en qui tous les temps ont consommation, Comme il nous a donné sa naissance nous

partage sa résurrection.

Aujourd'hui comme hier et demain il est avec

nous encor !

Mille et neuf cents ans ont passé depuis la première Pentecôte,

Mille et neuf cents ans depuis que dans la salle vaste et haute

Les communiants du calice furent les convives de la flamme ardente !

Nous, prenons place à notre tour au banquet de l'amour éternel.

Hommes de Galilée, que regardez-vous dans le ciel?

Vous voyez que le Seigneur est avec nous, dressons en ce lieu trois tentes !

CORON A BENIGNITATIS

Comme une nouvelle armée dont la première ligne débouche dans la lumière,

Notre génération en bon ordre entre dans la grâce plénière,

De nouveau la parfaite foi étreint la parfaite évidence.

Tonnez au-dessus de notre front, cloches énormes de la solennité !

Annoncez-nous la Fête double-majeure, la férié de la Vérité,

Le soleil à son heure de Sexte qui brille au centre de la circonférence.

Ah ! guérissez cet œil mortel ! ressuscitez ce cœur qui dort!

Venez, Esprit dévorateur! venez, ô mort de la mort!

Plénitude d'efficacité dans la plénitude de surabondance !

Vous êtes flamme et vous ne me brûlez pas 1 Vous êtes eau et vous ne me rassassiez pas ! Vous ne faites aucun mal à votre créature misérable.

Aucune violence avec vous, point d'éclair qui terrasse et qui meurtrit.

Votre présence seulement dans le cœur profondément attendri,

Votre cœur dans notre cœur comme un sceau rompu et comme un parfum inénarrable !

Comme le vase rompu de la pécheresse dont la bonne odeur remplit toute la maison !

Jamais plus nous ne remettrons notre cœur ensemble, jamais plus nous ne guérirons 1

Jamais plus Vous ne direz pareil celui qui Vous aime à ceux qui ne Vous ont aimé pas 1

Comme ce bon homme jadis qui reçut Jésus en grand mystère,

L'âme dans un humble étonnement écoute la parole septénaire,

Et les choses qu'il a entendues, l'Esprit les lui répète tout bas.

Elle a trouvé la paix et la vertu du Seigneur l'obombre.

Elle est comme la simple servante assise dans une chambre sombre,

CORONA BENI GNITATIS

Elle n'argumente point avec Vous et fait tout ce que Vous lui dites.

La grâce de Dieu est sur elle qui surpasse toute grâce humaine !

Non point Dimanche seulement, mais chaque jour de la semaine,

Son époux est avec elle au-dedans de la porte interdite.

Comme Anne et Joachim quand ils se rencontrèrent sous la Porte Dorée,

L'Esprit inspirateur s'unit à l'haleine créée De l'épouse qui n'a rien au monde et qui offre sa bouche et son âme.

Venez, anxiété de l'amour, ô pointe qui détruit la paresse,

Esprit de la crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse,

Désespoir de ne point faire assez et vision de Votre blâme !

Venez, tendre piété, préférence sacramentelle et conjugale,

Et vous, jugement et goût, science du bien et du mal,

Et vous, force ingénue des Martyrs, sang rouge de la confession qui monte au visage intrépide !

Et vous, vocation en nous, conseil des choses les meilleures,

Vous enfin, interne soleil, dans l'amande de l'iris aux sept couleurs,

Vibration de l'intelligence et de la connaissance sapide !

Ouvrez-vous, portes éternelles ! en vain le gond grince et résiste,

Hommes, mes frères ! pourquoi croire les choses les plus tristes?

Pourquoi refuser de boire à ce vase qui est votre partage?

Le Seigneur dit : « Vous préférez vos idoles à

la vérité, « Votre mort à la vie, l'esclavage à la liberté, « Pourtant, mes petits-enfants bien-aimés, que

pouvais-je faire pour vous davantage?

« J'ai livré mon visage aux soufflets, mon front à la couronne d'épines.

CORON A BENIGNITATIS

« J'ai souffert l'abandon de tous les miens, la solitude de ma Personne divine ;

« Dites-moi, de toutes vos douleurs, quelle est celle que je n'aie point connue?

« A vos peines d'un jour j'ai apporté ma Personne infinie.

« Les cinq Plaies que vous m'avez faites je les emporte dans mon Epiphanie.

« La Toute-Puissance a été entre vos mains faible et nue.

« Vous avez eu votre heure et vous en avez profité.

« Maintenant j'emporte aux côtés de mon Père votre souffrance et votre humanité.

« Je veux que là où Je suis tous mes enfants soient avec moi.

« Pour comprendre Dieu, vous-mêmes il vous faut être Dieu.

« Je me suis fait homme pour vous et maintenant je vous fais Dieu.

« Et la parole qui connaît vous envoie l'Esprit qui délivre. »

Moi du moins si les autres vous renient je crois en Vous, Seigneur !

O Jésus, si je Vous abandonne où trouverai-je un maître meilleur?

Je sais que c'est de Vous qu'il est écrit au commencement du livre.

Vous nous avez fait pleine mesure ! Ecce odor agri pleni!

Voici le lieu que Vous nous avez donné et la terre que Vous avez bénie,

Comme une chose embarrassée de trop de gloire et qui ne sait pas quoi faire 1

Ce jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous en lui.

En juin l'été nous reste encore tout entier et le printemps n'est pas fini,

Ce n'est que la veille encore des noces royales de la Terre !

Ce n'est pas fini de notre joie et demain est un autre jour encor !

Bientôt à la verdure qui s'éteint succède la couleur de l'or !

CORON A BENIGNITATIS

Bientôt le soleil dans le ciel en silence effacera le croissant et les Trois-Mages.

O vous qui ne croyez pas à Jérusalem de chalcédoine et d'azur,

Mais cette terre du moins est à nous, cette heure du moins est sûre !

Ah, devant tant de beauté pourquoi douter de tout l'énorme apanage?

L'homme se plaint, mais toute créature est profondément contente.

Elle a de quoi pousser et manger, et bénit Dieu dans l'attente

Du grand jour de l'Éternité qui élucide les ombres et les images.

Déjà j'entends le chœur qui entonne le Vidi aquam et Y Asperges.

Et nous, prenons sans crainte le Confitemini, tout brillants et baignés des prémisses de Votre jeunesse,

Comme ceux qui voyant tout le mal savent que Votre grâce est plus forte !

Ah, ne me reprochez rien ! que cette heure du moins ne me soit pas disputée,

Où je frémis de joie en Dieu mon sauveur et la Terre ressuscitée,

Et le bruit de toutes les églises sonnantes que le vent du ciel m'apporte !

S'il y a des affligés, nous avons une nourriture divine !

S'il y a des faibles, qu'ils mettent la tête contre notre poitrine !

Mais que nulle douleur en ce jour ne prévale contre notre joie !

Les gens riaient de nos premiers pères, les voyant ivres de ce vin nouveau.

Mais se peut-il que nous pleurions, au jour où nous rompons notre tombeau

Et où le Vainqueur du monde est assis dans la conquête et la proie?

Tout péché fut essayé à bloc et Votre commandement reste le même.

Tout argument à bloc et Votre vérité reste la même.

C'est toujours la Pentecôte en ce mois où le fruit noué est encore acide.

CORON A BENIGNITATIS

Mille et neuf cents ans ont passé depuis ce grand bruit qui s'est fait dans les cieux.

C'est nous qui tenons à notre tour la croix que nous avons reçue des aïeux,

Regardant la croix que nous tenons avec une confiance intrépide.

Où sont maintenant vos ennemis? où sont ces témoins qui se contredisent?

L'esprit de division des langues est sur eux, la coupe de Babel les grise.

Ils sont comme la bête brute qui ignore Oui et Non, et ce qui est bien ou mal.

Celui qui ne rassemble pas avec Vous dissipe.

Celui qui a perdu l'unité ne retient plus aucune chose ensemble.

Toutes choses à rebours pour lui refuient vers le néant natal.

Où sont ces hommes pompeux? où sont ces mangeurs de petits enfants?

Leur gloire humaine a fui par en bas, ils ont perdu âme et vent.

Ils sont comme Judas qui crève par le milieu du ventre.

L'enfer l'accueille et un autre prend son épiscopat.

Pour un lâche qui se retire l'office ne chômera pas.

L'Ange du ciel incessant pèse qui sort et qui entre.

O mon Dieu, la pluie, la nuit, la boue, durent depuis trop longtemps !

Nous en avons assez et trop de l'hiver, de ce sombre et douteux printemps,

De ce monde malade et noir qu'à peine un rayon pâle corrige.

Vous paraissez et il n'y a plus que Vous du Levant jusqu'à l'Occident !

Vous touchez les montagnes et elles fument dans le soleil levant!

Vous foulez Vos ennemis en triomphe sous le vol de Votre quadrige !

Au souffle de Votre bouche se découvrent le ciel et la terre,

L'œuvre de Vos Sept Jours devant nous est accomplie dans une éclatante lumière !

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