‹ Corpus des inscriptions arabes et turques de l'Algérie (volume 2)Chapitre 7 sur 99 · Loc laud · texte numérisé non relu

Loc laud

Musée d'Alger.

Inscription turque provenant du fort dit de Babeloued (1).

Bonne écriture du type nesky cherqy.

Caractères sculptés en relief et disposés sur trois lignes scindées en deux parties par une bordure également en relief ; le cadre se continue de manière à ménager une quatrième ligne qui comprend la date dans sa partie médiane.

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Traduction. — Un très grand vizir a dépensé des richesses dans la voie de Dieu et édifié, à Alger, ce rempart solide et élevé. Grâce à son élévation supérieure, il atteint la hauteur du firmament. Sur la surface de la terre, tu ne trouverais pas son pareil! Il dit : « Pour que son nom soit mémorable et que la date [de son règne] se perpétue, Mohammed pacha a fait construire cette forteresse bien gardée. » Année 976.

Cette inscription a été publiée par Devoulx [Epigraphie indigène du Musée archéologique d'Alger, op. laud.,p. 41 et sq.). Le texte

qu'il a donné porte jl»,i, j^. *s 4«lâ y. Mais l'examen de l'original montre qu'il faut placer le double ^ de l'accusatif après cs> aussi bien est-ce la seule manière d'obtenir un sens acceptable et de respecter la rime.

1. I. e. : « La porte de la rivière ». Ce nom désigne actuellement un faubourg d'Alger.

Les vers de cette épigraphe sont scandés sur le mètre remel. Le fort de Babeloued dont il est question portait aussi la dénomination de Borj boû lîld (4JJ y -* fort d'une nuit), à laquelle les Français ont substitué celle de « Fort des Vingt- Quatre Heures »; on l'appelait encore Borj Sîdtî Taklîlt {^j «UL&J ^ju-, fort de dame Taklîlt), parce que, d'après la tradition, une sainte femme de ce nom avait été inhumée sous la banquette en maçonnerie placée dans le vestibule d'entrée. Enfin l'historien espagnol Haedo nous fait connaître que ce fort était également nommé Borj 'Eulj 'Aly (Je J* ^j) et que le beylarbey 'Eulj 'Aly (1) l'avait fait construire en l'an 1569 de l'ère chrétienne. Cette assertion semble en désaccord avec le texte de l'inscription ; mais, comme Devoulx le remarque avec à-propos, il est fort naturel d'admettre que la construction du fort, commencée par Mohammed pacha, ne fut achevée que sous son successeur 'Eulj 'Aly. En effet, le règne de Mohammed pacha, fds de Salah reïs, fut de très courte durée (janvier 1567 à mars 1568), et il est invraisemblable qu'un ouvrage de fortification de cette importance ait pu être terminé dans un si bref délai. L'an 976 de l'hégire, indiqué parle texte, s'étend du 26 juin 1568 au 15 juin 1569 ; c'est donc bien sous 'Eulj eAly que l'inscription a été rédigée. Quel est, au juste, le motif pour lequel le nom de Mohammed pacha y a été seul mentionné ? Il est assez malaisé de l'établir. On sait que 'Eulj 'Aly eut des démêlés avec les janissaires, et Devoulx estime que ceux-ci manifestèrent leur rancune en exigeant que son nom fût passé sous silence. Il est peut-être plus équitable, en l'absence de preuves certaines, d'admettre que 'Eulj 'Aly eut la modestie de laisser à son prédécesseur le mérite d'une fondation dont il avait pris l'initiative et que la mort l'avait empêché d'achever.

Le texte donné par Devoulx porte la date de 976, tandis que sa traduction indique celle de 975. C'est la première qu'il faut considérer comme exacte : la netteté des lignes du marbre ne laisse pas place au moindre doute.

Les courtines du fort de Babeloued étaient construites en blocs de pisé. C'est dans un de ces blocs que fut enseveli vivant Géronimo, martyr de la foi chrétienne (2); son corps fut retrouvé en 1853 et on en fit un moulage qui figure encore au Musée national des antiquités algériennes.

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