‹ Correction des ruines de Pellafol, IsèreChapitre 1 sur 1 · ISÈRE · texte numérisé non relu

ISÈRE

de dépôt, à la période d'oscillations qui a précédé le retrait définitif des glaciers.

La marge de la terrasse, descendant sur la rivière par une pente moyenne de 2 5 p. loo, est rongée par les deux profondes déchirures des ruines en traitement.

La ruiné des Payas s'enfonce de 800 mètres dans la plaine. De i836 à 1888, la progression totale avait été de 27 Û mètres; cette progression marchait, d'ailleurs, en s'accélérant : de 1 62 m. 5 durant les quarante-cinq premières années observées, elle était successivement passée à 67 m. 5o et 7^ mètres durant les deux dernières périodes de quatre années. Plus de la moitié de la plaine se trouvait coupée; l'église et le cimetière, atteints par la déchirure, avaient dû être abandonnés; le chemin de grande communication desservant le Dévoluy ne se trouvait plus qu'à 76 mètres de cette déchirure, dont la direction menaçait le hameau des Payas, principale agglomération du village, distant de moins de 700 mètres.

Le Service des mines et le Service des ponts et chaussées furent appelés, à cette époque, à examiner la situation; en 1889, un formidable effondrement précipita sur la rive gauche plusieurs hectares de terrains cultivables dans le ravin; l'émotion atteignit son comble; un changement de tracé du chemin de grande communication, immédiatement menacé, fut. décidé en principe.

L'Administration des eaux et forêts commença alors ses travaux de correction. On se trouvait en face d'un lit d'érosion dont le thalv^eg s'encaissait enlre des berges à pic, suivant un étroit couloir de plus de lô mètres de profondeur. A droite, les poudingues du bas niveau formaient un mur vertical; à gauche, les terres effondrées 9ê délayaient pour couler en masse dans le thalweg; sur le pourtour de la déchirure , les escarpements s'éboulaient par tranches sur plus de 20 mètres de hauteur.

Cette ablation des parois verticales constituait surtout la particularité dangereuse de la ruine.

Si oïi examine la section verticale de la terrasse de Pellafol , on constate qu*à divers niveaux au-dessus des alluvions anciennes, le terrain est' traversé par des plans d'eau coulant en toutes saisons et passant au-dessus des couches d'argile imperméables, presque horizontales, qui se rencontrent parmi les strates nombreuses et variées des formations glaciaires et supérieures.

Les eaux cheminant ainsi délayent faiblement les terrains qu'elles traversent; quoique infinitésimale, Térosion souterraine quelles produisent suffit pour provoquer un affaissement général du plateau , qui se coupe de fissures verticales.

Deux faits, peu intelligibles en dehors d'elle , viennent d'ailleurs à l'appui de cette explication.

En premier lieu, la plaine de Pellafol est arrosée par un canal dérivé delà Souloise; lorsqu'on fait boire les champs, moins d'une heure après le commencement de l'arrosage l'eau se met à couler, non en suintements, mais en filets sur les parois des ruines, à 8 ou 1 o mètres au-dessous du niveau de la plaine. Or, on sait que sur un sol normal, même peu compact, Timbibition des arrosages les plus prolongés n'atteint pas un mètre de profondeur. 11 est donc de toute nécessité que l'eau des arrosages de Pellafol trouve des fissures pour descendre aussi rapidement qu'elle le fait à une notable profondeur.

En second lieu, les habitants du village ont vu souvent, et en toutes saisons, de profondes crevasses se former dans le sol : l'une d'elles se voyait, il y a trois ans, paraît-il, sur plus de loo mètres de longueur, dans le voisinage de la nouvelle église, à plus de 6 00 mètres des ruines.

On avait donc à lutter contre un phénomène plus redoutable que l'érosion ordinaire, puisque cette dernière tend à adoucir les versants lorsque leur pied est fixé, tandis qu'à Pellafol l'ablation reculait les à-pic toujours parallèlement à eux-mêmes.

Au début, on espérait fixer le terrain et corriger la ruine en installant sur Tafileurement des calcaires liasiques, près delà Sou-

loise, un solide barrage en béton de ciment, à l'amont duquel une succession de barrages en bois aurait relevé le lit en élargissant sa section de manière à empêcher, en même temps que laffouillement longitudinal, la descente en masse de la berge gauche, descente qu'on attribuait surtout à i'aflbuillement latéral et qu'on espérait arrêter en éloignant les eaux du pied de la berge. De plus, en plantant à profusion les rampes en mouvement, on comptait soustraire le sol à l'action délayante des eaux superficielles.

Mais les premiers travaux avaient été exécutés pendant une période de sécheresse relative et peu après le grand effondrement de 1889. Les eaux des plans souterrains n'avaient pas encore frayé leur chemin à travers les terres effondrées, terres naturellement divisées par leur stratification et par les fissures verticales dont nous avons parlé et que leur dislocation devait rendre encore plus perméables. Depuis ces premiers travaux, la rive gauche tout entière s'imbibait comme une véritable éponge et se délayait peu à peu. Elle se mit bientôt à couler en masse dans le ravin où les terres étaient reprises et conduites à la Souloise par le filet alimenté par les eaux souterraines que débite toujours la ruine.

Le thalweg, relevé de plus de 20 mètres en certains points, présentait une section régulièrement concave ; les barrages en bois avaient produit leur plein effet, mais ces barrages, exposés à une humidité constante, pourrissaient avec rapidité et menaçaient de céder sous la poussée énorme des terres délayées, s'appuyant sur eux à l'amont et par côté.

Il devenait donc indispensable, d'une part, de construire dans le lit des ouvrages stables , capables de supporter les atterrissements réalisés par les barrages en bois; d'autre pari et surtout, de stabiliser les terres délayées qui, soit par leur charge, soit par leur écoulement, menaçaient les résultats acquis.

Un réseau de drains profonds fut alors installé dans la berge gauche pour capter les eaux du sous-sol à une profondeur variant entre 1 et 4 mètres, tandis qu'une série de barrages en ma-

çoimerie assis sur des fondations profondes devaient maintenir les atterrissements du thaiweg.

Les barrages en maçonnerie mixte au mortier de ciment furent tracés sur plan rectiligne , afin de résister à la poussée de la berge gauche; dans la section inférieure du ravin, le débouché de leur cuvette reçut un profil dissymétrique pour éloigner les eaux de la berge en mouvement et les rejeter sur la droite, où les poudingues inaffouillables bordaient le thalweg. Pour déterminer la hauteur de ces ouvrages, il dut être tenu compte de ce que le fond du lit, constitué par des argiles avec sables ténus et peu de cailloux, s'affouillait avec la plus grande facilité en temps de crues, en formant au pied de chaque barrage, sous l'action de la chute de l'eau, une poche capable de descendre assez bas pour déchausser les fondations.

Pour une première série d'ouvrages, la base des fondations de chaque ouvrage fut tenue légèrement au-dessous du plafond de la cuvette de l'ouvrage immédiatement à l'aval; pour les ouvrages ultérieurs, le maximum de lo p. 100 fut adopté pour la pente de la ligne allant du fond des fouilles d'un barrage à la cuvette de l'ouvrage d'aval.

Les drains principaux, tracés suivant les lignes de plug grande pente de la berge mouvante, furent placés dans une tranchée de o m. 70 de largeur à la base; constitués par deux dalles en toit placées sur une dalle horizontale, ces drains furent coupés, de dislance en distance, par des redans verticaux, de façon que les dislocations du terrain, toujours à craindre, ne pussent point arrêter leur fonctionnement. Des drains secondaires, étalés en patte d'oie, furent branchés sur les drains principaux, dont le débouché dans le thalweg fut tenu à 1 m. 5o au-dessus du niveau des crues et défendu par un perré en forme de cuvette.

Le ravin ne renfermant pas de pierres utilisables, il fallut découvrir et exploiter à flanc de coteau une carrière distante de plus de Ix kilomètres des chantiers et installer un plan incliné automoteur pour descendre les pierres de la carrière à la plaine.

Enfin, la nature délavable et ébouleuse des terres à creuser, tant pour fonder les ouvrages que pour placer les drains, créa toujours de nombreuses difficultés de détail dans Texécution des travaux.

Actuellement, a 6 barrages et plud de 1,000 mètres de drains sont construits. Le rédacteur de la présente notice, arrivé depuis peu dans le service, et par suite totalement étranger à la conception des travaux^ peut affirmer en toute indépendance que les résultats obtenus dépassent les espérances, au point de sembler hors de pro^ portion avec la simplicité judicieuse des moyens employés. La pro-* gression de la ruine dans la plaine est totalement arrêtée; les escarpements de sa tète atteignent à peine 1 mètres de hauteur, tandis que la végétation commence à envahir la berge gauche, sur laquelle une pépinière d'acacias glissait de près de 3o mètres il y a qùelqries années, Une dernière série de barrages, quelques drains et quelques seuils dans les ravins secondaires restent encore à construire et, en moins de douse années, la ruine des Payas aura été complètement éteinte.

La progression de la ruine des Chaoaux était moins rapide que celle de la ruine des Payas; ses parois présentent, à mi*hauteur, une mardie correspondant au jplan d'eau le pliis élevé; les berges taillées dans le poudingue sont essentiellement stables.

Eu commençant par le bas, on a construit douze ouvrages, jusqu'à l'entrée d'une gorge dans laquelle on s'élèvera par des barrages en gradins, de façon à relever les alterrissements du lit jusqu'à hauteur de la marche.

Ce lit sera alors exhaussé d'environ 70 mètres, suivant le profil en long; les escarpementâ supérieurs, soutenus par le pied, cesseront de reculer par ablation et prendront peu à peu une pente d'équilibre; 10 à i5 barrages en pierre sèche et un nombre égal de seuils dans les branches secondaires suffiront pour atteindre ce résultat.

Il sud au di-but des ttavai

. Itavïii sud. (Siiili: de la viii' prèccJeiile).

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