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même pour les imbéciles et souvent même pour les mégalomanes et les érotomanes. Chez ces derniers et chez les tout premiers, l'action mécanique de Tonanisme est déterminée et appuyée (et vice versa) le plus souvent par des images erotiques normales ou délirantes ; on peut donc dire que chez eux il s*agit d*une masturbation en m^me temps morale et matérielle. L'éjaculation passive du sperme (spermalorrbée vraie) appartiendrait aux déments et aux paralytiques. Il convient dénoter, pourtant, que chez ces derniers Tonanisme effréné n'est pas rare, et cela par suite de dégénérescence morale, dans la dernière période, et d'éréthisme nerveux (irritation spinale) dans les premiers temps de la maladie, mais à peu près toujours sans accompagnement d'images erotiques, tout au moins accentuées.
Si donc les fous, en général, sont si fréquemment onanistes, et s'ils sont tous, avant la vieillesse, pourvus de sperme, il me restait à voir si ce sperme, que j'ai appelé la matière première de Tamour, était de plus ou moins bonne qualité; c'est-à-dire si, par ses éléments constituants, il répondait à sa nécessité par le pouvoir de féconder. En agissant ainsi je recherchais, chez les fous, Taptitude à la fonction sexuelle jusque dans ses dernières conditions, les plus essentielles^ dans le but biologique de Tamour lui-même.
A ma connaissance, ces recherches, poursuivies sctentitiquement et systématiquement, n*ont été faites par personne. Je savais que Legrand du SauUe, dans une expertise sur l'état mental d*un imbécile inculpé d'homicide avec attentat à \b. pudeur, trouva que les taches spermatiques sur les vêtements de sa victime ne contenaient pas de zoospermes; rappelant d^autres'faits, il en concluait à une dégénérescence grave dont devait être atteint l'inculpé examiné par lui. (Régis, Manuel pratique de médecine mentale, page 551.)
De plus la recherche des zoospermes dans la semence des fous se présentait a priori comme extrêmement intéressante pour la démonstration de mes vues sur la sénilité précoce des fous, sénilité pouvant porter sur chaque espèce d'organe ou de fonction.
Par conséquent, pour la fonction qui, plus que les autres, réclame de la part de l'individu une plénitude d'énergie en vue
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de la reproduction de Tespëce, le manque ou la rareté des zoospermes dans les formes les plus graves de la folie me semblait constituer la preuve la plus indiscutable que Ton pouvait obtenir quant à la décadence sénile à laquelle les fous sont sujets, par suite de la maladie.
Je me suis donc attaché à la rebutante entreprise d'examiner le sperme du plus grand nombre possible de fous, dans Tasile que je dirige. Pendant quelques mois, tous les jours, dès que les malades étaient levés, je m'occupais^ avec Taide d'un habile infirmier, de rechercher les taches de sperme qui pouvaient se trouver sur les draps de lit de chacun des malades. A ce sujet, j'ai dit un peu plus haut combien peu parmi nos malades (9 sur 110) n^étaient pas sujets à éjaculer, soit volontairement^ soit passivement. Dans quelques cas, lorsque je trouvais le sperme fraîchement émis, il m*était facile de le recueillir avec la lamelle de verre ou bien d'exprimer sur le verre la tache encore humide. Cela réussissait pour ceux que je savais être des masturbateurs effrénés et pour lesquels il était facile de découvrir la tache fraîche, un peu plus tôt ou un peu plus tard, en prenant la précaution de les faire lever du lit quelques moments auparavant et brusquement. L'amour et Tintérét de la science m'obligent à avouer que j'ai aussi profité de certaines occasions où un infirmier zélé, préposé au service des latrines, ayant surpris quelques malades en flagrant délit, put recueillir sur le pavé ou sur les vêtements le sperme fraîchement émis. On comprendra que je ne pus examiner le sperme de tous les fous de Tasile, car il ne fut pas toujours possible d'avoir les occasions nécessaires.
Pour les taches laissées sur les draps depuis quelques heures et desséchées, je tentai de les lever en suivant les indications des auteurs les plus autorisés (Hoffmann, Bizzozero, etc.). Ils donnent en général des méthodes très minutieuses, qui ont pour base la macération du morceau de toile sur lequel se trouve la matière et refiilement de la toile avec une pointe d'aiguille, afin d'en enlever toutes les traces de sperme.
Quant à moi, pour dire la vérité, j'essayai à plusieurs reprises et avec la patience la plus grande de me servir de ce système, mais je me suis convaincu que, outre la perte énorme de temps,
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ce n'était point là le meilleur moyen pour obtenir une quantité suffisante de semence où Ion pût retrouver tous les éléments qu'elle contient. J'obtenais ainsi très souvent des résultats négatifs par rapport à la recherche des zoospermes, tandis qu'avec d'autres méthodes d'extraction, ou en exprimant le sperme frais du linge, j'en trouvais une certaine quantité.
Je trouvai que le meilleur moyen pour obtenir d'une tache de sperme une bonne préparation microscopique était le suivant: on prend la toile tachée^ on la baigne au moyen d'un bâton de verre de quelques gouttes d'eau distillée, on attend quelques minutes, jusqu'à ce que toute la surface de la tache soit mouillée et l'on racle alors fortement la toile, en la maintenant tendue, avec un côté de la lamelle de verre. Je recueillais toujours ainsi un liquide laiteux, très suffisant pour une sérieuse observation microscopique. Les taches ainsi recueillies n'avaient jamais plus de douze ou quinze heures de date ; c'est probablement pour cela que le sperme se laissait enlever si facilement. Je crois, pourtant, que cette méthode peut réussir pour des taches de plus ancienne date, ainsi qu'il m est arrivé dans quelques cas de l'observer.
Sur la garantie de cette même méthode par rapport à l'assurance de découvrir des zoospermes existants, je n'ai aucun doute car^ pour l'éprouver et m'assurer de sa valeur, j'ai fait les expériences suivantes : i^'D'un sperme frais, à Téta t libre, et dans lequel on avait observé un grand nombre de zoospermes, j'ai fait tomber quelques gouttes sur un morceau de toile, obtenant ainsi une tache de cinq centimètres ; après l'avoir laissé sécher, je Tai recueillie avec ma méthode d'humecter et de racler^ et j'y ai trouvé à peu près la même quantité de zoospermes précédemment observée ; 2® J'ai examiné par le même procédé des taches spermatiques d'infirmiers jeunes et robustes et, avec cette même méthode, j'ai trouvé une très grande quantité de zoospermes, comme il était naturel de le trouver chez des hommes de leur âge et de leur condition.
Ces recherches furent faites avec un microscope Koristka; chaque malade était examiné à ce point de vue plusieurs fois afin d'éviter que l'on tombât sur un moment transitoire d'hyperzoospermie ou d'azoospermie, et chaque tache était recueillie
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en plusieurs fois afin d'avoir sous le microscope une épreuve tout à fait sûre de son contenu. Du reste la pratique acquise dans ces recherches rendait plus facile Topération et plus sûre Tappréciation.
Dans les taches de sperme, je recherchai seulement les zoospermes. Pour tout ce que Ton trouve en général dans ces taches, substance hyaline, granules albuminoïdes, cellules de différentes mesures, corpuscules de graisse, concrétions prostatiques, globules sanguins, cristaux de Schreiner, etc. je n'en ai tenu aucun compte, les considérant comme choses qui ne semblent pas en rapport direct avec le pouvoir fécondant du sperme lui-même. Au contraire, j'ai tenu compte de la grosseur ou de la petitesse des zoospermes; car, même en considérant que leur forme peut paraître différente suivant qu'ils se présentent de face ou de flanc^ il y a cependant des spermes où on les trouve presque tous à tête ronde et grosse, avec une queue robuste et longue, et d'autres où ils sont petits, avec une tète conique et une queue gracile et courte. On verra, sans que je puisse le reproduire en tableau, comme je le ferai pour le reste, que les zoospermes petits sont en plus grand nombre che2 les sujets d'âge avancé ou chez les malades à formes de folie plus graves. Je crois que cette observation n'est pas un fait négligeable, car la faiblesse qui caractérise les enfants nés de parents âgés peut en dépendre; ces enfants, à égalité de circonstances, sont fréquemment plus prédisposés que les autres à la folie, et celle-ci, en outre^ prend chez eux une note plus grave. Voyez à ce sujet les travaux du D' Cauger et du D' Marro publiés, sur mon initiative pour le premier de ces auteurs, dans le journal // Afantcomeo, 1886 et pour le second dans le livre / Caratteri dei delinquenti. (Turin, Bocca, éditeur, 1886.)
Je reporte ici, par ordre chronologique et telles qu'elles furent faites, mes recherches sur les taches spermatiques chez chaque individu, faisant suivre ce relevé, que j'ai fait peu à peu au fur et à mesure des recherches, de deux tableaux résumant les zoospermies, les hyperzoospermies et les azoospermies, suivant l'âge des sujets et la forme de folie dont ils étaient atteints.
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Cap..., vingt-huit ans (démence). Tache recueillie sur les draps par le raclage, peu d'heures après rémission : aucun zoospei^me.
1d... (trois jours après). Tache de sperme frais, recueilli sur une lamelle de verre : aucun zoosperme.
Per..., trente-cinq ans (délire magnétique avec démence). Tache de très fraîche date exprimée du drap : quelques rares zoospermes dans le champ du microscope,
Es...^ trente-cinq ans (imbécillité). Tache de très fraîche date exprimée du drap : aucun zoosperme.
An..., trente-deux ans (délire avec démence), id. comme ci-dessus: aucun zoosperme.
Imc..., cinquante-six ans (démence paralytique), id. comme ci-dessus : aucun zoosperme.
Mor..., vingt-six ans (imbécillité), id. comme ci-dessus : aucun zoosper me.
Riz... vingt-six ans (imbécillité), id. comme ci-dessus : aucvn zoosperme,
Guz .., vingt-six ans (drraence\ id. comme ci-dessus : aucun zoosperme.
Bru..., vingt-sept ans (délire erotique religieux), id. comme ci-dessus : beaucoup de zoospermes à petite tête y de forme conique^ à mouvements continus.
Na..., vingt-sept ans (délire sensoriel de persécution), id. comme cidessus : beaucoup de zoospermes à petite tête conique j avec peu de mouve^ ments de la queue.
Spa..., trente-huit ans (délire avec démence), tache fraîche humectée, recueillie sur le drap : aucun zoosperme.
Fas..., cinquante-six ans (délire avec démence). Sperme directement recueilli dans les vésicules séminales vingt-quatre heures après la mort, t^onsécutive à une pneumonie infectieuse: zoospermes en petite quantité à tête petite et conique, sans mouvements.
Vio..., vingt-huit ans (délire sensoriel). Goutte de sperme fraîchement produite et tache récente, humectée et raclée : beaucoup de zoospermes à tête grosse et ronde doués [de mouvements vifs.
Ga..., trente-six ans (délire de la persécution). Tache fraîche sur !«'« draps, humectée, et raclée : zoospermes à mouvements vifs en petite quantité.
Finu...,- trente-cinq ans (délire avec démence), id. comme ci-dessus: très peu de zoospermes à queue très longue.
Ver..., quarante-quatre ans (démence paralytique), id. comme cidessus : aucun zoosperme
Beu..., quarante-deux ans (démence), id. comme ci-dessus : aucun zoosperme.
Lanu..., trente-cinq ans (démence), id. comme ci-dessus: aucun zoospei^me.